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La première fut composée ainsi qu'il suit:
MM. les cardinaux Fesch et Maury;
MM. l'archevêque de Tours, les évêques de

Nantes, de Trèves, de Verceil, d'Évreux,
et M. l'abbé Émery, avec le père Fon-

tana. La seconde fut formée de MM. les cardinaux Fesch, Maury, Caselli; MM. les archevêques de Tours, de Malines; MM. les évêques de Nantes, de Trèves ,

d'Évreux, et M. l'abbé Émery. M. le cardinal Fesch présidait. On s'assemblait chez lui. Plusieurs fois il fit des efforts, mais sans succès, pour faire entrer dans cette commission des prélats qu'il affectionnait particulièrement, tels que MM. les évêques de Troyes, de Metz et de Montpellier, alors membres de la Chapelle impériale. En général ce n'est point par le nombre que les conseils sont sujets à manquer. De tous les défi

à cit, voilà le plus facile à combler.

Comme il est juste de faire rendre à chacun ce qui lui appartient; comme cette commission n'a pu échapper à la versatilité des opinions qui a régné depuis 1814, et dont on s'est glorifié sur les mêmes choses et à l'éga

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des mêmes hommes; comme on a fini par être injuste envers quelques-uns de ses membres, dont on avait commencé par priser beaucoup le mérite; comme cette commission est inconnue à beaucoup d'hommes, et qu'elle a a été traitée peu respectueusement par d'autres que leur éloignement des lieux ou des affaires a fait incliner vers l'erreur, j'ai regardé comme un devoir de présenter:

1°. Le portrait des membres de cette commission;

2o. Son esprit ; 3o. La direction qu'elle donna aux affaires; 4°. Ses actes.

J'ai déjà eu occasion de parler de M. le cardinal Fesch. Il se montra, dans la commission, tel que je l'ai toujours vu être; trèsassidu, très-zélé, très-pieux, très-courageux à l'égard de son neveu , auprès duquel la pétulance de son zêle et l'indiscrétion de ses aveux gâtaient nos affaires, et souvent défaisaient en un jour ce qui nous en avait coûté plusieurs. Le neveu , plus fin que l'oncle, le faisait parler, et nous n'en étions pas mieux. C'était un des plus dangereux talens que possédait Napoléon : il était pourvu d'un

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aimant qui attirait les secrets des autres du fond de leurs cours. M. le cardinal , comme les gens qui raisonnent peu, ,

aimait les gros livres, et ne s'en faisait faute. Ce n'est pas centième fois que j'ai eu lieu de remarquer que le supplément ne valait pas le principal.

M. le cardinal Maury se serait, dans la commission, cru volontiers à l'Académie. It a fallu quelquefais le lui rappeler. Ce prélat possédait une vaste érudition en beaucoup de genres; mais la science ecclésiastique n'avait pas, formé le fond de ses occupations.

Cette science se retrouvait dans toute son étendue auprès de M. le cardinal Caselli, et des prélats de Tours, de Nantes, de Verceil et de Trêves: il suffit de nommer M. Émery pour rappeler tous les genres de mérite ecclésiastique; esprit fin, varié, accessible à la raison, dépassant par son étendue les quatre murailles de Saint-Sulpice, entre lesquelles il avait passé sa vie; chef distingųé dans un corps respectable , en ayant imposé même à Napoléon qui connaissait tout son valoir , et qui demandait souvent : qu'en pense , qu'en dit M. Emery? En 1811, Napoléon tint un

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conseil privé sur les affaires du clergé ; la commission

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fut appelée : c'est là qu'il prit la résolution d'envoyer à Savone. Il se fit un plaisir de provoquer, d'agacer même M. Emery , et ils se séparèrent fort satisfaits l'un de l'autre.

On ressentit vivement la perte de M. l'évêque de Verceil. C'était un prélat aussi éclairé qu'édifiant.

M. l'archevêque de Tours avait acquis, par des études de toute sa vie, un grand fonds de science ecclésiastique: il connaissait très-bien l'hisioire du clergé de France, dont il avait été agent, ainsi

que la tradition, dont il avait fait une étude particulière. Peut-être en faisait-il un usage trop fréquent dans ses rédactions qui avaient fini par fatiguer Napoléon, qui lisait tout. On sent en effet que l'ange de l'École , le Maître des sentences, le grand Ives de Chartres, tout vénérables qu'ils sont , ne pouvaient pas être fort à l'usage d'un jeune conquérant que tout portait à trouver ces noms-là bien nouveaux.

Mais où brillait le mérite ecclésiastique dans toute son étendue et dans toute sa pureté, c'était auprès des évêques de Nantes, de

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Trêves et d'Évreux, réunion rare et respectable de tout ce qu'il y a de plus éclairé, de plus vertueux et de plus gracieux. A la tête paraissait M. l'évêque de Nantes, un des meilleurs esprits des temps modernes. Élève , docteur et professeur de Sorbonne, sa supé. riorité en tout genre mettait toujours cent places d'intervalle entre lui et celui qui le suivait immédiatement, oracle du conseil d'une société qui était elle-même l'oracle de la France ecclésiastique. Les sciences sacrées n'avaient plus de secrets pour lui; ses écrits sur les principales vérités dụ christianisme sont devenus classiques : judicieux et clair, sa parole portait toujours sur le vrai; calme et méthodique, il donnait à tous les sujets l'air de la raison;modéré par caractère comme par réflexion, il usait des hommes et des choses comme ils sont, sans s'irriter de leurs défauts, ni se prévaloir de leurs forces ; aussi bien placé dans le monde que sur sa chaire épis

, copale ou doctorale. Avec des hommes de cet esprit dans les affaires, la paix réguerait éternellement sur la terre..

M. l'évêque de Nantes fùt l'idole de son diocèse et l'oracle du clergé jusqu'à l'époque

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