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pour M. le maréchal. Je ne sais pas si c'était pour le service du Roi ou pour les besoins personnels de M. le maréchal.

Le maréchal : Vous rappelez-vous, monsieur le préfet , que vous m'avez écrit, à Lons-leSaulnier, que vous aviez 700,000 francs pour le service du Roi à ma disposition ? Je vous ai répondu que ni moi ni mes troupes n'en avions besoin ; que vous deviez les conserver pour le trésor royal. C'est de Besançon qu'est partie cette infâme calomnie, qu'on m'avait donné 500,000 francs; cela ne se répète plus aujourd'hni; mais, si j'avais été assassiné sur la route d'Aurillac à Paris, jamais mes enfans n'auraient pu me laver de cette infâmie.

Le témoin : Vous m'avez donné l'ordre de faire arriver des chevaux. Ils sont arrivés.

Le maréchal ; Vous vous trompez : le commandant d'armes est chargé du service sur sa responsabilité. Pour moi, je n'avais que des dépôts à Besançon, qui forinaient au plus 400 hommes. Les attelages manquaient, et je n'ai pu avoir de canons. Les bourgeois et les paysans ont pris les pièces parties d'Auxonne, et les ont jetées dans le canal. Le préfet ne m'a rien demandé. J'ai réuni les gardes nationales de quatre départemens; et beaucoup de gens de bonne volonté, qui paraissent aujourd'hui, ne s'y trouvaient pas alors.

Le chancelier a dit à l'accusé : Y avait-il de l'enthousiasme à Besancon ?

Le maréchal : Non. Tout le monde était sombre, chagrin. On savait l'arrivée de Bonaparte.

M. Berryer a prié le président de demander au témoin s'il savait si M. de Bourmont avait écrit à une époque très-rapprochée du 14 mars, à M. Durand, commandant d'armes à Besancon,

Le chancelier a fait la question au témoin.

Le témoin : Non : Je ne sais pas si M. de Bourmont a écrit depuis le 13.

M. Berryer. M. de Scey n'a-t-il pas vu une lettre de M. de Bourmont à M. Durant, écrite postérieurement au 14 mars ?

Le témoin : Je ne l'ai pas vue. Je n'en ai vu que jusqu'au 13. Jusque-là M. de Bourmont correspondait avec M. Durand.

Le quatrième témoin, M. Félix, chevalier de Richemont, âgé de trente-six ans, employé aux droits réunis , domicilié à Autun , département de Saône-et-Loire, après les interpellations et questions de forme, a déposé :

« J'étais employé à Lons-le-Saulnier lorsque le général Jarry me fit appeler chez lui le 13 mars, et, connaissant mon dévouement au Roi, il me conduisit chez M. le maréchal Ney, qui était arrivé le 11. Il me chargea d’une mission à Mâcon, pour examiner l'esprit public et prendre des informations sur la marche de Bonaparte. Ma mission était écrite de la main du général Lecourbe. Le maréchal me fit compliment sur mon attachement à la famille royale; il me promit de rendre compte au Roi de ma conduite, si je m'acquittais fidèlement de ma mission. Le maréchal me demanda si j'avais de l'argent; il me remitcing pièces de 20 francs,

me disant que si j'en avais besoin d'autre j'en trouverais à Bourg chez M. le général Gauthier. Il était trois heures après midi. Je vouJais partir de suite, mais je ne trouvai point de chevaux à la poste. Je fus obligé d'attendre, pour partir, jusqu'au lendemain quatre heures. J'arrivai à Bourg. Le général Gauthier venait de passer à Bonaparte ave son régiment. Je me rendis alors chez le commandant de gendarmerie , qu'on m'avait dit être dévoué

en

au service du Roi. Il m'apprit les mauvaises nouvelles de la journée ; que le général Gauthier avait été menacé par ses troupes. Il m'invita à retourner sur mes pas, en me disant que tout était perdu. Je jugeai cependant à propos de continuer ma route, et j'arrivai à Mâcon. J'étais à souper à l'auberge lorsque deux gendarmes et un commissaire de police vinrent me demander mon passe-port; je le leur montrai et ils s'en allèrent. Un instant après un des gendarmes rentra et me dit : Monsieur, allez-vousen, si vous ne voulez pas être arrêté. Pour le remercier, je donnai au gendarme deux pièces de 20 francs.

Je sortis de l'auberge et marchai quelques heures à pied. Je pris ensuite un cheval de poste et me dirigeai sur Lons-le-Saulnier. Je rencontrai, le long de ma route, des troupes qui passaient à Bonaparte en criant vive l'empereur! J'arrivai le soir à Lons-le-Saulnier, et j'appris ce qui s'était passé dans la journée, et la proclamation de M. le maréchal.

M. le président au maréchal : Quelle était votre intention en envoyant ainsi le témoin examiner les forces de Bonaparte ? Vous espériez donc vous défendre ?

Le maréchal : Qui, monseigneur. Le 13 j'envoyai épier la marche de Bonaparte.

M. le président : Avez-vous quelques observations à faire au témoin ?

Le maréchal : Non, monseigneur.

Le cinquième témoin, Charles-Louis-Catherine-Emmanuel, comte de Villars-Faverney, âgé de quarante-cinq ans, inspecteur des gardes nationales, colonel de la garde à cheval du déa partement du Jura , chevalier de Saint-Louis, domicilié à Monnet-le-Château, département

K

du Jura , après les interpellations préalables, a déposé :

Les 11 et 12 mars, je m'assurai des bonnes dispositions des gardes que je commandais. Je me rendis le 13 chez M. de Bourmont pour prendre ses ordres. Il refusa de m'en donner et me renvoya au maréchal. J'y allai , et je lui dis que mes troupes étaient prêtes à marcher. Il me répondit de ne pas les diriger sur Lonsle-Saulnier, qui n'était pas une position où il voulut se battre. Je demandai à M. le maréchal ce qu'il voulait que je fisse. Il m'engagea à laisser les gardes nationales dans les villes pour le maintien de la tranquillité publique.

« Le 15 j'étais à Poligny ; les généraux Lecourbe et de Bourmont y passèrent; ils ne purent avoir de chevaux. Je les engageai à venir, en attendant, chez M. Legagneur, dont le dévouement au Roi était connu. Le général Lecourbe nous dit que c'était fini ; que tout était arrangé depuis trois mois; que cela avait été pour Bonaparte un jeu d'enfant. Ce sont les propres expressions du général Lecourbe.

Le maréchal : le témoin avait sans doute les meilleures dispositions; mais je ne crois pas qu'il eût pu rassembler trois hommes. Ce que j'ai dit au général Lecourbe m'avait été suggéré par Bertrand; mais je n'en avais pas moins pris toutes les mesures nécessaires. J'ai invité les gardes d'honneur à marcher, et personne n'est venu; j'ai dit, il est vrai, que je ne voulais que des hommes francs et qui iraient en avant.

Le président au témoin : Pouviez-vous réunir un certain nombre de gardes d'honneur ?

Le témoin : Oui, j'aurais eu des hommes trèsdévoués, notamment 109 hommes à cheval, des gardes d'honneur, et autres de bonne volonté.

M. Berryer : Je prie monseigneur de deman

der au témoin ce qu'il a entendu dire au général Lecourbe sur l'état des choses, sur les dispositions des troupes.

M. le président a adressé la question au témoin.

Le témoin : Le général Lecourbe dit que le inaréchal Ney parlerait à l'empereur pour les généraux ; mais que s'il voulait continuer à les tourmenter, et à régner en tyran, on trouverait bien le moyen de s'en défaire. Le général Lecourbe ajouta que nous ressemblions à l'empire romain dans sa décadence; et que, si l'empereur venait à être tué, il se présenterait cinq à six généraux qui éleveraient des prétentions au trône.

M. Bellart : Le général Lecourbe a-t-il parlé au témoin des dispositions faites par le maréchal pour arrêter Bonaparte ?

Le témoin : Le général m'a dit : Que voulezvous faire quand les troupes ne veulent pas se battre ? Mais si j'avais commandé il en aurait été autrement. On fait du soldat tout ce qu'on vent.

Le maréchal : Le général Lecourbe n’a pu tenir un discours aussi peu véridique. Les troupes étaient en marche d'après les ordres du ministre de la guerre, et sous la conduite de M. de Bourmont. Ce n'était donc pas un jeu d'enfant de les diviser pour les faire marcher en échelons. J'ai demandé qu'on fit venir cent mille cartouches en poste. Après cela, depuis huit mois, on peut avoir arrangé les dépositions pour dire que j'avais manigancé des ordres à l'effet d'éparpiller les troupes et les désorganiser.

M. Bellart : M. le Gagneur était-il présent à la conversation que vous avez eue avec les généraux Lecourbe et Bourmont?

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