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ces que celles que lui ménage la Providence. cune des ressources indispensables pour Dans toutes ses contradictions et ses nécessi- élever un de ces élablissements. Mais il tés, elle n'a pas eu d'autre recours que la pouvait communiquer à certaines Ames la prière. Avec cet appui elle trouve à em- compassion dont il était touché. La Proviployer surabondamment le zèle de charité dence se chargea de lui désigner celles auf. qu'elle développe parmi ses membres. Il y quelles il devait s'adresser. Une jeune Glle á là quelque chose qui ressemble à ce que de la paroisse qui n'avait pas coutume de l'école appelle une pétition de principes. La

s'adresser à lui se trouva un jour à son con. charité et la prière s'entr’aideni et tournent, fessionnal sans avoir jamais pu expliquer pour ainsi dire, sur elles-mêmes en se dé pourquoi et comment elle y était entrée. Le veloppant toujours. La charité conçoit, la prélre reconnut tout de suite une âme proprière obtient les moyens d'exécution; la pre au dessein qu'il méditait. De son côté, charité en devient plus entreprenante, et la

en écoutant les avis du prêtre auquel elle prière, toujours plus vive, voit toujours les avait été conduite pour ainsi dire malgré moyens d'exécution s'augmenter devant elle. elle, celte jeune fille ressentit celte paix et Quand l'ouvre a commencé, on ne pensait celte consolation que Dieu donne aui ames pas créer un institut qui s'étendrait sur soumises à la direction où il les veut. Elle ioute la France, et nous pouvons déjà dire avait depuis longtemps le désir d'être relisur le monde entier. Il s'agissait unique- gieuse; elle étail ouvrière et n'avait d'aument d'une nécessité présente; Dieu seul a tres moyens d'existence que le travail de donné à l'entreprise sa fécondité et son ex- ses mains. Le prêlre la confirma dans ses tension. Les hommes n'y ont mis que leur intentions, et commença à entrevoir quelpalience, leur dévouement et leur docilité que jour à réaliser son désir de soulager aux inspirations divines. C'est à Saint-Ser- les pauvres vieillards. Il avait déjà remarvan que l'ouvre des Petites-Seurs des pau- qué parmi les ames qu'il dirigeait une autre vres a commencé.

jeune fille, orpheline et de même condition Saint-Servan est une petite ville de Bre- que la première, Il les engagea à se lier entagne, en face de Saint-Malo, sur le bord semble, et sans rien leur communiquer en. de l'Océan, dont un bras, laissé à sec deux core de son projet, les assura que Dieu les fois par jour, sépare les deux cités La popu- voulait l'une et l'autre entièrement à lui el Talion des côtes gagne sa vie et exerce son

qu'elles le serviraient dans la vocation reliindustrie sur la mer, et on attribue aux fu- gieuse; il les encouragea à se préparer à cel reurs de cet élément le grand nombre de honneur et à s'essayer à vaincre en ellesvieilles femmes veuves et sans ressources mêmes tous les penchants de la nalure. qu'on rencontre dans la Bretagne. Elles Les deux enfants, on peut bien leur conli'ont d'autres nioyens d'existence que la per ce nom, l'aînée l'avait pas dix-huit nendicité et participent à tous les vices ans, la seconde en avait à peine seize, les qu'elle enfante. Beaucoup d'entre elles rap- deux enfants se mirent généreusement à pellent ces pauvres, dont parlait déjà à saint l'ouvre. L'abbé leur avait dit qu'elles servi. François de Sales la bonne Anne-Jacqueline raient Dieu dans la même communauté, Coste : ils prennent l'aumône sans savoir elles le croyaient sans rechercher autre que c'est Dieu qui la donne ; ils vivent dans chose. Il avait dit à la plus jeune de consi. un élat de vagabondage aéplorable, banlent dérer l'ainée comme sa supérieure et sa les portes des églises sans jamais y entrer mère; elles travaillaient chacune de leur colé ct sans rien connaitre des mystères qui s'y durant la semaine et se réunissaient le dicélèbrenl; ils s'adonnent à tous les vices, manche. Avant que l'abbé leur eût recome viveut et meurent dans une ignorance inouïe mandé de se lier, elles ne se connaissaient des choses du salut. Le souci de ces pauvres pas. A partir de ce jour, elles se trouvèrent ames, qui engageait la bonne tourière du uvies par un de ces liens puissants et ainapremier monastère de la Visitation d'Annecy bles que la Providence crée entre les ames à parler hardiment au bienheureux évêque qui lui appartiennent, et dont les frivoles de Genève et à lui indiquer les mesures à amitiés des gens du monde ne peuvent faire prendre pour le bien de cette nombreuse comprendre la douceur et la force. portion de son troupeau, le souci de ces pau- Tous les dimanches, après la messe pise vres âmes délaissées, aveugles, éloignées roissiale, ces deux enfants, évitant les coine de Dieu et dans un état de misère reli- pagnies et les distractions, s'en allaient sur yieuse cent fois plus à craindre que la mi- le bord de la mer. Elles avaient adopté un sère physique, qui leur attire au moins des certain creux de rocher; elles s'y mettaient aumônes, ce souci pressait, il y a une dou- à l'abri el y passaient leur après-inidi à s'efzaine d'années (1834), un vicaire de la päe

tretenir de Dieu et à se rendre compte l'une roisse de Saint-Servan. Il ne nous est pas à l'autre de leur intérieur et des intractions permis d'entrer dans le détail de la vie de ce qu'elles pouvaient avoir commises à un free prélre. C'était déjà une vie adunnée à Dieu tit règlement de vie que l'abbé leur avait el aur saints exercices de la charité, une vio donne. Elles s accoutuinaient de la sorle, et dévouée, dont le zèle ne s'arrêtait pas de- tout simplement à cet exercice de la vie vant les obslacles. Le dénûment des âmes ligieuse qu'on appelle la conférence spine sur lesquelles il s’apitoyait était complet. tuelle. Elles s'entretenaient de leur rècle et Saint-Servan ne possédait pas d'hospice. s'appliquaient à en pénétrer l'esprit. Cae

Le pauvre vicaire n'avaii dcvers lui au- phrase les arrêlait et elles ne pouvaient ea pénétrer le sens : « Nous aimerons, » y étaite et la bénédiction de Dieu tomba avec elle il dit, « surtout à agir avec douceur ei bonté dans le nouveau ménage. Il y avait encore eavers les pauvres vieillards infirmes et une petite place dans le logement, on y mit malades; nous ne leur refuserons pas nos bienidl une seconde vieille. La maison se soins toutefois lorsque l'occasion s'en pré- trouvait alors complète. Rien n'était change sentera, car nous devons nous donner bien d'ailleurs aux allures des personnages qui de garde de nous ingérer en ce qui ne l'habitaient. Jeanue filail, Marie-Augustine nous regarde point. » Elles pesaient tous et Marie-Thérèse travaillaient à leur couces mots sans que rien leur apprit le des- ture ou à leur lingerie, interrompant leurs sein de celui qu'on pouvait déjà appeler travaux pour soigner les deux infirmes et leur père. Il en usait avec elles comme avait leur rendre tous les devoirs de filles pieuses fail saint François de Sales à l'égard de sainte envers leurs mères, sonlageant leurs maux, Chantal, leur parlant de leur vocation, leur éclairant leur foi, animant, soutenant et ré. proposant certaines communautés, chan- chauffant leur piété. Le vicaire, que nous geant ensuite d'avis, les engageant à faire pouvons bien déjà appeler le fondateur et le des démarches où il savait qu'elles seraient père, aidait de tout ce qu'il pouvait à la pcrebutées, exerçant enfin leur patience et lite communauté, et, avec la grâce de Dieu, ployant leur esprit par toutes les manières on se sullisait. Ce n'était pas tout que de se possibles pendant près de deux ans. Vers les suffire, il fallait encore se développer. Une derniers mois de ce temps d'épreuve il s'était quatrième servante des pauvres s'était unio ouvert à elles un peu davantage et leur avait aux trois premières ; elle était malade et sur recommandé de prendre soin d'une vieille le point de mourir : comme aux anciens areegle de leur voisinage. Les enfants obéi- jours, elle voulul mourir consacrée à Dieu rent et employèrent tous leurs loisirs autour et parmi les servantes des pauvres. Elle se de cette pauvre intirme; elles la soulageaient fit transporter dans la mansarde et y guérit. selon leur petit pouvoir, disposant en sa Elle laissa à Dieu celte vie qu'elle lui avait faveur de leurs économies, faisant son mé- ollerte et qu'il lui avait rendue; elle se voua page, la conduisant à la messe le dimanche, au service des inlirmes et des vieillards. enlin remplissant auprès d'elle tous les offi- Mais le soulagement de deux vieilles femces que la charité pouvait leur inspirer. Ce- mes ne pouvait pas etre tout le fruit que pendant la Providence accommoda bientôt l'Eglise devait tirer, pour la gloire de Dieu, les choses de manière à ce qu'on put procé- du dévouement de ces généreuses filles. der à un petit commencement de l'auvre, On resta dans la mansarde euviron dix dont on n'avait encore qu'une și faible mois ; c'était le temps d'essai, le temps de esquisse. Elle mit sur le chemin des deur noviciat, pour ainsi dire. Peut-être avaitjeunes filles une ancienne servante, dont le on espéré que ce dévouement exciterait nom est aujourd'hui connu de toute la bientoi un généreux concours et attirerait France. Jeanne Jugan avait quarante-huit des ressources qui permettraient d'élendre ans; elle possédait une petite somme d'en- l'æuvre et d'ouvrir un asile à un plus viron six cents francs; elle suffisait par son grand nombre de vieillards. Peut-être travail au surplus de ses besoins; elle vivait aussi n'avait-on pas regardé au delà du seule; on s'associa avec elle, et Marie-Thé- commencement que nous venons de rarèse, qui était orpheline, s'installa dans sa conter. Toujours est-il que, si on attendait mansarde. Marie-Augustine vint y passer un secours humain, on résolut de s'en pastout le temps dont elle pouvait disposer, mais ser, el si on avait borné ses désirs au specelle resta dans sa fainjile.

tacle si beau et si consolant de ce qui se On ne voulait pas publier qu'on allait fon- passait dans sa mansarde, on ne s'en conder un institut nouveau, et les trois nou- ienta plus désormais. Quand on se donne à velles soeurs l'ignoraient à peu près encore Dieu, il faut se donner tout entier : le saelles-mêmes. Leur père leur avait recom- crifice a des saveurs auxquelles les ames qui mandé de se livrer entièrement à la divine les ont une fois goulées ne peuvent plus se Providence, de se confier à elle de toutes soustraire ; elles veulent aller jusqu'au bout, choses et de s'inquiéter seulement d'aimer faisant ce qui dépend d'elles, et laissant aux Dieu, de le servir de toute leur ame et de se autres le soin de concourir, si bon leur semdévouer au salut et au soulagement du pro- ble, aui euvres que Dieu leur a une fois chain et des vieillards. Les enfants le fai- indiquées. saient joyeusement; elles avaient prié Dieu Dans les conseils de la mansarde on résode bénir leur entreprise et de regarder avec lut donc de s'agrandir et de faire profiter un wiséricorde leur essai de vie commune. plus grand nombre de vieillards des bienD'ail'eurs, en s'établissant dans la man- faits qu'on voulait leur apporter. On prit à sarde, Marie-Thérèse n'y vint pas seule. loyer un rez-de-chaussée assez incomniode, Elle amena avec elle Noire-Seigneur, pré- une salle basse, bumide, qui avait servi longsent et vivant dans la personne de ses pau- temps de cabaret. On pouvait y installer vres. Le jour de la fèie de sainte Thérèse douze lits; ils y furent bientot, et bientot 1840, on installa dans la petite chambre de tous occupés. Les quatre servantes des pau. Jeanne la pauvre aveugle de quatre-vingtsyres avaient fort à faire autour de leurs penans, qu'on soignait depuis plusieurs sionnaires. Il ne pouvait plus etre question mois. Marie-Augustine et Marie-Thérèse ap- pour elles de gagner leur vie et celle de leurs portèrent sur leurs bras celte chère inlirmie, protégées en travaillant. C'était assez de renDICTIONN. D'ECONOMIE CHARITABLE. NI.

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dre à leurs bien-aimés pauvres tous les ser- rent mieux traités. Le linge toutefois mallvices que réclamaient leur âge et leurs in- quait : celui du bureau de bienfaisance était firmités. Elles pansaient les plaies, nel-déjà insuffisant, et la détresse devint extrêne toyaient les ordures, levaient et couchaient lorsque le bureau, pressé d'avtre part, se vit leurs vieilles, les instruisant encore et les dans la nécessité de retirer aus Petitesconsolant; il étaitimpossible de pourvoir aux Seurs le linge dont il disposait en faveur de autres nécessités. Le bureau de bienfaisance leurs pauvres. Dans cette anxiété, les Petitescontinuait aux vieilles femmes, ainsi réunies Seurs eurent recours à leur ressource ordipar la charité, les secours qu'il leur distri- naires ; elles prièrent et s'adressèrent plus buait isolément: il leur donnait du pain et particulièrement à Marie, la chargeant de leur prêtait du linge. Pour subvenir au sur- venir à leur aide. Le jour de la fête de l'Asplus des besoins (et ils ne manquaient pas), somption on dressa un petit autel à la sainte celles des vieilles qui pouvaient marcher Vierge. Un gendarme, voisin de l'asile que continuaient leur ancienne industrie, et sor- Je peuple appelait déjà l'asile des bonnes taient tous les jours pour mendier. Les seurs femmes, touché de ce qu'il voyait journeilepréparaient les repas et partageaient elles- ment dans cette maison bénie, se chargea mêmes ce pain de la mendicité; de la sorte, d'élever et de décorer le petit autel. Les avec les secours imprévus et impossibles à seurs étendirent au-devant tout le pauvre prévoir qui arrivaient de temps à autre, on

autre, on linge de leurs protégées : cing ou sir madparvint encore à se suffire.

vaises chemises composaient la richesse de Ce n'était pas cependant assez de partager la maison : point de draps. La sainte Vierge ce pain mendié, Dieu exigeait un nouveau se laissa attendrir, et qui ne l'eût pas élé en sacrifice et un dernier abaissement; la men- présence de cette misère ? L'autel fut assez dicité des vieilles femmes avait l'inconvénient visité les jours suivants ; la divine Mère tou. de les remettre constamment dans le danger cha les cæurs; chacun s'empressa de soulade leurs mauvaises habitudes, de les rappro- ger cette détresse. De pauvres servantes, cher de l'occasion de s'enivrer, par exemple, qui n'avaient rien à donner, Olaient leurs qui était le vice dominant de la plupart de bagues et les passaient au cou de l'enfant ces malheureuses; les sœurs, jalouses sur- Jésus que tenait entre ses bras la Vierge tout du salut de leurs pauvres, voulurent les Mère, dont une statue, haute comme la éloigner de cette tentation et leur épargner main, dominait l'autel. Par celle indusaussi l'avilissement de la mendicité, bien trie et cette miséricorde, les pauvres se trouque la plupart y eussent vieilli et n'en res- vèrent suffisamment pourvus de chemises, sentissent pas l'ignominie. Le père proposa de draps et des autres linges indispensables. à ses enfants de n'être plus seulement les Toui succédait de la sorte; néanmoins servantes des pauvres, mais de devenir aussi aucune vocation d'était déterminée par lo mendiantes par amour pour elles et pour la spectacle du dévouement des premières gloire de Dieu. Le sacrifice ne fut pas plu- seurs : il y avait déjà plus de trois ans que tot indiqué qu'il fut embrassé. Sans scru- le fondateur avait parlé de son dessein à pule, sans hésitation, on se fit mendiante. Marie-Augustine et à Marie-Thérèse, qu'il Jeanne, la première, prit un panier et sortit jeur.avait donné un règlement de vie, ei les immédiatement; elle se présenta bravement, avait placées sous le patronage de Marie im le cœur enflammé de l'amour de Dieu et du maculée, de saint Joseph et de saint Augus. prochain, dans toutes les maisons où ses tin : il y avait plus de dix-huit mois que pauvres étaient habituellement secourus. l'æuvre du soulagement des pauvres était Elle recueillit humblement et avec recon- commencée, et personne n'était venu se naissance les morceaux de pain et les liards joindre aux trois fondatrices. C'est la cou. qu'on voulut bien lui donner. La Providence

tume que toutes les entreprises de Dieu réservait là pour les Petites-Sæurs une res- soient sujeltes à des contradictions. Celles source inépuisable. Depuis ce temps elles ont qu'éprouvaient les Petites-Sæurs des pauvres ramassé le pain de leurs pauvres dans cette étaient de diverse nature. M. le curé de noble et sainte niendicité. Toutes ses com- Saint-Servan avait approuvé les efforts de paznes ont imité Jeanne. Elle est cependant leur charité; on y trouvait cependant bien restée la quêteuse en titre, pour ainsi dire, des choses à redire. L'entreprise était si noude l'institut. Elle est infatigable et ne se velle, si étrange; elle confondait tellement contente pas de parcourir les villes où l'mu- la sagesse humaine! Ce n'était pas tout de vre est établie, elle va partout.

nourrir les pauvres et de les abriter par des Ce dévouement incroyable n'attire pas procédés aussi étranges; n'était-ce pas une seulement les bénédictions de Dieu, il con- chose aussi inconcevable d'essayer å réunir quiert les suffrages des hommes. L'Académie en communauté de petites ouvrières sans à accordé un prix de vertu à la noble et in- instruction ? Qui les formerait à la vie et à trépide mendiante. Dès les premiers jours, ce la discipline, se demandait-on dans Saintdévouement surprit et toucha : la quête faite Servan? Qui leur enseignerait à aimer et à par les seurs fut plus abondante que celle pratiquer les règles spirituelles ? Avant de des pauvres vieilles : on ajouta quelque les réunir, n'eut-il pas été expedient de les chose au liard ou au morceau de pain accou- former dans quelque communauté anciennetumé. Des vêtements, des meubles, des pro- ment établie et bien connue ? Tout au moins visions de toutes sortes se trouvèrent à la on aurait dû, en les mettant à l'æuvre, les disposition des sœurs; leurs pauvres en fu- placer sous la conduite d'une maitresse des novices, habituée depuis longtemps à la vie au courant de l'OEuvre. Se trouvant sans régulière, habile à former et à reconnaitre ouvrage, elles avaient pensé à employer les vocations, à plier, à exercer et à rompre utilement leur temps à visiter les hardes des les volontés humaines. Tout cela était sensé seurs et des vieilles. Elles venaient de cinq et parfaitement juste; mais l'Esprit de Dieu lieues dans le désir de faire cette petite chasouffle il veut (Joan. iii, 8), et le fondateur rité. Elles s'en acquittérent joyeusement, et sentait dans le fond de son cour qu'il entre. partirent au boul de quelques jours, mais prenait une œuvre nouvelle, et qu'à une au- non point sans pleurer un peu, sans embrasvre nouvelle il faut des ouvriers nouveaux. ser les seurs et leur promettre de revenir | En même temps que les sympathies né- au plus tôt. Elles revinrent en effet : ce n'écessaires à l'existence de leurs pauvres s'é- tait plus pour donner à Dieu le superflu de taient éveillées, comme un cercle de ridicule leur temps; elles offraient de consacrer à et d'opprobre s'était fait autour des scurs; son service et au soulagement des pauvres elles eurent à boire toute la honte de leur toute leur vie et toutes leurs forces. Elles mendicité : on les montrait du doigt, on les avaient ainsi rencontré la grâce de leur voraillait et on les bafouail dans les rues de cation dans l'accomplissement d'un acte de Saint-Servan; à peine si leurs anciennes charité : leur générosité avait trouvé dès compagnes de caléchisme, d'école, d'atelier ici-bas sa récompense, une précieuse réou d'enfance, osaient les approcher. Celles compense, bien plus grande et plus pure que leurs exemples alliraient, qui admiraient encore que leur dévouement! (Louis Aubileur dévouement et qui se sentaient portées NEAU , journal l'Univers. à l'imiter, étaient instinctivement retenues Nous abrégeons à regret le récit de M. Louis par tout l'éclat et le scandale de leur entre- Aubineau. Nous nous arrêtons ici, parce que prise. Une seule des quatre fondatrices l'on voit déjà que la congrégation des PetiMarie-Augustine, avait sa famille. Elle ne lui tes-Seurs est fondée. On achèle, en 182, épargnait pas les reproches et les répriman- une grande maison qui coute 22,000 francs, des; sa jeune saur, aujourd'hui supérieure et qui, au bout d'un an, par d'autres miracles de la maison de Rennes, lui disait quand elle de charité, était payée. Douze ans plus tard, la rencontrait avec son panier, allant à la les Petites-Seurs des pauvres avaient en quête : « Va, va, ne me parle poini, avec ton France 40 maisons, ne recevant pas loin de panier tu me fais honte ! » La scur Marie, 2,000 vieillards. Elles en possèdent deux à aujourd'hui supérieure d'une des maisons Paris : l'une faubourg Saint-Jacques, et de Paris, se sentait bien touchée et aurait l'autre rue du Regard. Nous citerons celles voulu s'unir au zèle des Petites-Seurs ; de Marseille, Nancy, Besançon, Rouen, Tours, mais, en voyant l'abjection où elles étaient, Vannes, Blois, Bordeaux, Lille, Chartres, elle se sentait dégoûiée el répétait intérieu- Dijon, Laval, Le Mans, Servan, Colmar. roment : Non, mon Dieu, non, ce n'est pas (Voy. CHARITÉ PRIVÉE et HÔPITAUX.) possible, vous n'exigez pas cela de moi ! La Un décret de 1852 (8 novembre), a autorisé sceur Félicité, qui est morte supérieure à les Sæurs de l'Immaculée-Conception, dont la Angers, et morte comme on conçoit que maison mère est à Saint-Méen (Ille-et-Vilaidoivent mourir les Petites-Seurs des Pau- ne). Nous avons dit que le seul département vres, la seur Félicité, dévorée du désir de d'Ille-et-Vilaine renfermait 3,000 seurs. se consacrer à Dieu, invoquait saint Joseph, La maison mère des Sæurs de la Miséridevant l'autel duquel elle se plaçait habi- corde de Sée: compte 80 scurs; 120 relituelleinent à l'église,cl, dans sa naiveté, elle gieuses de l'ordre sont répandues dans 15 élale priait de lui obtenir la grâce d'etre reli- blissements. Les plus éloignées sont élablies gieuse, mais non pas chez les Petites-Sæurs, à Poitiers. Les Suurs de la Miséricorde ont ajoutait-elle.

été fondées il y a trente-cinq ans par un La première qui, après quatre années de chanoine de la cathédrale de Séez, M. Bazin. celte rude épreuve d'isolement, rompit enfin On entre dans la congrégation comme nocelle sorte de charme, ne savait pas en en- vice à 15 ans au plus tôt, et pas au delà de 32 trant dans la maison qu'elle dui y rester. à 33 ans. Le temps du noviciat est de 2 ans, Elle était simplement venue, dans un mo- mais il est quelquefois abrégé. Celles doni ment de presse, aider aux seurs. Lors- l'instruction ne parait pas susceptible de qu'elle eul goûté la paix de ces aimables développement restent converses. Le fundaenfants, celle paix que Dieu donne à ceux teur a le titre de directeur. Un chanoine hoqui l'aiment ei se dévouent à son service, noraire, M. Durand, porte aujourd'hui ce elle se laissa prendre à celle glu si forte, el de- dernier litre en raison du grand age de manda à être reçue dans leur sainte compa- M. Bazin. gnie. Elle ne fui pas la seule à y pénétrer de Il a été parlé ailleurs des Seurs de la Chacelle manière. Une autre visilait queiques- rité d'Evron (canton de Mayenne). unes de ses compagnes nouvellement ad- . Les Sæurs Sainte-Marlhe du Périgord se mises parmi les Petites - Sæurs; elle les rencontrent dans 9 maisons, hôpitaux ou trouva si gaies et si joyeuses, qu'elle voulut hospices de la Dordogne et des deus Chaparlager leur bonheur et rester avec elles. rente. Dans une des maisons qui se fondèrent plus Les Sours de l'instruction chrétienne, dont tard, deux ouvrières s'offrirent un jour à la maison mère est à Gildas -des - Bois raccommoder le linge : une quêteuse élait (Loire-Inférieure), complent 160 membres passée dans leur village et les avait mises et 6! établissements. Les Filles du Saint

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Esprit (hospitalières et institutrices), mai- # Mais, pour proportionner lo nombre des son mère à Saint-Brieuc (Coles-du-Nord), seurs à l'étendue des besoins coloniaus, dénombrent 448 membres et 112 fondations, sans nuire à ceux de la mère patrie, il a été presque toutes dans l'Ouest. Elles visitent établi à Alger un noviciat algérien. Cette les pauvres à domicile, surtout dans les institution, l'école normale des institutrices campagnes, tiennent des ouvroirs, des salles religieuses de la contrée, offre le double d'asiles et des pensionnats.

avantage d'avoir habituellement des élèvesALGÉRIE. — Seurs de la Doctrine chré- maitresses préparées à la précieuse carrière tienne. - Les Sæurs de la Doctrine chré- de l'enseignement et prêtes à occuper un

: précieuses reliques de saint Augustin , y lades, et d'acclimater les européennes à la comptent aujourd'hui 24 établissements et température d'Afrique, avant de les charger 128 religieuses en exercice dans les provin- d'une école dans les colonies ou d'une tuisces d'Alger et de Constantine : elles reçoi- sion de charité. vent les enfants dès l'age le plus tendre dans Pour fonder le noviciat, il a fallu se pro. leurs salles d'asile, les forment dans leurs curer un vaste local et l'approprier à cette écoles à la vertu et à l'instruction primaire, destination; pendant l'hiver de 1853, un ouet les perfectionnent dans tous les devoirs du ragan terrible est venu fondre sur Alger et chrétien et les connaissances utiles, par les a fait de grands dégâts dans les bâtiments pensionnats, les externats et les classes d'a- de la communauté, ce qui a considérabledultes : elles dirigent les hospices, soignent ment augmenté l'énorme fardeait que cette les malades à domicile, se dévouent au ser- fondation avait déjà imposé aux faibles épauvice des pauvres et des vieillards, et tiennent les de ces bonnes religieuses. D'un autre des ouvroirs pour ranimer le goût éclairé côlé, les aspirantes, qui se présentent au nodu travail.

viciat, sont pauvres pour la plupart et ad. Les orphelines du choléra, dont la ma- mises gratuitement. Il faut des ressources jeure partie était française d'origine, trou- pour réaliser ces bonnes cuvres. Jusqu'à vèrent chez les religieuses de différents présent les seurs de la Doctrine chrétienne ordres de nouvelles mères, souvent plus se sont cotisées, ou plutôt elles ont mis en dévouées et plus intelligentes que celles commun tout ce qui n'était pas dépensé qu'elles avaient perdues. Les Sours de la pour leur pain quotidien. La maison mère Doctrine chrétienne de Constantine, de Bone de Nancy leur a fait des avances ; Monseiet de Philippeville, n'ayant pas d'orphelinat gneur d'Alger leur a donné des secours, pour recueillir ces intéressantes enfants, les selon ses ressources, partagées entre de reçurent dans leurs maisons d'écoles en les nombreux besoins ; le gouvernement fouragrandissant par quelque location voisine; nit la petite pension des orphelines et le mais, depuis trois ans, le nombre des orphe- traitement d'un cerlain nombre de saurs : lines s'est accru, et celui des élèves aussi ; à la communauté d'Alger reste le surplus, ces bonnes religieuses, se trouvant ainsi qui est encore bien au-dessus de ses moyens; dans l'alternative ou de refuser l'entrée de nous pouvons, sans exagération, en porter leur école à des enfants de leur localité ou le chiffre à 50,000 fr. pour les deux élablisd'en exclure leurs chères filles adoptives, sements. Pour diminuer cette double charge n'ont pu se résoudre à opter entre ces deux de l'orphelinat de Bone et du noviciat d'Alextrêmes; leur charité s'est adressée à Celui ger, il a été organisé, en 1853, one loterie; qui prend soin de tous les hommes. Il leur un appel a été fait à la métropole à celle oca inspiré de fonder à Bone un orphelinat casion par M. l'abbé Mongenot, supérieur de assez yaste pour recevoir d'abord les 150 or- la congregation,qui nous fournit ces détails. phelines qu'elles ont déjà dans leurs diffé- Les indigènes commencent à envoyer leurs rentes maisons, et susceptible d'être agrandi, jeunes filles aux écoles ; les Arabes reçoilorsque les besoins et les ressources le per- vent les mêmes soins que les Chréliens; mettront. Une autre raison, aussi impor- leurs orphelines seront reçues à l'orphelina! tante que la première, a concouru à décider comme les nôtres, et le novicial n'est fermé cette grande entreprise : l'Algérie a péri par ni aux Mauresses converties ni aus pauvres la paresse et par l'incurie domestique ; c'est filles de toute nation qui seraient appelees par le travail agricole et par l'économie in- à la vie religieuse. Nous disons de toute ielligente et active dans l'intérieur du mé- tion, puisque les populations soumises aux nage qu'elle peut reprendre son antique fer. Français en Algérie se composent d'Aratres, tilité. Pour atteindre ce but, les religieuses de Nègres, de Mallais, d'Espagnols, d'Itade la Doctrine chrétienne ont acquis une liens, d'Allemands, etc., comune de colons campagne près de Bone, avec un enclos de de toutes les provinces de France. dix hectares , où les orphelines seront exer- IV. Situation des religieuses dans les ilcées, non plus seulement aux ouvrages d'ai- pitaux. Voyez ADMINISTRATION et Horiguille, mais surtout à la tenue d'un ménage, TAUX ET HOSPICES. aux soins du bétail, à la culture d'un jardin & V. Libéralités exercées par les religieuses et en général aux travaux de la campagne ; dans les hôpitaux qu'elles desserreni. - A cette maison doit être dirigée dans le but de ceux qui pourraient croire, ou qui pensepréparer aur colons des femmes laborieu raient, sans l'avoucr', que des servanies tatses, lidèles aux devoirs du Chrétien et dé- ques bien choisies porteraient peut eiro vouées aux vertus de leur condition.

dans les hôpitaux la même intelligence des

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