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que). Pourquoi les universités ne seraient-elles pas fédérales? Il y en aurait trois: l'une à Lausanne ou Genève, l'autre à Berne, pour faire honneur à la capitale, la troisième ailleurs, et ces universités seraient fortes. Nous ne voulons pas dire qu'il n'y ait actuellement dans les unes et les autres des hommes très-distingués, mais ils ne sont pas en nombre, et souvent ils sont mal rétribués. Ce n'est pas digne de la démocratie, cela. Un pays démocratique devrait faire plus qu'une monarchie. Dans une monarchie, il y a un roi, dans une démocratie, tout le monde est roi, ou souverain, et noblesse oblige. Du reste, des progrès se font, nous rendons volontiers cet hommage à la vérité, mais ils sont lents, ce qui n'empêche pas le budget, nous parlons de celui de Berne, -de croître et de grossir tout comme celui d'un grand Etat.

Le second article à mentionner est de M. Müller, chef de la statistique de Zurich. Il s'applique à établir la valeur de l'argent aux diverses époques depuis 1150 jusqu'à l'année 1760. Nous signalons ce travail aux numismates, aux économistes et aux historiens, car il a été dressé sur les originaux et semble avoir été fait avec soin.

M. Paul Usteri-Blumer présente ensuite un tableau annoté des finances du canton de Zurich depuis 1832 jusqu'en 1877. Voici, par périodes, les sommes brutes :

1832-1848 1849-1858 1859-1868 1869-1877 Recettes totales....... 33.087.348 26.371.107 33.554.613 42.874.131 Dépenses totales....... 36.960.908 25.624.037 32.304.496 43.777.761

De la première période à la deuxième nous voyons une diminution de recettes de près de 11 millions. Environ 5 millions proviennent de la diminution du produit des domaines, et 2 millions des « droits régaliens », c'est qu'on a diminué le prix du sel et les monnaies et poudres passent à la Confédération, le reste de la décroissance est attribuable aux impôts, sauf 3 millions 1/2 qui sont qualifiés divers ». Aux dépenses, nous rencontrons une diminution de 6,744,807 fr. sur la construction des routes, 7 millions sur le chapitre finances, qui correspond sans doute aux domaines, aux monnaies et poudres. Les trois dernières périodes montrent un budget toujours croissant; nous constatons avec plaisir que l'instruction publique a absorbé, dans les quatre périodes, les chiffres qui suivent: 4,927,247-4;889,826 - 7,420,464 — 11,952,494 fr. Mentionnons encore un diagramme qui montre les fluctuations du prix des grains au marché de Zurich pendant 108 années. Deux choses nous ont frappé : 1° les années de cherté (d'après les prix moyens) depuis 1770 sont: 1772, 1796, 1799-1800, 1817,

1833, 1847, 1854, 1867, 1873, 1877, ces dates ne correspondent pas aux périodes des taches solaires qui reviennent, on le sait, tous les onze ans; 2o les prix montent moins dans les années de cherté postérieures à 1850 qu'auparavant, sans doute grâce aux chemins de fer. Il y a aussi après 1860 une moins grande différence entre le prix maximum et le prix moyen qu'autrefois.

Nous voici en Russie. La Russische Revue de M. Carl Rotger, Saint-Pétersbourg, VIII, 3, donne la fin du célèbre voyage de Pierre-le-Grand sur lequel nous avons déjà appelé l'attention du lecteur. Ce voyage est considéré comme le point de départ d'une nouvelle ère pour la Russie: d'asiatique la Russie va devenir européenne. Dans le même numéro nous trouvons, entre autres documents, un tableau des voyageurs entrés ou sortis de Russie. En 1876 il en est arrivé 32,331 et parti 22,270; en 1877, arrivé 21,839, parti 13,393. C'est bien peu pour un aussi grand pays. La guerre est la cause de la diminution du mouvement des voyageurs. Elle a exercé une influence bien plus grande et plus défavorable encore sur la navigation. Citons encore les esquisses du Don et l'article sur le commerce de la Russie.

Dans le numéro suivant (VIII, 4) nous aurions à signaler un article par lequel Frédéric Matthæi résume ses travaux sur la Statistique agricole de la Russie. L'auteur se borne à offrir des chiffres par gouvernements, nous avons en vain cherché un total pour l'ensemble de la Russie, mais nous avons trouvé que 24 mesures de froment et 31 mesures d'avoine font 55 mesures..... de quoi? de céréales. Les « céréales » sont une abstraction que les statisticiens doivent éviter, son emploi ne serait permis que dans un pays où l'on donne le froment aux chevaux et fait du pain d'avoine. Mais l'auteur est allé plus loin, il a dit 55 mesures de céréales et 24 mesures de pommes de terre font 79 mesures d'aliments! Est-ce qu'un hectolitre de froment et un hectolitre de pommes de terre renferment deux quantités identiques de « aliments »? 1+1 ne font pas 2 ici, car une mesure de blé contient le double d'éléments nutritifs de la même mesure de pommes de terre, de sorte que 5 de blé et 3 de pommes de terre ne font pas le même 8 que 3 de blé et 5 de pommes de terre. Si nous insistons tant sur ce détail, c'est que de pareils abus sont fréquents, nous en avons rencontré en France, et cela pas seulement pour les céréales. Oa additionnait bravement 1 cheval et 1 mouton font 2..... bêtes. Mais si pareille absurdité était permise, on pourrait tout aussi bien additionner les habitants avec le bétail. Il est d'autant plus impardonnable d'additionner des choses hétérogènes que pour les

cas où il est nécessaire d'avoir une vue d'ensemble, nous disposons d'un moyen très-approprié, l'évaluation en argent. Si l'on possède une vache valant 200 fr. et un hectolitre de froment valant 25 fr., on peut très-logiquement se dire possesseur d'une fortune de 225 fr. N'est-ce pas shocking que nous ayons à insister sur des choses aussi élémentaires? Quoi qu'il en soit, l'article de M. Matthæi renferme de nombreux renseignements dont l'économiste pourra faire son profit.

Les économistes danois continuent de publier leur Nationalækonomisk Tidskrift, dirigée par un triumvirat composé de MM. Falbe Hansen, Will. Scharling et Aleksis Pettersen. C'est ce dernier qui est le plus en avant sur la brèche où il combat avec une ardeur juvénile, et une exubérance de bonnes intentions. Il a inséré dans le dernier fascicule, la 5o livraison du tome XIII, le commencement d'un travail sur l'enseignement de l'économie politique qui promet de devenir très-complet. Dans un autre article on examine ce que c'est que le socialisme, comme si tout le monde ne le savait pas. Puisque l'auteur est d'avis qu'il faut persuader les socialistes, nous lui demanderons : comment faire pour convaincre les socialistes de leurs erreurs, s'ils ne veulent pas assister à vos conférences, ni lire vos publications? Ce n'est pas tout, nous avons fréquemment assisté à des réunions scientifiques, où des opinions opposées étaient en présence; on s'écoutait très-poliment, mais on ne se persuadait pas, chacun, en s'en allant, restait de son avis. Il est probable que d'autres personnes encore ont fait des observations analogues, mais elles ne les appliquent pas; elles pourraient cependant en conclure que la persuasion n'agit guère que sur les gens dénués d'opinion préconçue. Signalons aussi la discussion de la Société d'économie politique de Copenhague sur la crise, discussion préparée par un mémoire de M. Oldenburg.

Sur cette même question a été publiée, par M. W. Scharling, professeur à l'Université de Copenhague, une brochure intitulée : Aarsagerne til de daarlige Tider, etc. (Des causes de la dépression iudustrielle et commerciale et des probabilités d'une amélioration prochaine de la situation). Copenhague, librairie P. G. Philipsen. Étude approfondie, dont nous acceptons l'augure.

L'Espagne voit paraître depuis quelques mois une Revista geografica y estadistica sous la direction de MM. E. Berrocal et D. Casanal. Elle se présente très-modestement, mais nous voudrions la voir élever ses prétentions, et ce qui vaudrait encore mieux, les justifier. Peut-être n'avons-nous pas le vrai et le bon criterium pour juger cette publication, nous voudrions une feuille qui fait progresser la science, tandis que les rédacteurs se bornent à vou

avec le

loir la vulgariser. Mais nous osons prédire une chose nombre des abonnés, les ailes de l'ambition croîtront à la Revista et bientôt elle se lancera pour atteindre les hauteurs desquelles on plane sur la science.

A Santiago de Chili a paru un Ensayo sobre el estado economica de la agricultura en Chili signé de MM. Martin Drouilly et P. L. Cuadra. Il résulte de cet essai que sur une superficie totale de 32,146,200 hectares, 10,196,099 hectares sont exploités, et 4,720,000 hectares sont productifs sans être exploités. La valeur des terres exploitées varie considérablement, des 440,201 hectares de ter res arables irriguées, le prix varie de 100 à 700 pesos (piastres fortes), en moyenne 245 pesos; des terrains non irrigués le prix moyen est de 27 pesos 50. La culture des vignes est très-répandue, puisqu'on en a compté 86,549,167 pieds. Il existe au Chili 1,528,003 têtes bovines, 446,526 chevaux, 2,344,507 moutons en chèvres, environ 250,000 porcs. La quantité de froment récoltée dépasse sensiblement 5 millions d'hectolitres. La brochure renferme encore beaucoup de renseignements, mais nous devons renvoyer le lecteur à la source, nous avons seulement voulu la lui signaler.

Pour terminer, nous appellerons l'attention sur un document abondamment pourvu de renseignements relatifs à l'Uruguay, il a pour titre Sinopsis estadistica, et pour auteur, M. Vaillant, directeur de la Statistique montévidéenne; il revêt la forme d'un Memoria présenté au ministre des finances. Il y est traité du territoire, de la population (le mouvement), de l'instruction publique, de l'agriculture, du commerce, des finances, des chemins de fer, rou-. tes, télégraphes et de quibusdam aliis. Nous ne pouvons entrer dans aucun détail, notre article étant déjà très-étendu, nous tenons cependant à dire que les petites républiques de l'Amérique-du-Sud font de très-louables efforts pour se tenir au niveau des progrès incessamment faits en Europe, et en prenant en considération les difficultés à vaincre, on conviendra que ce n'est pas un mince mérite de la part des courageux lutteurs d'ultramar.

Maurice BLOCK.

ACADÉMIE

DES

SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 21 JUIN 1879.

SOMMAIRE.

prix.

Discours de M. VACHEROT, président.

Les pertes de l'Académie en 1878. Les nouvelles fondations de Le rôle des Académies. Les concours sur la théodicée, l'école la séparation des pouvoirs, les rapports des pouvoirs judiciaires avec le régime politique, - l'influence des voies de communication, - le paupérisme, la propagation de l'instruction, le rôle des Académies.

de Padoue,

Messieurs, l'honneur de présider cette séance appartenait à notre éminent confrère M. Michel Chevalier. Il a espéré jusqu'au dernier moment qu'une forte volonté pourrait dominer le mal dont il souffre. C'est avec une douloureuse résignation qu'il a dû me laisser la tâche difficile de vous parler de choses sur lesquelles je n'ai ni sa science, ni son autorité, dans un compte-rendu de concours où l'économie politique a une si large part.

Je ne répondrais pas à vos sentiments de sympathie et de regret si mes premières paroles n'étaient pour les chers et vénérés confrères que nous avons perdus en cette année 1878, qui nous fut si cruelle le marquis d'Audiffret, le savant financier, l'administrateur infatigable à qui l'administration des finances doit tant d'utiles réformes, l'homme aimable et d'un commerce charmant; Valette, le jurisconsulte sagace et profond, le professeur aimé qui est mort en enseignant, l'amant passionné du droit, pour lequel il s'offrit un jour en victime; Naudet, l'historien érudit, l'écrivain élégant, l'homme de goût, d'esprit et de cœur, d'une sensibilité si vive que rien ne le laissait froid ou indifférent, et que vivre, pour cette âme sympathique, c'était sentir et aimer; Renouard, le digne et courageux magistrat, qui n'oublia jamais, dans ses actes comme dans ses discours et ses livres, les principes de philosophie et de morale dont l'enseignement d'un Royer-Collard et d'un Cousin l'avait muni pour les luttes du barreau et les épreuves de la vie publique.

Vous me permettrez encore de rappeler ici, comme je l'ai déjà

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