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busait pas. Ce pouvoir disposait d'objets bien précieux pour la religion, et il était du devoir du pape de chercher à le lui coucilier. En 1803, Pie VII conclut avec la république d'Italie un concordat semblable presqu'en tout à celui de 180r.

En 1805, il ordonna à l'archevêque de Turin de remettre la démission de son siége, qu'aucune considération n'avait pu réussir à faire céder par ce prélat.

En 1811, à Savone, Pie VII accepta les propositions de la première députation qui lui fut envoyée, ainsi que le décret du concile qui lui fut présenté par la seconde. Alors même il n'opposa aucune résistance pour se dispenser d'adresser à Napoléon une lettre propre à effacer les traces de leurs divisions : initiative honorable et digne du premier ministre d'un culte de réconciliation.

En 1813, à Fontainebleau, il signa le con. cordat qui changeait entièrement l'état temporel des papes, qui les séparait à jamais de Rome, et qui faisait participer les métropolitains au pouvoir de l'institution canonique des évêques. Ce n'est point Pie VII qui a annulé ce traité, mais l'épée de la coalition; ce n'est pas Pie VII qui est revenu de lui.

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même à Rome, mais le mouvement général de l'Europe qui, en rentrant dans son ancienne assiette , l'a rétabli dans la sienne.

En 1817, après une longue résistance, Pie VII a signé avec le Roi de France un concordat qui abolit celui qu'il avait signé avec Napoléon, et toujours au même nom, celui du bien de la religion dont il est le curateur ici-bas. Ce n'est pas lui qui change, ce sont les circonstances qui demandent de nouvelles choses ; il ne recule pas, comme le disent quelques-uns; au contraire, il avance avec son temps. Qu'auraient dit dans cette nouvelle circonstance, les auteurs pħantastiques de son caractère de fer, s'il avait eu cette roideur inflexible et intraitable qui faisait dans d'autres temps l'objet de leur admiration? Dans tout ce qui s'est passé à ces diverses époques, je vois un homme pénétré de ses devoirs, cherchant le bien dans la simplicité de son coeur et hors des regards des hommes, éclairé de lumières véritables, s'accommodant au temps qu'il n'a pas fait, et subordonnant ses intérêts, ses goûts personnels à la conservation de la chose dont le dépôt lui est confié. Dites si ce n'est pas là ce qui caract la véritable fermeté de la volonté, celle par laquelle on ne veut que ce que l'on doit vouloir, celle qui se forme sous l'influence des lumières. Ne cherchez point de lumières chez les aveu: gles, ils n'en ont point par-là même qu'ils n'ont pas d'yeux.

Une modération raisonnable et éclairée forme donc le fonds du caractère de Pie VII. Cette précieuse disposition semble avoir été placée dans le coeur et dans l'esprit de Pie VII, pour ménager à la religion la douce et salutaire influence des tempéramens dont depuis tant d'années sa position fait son premier besoin. Si cette vertu était bannie du reste de la terre, elle devrait se retrouver dans le cour d'un Pape, comme la vérité dans le coeur d'un roi.

Tel nous paraît être Pie VII. Si notre voix ne peut que se réunir à celles qui célèbrent ses vertus, notre pinceau ne peut que se refuser à se teindre des couleurs avec lesquelles on a , comme à l'envi, défiguré son portrait. Celles que j'ai employées n'ont point été altérées par le ressentiment du mal qu'il m'a fait éprouver personnellement, quoique sans intention de sa part, ni motif de la mienne.

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NAPOLÉON sortait facilement des routes battues, et pour le rencontrer, il ne fallait pas

le chercher dans le chemin des autres. Tout s'élargissait dans cette tête, tout y prenait une teinte nouvelle et souvent orientale. Porté sur le trône par un des coups les plus étranges que le sort se fût permis et que la fortune eût admis dans ses jeux, il imagina de faire sceller son nouveau caractère d'une empreinte inusitée parmi ceux dont il occupait la place, et de remonter encore plus haut dans l'ordre adopté pour consacrer les souverains. Régnant à un titre différent de celui des rois de France, il voulut être frappé à un autre coin. Il fallait couvrir ses nouveautés personnelles sous la plus haute sanction connue sur la terre, pour élever dans les mêmes proportions le respect des peuples. Au lieu du chemin de Rheims , il prit donc celui de Rome. Napoléon attachait

beaucoup d'importance au sacre fait par le Pape. Il s'était rempli de l'idée que cette cérémonie l'avait beaucoup relevé aux yeux des français. Très-souvent je l'ai entendu mettre son sacre au nombre des causes qui le faisaient considérer par la nation. J'ai toujours pensé que c'était une illusion, un véritable enfantillage, indignes de son génie; que par là le

pape avait baissé, et que lui-même n'avait pas haussé. Nous ne sommes plus dans le temps de ces espèces de prestiges : les peuples veulent du solide : une bonne loi fait plus de plaisir à ceux-ci, et plus de bien réel aux princes que tous les sacres du monde. La plus grande partie des rois de l'Europe, parmi les plus catholiques, n'est point assujétie à la cérémonie du sacre. Après ce qui est arrivé des derniers sacres de Rheims et de Paris, faits

par

des mains de cardinal ou de pape, il semble

que l'on peut se calmer sur cette idée. Il est des choses qu'il ne faut pas rompre lorsqu'elles sont entières, mais qu'il ne faut pas relever lorsqu'elles sont tombées. Dans les diverses parties de la France, que des voyages où mes fonctions m'ont mis à portée d'observer, je n'ai point

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