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ils se sont démis d'après toutes les règles de l'Eglise et de l'Etat, comme à manqner de celle à laquelle ces mêmes lois leur donnent droit. Le pape est le chef des évèques; à ce titre, ceux-ci lui doivent le plus grand respect : mais il est évêque comme eux, et à ce titre aussi, il doit aux évêques la plus tendre sollicitude, et le plus grand respect pour leurs intérêts. Il n'y a point de maitre dans l'Eglise; il y a encore moins de victimes des prétentions des uns, ou des intérêts des autres. La justice y réside auprès de la charité, et son plus bel attribut est de s'y confondre avec elle. La justice extrême, rigoureuse, est pour les tribunaux humains, la justice de la charité siége dans les temples. C'est donc entièrement contre la justice de la charité que l'on se conduit, lorsque dans les affaires qui intéressent les membres de l'Église, à plus forte raison ses premiers pasteurs, le pape se conduit de manière à compromettre grièvement leurs intérêts, comme il nous est arrivé.

Lorsque sous Louis XIV le pape refusait les bulles à trente-cinq évêques, à cause de la régale, de l'abbaye de Charonne, des quatre propositions du clergé, qu'avait tout cela de commun avec les bulles en général, avec chaque église vacante en particulier, avec les nommé saux évêchés ? Quel était l'article de foi, ou la règle de mæurs attaquée en général, ou transgressée par les nommés, et qui pût leur être imputée? On voyait distinctement le défaut de liaison et par conséquent de raison entre le refus des bulles, et les causes de ce refus. On touchait, on palpait en quelque sorte l'injustice commise à l'égard des églises et des titulaires.

Dans cette circonstance les papes refusèrent ouvertement de pourvoir aux églises. Le temps comportait cette manière de procéder.

Aujourd'hui elle ne prendrait pas, et c'est parce que l'on s'en est aperçu, qu'on a eu recours à une autre méthode. On a senti que

a des ménagemens pouvaient être nécessaires, qu'il ne fallait pas s'exposer au reproche de laisser manquer directement les églises, mais

, que pour arriver au même résultat, il suffisait de donner des bulles inacceptables par le prince : qu'en le mortifiant autant que par un refus direct, on parviendrait à lui causer les mêmes embarras, parce que des bulles non acceptées auraient le même effet dans l'Etat que

des bulles refusées, et que de plus, elles feraient tomber les reproches sur le prince, et les détourneraient du pape, qui aurait toujours à alléguer pour sa justification, qu'il avait pourvu aux églises, autant qu'il était en lui. Cette tactique, toute subtile qu'elle fût, n'était pas propre à échapper à des yeux aussi pénétrans que ceux de Napoléon, non plus qu'à le ramener à des sentimens plus pacifiques; il entrait peu dans ses habitudes de céder. Entre un pontife sur le retour de l'âge, et un jeune guerrier, les armes étaient inégales : le pape était au-dessus de la plainte, au-dessus de la vaine satisfaction de faire ressentir une mortification à Napoléon, au-dessous de l'espoir de le ramener par des rigueurs: le pape avait fait une chose si grande, si religieuse, si honorable pour lui en joignant son pouvoir à celui de Napoléon pour rétablir la religion en France, qu'il est bien à regretter qu'il ait délaissé son propre ouvrage, et laissé une lacune dans l'épiscopat qu'il avait concouru à rendre à l'église gallicane. Les choses religieuses, grandes, propres p rappeler les douces idées de la bienveillance et de la paternité évangélique, sont celles qui se mettent le mieux en harmonie avec le caractère divin des fonctions qu'exerce le chef de l'église, comme en particulier avec la douceur angélique du caractère do Pie VII.

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CHAPITRE XXVII.

Querelle du pape et de Napoléon. - Explications

préalables. La cour de Rome.

Nous voilà arrivés à une époque bien différente de celle dont le tableau vient d'être exposé. Les pouvoirs unis pour ramener en France la paix sur les pas et sous les auspices de la religion vont se diviser, se heurter, se terrasser. La noire discorde va semer ses ombrages dans tous les cours; la main qui avait placé une couronne sur le front de Napoléon, va lancer contre lui l'anathème. Dans cette lutte d'un vénérable pontife, contre un guerrier jeune et bouillant, il semble voir le vieux Priam lançant contre le fils d'Achille le trait que le poète représente suspendu sans force au bouclier de Pyrrhus. L'histoire rétrograde, et nous reporte au temps où CharlesQuint retenait le pape captif à la vue de sa Rome saccagée. D'où ce grand changement est-il provenu ? Pourquoi ces combats et cette suite de violences qui ont tant contribué à faire revenir la France et l'Europe des senti

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