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INTRODUCTION

Discussion sur les origines de Dijon. La voie d’Agrippa.

- Importance économique de la ville. – Délimitation du sujet. - Plan.

Il est intéressant et cela n'est peut-être pas impossible de rechercher quelles peuvent être les raisons de la naissance de notre ville et les causes de son agrandissement.

Dans une telle étude, malheureusement, une trop large part doit être faite aux conjectures, car les documents précis sur les origines de Dijon font défaut. Les auteurs ont tenté de nombreuses explications et n'ont qu'imparfaitement réussi à éclaircir le mystère qui enveloppe encore l'apparition de notre cité et qui intriguait déjà Grégoire de Tours.

Nous ne les suivrons pas sur ce terrain ; qu'il nous suffise, d'une part, de rappeler les points cer

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tains, et de l'autre d'indiquer l'opinion la plus vraisemblable, à notre avis.

Les points certains, c'est d'abord l'inexistence de Dijon à l'époque de César. Les Commentaires ne mentionnent nulle part notre ville et pourtant s'il eût existé quelque oppidum puissant entre Alise, Langres et Bibracte, César se serait bien gardé de le passer sous silence.

Un second point établi, c'est que lors de l'invasion des Barbares, Dijon était déjà une agglomération importante, si l'on en juge par les nombreux débris – restes de somptueux édifices — que l'on retrouve dans les fondations des murs du castrum galloromain.

Enfin, au sixième siècle, Divio est une bourgade riche et florissante, une place forte de grande importance avec ses hautes murailles flanquées de trentetrois tours.

Grégoire de Tours, en faisant cette description, se demande pourquoi ce lieu n'a pas le nom de civitas. « Qui cur civitas dicta non sit ignoro (1). »

Pour quelles causes, sous quelles influences, cette ville est-elle née?

Contentons-nous, ici, d'indiquer l'opinion la plus probable, très bien exposée encore récemment par M. Jobard (2)

L'apparition de la ville de Dijon serait due à une raison économique.

(1) Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, liv. III, chap. xix, édition Omont, Paris, 1886, t. I, p. 93.

(2) Manuel de l'archéologie sur le terrain.

La création de la voie romaine dite d’Agrippa, qui reliait Lyon à Trèves (1), le croisement des voies d'Alise et de Saint-Jean-de-Losne, auraient motivé l'établissement d'un emporium que le transit des voyageurs et des marchands devait rendre de plus en plus prospère.

« A l'époque de la conquête, sur l'emplacement actuel de Dijon, au débouché de la vallée de l'Ouche, s'élevait non une ville gauloise, mais un simple vicus, pauvre bourgade sans importance comme sans histoire, pour laquelle la création de la voie d'Agrippa fut ce qu'a été pour le Dijon du dix-neuvième siècle la construction de la ligne de Lyon (2). »

Situé non seulement à quelques pas d'une route très fréquentée, mais aussi à proximité de la Saône, au milieu d'une plaine où « les terres sont si fertiles et si productives que, labourées une seule fois avant les semailles, elles n'en donnent pas moins d'abondantes moissons (3) », dans un territoire riche en forêts comme en vignobles, Dijon était peut-être, en outre, un lieu sacré, fréquenté, aux jours des fêtes religieuses, par la foule des paysans.

D'ailleurs, sa position sur la limite des terres des Eduens et des Lingons était favorable aux échanges

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(1) Construite en l'an 25 avant Jésus-Christ. — Bergier, Les grands chemins de l'empire romain, t. II, p. 77. Rapprochons ce passage de M. E. Demoulins : « Les routes du globe ont été, en quelque sorte, des alambics puissants qui ont transformé, de telle manière ou de telle autre, les peuples qui s'y sont engagés. ») Comment la route crée le type social, préface, p. vii.

(2) Jobard, Archéologie sur le terrain, Dijon, 1903, p. 190. Voir aussi : Chomton, Histoire de l'église Saint-Bénigne, p. 6, note.

(3) Grégoire de Tours, loc. cit.

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entre ces deux peuplades. Des relations constantes avec Chalon, Lyon, avec Autun et Langres à l'époque romaine, avec Troyes et Besançon dans la suite, purent s'établir facilement.

Nous n'avons pas l'intention de faire remonter si haut dans le passé notre étude sur les foires et marchés de Dijon. Faute de documents spéciaux à notre ville, nous ferions un travail inutile en résumant les aperçus généraux déjà faits.

Aussi, préférons-nous commencer cette esquisse au neuvième siècle, à l'époque où les cartulaires et les pièces de nos archives nous donnent des renseignements qui deviendront de plus en plus nombreux et détaillés.

Même restreinte en de telles limites, l'histoire du développement des foires et marchés à Dijon est une étude considérable, et il importe, dès maintenant, d'indiquer les points précis sur lesquels nous avons fait porter nos recherches, comme aussi ceux que nous avons écartés.

Nous nous occupons exclusivement de l'évolution des foires et marchés, et laissons volontairement de côté diverses questions que l'on aurait pu être tenté d'élucider à l'occasion de ce travail.

Nous n'approfondirons pas la question de l'influence des marchés sur la fondation des paroisses, sur le développement et l'agrandissement de la ville, ni l'action du droit de la foire et du marché sur la formation du droit urbain.

Nous laisserons également de côté la question des octrois qui, à elle seule, exigerait un travail approfondi; nous ne parlerons que fort peu des droits du

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