Page images
PDF
EPUB

ou seulement son rôle. Je demande que l'on veuille bien croire que j'ai eu le diapazon de Napoléon , au moins autant que beaucoup de ceux qui se mêlent d'en parler. Cette expression si vive, si animée de la part de Na- . poléon, me frappa de manière à me faire rechercher ce qui produisait en lui cette conviction des torts du pape à son égard, et j'ai cru devoir la rapporter à deux causes.

1o. A quelque mauvais génie qui s'était glissé entre lui et le pape et qui avait dénaturé la conduite du dernier de manière à produire de l'irritation dans l'esprit de Napoléon.

La confrontation de quelques-uns de ses discours, avec certaines allégations, faites devant moi contre le pape par

pape par d'autres personnages, me mit sur la voie et me fit remonter facilement aux auteurs des divisions.

2o. A cette partie singulière du caractère de Napoléon par laquelle un objet qui le frappait, acquérait dans le moment même à ses yeux, un corps et une consistance réelle, par les rapprochemens que la mobilité de son imagination lui fournissait avec abondance et lui faisait saisir avec une in concevable rapidité.

[ocr errors]

Alors la satisfaction de l'esprit opérait la conviction, et le château qu'elle venait de lui bâtir, eût-il été de cartes, acquérait pour lui l'apparence de la solidité. Tel était chez lui l'effet de l'imagination et son danger. J'ai été à portée d'en remarquer plusieurs fois les effets ; et souvent par là il a paru peu sincère, quoiqu'il parlât alors comme il était affecté.

L'impression du moment était la plus forte chez lui : de la naissaient des orages qui se formaient dans un clin-d'ail et qui se dissipaient de même. Dans ces cas les apparences étaient contre Napoléon; il paraissait faux, il n'avait été que mobile. On n'était frappé que de ce qui paraissait au dehors, et l'on ne faisait pas attention à la singulière disposition de son esprit, qui faisait trouver ses paroles en contradiction avec ses actions. Cela est singulier dira-t-on. Mais qui dit que tout ce qui s'est passé depuis trente ans ne soit fort singulier, et que Napoléon ait été fait comme un autre? Je reviens à ce que j'ai écrit ailleurs, c'est que de tous les personnages historiques Napoléon est peut être celui qui a été le plus mal observé, et le moins fidèlement peint. Il ne l'a été par personne, il ne le sera point: son portrait toujours commencé ne sera jamais achevé, et peut être n'est-il pas susceptible de l'être. Les siècles s'entretiendront de ce sujet et ne l'épuiseront point. Quiconque ne l'a pas approché de très-près et long-temps, n'a pu saisir la variété infinie des nuances dont se composait son caractère. S'il avait pu être donné à quelqu'un de triompher de cette difficulté, ce privilége aurait appartenu à un peintre qui réunit autant de sagacité et de finesse dans l'observation que d'éclat dans le coloris. On sent que je veux parler de madame la baronne de Staël. Eh bien ! la série de tableaux que présente son ouvrage, ne forme pas, encore le portrait véritable de Napoléon. Elle lui prête, elle lui ôte tout à la fois : la partie mobile de son caractère , qui a fait sa destinée, lui a tout-à-fait échappé. Elle a toujours vu un acteur et des plans, là où très-souvent il n'y avait ni l'un ni l'autre. Napoléon riait lui-même des pensées, des propos, de l'importance (1), et des plans que

(1) Je me souviens qu'un jour, après avoir long.tems parlé des événemens du temps, Napoléon me dit : une le public lui prêtait dans ses suppositions contemplatives. C'est l'homme de la terre qui a le plus réuni des illusions systématiques au sentiment naturel le plus juste sur la valeur véritable des choses; ce qui souvent le portait à les mépriser, et à n'en pas tenir le compte nécessaire aux affaires. Mais la domination morale qu'il exerçait avait tellement pénétré tous les esprits, qu'on le voyait là où il n'était pas, qu'on l'entendait lorsqu'il ne parlait pas, qu'on le supposait méditant et agissant, là où il dormait. On ne pouvait pas le concevoir sans pensée ni sans action. J'ai entendu des hommes qui l'avaient combattu à la guerre, dire que souvent il les avait embarrassés par son inaction qu'ils avaient regardée comme faisant partie d'un plan, tandis que

partie de ce qui est arrivé, est venu de ce que quelques hommes se sont crus trop importans; c'est la maladie des princes, ils se croyent nécessaires : c'est une erreur, il n'y a pas d'homme nécessaire. Tenez, moi par exemple, on dit partout que je suis nécessaire, que si je n'y étais pas on ne saurait ce que l'on deviendrait: alors il disait vrai ( c'était le 25 mai 1806 ); eh bien ! c'est une sottise; si je n'y étais pas, le cours de la nature ne serait pas interrompu pour cela, le soleil continuerait de se marier avec la terre et de mûrir les moissons..., Alexandre et César sont morts , et le monde a été son train; à ces mots il rentra précipitamment dans son cabinet, en me laissant à mes réflexions sur cet étrange propos, et ne me doutant pas plus que tout autre ne l'eût fait à ma place que tant de sagesse couvrît tant d'illusions, et qu'il fit d'avance son histoire. Cette sagesse en donnant de fausses garanties faisait un danger auprès de lui....

l'événement subsequent prouvait qu'elle avait été une faute. La préoccupation produite parce qu'il avait fait, prêtait des sons à son silence, et des pièges à son sommeil.

Combien de fois en sortant de converser avec lui, ai-je eu lieu de remarquer la distance qui se trouvait entre ce que posait avoir été dit, et ce qui l'avait été réellement. Souvent il n'avait fait que ce que l'on appelle vulgairement tuer le temps, et l'on rapportait ces longs entretiens aux choses les plus graves. Napoléon a encore plus perdu de temps qu'il n'en a employé. Il y a dans l'esprit de l'homme une disposition admirative pour tout ce qui est grand. Il est enclin à changer les fauteuils en théâtre.

J'ai toujours été frappé du mot de Cromwel à ses familiers. Il était à table avec eux. Le

l'on sup

« PreviousContinue »