Page images
PDF
EPUB

bouchon d'une bouteille était tombé sous la table : on le cherchait. Une députation des frères rouges demande à être introduite: Dites-leur que nous cherchons le Seigneur, répond Cromwel, en usant d'une formule du temps, et en riant avec ses convives de l'application de ce langage mystique à l'objet dont ils étaient occupés dans le moment.

A combien de choses graves en apparence ne pourrait-on pas faire l'application de cette bouffonnerie?

[ocr errors]

wwwwwwwwwww

CHAPITRE XXXI.

Dispositions de Napoléon à l'égard du clergé, et du clergé

à l'égard de Napoléon.

Voici le restaurateur et les restaurés en présence. Eh bien! par suite de ce désastreux mélange du temporel avec le spirituel que cet ouvrage signale tant de fois, il est arrivé que des hommes que la nécessité avait rapprochés, que la bienveillance devait tenir unis, que la reconnaissance semblait enchaîner les uns aux autres n'ont pas cessé de s'observer, de se craindre, et finalement de se combattre. En retrouvant sans cesse Napoléon au milieu des prêtres, on se demande comment il s'est fait que le vainqueur de l'Italie et de tant d'autres lieux ait fini comme un empereur grec. Trop souvent les Thuileries ressemblèrent par lui au palais de Constantinople.

Je trouve avec douleur comme avec surprise, dans l'ouvrage d'ailleurs si distingué de madame la baronne de Staël, un jugement et

[ocr errors]

des expressions qui ne conviennent pas plus à l'esprit qu'au goût de cet illustre écrivain, pas plus au clergé qu'à Napoléon, et encore moins à l'histoire. C'est un de ces lestes

prononcés de jugement dont les salons peuvent s'accommoder et se réjouir, mais que la bienséante raison réprouve. Il est échappé à madame de Staël de dire que Napoléon avait voulu avoir un clergé comme il avait voulu avoir des chambellans. Madame de Staël oubliait dans ce moment qu'un clergé n'est point un meuble de palais. La religion est le premier besoin des sociétés humaines : ses ministres sont par là même au nombre de leurs besoins et non point de leurs hochets. Les dates sont ici contre l'assertion de madame de Staël : le clergé date de la fondation des sociétés, de celle des monarchies, et les chambellans de je ne sais qu'elle année (1). Les officiers personnels du souverain en quelque grade, en quelque nombre, sous quelque nom qu'ils existent, peuvent être des parties plus ou moins nécessaires de la décoration et de l'entourage dont la souveraineté ne peut point se passer, mais ils ne constitueront jamais un élément social, tels que l'ont été et le seront toujours les ministres de la religion. Les chambellans sont bons quand il y a des palais, mais les prêtres sont indispensables, dès qu'il y a des sociétés. Il y a eu beaucoup de pays sans palais et sans chambellans, on ne s'y apercevait pas de ce déficit, mais il n'y en a jamais eu sans prêtres. Pour ce déficit là, on s'en serait bientôt aperçu. Ceci suffit pour remettre chaque chose à sa place.

(1) Ceci ne concerne que l'époque de la création des chambellans. Je n'ai jamais bien compris ce qu'il y avait de spirituel dans ce qui se disait des chambellans; l'Allemagne en est pleine, et personne n'en rit. Les chambellans de France étaient comme la cour de France, les

premiers de l'Europe par leurs noms, par leur tenue person

>

nelle : ils étaient l'objet de l'envie de ceux qui affectaient d'en rire. M M. de Montmorency, de Mortemart, de Montesquiou, n'étaient pas plus risibles sous un habit de chambellan, que ne le sont mille autres sous mille autres espèces d'uniformes. On s'est obstiné à confondre le service d'un homme, avec la décoration de la cour qui alors dominait sur l'Europe, et l'entourage de celui qui la régentait.... L'histoire ne dit pas qu'à Rome on rît des chambellans de César: ils étaient les premiers de la ville, comme les chambellans de Napoléon étaient les premiers de Paris.

La cour de Napoléon n'existe plus: ce que l'on en peut dire n'a donc aucune application fâcheuse pour personne, ni pour rien; ainsi l'on peut dire aujourd'hui qu'un des fléaux de la société du temps était tout ce que l'on avait à entendre dire par une multitude de personnes qui faisant des portraits avant de connaitre les visages, confondaient tout, brouillaient tout, et remplissaient les salons de propos qui auraient du rester à la porte.

Ce supplice équivalait à celui que fait subir aujourd'hui une autre classe qui parle des hommes et des choses de ce temps comme leurs devanciers le faisaient des chambellans; puisque le nom des chambellans a amené sous ma plume un nom que je ne cherchais pas, celui de la cour de Napoléon, je dirai que Madame la baronne de Staël s'est encore trompée dans l'estimation des motifs qu'elle prête à Napoléon dans l'érection d'une cour. Elle en fait

C'est sous le rapport d'élémens sociaux

à une cour d'ostentation et de vanité : c'était une cour de politique et de luxe national. Il avait cru que le

pays

le plus puissant de l'Europe devait avoir la plus grande cour, que la cour et son luxe devait effacer la rudesse des moeurs précédentes, appeller l'étranger, confondre les dissidens dans un même centre,

faire fleurir les arts, et ramener la politesse. Une cour était comme toute autre chose, un instrument dans la main de Napoléon: hors de là, un embarras.

« PreviousContinue »