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les troupes. Il a rassemblé les officiers au Moutond'Or, et, ayant fermé la porte à clé, il a demandé au colonel s'il y avait parmi nous des intrus. Le colonel ne répondit rien. Le maréchal ayant interprété son silence d'une manière. négative, répondit : A la bonne heure! Il se répandit de suite en invectives contre la famille royale. La majeure partie des troupes était pour le Roi , mais la défection du maréchal fit tout changer.

Le maréchal : Le témoin se trompe. Quand un maréchal reçoit des officiers, il ne va pas fermer la porte à clé; cela ne serait pas convenable. J'ai vu dans ma tournée de 50 à so mille individus. Je ne sais pas si vous avez. été envoyé en députation pour me dénon. cer. Le fait est que j'ai dû agir d'après la lettre dont j'étais porteur; que je n'ai rien dit d'insultant contre le Roi; que la lettre même me le défendait, puisqu'elle ordonnait de respecter le malheur, et, dans le cas où un membre de la famille tomberait entre mes mains, de lui donner toute facilité pour gagner les frontières.

Le témoin : Je le dis en homme d'honneur. C'est au baron Menu que vous avez parlé. Vous avez dit tant d'outrages de la famille royale que les bonapartistes eux-mêmes en ont été indignés. Ne nous avez-vous pas dit que plusieurs maréchaux voulaient la république ? L'avez-vous dit, qui ou non ? Avant votre arrivée le drapeau blanc flottait encore à Landau, quoique toutes les communes des environs eussent arboré le drapeau tricolore. Aussitôt après votre arrivée, on le prit à Landau , et le général Girard, quand il vous a vu, a fait crier vive l'empereur!

M. Berryer : Précisez l'époque.
Le témoin : C'est dans le courant d'avril.

Vingtième témoin : M. de Balincourt, colonel du régiment de cuirassiers de Condé, a déposé :

* Je n'ai aucune connaissance des faits imputés au maréchal. J'ai été appelé le 20 novembre pour déposer d'un ouï-dire que j'ai répété.

« L'un de mes parens, capitaine au 75e régiment, m'a rapporté que le maréchal avait dit à Philippeville qu'en partant de Paris il avait. dans sa voiture une proclamation qu'il a lue à ses troupes avant de passer à l'ennemi. »

M. Bellart a. interpelé le témoin Grison dedéclarer s'il ne connaissait pas quelqu'un qui pût déposer dans le même sens que lui.

Oui, a répondu M. Grison, un capitainequi est ici. »

On l'a introduit. Il se nomme Casse, capi-taine au 42e régiment (vingt-unième témoin).

Sa déposition n'étant qu'un simple renseigne-ment, il n'a pas prêté serment.

Il a déposé qu'après l'arrivée de Bonaparte à Paris, le maréchal a dit à Condé mille horreurs du Roi; que sa cause était perdue; quec'était une famille pourrie; que le Roi n'était ni Français ni légitime; que c'était à Bonaparte qu'il fallait obéir.

M. le président : Avez-vous entendu ces paeroles personnellement ?

Le témoin : Oui, le 24 ou le 25 mars, dans la maison du gouverneur, avec tous les offieciers du régiment. Vous avez dit davantage; vous avez dit : Nous faisions notre cour au Roi, mais il n'avait pas nos cours; ils étaient toujours à l'empereur; le Roi nous aurait donné vingt fois la valeur des Tuileries, que jamais nous : ne l'aurions eu dans nos coeurs...

Vingt-deuxième témoin, M. Cailsoué, bijoutier, au Palais-Royal. Il a déposé :

Que M. le maréchal Ney arrivant à Paris. avec Bonaparte, lui envoya, par son valet-dechambre, toutes ses décorations à changer. C'est, le 25 mars que M. le maréchal a eu ces objets, et c'est le 25 mars que je les ai inscrits sur mon livre, que

voici. Le témoin a ouvert alors le registre sommaire de sa maison,

Il y a lu le compte suivant. Le 25 mars, doit M. le maréchal Ney, médaillon de deux croix grand-cordon, no 75, 50 fr.; une croix no I, 12 fr.; médaillon de la croix no 6, 6 fr. ; deux portraits or émaillé, 30 fr. chacun, 60 fr.

L'accusé : Vous voyez, morseigneur, que, d'après ce compte, je ne pouvais pas avoir les décorations que les témoins prétendent m'avoir vues à Lons-le-Saulnier.

M. le chancelier a demandé au témoin s'il n'avait point, à la même époque, arrangé pour l'accusé une plaque de la Légion-d'Honneur, Le témoin a répondu que non..

Il a répondu, sur les renseignemens qu'on lui demandait relativement à ces plaques, que le médaillon pouvait se changer à volonté, et, que c'était dans ce médaillon qu'existait la seule différence qui distingue les plaques données par l'ancien gouvernement, de celles données

M. Bellart a fait observer que le maréchal n'avait dû faire changer que les décorations royales ; qu'à l'égard des décorations à l'aigle s'il en avait, il n'y avait rien à y faire ; qu'ainsi la déposition avait bien peu d'importance.

Vingt-troisième témoin, M. Devaux, aide-decamp du maréchal. Il a dit :

« J'étais à Lons-le-Saulnier à l'époque du 14

par S. M.

K

mars : je n'ai remarqué aucun changement dans les décorations du maréchal, rgi ce jour-là ni les jours suivans. Il portait une plaque et des rubans rouges. »

Vingt-quatrième témoin, M. Batardy, notaire à Paris. Il a déposé :

Au mois de février M. le maréchal était dans sa terre des Coudreaux. Le 3 mars il m'a fait écrire pour lui envoyer des renseignemens sur sa dotation et son traitement du mois de février. Il me chargea d'envoyer 3000 francs à M...... à Vienne, qui stipulait les intérêts des donataires devant le congrès. Je passai chez le beau-père de M. le maréchal, pour aviser aux moyens de lui faire passer aux Coudreaux le reste des fonds que j'avais touchés pour lui.

On me dit que cela était inutile, parce qu'on venait d'expédier un courrier au maréchal, et qu'il allait arriver à Paris.

« Le maréchal y arriva. J'étais chez lui lorsqu'il descendit de voiture. Il embrassa d'abord le plus jeune de ses fils , qui était dans les bras de sa nourrice. Il s'adressa ensuite à moi, ét me dit : Qu'y a-t-il de nouveau ! Cette question, celle qu'il m'adressait toujours, s'entendait des affaires de M. le maréchal. Nous entrâmes dans ses appartemens. J'étais fort surpris que le maréchal ne me parlât de rien. Je lui

« Vous ne “savez donc pas que l'empereur est débarqué à Cannes ? » Le maréchal en parut étonné. Il s'expliqua fort durement sur le compte de Bonaparte , et il ajouta : « Il « n'aurait pas osé débarquer, s'il n'y avait pas « eu en France de la division et du méconten« tement, » Je puis assurer sur mon honneur, et je resterai convaincu toute ma vie, que nonseulement il ne savait pas que Bonaparte dît descendre à Cannes, mais même qu'il ne le désirait pas. »

dis :

Vingt-cinquième témoin, M. le duc de Mailhé, pair de France, premier gentilhomme de la chambre de S. A. R. MONSIEUR, maréchal des. camps et armées du Roi, et chevalier de SaintLouis.

Il a connu le maréchal Ney depuis le retour du Roi. Il a fait sa déposition à-peu-près dans les termes suivans :

« Je suis parti le 9 mars de Lyon, le lendemain du départ de Monsieur, qui se portait en avant ; mais cette marche fut impossible, il n'y avait point de canons. Il fallut rétrograder. J'arrivai le 10 à Besançon. Je n'y trouvai point M. le duc de Berri. Je me présentai chez M. de Bourmont, et nous allâmes, ensemble chez M. le maréchal. Je lui appris les mauvaises nouvelles ; que MONSIEUR était forcé de se retirer sur Roanne. Le maréchal nous dit que nous allions partir sur-le-champ pour rejoindre MONSIEUR. Je sortis pour aller faire mes préparatifs pour ce départ. Je revins chez M. le maréchal, mais il avait changé d'idée. Il dit qu'il voulait se porter sur Lons-leSaulnier ; que là il serait au centre.

Le maréchal Ney : Je prie le témoin de déclarer si je l'ai chargé de demander un rendezvous à MONSIEUR pour moi ; si je ne lui ai pas

dit que je n'avais rien à faire à Besançon, et qu'il fallait marcher à Bonaparte. M. de Mailhé est parti. Je n'ai plus eu depuis des nouvelles de lui ni de MONSIEUR. Les événemens en ont décidé.

Le témoin : Le maréchal ne pouvait pas me dire d'inviter Monsieur à le joindre ; MONSIEUR était alors avec le maréchal Macdonald, l'ale

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