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de feux d'artifices , et même de cocagnes, où l'on ravale au dernier terme de dégradation l'espèce humaine ? Qu'espérez-vous d'une nation vouée à l'idolâtrie politique, toujours adulatrice et la plus complir inenteuse de l'Europe ? Voilà, ce me semble , l'objection dans toute sa force; cependant, quelques considérations peuvent, sinon la détruire, du moins l'affaiblir.

La cupidité et la vanité préconisent les fausses doctrines. Le nombre de ceux qui les croient est moindre que le nombre de ceux qui les soutiennent. Cette observation, peu honorable pour une foule de gens, n'en est pas moins une vérité de fait; et tel qui , en public, affectera de la nier, sera démenti par son coeur. En ramenant ces observations à la question des peines infamantes conlre les négriers , jamais on ne pourrait former en leur faveur une athmosphère d'opinion publique, vu l'exiguité de leur nombre. L'anathême politique lancé sur eux trouvera un appui, non-seulement dans la magnanimité naturelle du coeur humain, mais plus encore dans cette générosité factice dont l'amour-propre aime tant à faire parade. La propension en faveur des Africains se fortifiera certainement par les mesures que prennent d'autres gouvernemens dans les deux mondes, contre le plus horrible des trafics. L'esprit humain émancipé tend à émanciper lous les hommes, que les que soient leur couleur, leur origine, leur religion, surtout dans le nouvcau Continent, et l'Amérique, réagissant sur l'Europe, y fera jaillir, avec plus de force, les vérités sociales et les principes de la liberté.

A la peine capitale infligée presque partout aux

écumeurs de mer, aux incendiaires , aux faux-monnoyeurs, aux assassins, etc.; on doit préférer une peine infamante : mais en quoi consistera l'iufanie contre des hommes bien plus criminels, les négriers?

Un des États-Unis, c'est, je crois, la Virginie, a statue

que

les duellistes seraient considérés comme tonbés en démence, en conséquence privés de la gestion de leurs biens que l'on confie à un luteur. Cette disposition est utile sans doute, mais insuffisante.

L'ostracisme , le pétalisme, le bannissement, la déportation furent souvent employés à punir autre chose que des crimes. Depuis Aristide jusqu'à nos jours, l'histoire en fournit d'innombrables exemples. Si la peine du ban était juste, même lorsqu'elle frappe de véritables malfaiteurs, je dirais qu'aux négriers errans et fugitifs sur la terre, il faudrait, comme à Caïn , leur devancier, imprimer un signe indestructible qui les fìt reconnaître partout, et qui partout inspirat l'horreur; mais une nation a-t-elle le droit d'exposer les autres au danger de recevoir des êtres pervers qu'elle chasse par la crainte qu'ils ne souillent la terre natale? Nous avons des bagnes, et pourquoi n'avons-nous pas encore un Bolany-Bay ? Ce n'est pas faule de territoire. C'est faute d'argent sans doute. A cela je n'ai rien à répondre, car tout le monde sait combien il en faut pour notre marine qui, depuis long-teinps, joue un rôle si magnifique ; il en faut pour des fêtes, des spectacles, des salles d'Opéra, et beaucoup d'autres choses dans une contrée ou si souvent le superflu usurpe la place de l'utile, du nécessaire.

Au reste, quand même les criminels dont il s'agit ne seraient pas séquestrés de la société, quand même

ils ne seraient pas astreints à un costume, å un signo qui les fit recongaître, la sentence flétrissante obtiendra son effet , si elle est affichée en permanence dans tous les tribunaux, ports, bourses , anirautés, administrations, mairies, sans aucune exception; et si les coupables qu'elle frappe sont signalés publiquement dans la commune désignée pour leur domicile.

Sur l’être le plus dégradé, quelle impression doit faire sa situation habituelle! privé des droits civils et politiques, connu et cité partout comme inhumain, criminel, infâme , il voit tout le monde s'éloigner de lui avec effroi par la crainte de partager l'opprobre dont il s'est couvert.

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CHAPITRE IV. :

Moyens religieux qui peuvent seconder l'autorité publique pour,

l'abolition de la traite.

D'APRÈS ce titre, les observations suivantes paraîtront peut-être étrangères à mon sujęt;j'aime à croire qu'après les avoir lues, on avouera qu'elles s'y rattachent.

Quoique les sentimens religieux soient déplorablement affaiblis parmi nous, la religion, principe du bonheur pour les individus dans le temps et audelà des temps ; principe de prospérité pour les Élats, est encore de tous les leviers le plus puissant : aussi la politique voulut presque toujours l'associer à ses forfaits , et faire de la religion ou plutôt de ses ministres, des instrumens. On me dispensera sans doute d'en fournir les

preuves. La postérité croira-t-elle que, depuis l'introduction de la traite jusqu'à présent, les marchands de sang humain ont prétendu la justifier comme moyen de convertir les idolâtres et de les amener au christianisme? Ce prétexte fut allégué jadis à un roi de France pour obtenir à ce sujet son autorisation. La donnait-il de bonne foi? C'eût été le comble de l'ineplie; feignait-il de croire que le motif allégué était admissible? Ce fait seul ( sans compter celui de la mort de Cinq-Mars

dans un

et plusieurs autres ) suffirait pour apprécier l'épithète de juste que donnaient à Louis XII Malherbe et nombre de ses contemporains. Le même motif fut allégué, en 1811, par des tartufes de la Havane : cette ville est un des plus grands niarchés pour la vente des esclaves.

Le sultan de Constantinople préconisait naguère son inépuisable miséricorde envers les Grecs , firman qui probablement sera commenté par les défenseurs de la légitimité musulmane. Les planteurs en général tiennent le mêine langage en parlant de leurs noirs qui, disent-ils , sont si heureux! plus heureux que les paysans d'Europe. C'est sans doute par en tête. ment que les esclaves s'obstinent à ne pas croire à leur bonheur, quoiqu'on leur prodigue des coups de fouet pour les en convaincre.

Une inultilude de faits altestent que souvent les femmes des planteurs surpassent leurs inaris en cruauté. Le voyageur John Davis a donné récemment sur cet article de nouveaux détails. En Caroline, et surtout à Charlestown, pour les moindres fautes , elles envoient leurs esclaves mâles et femelles à la maison d'enfer ( 10 a hellish mansion ), pour être foueltés. Douze coups de louet se paient un schelling. Mais on peut s'abonner à tant par an. Une dame de la ville en à montré l'exemple. Les malheureux poirs, toujours exposés à voir déchirer leur peau et briser leurs os , fuient quand ils peuvent.

Dans une gazette de la même ville , après avoir donné le signalement d'un csclave marron et promis 40 dollars à celui qui le ramènerait, le planteur ajoutait : « Mon nègre s'est échappé sans provocation;

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