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du concile, où l'esprit de parti et de vertige ayant pénétré partout, dénaturé tout, versa beaucoup d'amertume sur les derniers jours de ce vénérable et savant prélat. Napoléon lui décerna un monument : celui-ci familier a-peu-près avec tout le monde , ne s'émancipa jamais à l'égard de M. l'évêque de Nantes, et souvent au milieu même des paroles peu mesurées qui suivaient ses emportemens, il lui est arrivé de dire à M. l'évêque de Nantes, ne croyez pas que ce soit pour vous que je parle.

Pour moi, placé au milieu d'hommes dont quelques uns avaient été mes maitres, et qui tous auraient pu le devenir, je n'avais qu'à profiter d'un rapprochement qui sous tous les rapports ne pouvait être plus heureux

pour moi.

- Je n'ai rien à dire du père Fontana, ne l'ayant pas connu. Les intérêts de la religion comme ceux du clergé ne pouvaient être confiés à de plas fidèles dépositaires; je fournirai bientôt la preuve qu'ils ont été fidèles à leurs devoirs..

Chaque profession a une espèce de langage à part, et qui la caractérise : ainsi les parle

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mens, le barreau, le clergé, les nainistres français protestans, et jusqu'aux réfugiés français ont chacun un style particulier et qui sent le terroir. Pour peu qu'on en ait l'habitude et que l'on y apporte attention, on les reconnait tout de suite.

Le clergé a toujours eu son langage à lui: on retrouve dans toutes les parties du travail de la commission le style grave, solemnel, nombreux, nourri des citations de l'écriture, des pères,et des auteursecclésiastiques, qui de tous temps a fait le fonds du langage du clergé de France. On pourrait attribuer les écrits de la commission au siécle de Louis XIV autant qu'à nos jours; qu'on les compare avec les procès-verbaux du clergé, et que l'on assigne si l'on peut la différence

Le clergé a toujours parlé au prince avec le plus grand respect, et du pape avec la plus profonde vénération. Le même ton de révérence se retrouve encore dans les mémoires de la commission, Long-temps on crut que la commission était investie de pouvoirs, et que ses décisions seraient rendues publiques et proposées au reste du clergé. Rien n'était moins fondé que cette opinion. Napoléon s'était expliqué sur sa vraie nature : il l'avait bornée à celle d'un simple conseil pour luimême et pour lui seul, sans condition d'ac- . cepter ni publier rien qui vînt d'elle. Il n'avait voulu que s'éclairer, et point du tout se lier.

La position ecclésiastique de Napoléon se trouva changée du moment qu'il ent formé un conseil. Jusque-là il n'avait écouté que sa fougue ou son imagination: il avait marché

: au hasard , en obéissant tantôt à l'une, tantôt à l'autre, ou bien encore à toutes les deux à la fois. Du moment qu'il eut un conseil , il fallut s'arrêter, et marcher de conserve avec ceux qu'il avait appelés ; autrement autant valait s'en passer: les conseils, même les plus limités, sont toujours une autorité et un point d'arrêt. Il était encore sans exemple que Napoléon se fût donné un frein à lui-même : une fois accepté, il fallait lui obéir. Dès lors il commença à se livrer à l'étude des matières ecclésiastiques, qu'auparavant il décidait tout seul et pour lui seul; ce que dans l'école on appelle à priori. Il se mit à lire Bossuet et d'autres auteurs. « Je deviens théologien, die sait-il en riant, j'ai déjà lu Bossuet ». ll se

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plaignait de n'y rien rencontrer de relatif aux affaires actuelles du clergé. « Il n'y a rien dans vos quatre propositions dont vous faites tant de bruit », disait-il souvent. Le discours que. Bossuet prononça à l'ouverture de l'assemblée de 1682, qui fit les quatre propositions, n'avait pas porté plus de satisfaction dans son esprit, par la double balance dans laquelle cet orateur pèse le pape; balance dont un bassin le portę trop haut, l'autre le fait trop descendre, et laisse le lecteur incertain sur la place qui lui convient. Napoléon avait raison de se dire propre à l'étude de la théologie : sophiste et subtil, très-enclin à parler le premier et le dernier, il avait tout ce qu'il faut pour faire un théologien fort em

' barrassant dans la dispute. Il aurait occupé une place distinguée dans ce temps où, comme dit Montesquieu, les esprits subtils sont les beaux esprits. C'était un plaisir de le voir retourner une question sous mille faces, y découvrir des rapports inattendus et inaperçus par tout le monde, et puis s'élançant tout-à-coup hors du cercle de la question, parcourir à vol d'aigle une carrière nouvelle pour aller se reposer dans des régions de sa création. C'étaient ces créations et ces déplacemens subits des objets qui donnaient à sa conversation un mouvement plein d'attraits et de souvenirs. Il possédait moins l'art de remplir le cadre de la causerie, toujours un peu

étroit pour un génie de cette espèce, que la puissance d'en faire un champ immense d'idées, de réflexions et d'occupations variées pour l'esprit. Avec lui il s'agissait moins des satisfactions ordinaires de l'esprit que de sa forte occupation. Sûrement Napoléon est de tous les hommes celui qui ayant le plus agi pour son compte, a le plus remué les autres : eh bien ! il a encore plus agité son esprit que son corps , et remué leur esprit que leurs bras. C'était un magasin inépuisable d'idées.

Pour bien apprécier la conduite de la commission, il faut savoir évaluer sa position. Elle était difficile. Rien n'est plus commode, plus commun, mais aussi plus fautif que

la méthode de juger en bloc une action fort compliquée. Celle de la commission était de cette nature. On peut en juger par l'exposé suivant.

Les plus grands sévices avaient eu lieu entre Napoléon et le pape. Celui-ci était captif :

. son détenteur aimait à rendre à-peu-près au

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