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nous dit

taquer comme une bête fauve, et le mener à Paris dans une cage de fer. F'observai à M. le maréchal qu'il valait mieux le conduire à Paris dans un tombereau. Le maréchal me répondit que je ne connaissais pas Paris; qu'il fallait que les Parisiens vissent ». M. le maréchal exprima ensuite quelques sujets de mécontentement qu'il avait contre M. de Blacas. Il

que

le Roi aurait dû employer pour son service la garde impériale.

« A minuit le général Bourmont et le maré. chal montèrent en voiture , en me disant de diriger mes troupes sur Lons-le-Saulnier.

« Quel fut mon étonnement, à la nouvelle de la défection du 14! Je vis alors le général Lecourbe, qui me dit qu'il fallait se rallier au Roi. »

Le maréchal Ney : J'ai remarqué, dans le discours de M. le sous-préfet, qu'il a parlé de la garde impériale. A Compiègne, je commandais la garde de service. J'avais l'honneur d'être assis à côté du Roi. Je lui ai donné le conseil d'attacher à sa personne la garde impériale ; j'ajoutai que c'était la récompense de toute l'armée. Il me répondit qu'il réfléchirait sur cet avis. Bonaparte en a été instruit; car il m'a dit, en me le reprochant à Auxerre : « Si votre avis avait été suivi, je n'aurais jamais remis le pied en France, »

M. Berryer : Le témoin n'a-t-il pas entendu parler, au général Lecourbe, de l'esprit des troupes ?

Le témoin : Le général Lecourbe est mort, je dois respecter sa mémoire ; il ne m'a rien dit de cela.

M. Bellart : M. de Vaulchier sait-il si des gentilshommes se sont réunis aux troupes du maréchal ?

M. de Vaulchier : J'en avais envoyé trente à Lons-le-Saulnier; on les a renvoyés à Bourg.

M. Bellart: M. Capelle sait-il quelle était la disposition des esprits à Lons-le-Saulnier ? Je fais cette demande, parce qu'il m'a été adressé une pétition au nom des habitans de Lons-leSaulnier , qui réclament contre les sentimens qu'on leur a prêtés.

M. Capelle : Je ne connais pas l'esprit de Lons-le-Saulnier. Mon collègue de Vaulchier en est bien mieux instruit que moi ; c'est le lieu de sa résidence. J'ai vu , seulement, le jour où . j'y étais, beaucoup plus de populace que de soidats se mêler aux troubles du café Bourbon,

M. de Vaulchier : La majorité était indifférente. Une portion était mauvaise. La population , à ce que j'ai ouï dire, a pris peu de part aux troubles du café Bourbon. Le soir, ce sont des soldats seuls qui m'ont insulté. J'avais. eonservé, sans y faire attention, le ruban blanc.

Trente - troisième témoin , M. Jean-BaptisteVincent Durand, maréchal-de-camp, lieutenant du Roi à Besançon. Il a déposé' ::

« Le maréchal est arrivé à Besancon le o mars après-midi. Les officiers supérieurs lui furent de suite présentés par le lieutenant-général de Bourmont, commandant la division. Pendant la visite, le maréchal s'exprima en des térmes qui ne purent que confirmer toute la confiance qu'on pouvait avoir dans ses opérations ultérieures. Le débarquement de Bonaparte, disait-il, ce sont ses propres expressions, était un bonheur pour la France, puisque ce serait le cinquième acte de sa tragédie. Il donna l'ordre aux troupes de partir, et il partit luimême le 10 au matin. Avant de se mettre en marche, il adressa aux chefs des discours qui

ne pouvaient qu'augmenter toute la confiance. Il leur recommanda d'être dévoués au Roi.

« Les officiers supérieurs voyaient dans les discours, dans la conduite du maréchal, dans ses talens et sa loyauté, la grande influence qu'il exerçait à juste titre sur les troupes, les garanties les plus fortes pour le service du Roi. il disait qu'il ferait de Bonaparte sa propre affaire. »

Le témoih a ajouté beaucoup d'autres considérations qui devaient, a-t-il dit, concilier au maréchal la confiance générale.

« On espérait que le concours des officiers généraux, les offres de services de bons Français qu'il aurait placés dans les rangs, auraient augmenté ces forces et amélioré l'esprit public.

« On avait la conviction que la loyauté du maréchal et ses discours énergiques entraîneraient ses troupes dans le chemin de l'honneur et du devoir.

« Les ordres qu'il avait donnés le 13 étaient tous dans le service du Roi. Notre conviction sur l'état satisfaisant des choses ne pouvait qu'en être fortifiée.

« Le 15, nous apprîmes par un officier (M. Duvivien), qui venait d'arriver, que le 14, entre onze heures et midi, le maréchal avait fait rassembler les troupes, et qu'à la suite il avait lu la proclamation qui commence par ces mots : a Soldats, la cause des Bourbons, » etc., et qu'après il avait fait reconnaître Bonaparte comme souverain de la France.

Nous apprîmes aussi que la défection du maréchal était complète , et que ses troupes étaient en pleine marche pour se réunir à l'ennemi de la France.

a Dans la journée du 15, le baron Mermet reçut des lettres du maréchal ; mais, comme

par interim.

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ee général ne s'était approché de la place qu’à une lieue de distance, il ne put recevoir ses dépêches.

Elles furent ouvertes par le commandant Elles contenaient quatre ordres du maréchal. « Par le premier, il demandait six bouches à feu avec leurs attelages , et les canonniers suffisans.

« Par le second, qu'on envoyât en diligence tous les hommes disponibles des dépôts.

Par le troisième, il ordonnait qu'on proclamât Bonaparte empereur ; que le drapeau de la rébellion et la cocarde tricolore fussent arborés.

* Par le quatrième, il ordonnait l'arrestation de plusieurs officiers.

« Le commandant provisoire proposa de faire fermer les portes, et de s'opposer à la sortie des canons et des hommes, et à toutes les mesures indiquées par le maréchal.

Cette proposition ne fut point adoptée. On craignit l'effusion du sang.

La batterie commandée sortit le 18, et fut expédiée par le commandant d'artillerie.

L'étendard de la révolte fut arboré le 21. v M. Berryer a fait observer que le témoin s'était trompé sur la date de l'arrivée du maréchal à Besancon.

Après quelques discussions, le témoin a reconnu effectivement qu'il n'était arrivé que le 10, et qu'il était parti le 11 seulement pour Besançon.

M. Berryer a demandé si le maréchal avait fait partir les troupes,

Le témoin a répondu affirmativement.

Le maréchal : Vous vous trompez ; c'est le général Bourmont qui en a donné l'ordre.

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Un pair : Monsieur le président, un des témoins précédens a déclaré que la place de Besançon avait dû être désarmée en vertu d'or. dres. Veuillez demander au témoin si effectivement l'ordre a été donné, et s'il a été exécuté en cas d'existence.

M. le président en fait la demande.

Le témoin : Il n'y a pas eu d'ordre de désarmer la place ; seulement il a été dirigé deux pièces sur le château de Joux, afin de se porter sur le corps du maréchal Ney.

M. Berryer a demandé que M. le chancelier voulût bien faire entendre la déclaration de M. le baron de Montgenet sur le fait du dés sarmement.

M. Bellart a déclaré qu'il ne s'opposait pas à ce que cet officier général fût entendu par commission rogatoire.

M. le président a déclaré qu'il n'y avait pas dle possibilité ; qu'on n'avait pu trouver son domicile, et que sa belle-sæur avait déclaré qu'elle ne savait pas où il était, et qu'elle ne pourrait lui écrire que quand il lui aurait donné de ses nouvelles.

M. le président a ordonné qu'on donnât lecture de la déposition écrite du général Montgenet devant le conseil de guerre. La voici:

« M. François-Bernard, baron de Montgenet, maréchal-des - camps et armées du Roi (dans l'arme de l'artillerie), chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, l'un des commandans de la Légion-d'Honneur, âgé de quaranteneuf ans, domicilié à Paris, a déposé comme suit :

M. le maréchal Ney, étant arrivé à Besançon, chef-lieu de son gouvernement, dans la nuit du 10 au 11. mars dernier, les officiers supérieurs de l'artillerie employés dans la place

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