Page images
PDF
EPUB

que Napoléon considérait les ministres du culte. Son esprit était tout entier à la tolérance, base excellente, sans laquelle tout porte à faux (1). Gouvernant des pays de culte mé

[ocr errors]

a

7

(1) Partout où Napoléon a porté ses armes, il a conduit avec lui la tolérance, comme par la main. Dans toute l'Allemagne et la Suisse calviniste ou luthérienne, il a fail mettre sur la même ligne les deux cultes, catholique et protestant; surtout il a fait abolir la domination de l'un sur l'autre.

Hollande , il a relevé le catholicisme de trois siècles d'ilotisme : s'il eût pénétré en Angleterre, quatre millions de catholiques d'Irlande, et cinq cent mille catholiques Anglais étaient émancipés. La Hollande, Bremen, Hambourg, Lubeck allaient recevoir des évêques catholiques ; ils étaient accordés par l'arrangement de Savone et par le concordat de Fontainebleau.

De bonne foi tout cela compensait bien quelques écarts commis sur d'autres articles; mais la haine ne tient pas ses comptes en parties doubles , celle du bien et du mal.

Napoléon n'imitait pas l'Espagne que l'on a vue refuser les offres des industrieux Hollandais qui lui demandaient de venir défricher les déserts de l'Andalousie : on a craint pour la pureté de la foi des vieux chrétiens.

Dans ce moment le gouverneur de la Havanne vient d'inviter les colons étrangers à s'établir dans cette ile , mais avec la condition qu'ils seraient catholiques. Il y a des pays dans lesquels on detnande aux laboureurs de montrer leur charrue, en Espagne on leur demande leur T. II.

16

[ocr errors]
[ocr errors]

langé, la loi comme son instinct le fixait sur cette ligne : abandonnant ensuite à qui de droit toute la partie de l'ordre purement spirituel, chose qui ne le concernait en rien, et sur laquelle il ne pouvait qu'errer, il ne considérait les prêtres, ainsi que doit faire tout chef de nation, que sous les rapports de leur influence dans l'ordre social, comme garantie de sa stabilité par leur coopération au maintien de la morale qui est le principe de cette stabilité. Jusque - là tout est dans l'ordre le plus parfait, et personne ne peut avoir le droit d'en exiger davantage. La conscience particulière du prince est à lui seul, comme celle de chaque particulier n'appartient qu'à lui : s'il peut paraître curieux de lire dans celle des princes, il est aussi interdit d'y porter des regards téméraires que dans celle de tout autre. Il ne s'agit donc point de rechercher ce que Napoléon était personnellement dans le culte dont il faisait une profession publique; qui pouvait avoir le droit de l'interroger sur cela? Cen'étaient pointsessentimens d'homme mais ses actes de prince en matière religieuse que l'on avait le droit de juger; ce n'était pas ce qu'il pensait de la religion, mais ce qu'il lui faisait ressentir qu'il importait de connaître. Mille fois j'ai entendu sur cet article des dissertations qui montraient bien peu de jugement dans leurs auteurs (1).

credo; pauvre Espagne ! le bon sens aurait-il fait divorce avec toi, et vas-tu devenir la risée du monde , après en avoir été l'admiration !

Un beau zète religieux dicta à Louis XIV de refuser ies protestans qui lui demandaient d'aller peupler les bords sauvages du Mississipi; il préféra de les voir gros sir les trésors et les rangs de ses ennemis. Il fut à la veille d'être chassé de Versailles par ceux qu'il n'avait pas

voulu laisser peupler les déserts de la Louisiane. A quel aveugle. ment le fanatisme porte t*l les hommes, et que ne finit-il point par leur coûter !

(1) Je n'ai jamais entendu Napoléon parler de l'immortalité de l'âme sans l'accent d'une profonde conviction.... Quelqu'uns s'amusent à dire, sans trop savoir en quoi cela consiste, qu'il était Fataliste. J'aimerais autant dire que Machiavel l’était. Eh! non, il n'était pas fataliste; il était politique et voilà tout ... Il ne deinandait pas mieux que les autres fussent fatalistes , car rien ne dispose mieux à l'obéissance: il n'était pas fâché que l'on crût à son étoile, mais il y croyait à-periprès comme Mahomet croyait à sa colombe, et Numa á la nymphe Égérie.

Né dans une époque d'irrévérence religieuse, nourri au milieu du déchaînement dont le clergé était l'objet depuis cinquante ans, élevé dans l'étude de la guerre, la tête remplie des soins de la restauration de la France, de celui de son propre établissement, les épaules chargées du fardeau du monde, Napoléon pouvait-il avoir donné aux choses religieuses cette application qui les fait connaître et qui conduit à les aimer? Rendons à chaque chose ce qui lui appartient. Napoléon n'était en religion ni plus ni moins que ne doivent l'être les militaires et les jeunes gens, tous à peu près également lestes sur cet article, soit

pour s'exempter de ses contraintes, soit recherche de bon ton. Mais de plus que le vulgaire, il était politique et observateur, Il savait qu'un grand corps de clergé n'est pas une chose indifférente dans un grand État, et que lorsqu'il n'aide point au mouvement, il l'entrave beaucoup. Ouvrier principal, directeur d'une immense machine, il n'était tenu qu'à s'occuper du jeu de ses rouages. Son rôle se bornait là.

En France, comme en Italie, Napoléon a donné au clergé plus qu'il n'avait promis. Il

[ocr errors]

ne s'est refusé à aucune des demandes qui lui ont été faites en sa faveur. Il l'a admis au partage de tous les honneurs de l'État. Et comme il ne s'agit ici ni de critique, ni d'apologie, mais de vérité historique, il faut ajouter qu'il entendait trop bien l'art du

gouvernement, pour avoir toléré un acte offensant contre le clergé. Dans tout le cours de son administration , le théâtre, la peinture, aucun des arts n'eût osé reproduire une image capable d'affaiblir la considération du clergé, comme l'ancien gouvernement l'avait laissé faire depuis soixante ans. Il a frappé des membres du clergé individuellement; jamais il n'a laissé échapper rien d'attentatoire au corps même du clergé. Dans les éruptions de sa colère, trop souvent il s'est permis dans son intérieur ce qui ne peut jamais être dit avec bienséance, lorsqu'il s'agit de la religion : jamais aucun de ses actes ou de ses discours publics n'a porté d'autre empreinte que celle de la bienveillance et du respect.

inconsidéré sur la religion l'aurait choqué; il se permettait et ne permettait pas : un défaut de conduite aurait perdu dans son esprit le prêtre qui en aurait été convaincu. Par le

Un propos

:

« PreviousContinue »