Page images
PDF
EPUB

Chateaubriant. Trois ministres étaient prém sens. M. Bellart, procureur-général, commissaire du Roi, représentant le ministère public, avait un bureau au-dessous et à la droite du président. Le secrétaire-rédacteur de la chambre faisant les fonctions de greffier, était assis à la gauche; entre eux étaient placés les témoins, au nombre de vingt, dont seize mandés pour soutenir l'acte d'accusation, et les autres pour déposer sur divers faits que

le maréchal avait allégués à sa justification.

Les avenues de la salle étaient gardées par des postes de la garde nationale parisienne, chargée du service d'honneur.

Le chancelier ouvrit la séance en ces ter

mes :

« Messieurs, le maréchal Ney, accusé de haute trahison et d'attentat contre la sûreté de l'État, va être amené devant la chambre des pairs : je fais observer au public, pour la première fois témoin de nos séances, qu'il ne doit se permettre aucun signe d'approbation ou d'improbation. Les témoins doivent être écoutés, les réponses de l'accusé religieusement entendues : j'ordonne à la force publique d'arrêter quiconque violerait le silence qui doit être observé dans cette enceinte, quiconque s'écarterait du respect dû

à cette auguste assemblée, et des égards que réclame le malheur.

« Les témoins vont être introduits ; on fera comparaître ensuite l'accusé. »

Les seize témoins à charge se présentent. A la gauche du président, et dans le parquet, on avait disposé deux tables et trois siéges pour le maréchal et ses deux avocats, MM. Berryer et Dupin.

Le chancelier ordonna de faire entrer l'accusé. Il parut escorté par quatre grenadiers royaux, qui, à ce qu'on assure, étaient des officiers de confiance pris dans la maison du Roi. Le maréchal avait un habit bleu militaire sans broderie; il portait les épaulettes de son grade, la plaque de la Légion-d'Honneur; le grand-cordon de cet ordre, passé sous l'habit, n'avait que le noeud d'apparent. On remarquait à sa boutonnière le ruban sans croix. de l'ordre de Saint-Louis. Après avoir salué l'assemblée, il s'assit entre ses deux défen

seurs..

On commença par l'appel'nominal de tous les pairs, suivant l'ordre du chancelier.

Le chancelier demanda ensuite au maréchal ses noms, prénoms, etc., et après que celui-ci eut répondu, le chancelierlui adressa ces paroles :

« Accusé, prêtez à ce qui va vous être lu.

la plus grande attention. Je recommande à votre conseil la plus stricte modération dans les débats qui vont s'ouvrir; je l'invite à ne parler ni contre sa conscience, ni contre l'honneur, et à se renfermer dans tout le respect qui est dû aux lois. »

Le greffier donne alors lecture de l'acte d'accusation. Pour mettre le lecteur à même de suivre les débats, nous croyons devoir rapporter textuellement cette pièce, qui est la base de toute la procédure.

Les commissaires du Roi, chargés par ordonnance de S. M. des 11 et 12 de ce mois de soutenir devant la chambre des pairs l'accusation de haute-trahison et attentat contre la sûreté de l'Etat, intentée au maréchal Ney, et sa discussion,

Déclarent que des pièces et de l'instruction qui leur ont été communiquées par suite de l'ordonnance qu'a rendue, en date du 15 du présent, M. le baron de Séguier, pair de France, conseiller d'Etat, premier président de la cour royale de Paris , commissaire délégué par M. le chancelier, président de la chambre, pour faire ladite instruction, résultent les faits suivans:

En apprenant le débarquement effectué à Cannes, le jer mars dernier, par Bonaparte, à la tête d'une bande de brigands de plusieurs nations , il paraît que le maréchal Soult, alors ministre de la guerre, envoya, par un de ses aidesde-camp, au maréchal Ney , qui était dans sa terre des Coudreaux, près Châteaudun, l'ordre de se rendre dans son gouvernement de Besançon, où il trouverait des instructions.

Le maréchal Ney vint à Paris le 6 ou le 7 (car le jour est resté incertain ; et au surplus, cette circonstance est peu importante), au lieu de se rendre directement dans son gou. vernement.

La raison qu'il en a donnée est qu'il n'avait pas ses uniformes.

Elle est plausible.

Ce qui l'est moins, c'est que, suivant le maréchal , il ignorait encore, lorsqu'il est arrivé à Paris, et l'événement du débarquement de Bonaparte à Cannes, et la vraie cause de l'ordre qu'on lui donnait de se rendre dans son gouvernement de Besançon. Il est bien invrassemblable que l'aide-de-camp du ministre de la yuerre ait fait au maréchal , à qui il portait l'ordre de partir subitement, un secret si bizarre de cette nouvelle , devenue l'objet de l'attention et des conversations générales, secret dont on ne peut même soupçonner le motif, comme il ne l'est pas moins que le maréchal ait manqué de curiosité sur les causes qui lui faisaient'ordonner de partir soudain pour son gouvernement, et n'ait pas interrogé l'aide-de-camp, qui n'eût pu alors se défendre de répondre.

Le maréchal veut pourtant qu'on admette eette supposition ; et il soutient qu'il n'a appris cette grande nouvelle qu’à Paris, par hasard, et chez son notaire Batardi.

Le maréchal a-t-il cru qu'en affectant cette ignorance prolongée du débarquement de Bo.. naparte , il ferait plus facilement croire qu'il n'était pour rien dans les mesures qui l'ont préparé, puisqu'en effet il n'eût pas dû rester indifférent à ce point sur le résultat du complot ? On n'en sait rien. Ce qu'on sait, c'est que cette ignorance n'est pas naturelle, et qu'elle est plus propre à accroître qu'à dissiper les soup

.. çons sur la possibilité que le maréchal ait trempé dans les maneuvres, dont ce débarquement a été le funeste résultat.

Ges soupçons sur la participation que le maréchal a pu prendre à ces manoeuvres se sont considérablement augmentés par les dépositions d'un assez grand nombre de témoins, qui ont rapporté divers propos attribués au maréchal , dont la conséquence serait que le maréchal était prévenu de cette arrivée.

C'est ainsi que le sieur Beausire dépose que, peu de tems après sa défection, le maréchal lui disait que, quand lui Beausire avait traité d'une fourniture avec le gouvernement du Roi, il avait dû prévoir qu'il traitait pour le souverain légitime ( Bonaparte).

Le comte de La Genetière dépose qu'après avoir fait lecture de la proclamation , dont il.

« PreviousContinue »