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Aussi, à la restauration religieuse , se trouvat-il un esprit de presbytéranisme qui n'avait jamais paru dans l'église de France : on compta ainsi un petit nombre de troupeaux voués à des directeurs particuliers. Mais cette déviation partielle ne doit point priver l’ensemble du clergé resté en France du juste tribut d'éloges qui lui est dû pour le courage qu'il a montré ainsi que pour les services qu'il a rendus en bravant tous les dangers de ces désastreuses époques. S'il a été ramené aux persécutions des premiers siècles de l'église, il en a aussi fait revivre les vertus. C'est une des plus belles époques du clergé de France.

Lorsque le fort de la tempête fut passé, le clergé constitutionnel reprit ses fonctions , et si je n'ai pas été trompé, il fournit au service de la presque totalité des églises de France. Depuis le serment exigé par l'assemblée constituante les mêmes exigences se multiplièrent. Chacun, dès qu'il était le maître , décrétait des sermens, en inventait pour tous ses besoins. C'est ainsi qu'on vit demander un serment de haîne à la royauté que l'on ne put ou ne voulut jamais définir. Ces malheureux sermens produisaient beaucoup de mal, car ils prodaisaient beaucoup de division. Les écrits pleuvaient, mille distinctions étaient apportées ; le pape,

les évè ques, les docteurs, tout était consulté à chaque instant. Que voulait dire cela ? Qu'y avait-il de commun entre la sainteté et la dignité du serment, et les exigences d'un quart d'heure dont les fabricateurs étaient les premiers à se moquer,

ainsi
que

de tout cet appareil de disputes, qui donnaient à ces sermens une importance qui ne leur appartenait pas ? Au lieu de tant disputer, il fallait déclarer · qu'il n'y avait pas matière à serment, et qu'ils ressemblaient à ceux qu'une troupe exige dans l'endroit qu'elle traverse, ce qui n'engage pas du tout les habitans à les suivre. Mais ce qui se faisait le plus remarquer dans tous ces sermens, c'était la lâchelé de ceux qui les imposaient: car il y a une lâcheté véritable à imposer à d'autres une obligation qui renferme un danger que l'ou ne partage pas soi-même. Des liommes religieux d'un côté, des hommes irreligieux de l'autre, ne sont point sur la même ligne, lorsqu il s'agit d'une chose aussi sacrée que le serment,

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L'un approche en tremblant, l'autre en se jouant : le ciel est devant les yeux de l'un, une dupe ou bien une victime devant ceux de l'autre. L'un sent sa chaîne et la respecte, l'autre s'en rit ou s'en affranchit. Cetle horrible position dans laquelle des hommes dans un lieu de sûreté, pour leurs intérêts propres , ne craignent point de placer leurs victimes, fait trembler pour celles-ci, et rem

, plit d'indignation contre les odieux inventeurs de ces pratiques. Les choses étaient là, lorsque

le 18 brumaire arriva.

T. IL.

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Dix-huit brumaire; son esprit. - Restauration religieuse;

son esprit. Eloges. Parallèle de la conduite du clergé acceptant et dissident.

LE 18 brumaire fut fait contre l'anarchie, comme le 5 septembre l'a été contre l'exagération: on périssait par toutes les deux : aux deux époques il fallut chercher un remède, et la France a accepté l'un et l'autre avec la même joie. Par conséquent, le dixhuit brumaire, restaurateur de l'ordre social, fut fait au profit de l'ordre religieux, qui dut y trouver sa place, comme toutes les autres parties de l'ordre public. Le 18 brumaire ne fut fait ni pour ni contre personne,

ni pour Buonaparte ni contre les directeurs réguans. Une nation ne se remue jamais que dans une vue générale et pour un intérêt commun : dans ces mouvemens, les hommes peuvent être des nominatifs, mais ce n'est point à eux que le fonds des choses se rapporte. C'est dans cette direction que fut fait

le 18 brumaire. Il fallait donner un àncre au vaisseau qui dérivait et faisait eau de de toute part, il fallait arracher la France à la partie basse de la révolution qui tendait à s'en emparer de nouveau. 'Un homme accoutumé à faire retrouver dans ses complimens tout l'esprit qui manquait à ceux des autres , s'adressant un jour à Napoléon , lui dit qu'il avait détrôné l'anarchie. Il avait parfaitement raison. Au 18 brumaire, il n'était pas encore question de la place que depuis il a remplie.

Pourjuger de ce que l'on se proposait, et de ce qui allait arriver, il suffisait de considérer la composition du nouveau gouvernement; chefs et ministres, c'était l'élite de la France d'alors. Comment avec eux, comment avec un changement de système tel que celui dont leur promotion était le gage, la religion eût-elle continué d'être persécutée brutalement, comme elle l'était depuis dix ans. Cela était contre la nature des choses. Aussi , dès ce moment, la vit-on respirer, les prêtres rentraient, des simulacres de surveillance restaient seuls. Le premier pas du gouvernement nouveau fut vers la Vendée. C'étaient autant de

pas

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