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pouvait pas aller sans l'autre. Ce fut pour parer à la fois à tous ces inconvéniens, que la commission proposa d'assembler le concile et d'envoyer à Savone.

Par-là on ne sortait d'aucune règle ni de l'église, ni des bienséances; on rendait à la fois aux besoins de l'église de France, et à la dignité du souverain pontife tout ce qui leur était dû également.

La commission ne voulut point prendre sur elle de proposer la décision d'une question aussi délicate que l'était celle du changement du mode de l'institution, non plus que de pressentir celle qui pourrait émaner du concile; elle se borna à indiquer la marche que l'on pourrait suivre pour effectuer cette mesure et pour remplir à la fois tous les devoirs.

Voyez, dans les extraits joints à la fin de l'ouvrage, la réponse à la seconde question proposée par Napoléon.

Mais cette question du concile n'était pas même sans difficultés. Il s'agissait d'un droit positif généralement reconnu dans l'Église, l'institution canonique donnée par

le

pape. Pour apporter des changemens à cet ordre, le concours du pape était nécessaire; s'il le leur pré

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refusait, il restait la ressource du concile général. Comme la convocation de ces assemblées appartient au pape,

ainsi

que sidence

par lui ou par ses légats , c'était encore à lui qu'il aurait fallu revenir. C'est une chaîne dont il tient les deux bouts. La commission le sentait, et d'après le sentiment de ces difficultés, elle disait que dans le cas de nécessité extrême, une grande église, telle que celle de France, se trouvait fondée, par le malheur des circonstances, à pourvoir à son propre salut : décision infiniment sage , basée sur la nature même des choses, c'està-dire sur celle des sociétés, qui toutes renferment dans leur sein le principe de conservation qu'elles ont reçu de la même main qui leur donna l'existence. L'église n'est pas une société d'une condition pire que les autres. Elle ne peut donc manquer des moyens de conservation qui appartiennent à toutes. Lorsque des divisions éclatent dans son sein, une partie notable de l'église ne peut pas rester abandonnée : elle ne peut pas davantage consentir à sa perte, en restant dans une inaction mortelle : ainsi, après avoir employé tous les

moyens avoués par la raison et par

que le

le devoir, pour amener la fin du désordre, il lui reste alors un autre devoir à remplir, et ce devoir est vis-à-vis d'elle-même. Il lui fait une loi de songer à sa conservation, en se renfermant dans l'emploi des moyens légaux, tel le retour, au moins momentané, aux anciens canons, et-à la discipline que les droits positifs ont abrogée. Ceux-ci ne pouvant être observés dans le moment, sont, pour le temps, comme s'ils n'existaient pas. On rentre alors dans ces lois de nécessité des temps, comme dit saint Cyprien, que Dieu permet et que l'homme ne commande pas. Ces principes, aussi justes que simples, sont éminemment propres à mettre un terme aux contestations. Or c'est à eux que la commission demandait de recourir. Le concile fut donc convoqué pour

le 9 juin 1811. Il devait être formé de tout l'épiscopat de la domination de Napoléon, en France, en Italie, en Allemagne. Le princeprimat, ainsi que des évêques titulaires ou suffragans d'Allemagne , furent appelés. Le nombre total des évêques présens dépassait cent. On prépara pour la tenue du concile , l'archevêché de Paris, qui était magnifique

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toute entière. Le reste ne comprend que des accessoires. Cette réduction des prétentions de Napoléon était le résultat des représentations réitérées de la commission, qui avait enfin réussi à lui faire entendre qu'il n'avait point d'intérêt à aucune autre chose. Je demande

que

l'on fasse bien attention à cet article, parce qu'il est essentiel

pour

dissiper mille bruits répandus sur l'objet et sur la tendance de ce concile. Il n'y a jamais été question que de l'article porté à Savone , relativement à l'institution, et je défie qui que ce soit de montrer une seule ligne de propositions faites dans cette assemblée qui dépasse cette limite.

Soyons vrais, et quels que soient les temps, rendons hommage à qui le mérite. La demande de Napoléon était puisée dans la nature des choses; elle mettait fin à l'arbitraire, à l'injustice envers les Eglises et les titulaires, à l'inégalité entre le pape et les souverains ; elle statuait, enfin, un ordre fixe et raisonnable. Par lui, les querelles entre le sacerdoce et l'empire , après tant de siècles de débats, avaient acqnis un terme : ce n'est pas pour la France seule que cela était fait, mais

,

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pour le monde chrétien, qui ne pouvait manquer de s'y conformer, et qui peut déjà avoir commencé de ressentir ce qu'il a perdu avec lui.

Ce n'était pas ses affaires seules que faisait Napoléon, avec cet accord; c'était encore celles de tous les souverains, auxquels il épargnait, par cet exemple, les embarras qui les attendent. Ainsi se trouvait résolu le problème que Louis XIV avec Bossuet, et ses parlemens, s'était reconnu impuissant à résoudre, et le monde, avait ainsi été rendu témoin d'un spectacle bien nouveau, celui d'un jeune souverain militaire qui voulait que l'Eglise ne pût jamais manquer de pasteurs, et celui d'un pape qui combattait pour qu'elle pût en manquer : car tel était le singulier contraste des deux rôles, à la vue desquels il est bien naturel de se demander de quel côté était-on le plus catholique ?

C'est de cette hauteur qu'il faut considérer cet acte, parce que c'est à cette élévation qu'il

fut conçu.

A peine le concile fut-il réuni, que Napoléon put découvrir un horison très différent de celui dont il s'était créé pour lui

même la

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T. II.

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