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mars : je n'ai remarqué aucun changement dans les décorations du maréchal, rgi ce jour-là ni les jours suivans. Il portait une plaque et des rubans rouges. »

Vingt-quatrième témoin, M. Batardy, notaire à Paris. Il a déposé :

Au mois de février M. le maréchal était dans sa terre des Coudreaux. Le 3 mars il m'a fait écrire pour lui envoyer des renseignemens sur sa dotation et son traitement du mois de février. Il me chargea d'envoyer 3000 francs à M...... à Vienne, qui stipulait les intérêts des donataires devant le congrès. Je passai chez le beau-père de M. le maréchal, pour aviser aux moyens de lui faire passer aux Coudreaux le reste des fonds que j'avais touchés pour lui.

On me dit que cela était inutile, parce qu'on venait d'expédier un courrier au maréchal, et qu'il allait arriver à Paris.

« Le maréchal y arriva. J'étais chez lui lorsqu'il descendit de voiture. Il embrassa d'abord le plus jeune de ses fils , qui était dans les bras de sa nourrice. Il s'adressa ensuite à moi, ét me dit : Qu'y a-t-il de nouveau ! Cette question, celle qu'il m'adressait toujours, s'entendait des affaires de M. le maréchal. Nous entrâmes dans ses appartemens. J'étais fort surpris que le maréchal ne me parlât de rien. Je lui

« Vous ne “savez donc pas que l'empereur est débarqué à Cannes ? » Le maréchal en parut étonné. Il s'expliqua fort durement sur le compte de Bonaparte , et il ajouta : « Il « n'aurait pas osé débarquer, s'il n'y avait pas « eu en France de la division et du méconten« tement, » Je puis assurer sur mon honneur, et je resterai convaincu toute ma vie, que nonseulement il ne savait pas que Bonaparte dît descendre à Cannes, mais même qu'il ne le désirait pas. »

dis :

Vingt-cinquième témoin, M. le duc de Mailhé, pair de France, premier gentilhomme de la chambre de S. A. R. MONSIEUR, maréchal des. camps et armées du Roi, et chevalier de SaintLouis.

Il a connu le maréchal Ney depuis le retour du Roi. Il a fait sa déposition à-peu-près dans les termes suivans :

« Je suis parti le 9 mars de Lyon, le lendemain du départ de Monsieur, qui se portait en avant ; mais cette marche fut impossible, il n'y avait point de canons. Il fallut rétrograder. J'arrivai le 10 à Besançon. Je n'y trouvai point M. le duc de Berri. Je me présentai chez M. de Bourmont, et nous allâmes, ensemble chez M. le maréchal. Je lui appris les mauvaises nouvelles ; que MONSIEUR était forcé de se retirer sur Roanne. Le maréchal nous dit que nous allions partir sur-le-champ pour rejoindre MONSIEUR. Je sortis pour aller faire mes préparatifs pour ce départ. Je revins chez M. le maréchal, mais il avait changé d'idée. Il dit qu'il voulait se porter sur Lons-leSaulnier ; que là il serait au centre.

Le maréchal Ney : Je prie le témoin de déclarer si je l'ai chargé de demander un rendezvous à MONSIEUR pour moi ; si je ne lui ai pas

dit que je n'avais rien à faire à Besançon, et qu'il fallait marcher à Bonaparte. M. de Mailhé est parti. Je n'ai plus eu depuis des nouvelles de lui ni de MONSIEUR. Les événemens en ont décidé.

Le témoin : Le maréchal ne pouvait pas me dire d'inviter Monsieur à le joindre ; MONSIEUR était alors avec le maréchal Macdonald, l'ale

joute que
M. de Bourmont me dit :

« Le maa réchal est très-bien disposé : il vient de me « dire : Allons, Bourmont, nous marcherons,

quoique bien inférieurs en nombre. ;

Le maréchal : Les troupes marchaient par deux bataillons, d'après les ordres du ministre. Elles étaient absolument perdues. Monsieur ne m'a donc pas donné d'ordre.

Vingt-sixième témoin, M. de Ségur, marechal des camps et armées du Roi, l'un des commandans de la Légion-d'honneur, chevalier. de Saint-Louis. Il a dit :

« Je déclare avoir connu le maréchal, et que le 7 mars, jour de son arrivée à Paris, il m'a dit qu'il allait s'opposer de toutes ses forces à l'invasion de Bonaparte; que, comme chef de l'état - major de la cavalerie; je prendrais. les ordres du ministre de la guerre , pour les transmettre à MM. les généraux. Tout ce qui est sorti de la bouche de M. le maréchal respirait l'honneur et la fidélité, et est en tout digne d'un militaire qui a fait la gloire de l'armée française pendant vingt campagnes.

Vingt-septième témoin, M. le marquis de Saurans; il a dit :

« Le 5., j'ai reçu ordre de partir le 8 de Paris pour Lyon. J'ai traversé la Champagne, la Bourgogne, la Franche-Comté, pour examiper l'esprit des préfets et des généraux , et en rendre compte.

« Le 9 au soir , je suis arrivé à Besançon. Je vis de suite M. de Bourmont, les généraux et le préfet. Ils me parurent disposés à faire leur devoir. Je rencontrai, le 10, à huit heures du soir, le maréchal dans sa voiture près de Dole.

« En arrivant à Lons-le-Saulnier, je voulais continuer ma route pour Lyon. Un officier quie

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je rencontrai m'engagea à me diriger sur Moulins. Je résolus alors de retourner à Besancon. Je rencontrai M. de Saint-Amonr. Nous fimes ensemble trois postes. J'ai vu sur ma route deux régiinens, le bie et le 6e, qui ne parurent m'offrir qu’une médiocre garantie. Peu après je vis les deux colonels, qui me dirent que les dispositions de leurs soldats étaient bonnes. Je rencontrai M. le maréchal à Quingey. Nous arrivâmes ensemble à Lons-le-Saulnier. Je déjeûnai dans la matinée avec le maréchal, qui me parut très-bien disposé. Il fit venir en ma présence deux gendarmes déguisés, qu'il envoya à la découverte. Je dînai avec M. le maréchal. Le soir on apporta les proclamations. Nous y remarquâmes ces expressions : « La victoire « marche au pas de charge. L'aigle volera de clo

cher en clocher jusque sur les tours de Notre« Dame. »

« Le maréchal nous dit : « C'est là ce qu'il « faut. Le Roi ne parle pa? comme cela. Il « le devrait , cela plairait aux troupes.

« Les corps d'officiers vinrent et furent harangués par le maréchał.

« Le lendemain, je priai le maréchal de me renvoyer près de MONSIEUR, que j'avais quitté depuis bien long-tems, et qui devait être inquiet de moi. Le maréchal ne me dizona aucun ordre par écrit, mais il me dicta “une lettre. MonSIEUR était à Sens. J'allais l'y rejoindre. Je rencontrai dans ma route un régiment de dragons et un régiment de ligne. J'arrêtai leur marche parce qu'ils allaient tomber dans les lignes de Bonaparte. Je fis aussi changer de route aux équipages de M. le maréchal Ney, pour qu'ils ne tombassent pas au pouvoir de l'ennemi. J'arrivai à Paris, et je remis au ministre de la guerre la lettre de M. le maréchal.

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M. Berryer : Quelles expressions le témoin entendit-il proférer aux soldats ?

R. Ils criaient vive l'empereur! mais la masse marchait en ordre et avec silence. J'ajoute que, quand je vis M. le maréchal, je lui parlai de sa position ; que je la trouvais plus difficile que dans les autres campagnes. Il me répondit :

D'ordinaire, quand j'avais toutes mes dispo« sitions faites , je dormais; aujourd'hui je n'ai « pas un moment de

repos. « Sur les inquiétudes que je lui témoignais, il me répondit : « Les troupes se battront ; je

tirerai, s'il le faut, le premier coup de fu« sil ou de carabine, et, si un soldat bron

che, je lui passerai mon épée au travers du

corps, et la poignée lui servira d'emplâtre. « Ce n'est pas avec des fusils qu'on fait mar« cher le soldat ; il faut du canon, et mon

aide-de-camp sait l'appliquer.

M. le président : Monsieur le maréchal , vous reconnaissez cet ordre ?

Le maréchal : Oui, monseigneur.

M. le président : il est du 13 au soir. Comment, Monsieur le maréchal, après avoir pris ces longues et sages dispositions, avez-vous pu être conduit le 14 à un résultat si différent ?

Le maréchal : Votre observation est juste ; mais les événemens ont été si rapides, une tempête si furieuse s'est formée sur ma tête que, chacun m'abandonnant, chacun cherchant à se sauver à mes dépens, et en me sacrifiant, j'ai été entraîné à l'action que vous connaissez. D'ailleurs, mon avocat entrera dans des développemens à cet égard.

M. Berryer a demandé que M. le président fit donner aux défenseurs copie de ceite pièce.

M, Bellart ne s'est pas opposé à ce que la

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