Page images
PDF
EPUB

3

[blocks in formation]

LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER
PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS

35, QUAI DES GRANDS - AUGUSTINS, 35

1902

Tous droits réservés.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]

13-11-35 30225

PRÉFACE

L'année politique 1901 tient tout entière, au point de vue législatif, dans une loi : la loi sur le contrat d'association.

Après d'ardents et brillants débats dans les deux Chambres, elle a été promulguée le 2 juillet 1901.

Il semble qu'avec elle, et pour son succès, le ministère Waldeck-Rousseau ait épuisé toute sa force d’action législative.

Le projet de loi sur les retraites ouvrières, seconde grande pensée du cabinet aux affaires, n'a pas eu, en effet, la même bonne fortune que le projet de loi d'association.

Il n'est pas, au point de vue psychologique, difficile de démêler pourquoi.

Les hommes, en général, et les hommes politiques plus que tous les autres, ne sont fortement incités à agir que par la haine de quelqu'un ou de quelque chose. L'amour, l'affection, l'altruisme, n'auront jamais, à ce point de vue, la même force triomphante que la colère ou que la haine.

Si peu noble pour l'espèce humaine que soit cette constatation, chaque jour, chaque événement la confirment davantage.

La loi d'association a dû son succès à l’habileté pernicieuse que les partis violents, et le ministère avec eux, ont employé à la représenter comme une loi d'action contre le cléricalisme, affirmait l'un, contre le catholicisme, disaient les autres, et tous contre quelqu'un ou quelque chose, et non pas seulement pour la liberté.

Ce ressort d'hostilité et de combat a manqué au projet de loi des retraites ouvrières. Du moment qu'il ne s'agissait plus d'exclure quelqu'un des bénéfices qu'elle se promettait d'apporter à un grand nombre de Français et qu'il ne pouvait être question que de l'aménager de manière à lui faire produire, à moins de frais, le maximum d'effet utile, elle a cessé de paraître intéressante à tous les sectaires et à tous les violents.

Tombée au rang de loi d'affaires, elle a été discutée comme telle. Il convient d'ailleurs de s'en féliciter, car, à la faveur de ce nouvel aspect, elle a été examinée avec plus de sang-froid et, pour ainsi dire, en elle-même. Ses inconvénients ont été signalés et mis en relief, sans que des clameurs, des menaces ou d'impérieux mots d'ordre soient venus stériliser l'effet des démonstrations décisives plusieurs fois fournies, et la Chambre, en renvoyant l'examen du projet de loi au referendum des intéressés, a permis à ceux-ci d'indiquer les dangers et les abus d'un système qui faisait trop bon marché de la liberté de l'épargne et qui établissait, pour des résultats parfois bien aléatoires, une sorte d'enrôlement fiscal des salaires ouvriers.

De même, le jour où le projet d'impôt sur le revenu aura été dépouillé, si cela est possible, de son caractère d'hostilité ou de menace contre un certain nombre de Français, il aura perdu, aux yeux des hommes politiques qui le soutiennent

« PreviousContinue »