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OUVRAGES PRÉSENTÉS :

Memorie della mia vita. 1795-1859, par M. Giovanni ARRIVABENE, sénateur (1).

L'autenr, sympathique à tous ceux qui le connaissent, a aujourd'hui 92 ans. Ses souvenirs comprennent une période de 60 ans, les deux premiers tiers de ce siècle.

Elementi di Scienza economica, coordinati al loro principio ed armonnizzati colle altre Scienze morali, di Nicola SIMONI. (Indroduzione Economia teorica.) (2).

Modificazioni alle lege sulla tassa del macinato. Discorsi del Senatore Gioachino PEPOLI, pronunziati al Senato nelle tornate del 17, 18 e 19 giugno 1879 (3).

M. Pepoli a été l'un des principaux adversaires de l'impôt de mouture. Voyez une lettre de l'auteur sur le même sujet dans le numéro de janvier 1879. Meeting libre Cambista Sobre la importacion de cereales (4).

Meeting tenu le 8 juin par une vaillante association, qui se remet en campagne, sous la direction de MM. Gabriel Rodriguez, Figuerola, Moret y Prendergast Sanromà, Bona, Echegaray, etc., dont les noms sont connus des lecteurs du Journal des Economistes.

La reciprocidad arancelaria, por si Luis Malet, traducido del inglès, par Antonio RODRIGUEZ VILALONga (5).

Publication de l'association que nous venons de nommer contenant le travail que nous avons traduit dans le numéro du mois dernier.

Traité de la Science des Finances, par M. Paul LEROY-BEAULIEU, membre de l'Institut. 2o édition (6).

Voyez ce qui est dit p. 285

Les grandes routes du globe. Le canal interocéanique (Nicaragua et Panama), par Prosper BOUNICEAU, ingénieur en chef (7).

Congrès et conférences du Trocadéro. L'enseignement élémentaire de l'économie politique, par M. Frédéric PASSY (conférence du 25 août 1878) (8).

Un des meilleurs discours de l'auteur.

(1) Firenze, 1879. Barbera. In-12 de xvi-326 p., avec le portrait de l'auteur.

(2) Chieti, 1878. Ricci. In-8 de XXIV-306 p.

(3) Roma, 1879. In-8 de 70 p.

(4) Madrid, 1879. In-8 de 80 p.

(5) Madrid, 1879. In-8 de 16 p.

(6) Paris 1870. Guillaumin et Cie. 2 forts vol. in-8 de 764 et 712 pages.

(7) Angoulême, 1879. In-8 de 24 p.

(8) Paris, 1879. Imprimerie nationale. In-8 de 32 p.

COMPTES-RENDUS

SOUVENIRS DE NASSAU W. SENIOR SUR LE TRAITÉ DE 1860. CONVERSATIONS WITH: M. THIERS, M. Guizor, and others distinguished persons (18481860), by the late Nassau, William Senior, edited by his daughter, Mrs C. M. Simpson. 1re série (1848-1852), 2 vol. in-8; 2e série (1852-1860), 2 vol. in-8; Londres, Hurst and Blackett, 1878.

M. Nassau William Senior est assez connu des économistes et du monde politique pour qu'il ne soit pas nécessaire d'entrer à son sujet dans de longs détails biographiques. Nous croyons suffisant de rappeler, comme préface aux quelques pages que nous empruntons à ses souvenirs, les faits principaux de sa vie publique.

Né en 1790 à Compton (Berks), M. N. W. Senior fut élevé aux colléges d'Eton et de Magdalen (Oxford); à 21 ans il recevait le diplôme de bachelier ès arts (Bachelor of arts), et en 1818 il se présentait au barreau; mais il ne poursuivit pas longtemps la carière pratique du jurisconsulte. Les questions de législation générale l'attirèrent de préférence et il ne tarda pas à y joindre l'étude de l'économie politique, qui à mesure qu'il avança dans la vie, prit une part de plus en plus large dans ses travaux. Du reste, il fortifia ainsi l'une par l'autre cette double poursuite et ses écrits sur l'économie politique se ressentirent heureusement de ses connaissances en législation. C'est à ce titre que M. N. W. Senior fut désigné pour rédiger, en 1832, le rapport du projet de loi sur les pauvres (poor law); en 1838, on lui confia également la rédaction du rapport relatif à la condition des ouvriers tisseurs: il montra dans ces deux rapports une compétence spéciale, une science et une élévation d'esprit qui le placèrent au premier rang des publicistes anglais.

Dès 1827, M. N. W. Senior s'était fait remarquer par son Introduction à l'Économie politique, essai traduit en français par M. Arrivabene en 1835, et qui forme une page intéressante de l'histoire de l'Economie politique. Nous citerons encore parmi les nombreux travaux qu'il publia jusqu'en 1863, son Essai sur la science économique, dont Mac Culloch a dit : « C'est un travail solide, clair et remarquablement écrit»; ses lettres à Malthus sur la population (1829); trois lettres sur le taux des salaires (1830) et plusieurs articles dans la Revue d'Edimbourg, la Revue dunord de l'An

gleterre, dans la Gazette littéraire, etc. Nous mentionnerons enfin son journal d'un voyage en Turquie et en Grèce, de 1857 à 1859, et ses essais biographiques sur Berryer, Tronçon du Coudray, lord Campbell et M. King, qui parurent en 1863, et furent son dernier ouvrage. M. N. W. Senior est mort à Oxford, au mois de juin 1864, à l'âge de 74 ans.

En 1836, sa juste réputation de légiste lui avait valu les fonctions de secrétaire (Master of chancery) à la Chambre des Lords; de 1825 à 1830 et de 1840 à 1845, il occupa la chaire d'économie politique à l'Université d'Oxford, où plus tard il fut choisi comme examinateur pour cette partie de l'enseignement.

Sa situation officielle ainsi que ses ouvrages sur l'Economie politique avaient mis M. N. W. Senior en relations avec la plupart de ses contemporains les plus éminents, en Angleterre et en France. Il vint plusieurs fois dans notre pays, et à partir de 1847 il visita régulièrement Paris chaque année; durant ses séjours il allait volontiers dans les salons politiques, et il eut alors avec tous les personnages considérables de son temps des conversations fréquentes, presque quotidiennes, sur les incidents les plus marquants de la situation politique. Il avait l'habitude de mettre chaque soir, par écrit, en conservant la forme du dialogue, les renseignements et les informations qu'il avait ainsi recueillis dans la journée. Ces souvenirs se rattachent surtout à la politique générale; toutefois M. N. W. Senior ne pouvait demeurer indifférent aux questions d'économie politique et, lors de la conclusion du traité de 1860, il eut plusieurs entretiens à ce sujet avec MM. Michel Chevalier, Thiers, le duc de Broglie, etc. Il nous a paru intéressant de reproduire pour les lecteurs du Journal des Economistes ces entretiens, particulièrement curieux par la comparaison des jugements portés sur le libre-échange avec les résultats réalisés par la mise en pratique.

Les souvenirs de M. N. W. Senior, on pourrait presque dire ses mémoires, ont été mis en ordre et publiés par sa fille Mrs Simpson sous ce titre: Conversations avec MM. Thiers, Guizot et autres personnages, etc., ils forment deux séries: la première comprenant la période de 1848 à 1852 et la seconde celle de 1852 à 1860.

L. MICHELANT.

Nous extrayons de ces conversations qui attirent l'attention à cause du nom de l'auteur et du sujet, ce qui concerne le traité de commerce, bien que ces remarques ne soient ni bien précises ni bien intéressantes.

10 mai 1857. -— J'allai visiter Thiers dans la matinée; il revenait précisément des mines d'Anzin, dont il est un des directeurs;

il donna à ce sujet libre cours à ses préjugés protectionnistes.

Thiers Si j'étais dans la position de Louis Napoléon, c'esta-dire si j'avais un pouvoir absolu, je voudrais dès demain doubler, quadrupler les droits sur le charbon.

Senior Quels sont-ils actuellement ?

Thiers: Ils diffèrent selon le lieu d'origine et le lieu de consommation et dans ce but le pays est divisé en zones. En effet, quand on transporte des charbons au sud de la France, le point de consommation s'éloignant du point de production, le profit du producteur étranger diminue et le droit est réduit proportionnellement. Ainsi, le droit est plus bas à Bordeaux qu'à Boulogne, par exemple et à Marseille qu'à Bordeaux. Il est sur les charbons belges, dans le nord de la France, de quinze centimes par hectolitre (à peu près un sack anglais); sur les charbons anglais, il est de trente centimes l'hectolitre, environ deux shillings et six pence la tonne (3 fr. 10 c.).

Senior

Que coûte le charbon anglais à Paris?

Thiers: Soixante francs la tonne.

Senior A Londres, je la paie à peu près vingt-quatre francs. Thiers: La preuve que le droit n'est pas trop élevé, c'est que nous ne l'emportons qu'avec difficulté sur le charbon belge. Si tout charbon étranger était prohibé, cela donnerait une telle impulsion aux mines françaises qu'en dix ans la houille serait aussi bon marché en France qu'en Angleterre. Si au contraire nous abaissions nos droits, vous hausseriez bientôt vos prix, et si nous en venions à souffrir que nos mines fussent abandonnées, comme ce serait le cas, si nous ne frappions pas d'un droit les charbons anglais, vous ne tarderiez pas à nous faire payer un prix de monopole, et quelle serait notre situation en temps de guerre? Les guerres maritimes dans l'avenir seront des guerres de charbon; or, si la guerre éclatait brusquement aujourd'hui, nous manquerions de charbon, Nos mines toutefois se développent; dans quelques années nous serons hors de votre dépendance; il paraît qu'à Saint-Etienne il existe de grands bancs de charbon, au-dessous de ceux qu'on exploite maintenant.

Je ne répondis pas à Thiers. Il est rarement utile de discuter avec qui que ce soit, et jamais avec Thiers.

12 mai 1860. J'ai passé la soirée chez M. Steiner, un ardent libre-échangiste; la réunion avait lieu en honneur du traité de commerce. Je trouvai là Cobden, Michel-Chevalier, Péreire, Dussard, Circourt et quelque cinquante autres libre-échangistes, à peu près tout ce que Paris en peut fournir. Passy avait été invité;

mais il m'avait dit la veille : « Je crains d'y trouver Baroche, Rouher, Fould et tout ce monde-là », et il ne vint pas.

Je priai Michel Chevalier de me raconter l'histoire du traité de

commerce.

Michel Chevalier : Cobden et moi nous avons été longtemps en correspondance, quant aux moyens d'accroître les relations commerciales entre les deux pays, et je lui ai toujours dit que cela ne saurait s'effectuer que par un traité de commerce, la Chambre des députés étant ultra-protectionniste. M'ayant rencontré à la station du chemin de fer. lorsque j'arrivai à Londres, en octobre dernier, pour me rendre au meeting de Bradfort, il m'annonça que l'heure était venue de faire une tentative. L'emprunt des longues annuités (the long annuities), me dit-il, vient d'être complétement remboursé; j'ai vu Gladstone et il m'a déclaré qu'il était résolu à ne pas laisser les ressources financières ainsi rendues disponibles se perdre dans le gouffre des dépenses qui augmentent sans cesse.

Il me présenta à Bright et à Gladstone que je trouvai, tous deux, parfaitement disposés en faveur de notre projet ; à mon retour à Paris je consultai Rouher, Fould, Baroche: ils étaient également prêts à agir. Cobden vint alors à Paris; il fut convenu que le 24 octobre j'aurais une entrevue avec l'empereur, à onze heures du matin, que je lui soumettrais l'affaire et que Cobden le verrait le même jour à trois heures.

Je fis connaître à l'Empereur la substance de mon entretien avec Gladstone; j'ajoutai que, jusque-là, je n'avais eu d'entente préalable avec aucun des ministres, que ma démarche n'avait nul caractère officiel et qu'elle tomberait d'elle-même sans inconvénient si Sa Majesté la désapprouvait.

L'Empereur accueillit favorablement le projet et il fut décidé que de ce côté du détroit personne ne serait initié au secret, excepté l'Empereur, Rouher, Fould, Baroche, moi-même, Cobden et lord Cowley; Walewski en fut spécialement exclu. Lorsque nous eûmes arrêté les articles du traité, il devint indispensable d'en parler à Walewski; mais il était trop tard pour qu'il pût intervenir efficacement.

Senior: Il n'est pas vrai, alors, ainsi qu'on l'a prétendu, que l'Empereur nous ait proposé le traité, dans l'espoir de nous faire accepter l'annexion de la Savoie.

Michel Chevalier: Cela est inexact; l'Empereur n'avait jamais songé à un traité de commerce, jusqu'au moment où Cobden et moi nous lui en avons suggéré la pensée. Peut-être a-t-il reçu nos ouvertures avec plus d'empressement qu'il n'en eût montré autrement, en supposant que cela plairait à l'Angleterre; mais je

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