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pas d'embrasser une autre cause. Je n'ai point accepté sa démission. Je l'ai laissé libre de partir ; je lui ai conseillé de se retirer à Besançon pour éviter les mauvais traitemens de ses soldats.

D. Avez-vous fait imprimer la proclamation ?
R. Non.
D. Comment l'avez-vous laissé imprimer ?

R. Je l'avais lue sans l'avoir signée, et on l'aura imprimée sans que j'en aie eu aconnaissance.

D. Avez-vous donné l'ordre d'arrêter des officiers et quelques fonctionnaires ?

R. J'ai reçu cet ordre de Bonaparte; mais je n'ai fait arrêter personne.

On a su l'ordre daté du 19 mars. Il est dirigé contre MM. de Bourmont, Lecourbe, Delort, Jarry, de la Genetière, de Vaulchier, Dubalen, Clouet, le commandant d'armes d'Auxonne, le comte Scey, Bessières.

(On a présenté l'ordre à l'accusé.)
D. Le reconnaissez-vous ?

R. Je le reconnais; il m'avait été donné par Bertrand ; mais personne n'avait été arrêté : aucun maréchal n'aurait voulu arrêter un général.

D. Avez-vous proposé à M. le marquis de Vaulchier de s'unir à Bonaparte?

R. Je ne l'ai proposé à personne : je lui ai écrit pour qu'il maintînt la tranquillité dans la ville, et fit respecter les personnes et les propriétés. Il y a eu du bruit à Lons-le-Saulnier, inais point de dégât. Je ne pouvais pas empêcher les paysans et la populace de courir et de boire dans les rues avec les soldats.

D. Avez-vous écrit au duc de Reggio ?

* Voyez livre 3, tome ser, page 265.

R. Oui. - J'ai écrit dans l'intérêt du Roi; mais je doute que les lettres lui soient par.venues.

D. Avez-vous écrit au duc de Bassano ?

R. Oui; je lui ai écrit par ordre de Bertrand, à l'effet de faire respecter tous les membres de la famille royale.

D. Avez-vous écrit au commandant d'Auxonne de rendre la place à Bonaparte ?

R. Non. Les bourgeois étaient maîtres de la place.

Cet interrogatoire terminé, on a entendu les témoins.

Premier témoin, M. le duc de Duras.
M. le président : Vous jurez et promettez, etc.
Le témoin : Je le jure.

M. le président : Vos noms, prénoms, âge qualité et domicile ?

Le témoin : Amédée Bretagne Malo de Durfort, duc de Duras , pair de France, premier gentilhomme de la chambre du Roi, maréchaldes-camps et armées du Roi , âgé de quarantequatre ans, chevalier de Saint-Louis, domicilié à Paris.

D. Connaissiez-vous l'aceusé avant les faits qui ont donné lieu à l'acte d'accusation ?

R. Je l'avais vu quelquefois chez le Roi.

D. Etes-vous parent , allié ou au service de l'accusé ?

R. Non.

D. Déposez ce que vous savez des faits contenus dans l'acte d'accusation.

R. Je persiste dans ma précédente déposition écrite.

D. Vous devez, devant la chambre, répéter les mêmes faits qui sont contenus dans cette déposition.

R. Le 7 mars dernier j'ai introduit M. le ma.

réchal Ney dans le cabinet du Roi, de onze à onze heures un quart. Le maréchal s'est avancé d'un pas ferme vers le Roi, et, en s'inclinant, il a remercié Sa Majesté de la confiance dont elle venait de lui donner un témoignage par des paroles pleines de bonté. Après avoir baisé la main

que le Roi a daigné lui tendre, il a dit à Sa Majesté que, s'il pouvait prendre Bonaparte , il le lui ranıenerait dans une cage de fer.

Le chancelier demanda au maréchal : Avezvous quelques observations à faire sur la déposition du témoin.?

R. Je n'ai point dit cela. Je croyais avoir dit l'inverse; que l'entreprise de Bonaparte était si extravagante que, si on le prenait, il mériterait d'être amené dans une cage de fer.

M. Berryer a demandé que M. le président interpelât le témoin pour savoir si ce sont bien les termes dont s'est servi le maréchal.

Le témoin a répondu : Je ne sais si ce sont les termes positivement; mais c'est bien le sens de ce qu'il a dit.

Deuxième témoin, M. le prince de Poix.

Après les formules d'usage, M. le prince de Poix a déclaré s'appeler Philippe-Louis-MarcAntoine de Noailles, prince de Poix, grand d'Espagne de première classe, capitaine des gardes du Roi, lieutenant - général de ses armées , gouverneur de Versailles, etc., chevalier de Saint-Louis, etc. , âgé de soixante-deux ans, domicilié à Paris ; is a persisté dans sa déposition écrite.

Sur l'observation de M. le président, de rappeler devant la chambre les faits relatifs à l'accusation, il a déposé ainsi qu'il suit :

Le 7 mars, jour de son départ, le maréchal Ney fut introduit chez le Roi pour pren

ne

con

dre congé de Sa Majesté ; le Roi le fit entrer sur-le-champ , et lui dit à peu près ces mots : Partez ; je compte bien sur votre dévouement et votre fidélité.

Le maréchal s'inclina , baisa avec affection la main que le Roi lui tendit , et dit : Sire , j'espère bien venir à bout de le ramener dans une cage de fer. Après quoi il sortit.

Le troisième témoin, le comte de Scey, se nomme Pierre-Georges , comte de Scey-Montbelliard , maréchal - des - camps et armées du Roi , chevalier de Saint-Louis, ancien préfet du département du Doubs, âgé de quarantequatre ans, domicilié à Besançon , naissant pas l'accusé avant les faits qui ont donné lieu à l'acte d'accusation ; il a déposé à peu près en ces termes , après les interpellations d'usage :

« A l'arrivée du maréchal à Besançon, entre neuf et onze heures, le 10 mars, j'allai prendre ses ordres. Il me dit qu'il n'en avait aucun à me donner. Il me demanda de lui procurer des chevaux de selle et de l'argent sur la caisse publique. Il tenait des discours vėhémens contre Napoléon; cependant, en ce moment, il existait un grand enthousiasme de fidélité pour le Roi à Besançon. Les voitures de Monseigneur le duc de Berri avaient été menées au cri de vive le Roi!

« Je lui demandai des munitions et des armes pour les volontaires royaux et les gardes nationales ; il me répondit qu'il n'y en avait pas. Il me dorna des inquiétudes sur les entreprises de Bonaparte, en me disant que S. A. R. Monseigneur le duc de Berri ne viendrait pas, qu'il l'en avait détourné.

« J'avais vu partir des .canons et dégarnir la place. J'en demandai raison au général d'artil

lerie, qui me répondit que cela ne me regardait pas, et qu'il agissait en vertu des ordres qu'il avait reçus.

« Au moment de son départ pour Lons-leSaulnier, M. le maréchal me fit demander, par M. Passinges de Préchamp, son chef d'étatmajor, un mandat de 15,000 francs sur le receveur-général. Je fis observer à cet officier

que je ne pouvais le délivrer, vu le peu de fonds qu'il y avait dans les caisses, et qu'il était de mon devoir de conserver, pour assurer le prêt à la garnison; que M. le maréchal se procurerait facilement ailleurs l'argent qui pouvait lui être nécessaire pour une campagne aussi courte. M. de Passinges, mécontent de mon refus, me répliqua avec vivacité : Cela n'ira pas comme vous le pensez. Les partisans des Bourbons sont sans énergie.

Depuis le départ du maréchal Ney, je n'ai reçu de lui qu'une lettre du 13 mars, par laquelle il me demandait les contrôles de la garde nationale à pied et à cheval.

« Le 15 au matin, la proclamation du maréchal arriva à Besançon. »

Le chancelier demanda au maréchal s'il avait des observations à faire.

Le maréchal a répondu au témoin : Je ne vous ai jamais parlé d'argent à Besançon; je vous ai dit de faire diligence pour avoir des chevaux pour le train d'artillerie, et vous n'en avez rien fait. On a point dégarni Besançon ; on a au contraire rentré dans la place toutes les pièces du polygone qui servaient à l'instruction. Quant à l'argent, les 15,000 francs , qui étaient un bon du ministre de la guerre, ne m'ont été payés qu'à Lille, à la fin de mars, lorsqu'il m'en était dû 45,000.

Le témoin a dit : L'argent m'a été demandé

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