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ses et dans deux autres, celle de Saint-Vin- temps et se perpétue jusqu'en 1789. En 1712 cent et celle de Saint-Sauveur, au nombre un avocat, nommé Chasse, lègue à la paude deux seulement, ce qui porte le nombre vreté plusieurs montres, horloges et pendes personnes chargées des quetes à qua- dules que les commis généraux sont d'aviz rante-sept. On donne les noms des quêteurs de mettre en loterie. La loterie se tire le 22 de l'année 1535.

décembre à la chambre eommune même et L'abbé de Saint-Waast se taxe à trois écus produit 1500 livres. Le même avocat donne d'or par semaine, c'est-à-dire de 3 à 400 à la pauvreté la maison dite du limaçon silivres par an. C'est au receveur de la pau- tuée sur la petite place d'Arras. On voit qu'en treté que sont versés, en vertu d'un placard 1726 la bourse commune ou pauvreté, jouisde Charles-Quint, les profits de la vente des sait de 20 à 25,000 livres de rente. (Père gages du Mont-de-Piéié (1545).

Ignace cité par l'abbé Proyart.) Le bureau général d'administration se com- Parallèlement à la bourse commune s'éposait de deux gentilshommes, deux avocats, tablit l'ouvre des filles de Saint Vincent quatre notables, deux marchands, par con- de Paul appelées à Arras en 1656. Elle a séquent de dix membres, plus d'un rece- comme la bourse commune pour objet les veur et d'un greflier. Ils étaient deux ans secours à domicile, mais elle existe isoléen exercice ct se renouvelaient par moi- ment; elle dispose d'une somme de 18 à tié, chaque année, le jour des Saints-In- 20,000 livres. diocents. Les comptes se rendaient à l'hô- Les honnes seurs, dit une relation lolel de ville en présence du grand bailly, des cale, n'avaient en propriété qu'une maison, officiers du baillage, des mayeurs et éche- six mesures de terre et un capital de 10,000 vins et des commis généraux et adminis- livres placé sur les états d'Artois; Dieu trateurs de la bourse commune. C'était la faisait le reste. Elles ne laissaient aller sans plus importante institution de charité de la secours aucun indigent; elles distribuaient ville. (Requête au roi pour les officiers du bouillon aux uns, aux autres des médidu baillage.)

caments et du linge à ceux qui en manLes administrateurs en entrant en fonc- quaient. Elles étendaient leurs secours aux tions prêtaient serment devant le magistrat femmes en couches. à l'hôtel de ville. C'était là que se ren- La coopération aux secours à domicile daient les comptes. Les membres de la de nos jours est l'ouvre préférée des filles bourse commune se réunissaient une fois de Saint-Vincent de Paul. La philanthropie, la semaine dans une maison située au par elles, est christianisée. Marché-au-Poisson (incorporée depuis dans Nous avons mieux aime donner cet exposé la salle de spectacle). Ils se réunirent à dans sa totalité que de lě scinder par siècle. une autre époque dans une chambre de la On a vu qu'au xvi' siècle les secours à domimaison des orphelins affectée aux délibé- cile étaient sécularisés. Mais l'intervention rations.

des séculiers se découvre déjà au xive sièEn 1567 les commis généraux de la bourse cle, comme on va le voir. commune trouvent insuffisante l'aumône de Par une ordonnance du 21 juillet 1370, 400 livres qui leur est faite par les Bénédic- Charles V, réglant la forme du serment des tins de Saint-Vaast. Ils leur intentent un chirurgiens de Paris, les exempte du service pirocès. Ils prétendent que l'hôtellerie an- du guet et de la garde des portes, excubias nexée (Voir HOSPITALITÉ monastique) à l'ab- et custodiam januarum, à la condition qu'ils baye au xil siècle, devait être réunie à la visiteront et soigneront les pauvres qui ne bourse commune en vertu du placard de peuvent être reçus dans les hôpitaux et qui Charles-Quint. Rien n'était moins fondé. manqueraient, sans cela, de secours et de Ils poussent leurs exigences jusqu'à ré- remèdes : gratis visituros et præparaturos clamer 47 ans d'arrérages. Les religieux, pauperes, qui in hospitalibus récipi non pospar amour de la paix, portent leur au- sunt, et qui eorum visitationibus et remediis mône, en 1569, à 800 livres. Le 15 no- indigebunt. Ainsi, le soin des malades à duvembre 1585 les hostilités recommencent. micile existe à Paris au xiv siècle (1). Le conseil d'Artois et le conseil souverain Ce document n'est pas unique. Nous conde Malines déboutent de leur demande les serverons à celui qui va suivre le style du commis généraux de la bourse commune, temps. mais condamnent l'abbaye à rétablir l'h0- Les bourgeois et habitans de Saint-Pierretellerie supprimée. Au xvni' siècle (1772), le-Moustier avaient accoustume de grant anle procès était ressuscité par les adminis- cienneté faire chascun an le jour de la Pentraleurs de la bourse commune, dont le thecouste pour la révérence du Saint-Esprit, nombre n'est plus que de sept

une aumosne nommée la charité à toutes Ils adressaient une requête aux états manières de mendian qui y vouloient venir.' d'Artois. L'instance fut abandonnée. L'aumone était pour chacun povre de la moitié

La bourse commune distribuait les secours, d'un pain de ségle du prix de 2 deniers, d'une pour parler comme on parle aujourd'hui, pinte de vin du prix de quatre deniers et sur la plus grande échelle. Ils assistaient d'une pièce de Jard du prix de six deniers. toute espèce de pauvres. Elle résiste au C'alait, dit l'ordonnance (2), moult grand

(1) Collection d'Isambert, t. V, p. 344 et sui. vantes.

(2) Ordonnance de Charles VI, du 21 mai 1383.

chose, considéré le grand peuple qui avait du 17 juin 1713 autorisent l'aumône générale. accoustumé de venir. Pour ce faire étaient Une distribution de pain a lieu le dimanordonnées, c'est à dire levées, plusieurs che pour toute la semaine. On fait travailler rentes de grain et autres redevances qui les pauvres à des manufactures de bas ou avaient été aumosnées par les habitans 'de d'autres étoffes. La mendicité est interdite, la ville. L'usage avait accoustumé de com- et défense est faite de faire l'aumône aux mettre et députer une bonne personne de la mendiants. On décide le 28 décembre 1714, ville, laquelle recevoit et gardoit dans sa que les commissaires des pauvres iront maison les grains, rentes et dons de la cha- quêter auprès des héritiers des personnes rité du lieu, Ce dépos' aire de l'aumone en de distinction, et que les curés seront tenus était aussi le dist: cuteur, car il rendait d'avertir les commissaires des obsèques qui compte de son administration chascun au ou se feront dans leurs paroisses, afin qu'ils lorsqu'il en étoit requis aux bourgeois et puissent ý quêter. On ajoute du bois au pain habitans de la ville ou à leurs commis à ce, qui était donné précédemment (1715). La véric'est à dire à des commissaires chargés de fication du rôle des pauvres a lieu la même recevoir le compte. Charles VI, par des let- année. En 1717 on délibère qu'une grand'ties patentes du 21 mai 1383, autorise cette messe sera chaulée pour ceux qui légueront charité, sur la demande des habitans, comme à l'aumône générale une somme de 500 fr., et une institution dont les exemples n'élaient une messe basse pour les legs moindres. EQ pas rares, mais qui méritait d'être encou- 1728 on se plaint que la mendicité recomragée. Nous qui le bon propos des supplians mence. Des domestiques, des femmes, des avons agréable et désirons en nos temps enfants s'opposent à l'arrestation des mentelle euvre de charité augmenter, avons la- diants, et les gardes eux-mêmes la néglidite charité agréable, octroyant aux sup- gent. Il leur est enjoint par arrêt du parleplians et leurs successeurs que ycelle cha- ment de remplir leur office. Un petit livret rité ils puissent et leur laise naintenir et est rédigé en 1731 par le P. Johannin, jépour faire recevoir les euvres, dons et suite, pour ranimer la charité. Le prenier rentes de ladite charité et de mener (pour- président de Berbisen prête à l'aumône une suivre) les droits et causes d’ycelle en juge- somme de 2,000 livres, et fait de plus d'ament, etc... Et pour ce faire se pourront as- bondantes aumônes. Les états généraux à sembler en ladite ville ou bon leur semblera, chaque assemblée triennale font une aumône pourveu que à ce sera appelé le bailli, Je, de 500 livres. Un nouveau rôle est dressé en prévost d'icelle, le lieutenant et un député 1733. On n'y est inscrit qu'à 60 ans; ne sont de l'un d'eulx. Le pouvoir civil était re- admis que les domiciliés et ceux qui ont présenté dans le bureau par trois de ses payé les contributions pendant sept aus. agens.

Les domestiques et les compagnons devront Dijon, En 1445, un physicien (médecin) justitier de 10 ans de résidence. Tous les gratuit est institué pour visiter les pauvres individus admis au rôle et trouvés menà domicile. L'indigent qui réclame le secours diants, seront incarcérés. Nulle famille de doit produire un certificat d'indigence. L'é- simples manæuvres et sans profession, ne vêque de Langres accorde quarante jours peut s'établir dans la ville sans l'autorisad'indulgence à ceux qui contribueront aux tion de la municipalité. Tout mendiant secours en argent ou en linge. Les cotisa- étranger qui demeure dans la ville plus de tions sont apportées surtout le dimanche. 24 heures est puni de deux mois de prison, En 1447, des secours sont accordés aux ecclé- Défense de donner aux mendiants à peine siastiques et personnes de distinction. Le de 50 livres d'amende applicables à l'aunom de Rapin de Thoyras figure dans la mône générale. Défense aux religieux de nomenclature. En 1627, le nombre des men- donner retraite aux mendiants à peine de diants est de 393. On renferme les pauvres

100 livres. Défense d'insulter les commisen 1669. De 1606 à 1788, une somme de 100 saires quêteurs à peine de 50 livres. Il sera à 200 liv. est mise par la ville à la disposi- établi deux gardes aux portes de la ville les tion du maire pour les aumônes. En 1760, jours de fête et de foire pour empêcher les il est construit, pour faire la marmite aux mendiants d'y entrer. Les copies des rôles pauvres, un digesteur qui ramollit les os, et sont remises à la chambre des pauvres, aux coute 327 liv. En 1775, un médecin de la ville curés des paroisses, aux directeurs spirireçoit 1,200 liv. pour traiter les malades à tuels des pauvres, au receveur général et domicile. Les secours à domicile ont été ad- aux commissaires de chaque paroisse. Ce ministrés à Dijon par une Chambre des pauvres, qui formait cinq moyens de contrôle. Le placée plus spécialement à la tête des se- rôle, entre autres renseignements, faisait cours hospitaliers (Voy. ADMINISTRATION) connaitre les meurs et la conduite des ins. jusqu'au xvi. siècle. Ce n'est qu'en 171i crits et les motifs de l'assistance. En 1742 que le président Bouhior institue un établis- le roi faisait remettre à l'aumône générale sement spécial pour les secours à domicile 1,500 livres sur le produit de la loterie étasous le nom d'aumône générale. La fondation blie à Paris. En 1744 l'évêque de Dijon enest lestinée à pourvoir à la nourriture des tre en la chambre et la préside. Les curés pauvres invalides, à procurer du travail aux de Notre-Dame et, de Saint-Pierre y assisvalides, à renvoyer dans leurs communes les tent aussi. A la suppression des jésuites on pauvres étrangers, à empêcher la fainéantise, alloue 60 livres au prêtre séculier remplisà éteindre la mendicité Des lettres patentes sant les fonctions de directeur spirituel des

une

pauvres. En 1767, l'aumône dépassait le faites dans les cimetières, lors des enterredouble de son revenu; le déficit est de ments; 4° le droit de deshérence dans la 1,309 francs Deux causes sont signalées, la ville et sa banlieue; 5° le droit d'hériter de diminution du chiffre des quêtes, et l'aug- ceux qui avaient joui des aumônes de Saintmentation du prix du pain. Les quêtes qui Marc; 6° la moitié des sommes payées pour avaient été de 18,753 livres en 1712 étaient autorisation de se marier dans l'année de tombées à 800 livres en 1780. Les inten- deuil ou dans un degré prohibé; 7 dants de l'hôpital général (ou chambre des part dans les amendes prononcées par la pauvres) faisaient tous leurs efforts pour police ; 8° une part du prix de location des soutenir l'aumône générale. On procède à corbillards. L'aumônerie de Saint-Marc disl'élimination d'un certain nombre d'inscrits, tribuait aux bourgeois Jignes de secours, à on fait un emprunt de 2,000 livres à cours de leurs veuves et enfants mineurs, du pain et rente, on sollicite de l'évêque un mande- des subsides en argent; elle était aussi ment pour ranimer le zèle des fidèles. Ces chargée de délivrer gratis des médicaments, mesures sont eflicaces. Les quêtes s'élèvent sur l'ordonnance du médecin-physicien de la à 6,646 livres 7 sols 6 deniers. Au lieu ville, aux malades qui ne désiraient pas end'emprunter on plaça à rente une somme de trer à l'hôpital. Les directeurs de Saint-Marc 3,005 livres. Les distributions de pain furent administraient le Bosenhaus, qu'ils avaient fisées à cette époque à 927 livres pesant fondé, et de plus le Blalterhaus (nom de deux chaque semaine. Les quêtes faites par les maisons), que le magistrat avait remis entre commissaires en personne devinrent plus leurs mains en 1535. Lorsque l'Alsace était fructueuses. Un capital de 9,000 livres sur le désolée par la guerre ou par la famine, les parlement produisait un revenu de 760 li- portes de Strasbourg s'ouvraient non-seulevres au denier 25. Un capital de 400 livres ment aux vassaux de la ville, mais aux posur les états de Bourgogne au denier 20, pulations d'alentour. - Comme les nobles et 200 livres. Un capital de 6,000 livres, sur la les riches du pays vivaient à Strasbourg, dit ville de Dijon, au denier 20, 300 livres. Les M. Charles Borsch, les denrées affluaient dans quêtes ordinaires pouvaient monter à 900 cette ville. Les paysans serfs des seigneurs livres : ce qui faisait en tout 2,160 livres. y portaient leurs récoltes, et la.disette deveLes charges étaient de 4,558 livres, savoir : nait plus horrible dans les campagnes. Mais Pain, 3,900 livres : rente due à l'hôpital gé. aussi, dans ces lemps de famine, tous les néral, 200 livres, desserte de la chapelle, pauvres de l'Alsace se dirigeaient sur Stras60 livres, aux deux gardes, 372 livres. Des bourg, et venaient y chercher un refuge. Et pense pour la fête de saint alexis, 23 livres. telle était la charité de celte ville, qu'elle les charges excédaient les dépenses de 2,392 ne faisait aucune distinction d'origine, acliv. La chambre supprime alors les gardes de cueillant la misère, de quelque pays qu'olle l'aumône générale. Une députation est char- vint pour lui demander un asile et du pain. gée de supplier monseigneur l'évêque de Aussi, plus d'une fois, dans ces temps de Dijon de nommer un preire pour le service calamité, arriva-t-il à Strasbourg des carade la chapelle et célébrer la fèle de saint yanes de gens misérables de l'intérieur de Alesis à titre gratuit. On recourt à une re- la France, de l'Allemagne el de la Suisse. vision plus sévère de la liste des pauvres.

C'est ainsi qu'en 1529 un millier de pauLes autres mesures prises ne sont que rè- vres de la Souabe, et sept à huit cents de la glementaires on un rappel au règlement Lorraine, trouvèrent asile à Strasbourg. En primitif.

1586, la ville eut à nourrir 41,058 person

nes; en 1587, 72,673. Souvent d'effroyables Chap. III. – XVI° siècle. Nous produi- contagions furent causées.ou accrues par SODS toujours par ordre de date les bureaux de charité du xvisiècle.

ces immenses rassemblements de fugitifs.

L'assistance générale que la ville de StrasStrasbourg. -- Aumônerie de Saint-Marc. bourg ne refusait pas dans les temps de

En 1523, le magistrat de Strasbourg ins- crise aux populations rurales qu'aucun titua, pour les pauvres artisans de la Lour- lien politique n'attachait à sa destinée, elle geoisie, un bureau d'aumônes, qui n'eut la devait à ses vassaux et ne cessait pas de la dans l'origine d'autres ressources que les

leur accorder. La ville distribuait par année dons volontaires des couvents, le produit

environ 300 liv. à 1500 compagnons passants, des troncs et des quêtes à domicile, ainsi saus compter 200 liv. d'aumônes accordées que d'autres revenus éventuels. Mais, lors- à de pauvres voyageurs. Les manants propre. que Strasbourg eut embrassé la réforme, le ment dits étaient assistés sur la caisse des aubureau d'aumône hérita, en 1529, des biens mônes publiques, c'est-à-dire sur le produit du couvent de Saint-Marc ; il recut de plu- des troncs placés dans les églises et de la colsieurs citoyens, et particulièrement du sé- lecte hebdomadaire faite à domicile par les Dateur Daniel Steinbock, des legs et des porteurs de boite. Jusqu'en 1765, il n'exisdonations considérables. Le magistrat oc- tait point de refuge à vie pour recevoir les troya à l'aumônerie de Saint-Marc les droits indigents de cette classe. A cette époque, et privileges suivants : 1° Le produit des sur la proposition de M. Gayot, prêleur collectes dans les églises protestantes; 2o la royal, le magistrat de Strasbourg ordonna moitié du produit des quêtes extraordinai- qu'un hospice, destiné aux manants et hares qui avaient lieu dans les mêmes églises, bitants pauvres et infi mes, serait construit le jour de Noël; 3° le produit des collectes sous le nom de bâtiments des pauvres (Ar

menhaus), dans l'avant-cour de la maison de vres dignes d'assistance augmentait sans force. Les vieillards et les vieilles femmes, cesse. Dans le cours de l'année 1790, le dépourvus de toutes ressources, après avoir nombre des familles secourues par l'aumô. résidé à Strasbourg un certain nombre d'an- nerie de Saint-Marc, s'éleva de 500 à 688. nées, étaient habillés, logés et nourris dans L'hôpital eut à supporter un surcroit de déla maison des pauvres. On s'ingéniait à les penses de 33,000 livres. Les établissements occuper selon leurs forces. Les plus valides charitables épuisèrent les réserves entassées étaient employés au balayage des places dans leurs greniers ; et la commune, au publiques ; ceus qui pouvaient se procurer moment même où elle était privée des diquelque travail en ville ou à la campagne, mes et des redevances qu'elle avait perçues, jouissaient de la libre sortie : une retenue soit à titre féodal, soit à tire régalien, dot de 5 sols par jour était faite sur leur salaire fournir une subvention extraordiuaire de au profit de la commune. La maison des 8,240 francs à la caisse des aumônes publipauvres n'ayant aucune dotation, et comp- ques. La municipalité de Strasbourg accepta iant, à la fin de 1790, 415 pensionnaires, avec dévoûment le fardeau de devoirs et dont l'entretien annuel revenait, par per- d'obstacles que les circonstances lui imposonne, à 190 liv., cet établissement coûtait saient ; elle forma dans son sein un bureau à la caisse de la ville 58,380 liv. Deux salles spécial des établissements publics et des du même batiment, l'une de 8 lits, l'autre fondations pieuses, le seul dont nous ayons de 20 lits, ménageaient une hospitalité gra- ici à raconter les travaux. Les nouveaux ailtuite aux servantes sans place. Dans la pre- ministrateurs des pauvres s'efforcèrent d'amière couchaient 16 jeunes filles, qui le bord d'opposer une digue solide à l'invasion jour travaillaiea: aux ateliers de charité, et incessante des pauvres étrangers à la ville. recevaient, le dimanche, une légère colla- Les gardes-consignes réorganisés, les gartion. La seconde salle offrait une retraite à des de police, et les commissaires de quar40 femmes et filles plus agées que les pre

tiers institués nouvellement, furent destinés mières. Dans l'intervalle d'un terme de lo- à former une triple enceinte contre la mencation à l'autre, elles étaient hébergées, dicité parasite. S'étant ainsi mis à l'abri des travaillaient au filage de la laine ou du surprises, le bureau des établissements prichanvre, et retenaient le prix de leurs vête- blics et des fondations pieuses entreprit un ments sur le produit de leur travail.

recensement raisonné de tous les pauvres Les agitations révolutionnaires se produi- existant dans la ville, inscrits ou non inssiren: à Strasbourg avec un éclat et une crits sur les registres des différentes instiénergie effrayantes dès le début de la révo- tutions charitables. Après une enquête ats Jution de 1789. La police se relâcha, les tentive, les mendiants étrangers furent renmendiants pullulèrent, le travail se ralentit, voyés lors de la ville, et les pauvres indiles ressources de la charité diminuerent. gènes partagés en deux catégories : la prePar toutes ces causes, la misère s'éiendit et mière comprenant, pour employer les exs'aggrava. Les gardes-consignes qui veil. pressions du rapport, ceux qui, à raison de laient aux portes de la ville ayant manqué, leur âge el de leurs infirmiiés, ne peuvent plus que de coutume, de vigilance ou de que gagner très-peu, ou même rien du tout, fermeté, les rues, les places, les promenades par le travail de leurs mains, et d'autres déjà publiques, les abords des églises se couvri- ieliement accoutumés à la mendicité et à la rent de mendiants accourus du dehors, par fainéantise qu'il est impossible de les en bandes si nombreuses et si hardies que, corriger; la seconde se composait des vrais pour emprunter l'énergique expression de pauvres qui pouvaient être assistés à domil'administrateur des établissements publics cile. A ceux-ci on donna pour la première et des fondations pieuses, on était obligé de fois, ou l'on renouvela des billets d'aunase racheter presqu'à chaque pas. A cette nes proportionnées à leur degré de misère parasite population de pauvres, la suspen- et au poids de leurs charges. Quant aux insion du travail ordinaire ajoutait un déplo- valides, aux vieillards, aux mendiants relaps rable contingent de citadins dénués de res- et désespérés, le corps municipal, sans s'arsources. Le 18 février 1790, l'un des jour- rêter à l'accroissement de la dépense, se naux de la ville, ln Chronique de Strasbourg, décida à les recevoir à la maison des pauvres publiait l'avis suivant : Les personnes aisées et à les y nourrir leur vie durant, en les et bienveillantes qui auraient l'intention astreignant à un travail ménagé selon leurs d'occuper l'un ou l'autre genre de métier forces. La municipalité de Strasbourg, ayant sont sollicitées de le faire préférablement à ainsi paré aux souffrances les plus criantes et cette époque, où la majeure partie des ou- aux désordres les plus flagrants,chercha à resvriers se trouve sans ouvrage et sans pain. treindre pour l'avenir le nombre des pauvres En 1790, la gêne présente et l'appréhension et des fainéants. Des bâtisses qui n'avaient du lendemain paralysent l'élan ou les res- rien d'urgent, des réparations et des construcsources de la charitě. Les boites d'aumônes, tions, occupèrent les ouvriers sans ouvrage ; que les sergents de la ville portaient chaqué des écoles gratuites et des salles de travail semaine, de maison en maison, étaient rap- furent proposées pour les enfants. Malheuportées presque vides à l'hôtel de ville; reusement des obstacles de tout genre trac'est à peine si l'on réussissait à placer la versèrent l'accomplissement de ces projets moitié des billets de la loterie des enfants d'assistance et d'éducation. Certains parents, Trouvés. En même temps, la masse des pau après avoir envoyé leurs enfants aux écoles, où l'on apprenait à filer le coton et la laine, siduité au travail est bien constatée, qu'il les retirèrent, parce qu'ils ne rapportaient procure à ses enfants les moyens d'instrucĮ as assez d'argent dès la première semaine. iion dont la patrie l'a environné, qu'autant La mendicité semblait, à ces pèresindignes, encore que lui-même fait preuve de sentiune carrière bien préférable. A ce méier, ments patriotiques, que par conséquent il un petit garçon ramassait au moins 4 sous vit en paix et en fraternité avec ses voisins par jour. D'un autre côté, plusieurs mendiants et tous ses concitoyens. « On ne peut recerefusèrent formellementd'entrer à la maison voir une avance d'une somme quelconque des pauvres. On avait, pour la liberté indi- que sur l'apport d'un gage équivalent à la viduelle, un respect excessif. L'Assemblée somme demandée. L'emprunteur indiquera nationale n'avait pas encore porté de peine lui-même le terme ou les termes au bout contre la mendicité, et on se faisait scrupule desquels il entend rendre la somme qu'on lui d'appliquer les anciennes lois. Aussi l'ad- avance. Ce terme ne pourra jamais excéder ministration des établissements de charité l'espace de sixou huit mois au plus. Le terme se bornait à mentionner la rébellion de ces écoulé, on exigera de la manière la plus mendiants, sans se croire le droit de la ré- positive que le débiteur ifasse honneur à primer. Cependant cette longanimité eut un son engagement, ou bien on procédera à la terme; Jes mendiants, enhardis par l'impu- vente du dépôt. Au premier dimanche après Bité, parcouraient les rues, et demandaient la Saint-Martin, il sera rendu un compte de l'aumône jusqu'au milieu de la nuit. Le 16 l'administration de ce lombard. Ces statuts avril 1791, les officiers inunicipaux prirent furent ado;tés, et l'on ouvrit une liste de un arrêté sévère contre les mauvais sujets souscription. Le conseil de la commune allqui refusaient soit l'hospitalité gratuite de la torisa l'impression du projet, et chargea maison des pauvres, soit le travail qui leur les commissaires de police de répandie était offert dans les ateliers de charité. le programme dans leurs quartiers respecM. Obertin conçut le projet d'instituer dans tifs. chacun des dis cantons de la ville, un bu

1530, Des statuts homologués par Henri reau char, é de donner des secours aux pau- d'Albret, en 1530, érigent une bourse comvres, et surtout de leur procurer les moyens

mune à Morlagne. (Orne.) d'existence selon leur savoir-faire. Des laïques des deux seres, des ecclésiastiques ap- Item pour pourvoire aux vrais pauvres partenant aux trois religions pratiquées à de nostre ville et faux-bourgs lesdits esleus S.rasbourg, un médecin et un chirurgien pour tenir le bureau garderont une bourse modestement rétribués, devaient composer commune, qui sera appellée la bourse des le personnel de ces bureaux. M. Obertin ne pauvres. conseillait pas d'établir de nouvelles maisons de travail, mesures dispendieuses et

Nous verrons tout à l'heure comment elle

se remplissait. Pour la distribution des aud'une utilité incertaine ; il suffisait, selon lui, de conserver les établissements qui avaient

mosnes aux pauvres honteux, sont nommés reçu déjà celte destination. Les artisans ma

en certains quartiers de la ville, aucuns bons et

fidèles personnages appellés doyens des pauladroits, ou ponr emprunter une expression de Bentham, les travailleurs imparfaits eus

vres, lesquels auront à en enquérir des pausent été remis en apprentissage, les maneu

vres de leur voisinage. Ainsi, d'une part, tres chez des bourgeois bien pensants ou

la centralisation des secours, de l'autre, la

division dans l'assistance des pauvres, pour dans les travaux publics, les jeunes gens et les étre à même d'étudier ceux-ci de plus près, enfants chez d'honnêtes gens. Le bureau qui Le nombre des paurres à secourir est limité n'et pas pu, dans sa circonscription, procurer de l'ouvrage à ses pauvres valides et

par le bureau, d'après un rôle dressé par propres au travail, se fût adressé à un bu

les doyens des indigents chacun dans leurs

paroisses. Les doyens proposent, le bureau reau voisin, on aurait même pu réunir en dispose. Les doyens baillent leur roole chacun un centre général les délégués de toutes les

vendredi, aux gens tenans le bureau, la quelle subdivisions, afin de diriger et d'harmoniser l'ensemble. Le 30 novembre 1791, lors

ont à taxer selon leur an vis et discrétion du renouvellement de la municipalité, une

combien sera distribué des biens de la bourse quele fut faile par tous les électeurs de la

commune à un chacun selon sa récessité et cinquième section.Comme plusieurs citoyens

indigence. s'étaient retirés déjà, la collecte ne produi- Le montant de la taxation, pour ce faire sit qu'environ 6 louis. Quatre électeurs, plus ordonnement, est délivré soit par les MM. Dietrich, Blessig, Heitz et Marchand, gens du bureau par estiquette, c'est-à-dire chargés de rechercher le meilleur emploi sur des bons remis aux pauvres, comme cela que l'on pourrait faire de ce capital dans se pratique encore de nos jours dans les byl'intérêt public, proposèrent, lorsque la sec- reaux de bienfaisance. Un des doyens pourtion fut rassemblée pour nommer le juge de rait remplacer un des tenant du bureau abpair, de fonder un mont-de-piété véritable, sent, afin que le bureau ne fût jamais comune banque de prêt sur gage, mais sans in- posé de trois membres. Les doyens étainut térêt. Le plan de cette banque charitable était à la fois les adjoints des membres du bure?u sagement tracé; nous citerons quelques ar- et leurs suppléants dans l'administration et licles des statuts. Le père de famille ne peut dans l'exercice de l'assistance. Dans la bouray irer au prêt gratuit qu'autant que son as- se commune ou bourse des pauv: es étaient

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