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d'autres fonctions dans la privation absolue de conseil, et même du matériel nécessaire pour l'expédition des actes , annonçant d'ailleurs être disposé à embrasser tous les moyens de conciliation, aussitôt que la liberté lui serait rendue.

Enfin après quelques jours employés à faire des progrès dans son esprit, le 19 mai, c'est-à-dire dix jours après l'arrivée des députés, la note ci-jointe fut rédigée dans le cabinet du pape, acceptée et consentie par lui.

Sa sainteté, prenant en considération les besoins et le vou des églises de France ct d'Italie, qui lui ont été présentés par l'archevêque de Tours, et par les évêques de Trèves , de Nantes et de Faënza , et voulant donner à ces églises une nouvelle preuve de son affection paternelle, a déclaré aux archevêques et évêques susdits :

1°. Qu'elle accorderait l'institution canonique aux sujets nommés par sa majesté impériale et royale , dans la forme convenue à l'époque des concordats de France et du royaume d'Italie ;

20. Sa sainteté se prêtera à étendre les mêmes dispositions aux églises de la Toscane , de Parme et de Plaisance, par un nouveau concordat;

3o. Sa sainteté consent qu'il soit inséré dans les concordats une clause, par laquelle elle s'engage

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à faire expédier des bu 'es d'institution aux évêques nommés par sa majesté, dans un temps déterminé que sa sainteté estime ne pouvoir pas être moindre de six mois; et dans le cas où elle différerait plus de six mois pour d'autres raisons que l'indignité personnelle des sujets , elle investit du pouvoir de donner en son nom les bulles, après les six mois expires, le métropolitain de l'église vacante, et à son défaut le plus ancien évêque de la province ecclésiastique;

4o. Sa Sainteté ne se détermine à ces concessions que dans l'espérance que lui ont fait concevoir les entretiens qu'elle a eus avec les évêques députés, qu'elles prépareraient les voies à des arrangemens qui rétablissent l'ordre et la paix de l'église, et qui rendent au saint-siége la liberté, l'indépendance et la dignité qui lui conviennent.

Savone, le 19 mai 1811.

Il faut observer ,o que cette note ne fut point signée. Cette remarque se rattache au parti que, dans le concite, on chercha à tirer de l'absence de cette signature ;

2°. Qu'elle renfermait tout ce que le concile demanda ;

30. Que le pape n'avait point contesté au concile le droit de changer la discipline générale, lorsque son concours aurait lieu;

4o. Qu'il consentait à signer le premier article des quatre propositions du clergé, de 1682, et qu'il n'opposait sur les autres que des difficultés de formes faciles à lever;

5o. Qu'il n'insistait pas sur la bulle d'exconmunication en elle-même, de manière à en exciper comme d'un point de droit, mais qu'il paraissait seulement chercher à en sauver l'honneur;

6o. Qu'il avait renoncé à tout espoir de retour à Rome, et qu'il ne tenait plus qu'à la nomination des évêchés suburbicaires;

7o. Que la députation trouva auprès de lui cet accueil gracieux, la sérénité, et la riante douceur dont quelques mois après il fit de nouveau contempler à la seconde députation le spectacle propre à inspirer à la fois l'attendrissement et le respect.

Les articles qui viennent d'être indiqués résultent de la correspondance jourualière des députés avec le ministre des cultes, laquelle se trouve dans l'ouvrage dont nous avons extrait les détails ci-dessus. Ce sont les fragmens pour servir à l'histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle.

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CHAPITRE XXXVIII.

Concile de 1811.

DEPUIS le commencement des différends entre le pape et Napoléon, on allait de sin

, gularités en singularités, tant les affaires ecclésiastiques sont épineuses. L'enlèvement et la captivité du pape formaient déjà des scènes bien étranges, et que l'on ne devait guère s'attendre à rencontrer dans ce temps : on avait vu une excommunication, il n'y manquait qu'un concile. On l'eut en juin 1811. La marche de cet ouvrage me dispense d'en donner les détails : ils peuvent se trouver ailleurs. La connaissance de l'esprit des faits importe plus à l'histoire que celle même du matériel des faits : là réside la partie vraiment substantielle de l'histoire. On a vu assembler et dissoudre un concile : Pourquoi cette assemblée et cette dissolution? Voilà ce qu'il est important de connaître, et qui seul peut tout expliquer.

Les évêques de la commission, comme il a

et

été dit plus haut, sentaient la délicatesse de leur position. L'ordre religieux était troublé et arrêté : le pape, captif et obstiné, tirant des moyens de résistance de sa captivité mème, et blessant son ennemi par l'intérêt qu'inspiraient ses malheurs : Napoléon irrité, pressant, menaçant : tous les yeux fixés sur cette commission, assemblée depuis deux ans, muette pour le public; car d'après le système de Napoléon, rien de ce qu'elle faisait ne paraissait au-dehors. Or rien n'est plus propre à remuer les esprits que la prolongation du silence sur une action continuée aux yeux

du public qui n'en voit rien sortir. C'est le plus sûr moyen d'ouvrir la carrière à tous les genres d'aberrations. Aucun objet fixe n'étant présenté, l'inquiétude avait gagné les esprits; bien plus, elle s'était élevée jusqu'aux membres de la commission, qui sentaient qu'ils avaient à conserver leur considération dans leurs propres diocèses, dans lesquels l'opinion n'était pas plus rassise que partout ailleurs. Comme on voit, on serait embarrassé à moins. Cependant il fallait venir au secours de l'église de France, et à celui du pape, même à son insu ; car nous sentions très bien que l'un ne

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