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La lettre au moyen de laquelle se fait cette notification doit annoncer les raisons qui engagent le prince au rappel de son ministre, et l'assurance de l'invariabilité de ses sentimens et du désir de continuation de bonne intelligence, qu'on le charge de réitérer de bouche à son congé. On sent qu'encore ici les expressions varieront suivant les circonstances et les rapports mutuels des gouvernemens, mais

que

dans tous les cas on doit faire choix des tournures les plus obligeantes et des paroles qui répondent le mieux aux liaisons existantes.

Même lorsque le rappel du Ministre a lieu pour raison de mécontentement et d'union rompue entre les états, il convient d'indiquer ses griefs avec dignité et d'user de ménagement dans ses expressions, afin de ne point mettre de difficultés à la réconciliation future en s'abandonnant à l'aigreur qu'inspire la passion.

Enfin les motifs de rappel peuvent encore varier par rapport aux ministres mêmes, selon que leurs

gouvernemens sont satisfaits ou non de leurs services. Dans le dernier cas on se sert de quelque prétexte, tel que de maladie du ministre, ou autre, pour cacher la vraie raison dans la lettre de rappel.

D'ailleurs les lettres de rappel s'expédient dans les mêmes formes que les lettres de créance.

EXEMPLES.

I.

Lettre de rappel du Roi de France pour M. de

Bonrepos, son Ambassadeur près des États-
Généraux.

TRÈS-CHERS, GRANDS AMIS, ALLIÉS, E'T CONFÉDÉRÉS,

La satisfaction particulière que nous avons des services du sieur de Bonrepos, notre Ambassadeur extraordinaire auprès de vous, nous aurait porté à le laisser plus long-temps dans cet emploi, si sa santé avait pu lui permettre d'en continuer encore les fonctions. Mais nous avons accordé aux instances qu'il nous a faites par cette raison, la permission qu'il nous a demandée de revenir auprès de nous. Il ne pourra rien faire avant son départ, qui nous soit plus agréable qu'en vous témoignant, comme nous le lui avons ordonné, que nous conservons toujours les mêmes sentimens pour le maintien de la tranquillité générale, et pour vos avantages particuliers; et qu'en toutes occasions vous recevrez des marques de l'estime et de l'affection que nous avons pour vous. Priant Dieu qu'il vous ait, Très-Chers, grands Amis, Alliés, et Confédérés, en sa sainte et digne garde. Votre bon Ami, Allié, et Confédéré,

Louis.

COLBERT.

Écrit à Marly, le 13 novembre 1699.

II.

Très-Haut, Très - Excellent , et Très-Puissant

Prince, notre Très - Cher et Très - Aimé bon Frère et Cousin.

Ayant jugé convenable au bien de notre service de nommer le Marquis N. N., notre Ambassadeur à N. N. , nous avons dû lui ordonner de prendre congé de V. M. près de laquelle il remplissoit les fonctions de notre Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire. Nous ne doutons pas qu'en remplissant cette dernière fonction de son ministère il n'en profite pour lui exprimer sa vive reconnaissance des bontés dont V. M. a bien voulu l'honorer pendant tout le temps de sa résidence à sa cour. Nous lui recommandons particulièrement de saisir cette même occasion pour renouveler à V. M. les assurances de notre sincère estime et de notre parfaite amitié. Sur ce, nous prions Dieu, Très Haut, Très-Excellent, et TrèsPuissant Prince, notre Très-Cher, et Très-Aimé bon Frère et Cousin, qu'il vous ait en sa sainte digne garde.

Votre bon Frère et Cousin.

(L. S.) Louis.

PASQUIER. Écrit au château des Tuileries, 'le, etc., de l'an de grace 1820, et de notre règne le vingt-sixième.

CHAPITRE V.

Des Lettres de récréance.

La lettre de rappel, remise par le ministre à la cour où il réside, exige de la part de celle-ci une réponse dans les mêmes formes, que l'on appelle lettre de récréance, et que l'on fait remettre au ministre pour son gouvernement.

Dans ces lettres on accuse la réception des lettres de rappel et la notification faite

par

le ministre de son rappel, sur quoi on lui fait témoignage de la conduite qu'il a tenue, de la manière dontil a su gagner l'estime générale, et de la satisfaction qu'on a eue en tout temps de ses procédés, etc. On donne ensuite des assurances sur le vif désir que l'on a de maintenir la bonne intelligence inaltérable et les dispositions mutuellement ami

cales des deux états, et l'on s'en rapporte à ce que le ministre saura en dire à son retour au Souverain. C'est la foi que l'on prie de vouloir ajouter à ces témoignages de l'agent, qui a fait donner à ces lettres le nom de lettres de récréance.

Il s'agit ici de faire un juste choix d'expressions de civilité, et de s'appliquer à les employer avec élégance et sans recherche.

Dans le cas de rappel du ministre pour cause de rupture entre les deux états, on se dispense souvent, comme nous l'avons déjà observé, des formalités du départ, de manière qu'il n'y a point lieu aux lettres de récréance. Lorsque, au contraire, nonobstant la rupture, on observe ces formes de civilité, la lettre de récréance contiendra des expressions qui témoignent la peine que l'on ressent de voir interrompre les rapports d'amitié, et le désir qu'on a de retrouver l'occasion de les renouer le plus tôt possible.

On ne trouve que très-peu d'exemples où le gouvernement, même lorsqu'il aurait eu à se plaindre du ministre, ait exprimé ses plaintes dans la lettre de récréance. On préfère en pareil cas d'ajouter une lettre particulière à cet effet.

Quoiqu'il soit plus rare encore qu'un gouvernement en vienne à l'extrémité de signifier au ministre d'un Souverain avec lequel il serait tombé en mésintelligence, un ordre de départ

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