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qu'un coenr et qu'une voix. M. le cardinal Brancadoro m'exposait à Paris, que si le concordat de 1801 eût été négocié à Rome, il n'eût pas été adopté: en ce cas, il faut bénir le choix du lieu de la négociation; car Rome perdait à la fois un beau titre de gloire et un beau fleuron de sa couronne.

On dut ce choix, du côté de Rome, aux lumières supérieures de M. le cardinal Consalvi, de ce prélat qui était réservé pour rendre encore à Rome et à la chrétienté, d'éminens services. Ce même parti s'opposa tant qu'il put au voyage du pape en France. Il reprit alors de l'influence par les mobiles qui seront exposés plus tard. C'est lui qui, au retour de France, fit adopter au pape cette ligue d'opposition directe qui le perdit, et d'après laquelle , sans la guerre de Russie, les funérailles de la cour de Rome étaient sonnées à jamais. C'est ce même parti, car on retrouve partout sa fatale influence, qui, au retour de sa captivité, arracha au pape la mesure menaçante pour le monde entier du rappel avorté des Jésuites; mesure qui annonçait à l'Europe la reprise d'un système éloigné de l'esprit pacifique qui appartient au pape, d'un système perturbateur, incompatible avec l'esprit du temps, et par-là même menaçant pour la tranquillité des États et la paix des esprits; car le repos des uns est inséparable de celui des autres. Heureusement la sentinelle n'était point endormie; le cardinal Consalvi veillait , et à sa voix les nouveaux assaillans du Capitole ont été dispersés. La paix est revenue sur les pas de sa compagne ordinaire, la raison. Puissent-elles

у rester long-temps au timon des affaires !

Dans tout ce qui va suivre, relativement à la cour de Rome, il faut ne pas perdre de vue les distinctions qui viennent d'être établies, pour savoir à quoi l'action se rapporte, et rendre à chacun suivant ses @uvres. Je

passe maintenant au chef même de cette Cour.

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L'Astre qui avait éclairé la cour de Rome dans le long cours d'un règne qui égalait en durée celui même du prince des apôtres, venait de s'éteindre. Pie VI n'était plus; une terre étrangère gardait sa cendre dont l'absence redoublait le deuil de Rome. Quelquefois un doux crépuscule succède à ces jours dans lesquels le soleil a prodigué tous ses feux : ainsi, la constante sérénité des douces vertus de Pie VII vint remplacer les brillantes qualités de Pie VI : par lui, la religion et Rome virent à la fois leurs honneurs varier et s'accroître. La nature avait répandu sur la personne du premier tout ce qui peut mettre le mieux en harmonie la dignité de l'homme avec la majesté du trône, le caractère divin du pontife avec l'extérieur imposant du souverain. La personne du second est empreinte du charme d'une douceur ingénieuse et attrayante. Pie VII portait avec lui quelque

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T. II,

chose de la grandeur des anciens maitres du Capitole ; on sentait en le voyant que sa place eût été marquée au milieu des triomphateurs comme à la tête du sacré collége.

Pie VII, moins imposant, montre le représentant de celui qui a dit à tous les hommes d'apprendre de lui qu'il est doux et humble de coeur. Pie VI avait plus l'air d'un souverain, Pie VII a plus l'air du père des chrétiens, et si la figure pouvait se substituer comme la dignité, on voudrait que celle de Pie VII devînt l'effigie constante de la papauté. La stature de Pie VII est moins haute

que

celle de son prédécesseur. Mais, qui a empreint ses regards de cette expression céleste qui n'appartient qu'à lui? Par fois un doux sourire épanouit son visage; un charme inexprimable s'y répand alors, et s'épanche sur tout ce qui l'entoure. J'ai souvent eu l'honneur de l'approcher. Je n'ai jamais rencontré sur un autre front ce qui se passe sur le sien, lorsqu'il se livre à des récits qui semblent lui plaire , qu'il aiguise du sourire le plus fin, et qu'il anime de regards qui en disent plus que toutes les paroles dont ils pourraient être accompagnés (1). Ses yeux doucement levés vers le ciel semblent s'animer de ses feux, et se teindre de ses rayons, et dans cette délicieuse position, il pourrait fournir au peintre un modèle pour l'extase.

Je craindrais d'être accusé de plaisanter, si je m'amusais à louer un pape sur sa piété. Je ne parlerai donc de celle de Pie VII que pour faire remarquer que la sienne, quelque grande qu'elle soit, n'a rien d'affecté, de dur, d'exclusif, et qu'il enseigne par elle ce que la piété personnelle doit être pour chacun sans en incommoder les autres.

(1) Le pape narre à merveille, il se délecte à raconter quelques anecdotes sur des personnages ou sur des faits de Rome, d'Imola... A Savone il se plaisait à parler du général Hullin qui avait commandé à Imola, ainsi qu'à peindre les frayeurs que faisaient éprouver alternativement aux habitans d’Imola les troupes françaises et autrichiennes. Surtout il rappelait avec plaisir les offres que le capitaine d'une frégate turque lui avait faites de le convoyer de Venise à Ancône, lorsqu'après son élection il se rendit par mer dans ses Etats. ... Si la personne du pape est infiniment vénérable, sa société doit être trèsgracieuse.

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