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attenante à l'église de Saint-Georges, ou de dégoûtants et en apparence les plus malpronombreus prisonniers ont été entassés. Les pres de ces pauvres malades, nettoyer leurs Charlottes deviennent aussitot des gardes- cheveux, laver leurs mains, les encourager Bualades, elles prennent à peine un peu de ensuite par quelques douces et consolantes 40s, elles respirent cet air empesté qui fai- paroles, leur faire des lectures touchantes sait chaque jour de nombreuses victimes. pour les porter à la patience, à la résignaLépouse d'un des plus respectables méde- tion, leur parler de vieu qui doit récompencins, Mme Dartigues, qui a voulu partager ser leur humble soumission dans les sousavec les charitables Charlottes le soin des frances. Voilà læuvre d'une pauvre fille prisonniers, trouve une mort glorieuse dans que le monde n'a pas connue, et qui n'a l'accomplissement de ce devoir sacré.

pas connu le monde. L'euvre des Charlottes avait pris plus La maison des Charlottes, dans la rue de consistance, le zèle des pauvres filles qui Bourbon, renferme encore une vingtaine de l'a commencée a été secondé par l'autorité petites filles, dont les parents subissent des ecclésiastique, qui l'encourage de ses ex- condamnations. Ces pauvres enfants végétehortations et l'enrichit des trésors de l'Eglise; raient sans pain, sans asile, exposées à tous les personnes riches ont voulu participer à les excès d'une dépravation précoce, si les les mériter, et c'est parmi elles qu'un con- charitables Charlottes ne les retiraient pas seil de direction a été choisi pour donner à dans leur pauvre logis pour leur donner, læuvre une marche régulière, el assurer avec le pain des pauvres prisonniers, une son existence future. Ce fut sous le patro- éducation chrétienne et un état qui assurera nage de Marie, comme Mère de bon secours, plus tard à ces pauvres enfants une existence que l'œuyre fut définitivement établie. Les honorable. modestes filles de la rue Sala prirent, avec Etablissement religieux et industriel de l'approbation du cardinal Fesch, un costume Saint-Joseph.

Saint-Joseph. Un des fléaux de nos jours, religieux qui ne se distinguait que par l'é- c'est cettc multitude de jeunes vagabonds, clat de sa pauvreté. Cependant la supérieure d'enfants corrompus qui, 'abandonnés à euxdes Charlottes, la fidèle compagne et l'amie mêmes, obligés, pour se nourrir, de se lide la charitable fondatrice, la pieuse Julian, vrer à de criminelles industries, et d'attaayant, par de sages économies, réuni une quer la société dans ce qu'elle a de plus saint assez forte somme d'argent, conçut l'idée et de plus sacré pour satisfaire leur soif de d'acheter un terrain et de faire batir une vice et de convoitise, connaissant le crime maison où elle pol réunir un plus grand presque avant la raison, insultant Dieu avant nombre de collaboratrices. Et l'on voit main- de l'adorer, vivant au jour le jour du fruit tenant dans la rue Bourbon une petite mai- de leurs rapines. Arrêter à sa source la son sur le seuil de laquelle on lit, gravées corruption dehontée , mettre ces plantes sur le marbre, ces pieuses paroles : Jésus, empoisonnées à l'abri du soleil qui pourrait Marie, Joseph, priez pour nous / Là est au- faire éclore leurs germes homicides, tâcher jourd'hui l'établissement des Charlottes. de porter remède à cette perversité précoce, C'est de là que partent, plusieurs fois l'an- el changer en vertu cette effrayante initiauée, les saintes filles, pour aller dans les cam- tion au vice : tel est l'immense travail aupagnes qui avoisineni la ville, frappant à la quel est consacré l'établissement religieux porte des chaumières et des châteaux et in- et industriel de Sain!-Joseph, vaste entreiéressant les pauvres et les riches au soula- prise qui appelle tous les efforts , je ne dis gement des malheureux détenus, et appor- pas seulement des ames pieuses et chrétienlant ensuite au centre commun le produit de nes , mais des caurs seulement honnêtes et leurs humbles supplications et de leurs cha- généreux. Dans plusieurs asiles charitables, ritables pèlerinages. Le nom des pauvres on reçoit les jeunes garçons nés de pauvres Charlotes a disparu depuis quelques années, parents, ailleurs de pauvres orphelins, pour pour faire place à celui de scurs de Saint- leur enseigner les moyens de subvenir honjoseph. L'écrivain Lyonnais dont nous repro- nèlement à leur existence; mais dans l'étaduisons, en l'abrégeant, l'intéressante chro- blissement religieux et industriel de Saintnique, émet le veu que les humbles ser- Joseph, c'est le vice tout fait que l'on veut Vaules des prisonniers reprennent le mo- s'étudier à combattre et à vaincre, c'est une deste costume qui leur avait été donné par lutte corps à corps entre la vertu et la perle cardinal Fesch, archevêque de Lyon. versité, que l'on veut établir. Qui donc a pu Peut-elre trouverait-on,' Jit-il, dans l'ins- se charger d'un pareil fardeau ? Un préire uitution des Charlottes une pépinière hono- pauvre et modeste, un prêtre n'ayant pour rable de filles pieuses et dévouées si néces- loute force que sa profonde piélé, son zèle saires dans nos prisons, dont le secours est charitable et généreux. Il lui faudra des casollicité par les dépositaires de l'autorité pitaux, il les trouvera dans la religieuse bienfrublique.

faisance d'une multitude d'hommes pieux Les associées à l'euvre de Charlotte pour qui s'associent avec ardeur à un projet si le soulagement desprisonniers, dès l'origine magnifique. Une propriété est acquise dans de l'institution, embrassèrent les hôpitaux la commune d'Oullins, presque à la porto dans l'ardeur de leur zèle. On les voit encore méridionale de la ville. L'abbé Rey appelle chaque dimanche se répandre deus à deux à son secours d'autres pieus ecclésiastiques dans les salles de l'Hôtel-Dieu et là passer pour partager les fatigues de cette cuvre une pariie de leur journée aus soins les plus nouvelle; en peu de temps les bâtimenis

attenant à la propriété ne suffisent plus en France, jouira do précieux avantage de pour contenir les jeunes enfants sur lesquels posséder les frères de Saint-Joseph. (Eerit doivent se faire les premiers essais d'un en 1840. Voy. CONGRÉGATIONS D'HOMMES.) La zèle aussi nouveau que désintéressé, et les grande difficulté est de trouver des jeunes honnetes jeunes gens dont le pieux fonda - gens qui réunissent toutes les qualités conteur doit se servir pour inspirer l'amour venables à une si belle vocation, une piété d'une conduite régulière à la perversité (les solide et éclairée, dévouement sans bornes coupables. En peu de temps un vaste corps au salut de ses frères, une force de cade baliment esi construit, des salles y sont ractère tempérée par une douceur évangédistribuées avec intelligence pour les classes lique, la pratique d'une profession manuelle et les divers ateliers de travail. Bientot 40 quelconque, un désintéressement absolu. . jeunes enfants apprennent la vertu et le travail dans cet asile de charité et de misé.

Un inspecteur général des prisvos, étonné

de l'ordre admirable, de la bonne tenue, de ricorde. Et chose étonnante, sur ces 40 enfants tous entrés dans la maison avec une

la tranquillité des prisons de Lyon, témoin plus ou moins grande perversité, 10 et plus Saint-Joseph, témoignait sa surprise à leur

du zèle et du dévouement des frères de sont, en peu de temps, des modèles de piété pieux fondateur, et lui demandait ce qu'il et d'assiduité au travail, une dizaine annon

donnait à ses collaborateurs pour les eucenl encore de la légèreté, une autre dizaine

courager à un travail si assidu, si obstine. donnent les plus grandes espérances pour un

Mais je n'ai rien , répondit celui-ci, prochain avenir, et enfin la quatrième par

pauvre moi-même, je ne peus rien leur iie se soutient déjà par la crainte qui est en

Offrir. — Mais au moins que leur probeltout et partout, selon le langage de l'Esprit

tez-vous ? ils auront droit sans doule à une Saint, le commencement de la sagesse. L'ou

retraite après un certain temps d'exercice ? vre date de 1833. La vie des enfants est partagée entre les exercices journaliers de la

Eb / Monsieur, répondit le fondateur, ils

auront droit au ciel s'ils persévèrent dans religion et un travail assidu. Les plus petits

leurs bonnes actions, c'est tout ce que je puis sont employés à la fabrication des maillons

leur promettre. pour les ateliers de soierie. Ce travail facije, commode et amusant, les occupe et les

Refuge de Notre-Dame de la Compassion, récrée ; il ne demande que de l'adresse et

dit Providence de l'hospice de l'Antiquaille.aucune force. Les autres sont employés, ou

A Lyon comme à Paris, la cupidité veille à à la fabrication d'étoffes de soie, ou à l'ate- la porle de l'hospice consacré à la guérison lier des tailleurs, ou à celui des cordon

des maladies honteuses; c'est pourquoi les niers. Le goût de chacun est consulté, on

malheureuses qu'ila guéries retournentà leur ne leur impose point un genre de travail, première fange. Et d'ailleurs, si le remordsput ils le choisissent. Une assez grande étendue

entrer dans leur cæur pendant leur séjour à de terrain est consacrée à l'horticulture, on

l'hospice, que peuven -elles devenir à leur forme aussi des jardiniers, et l'établissement sortie, u'ayant pour loules connaissances que de Saint-Joseph démontre que la terre e

les compagnes de leur lubricité, que les demande qu'un travail constant et bien en- témoins approbateurs de leur criminelle inlendu pour rendre à l'agriculture au delà

dustrie, n'ayant toutes que le goût de la vamême de ses espérances.

nité et l'amour de la paresse ? La rechule est Les charitables ecclésiastiques chargés inévitable. de l'euvre de la régénération des jeunes C'est en vain que les pieuses sæurs hosgarçons ne suffiraient pas seuls aux oc- pitalières de l'Antiquaille chargées de leur cupations diverses imposées par leur im- donner des soins pendant leur maladie, leur mense projet. Pour en venir à bout, ils en représentent l'immoralité de leur conduite, ont conçu un second qu'ils ont jugé etre le profond avilissement dans lequel elles se l'instrument nécessaire à l'accomplissement jellent par leur hideuse profession, que de de leur noble tâche. Il consiste à former pieux ecclésiastiques cherchent à réveilune société religieuse de jeunes hommes ler la voix puissante du remords dans ces accoutués à la pratique de toutes les ver- consciences, endurcies. Plus d'une fois, on tus chrétiennes et qui doivent se consacrer voyait avec une douleur mêlée d'une douce par un dévouement sans bornes et par des espérance, répondre par des larmes abonpromesses spéciales, à l'amélioration morale dantes à de saintes exhortations, demander un des jeunes enfants , dans l'établissement de asile pour s'y retirer à l'abri des dangers, pour Saint-Joseph et dans les prisons où ils se- apprendre un élat et y mener une vie chréraient appelés par les administrations loca- tienne. En 1824, l'abbé Dupuy, chapelain de la Jes. Déjà 30 de ces jeunes gens, sous le nom cathédrale, témoin de lani et de si profondes de frères de Saini-Joseph, sont employés misères, dépositaire secret des remords de dans les prisons de Lyon. Les succès qu'ils plusieurs, conçut le charitable projet d'ouvrir obtiennent sont si nombreux et si patents un refuge à celle grande plaie morale, que l'autorité civile de Paris à bientot ré- Son zèle triomphe de toutes les répugnalin clamé leur bienfaisant concours , et que ces. Il s'laide la cause du crime repentant, il plusieurs départements les envient. Lille et montre à la piété de quelques dames lyonAvignon en possèdent une petite colonie, et naises des aines à convertir, à préserver détout fait espérer que dans quelques années sormais de la contagion, et sans plus tarder un grand nombre de maisons de détention, il en place quelques-unes dans un apparte:

ment de la rue des Fossés, faubourg de refuge de Notre-Dame de Compassion ! dit Saint-Irénée. D'abord elles ne sont que qua- l'écrivain lyonnais qui nous fournit ces tre, bientôt elles sont quinze : à force de délails. Là, le vice dans loute sa laideur, peines, de courses et de fatigues, il leur accablant de souffrances atroces de jeunes procure du travail, et la sage administration victimes de la débauche, qui portent sur leurs de l'hospice de l'Antiquaille, pour encoura- figures pales et livides les stigmales de ger le zèle du jeune ecclésiastique, fournit l'immoralité; là, un air empesté qui est bien le pain nécessaire à leur subsistance. La réellement celui de la corruption; on serait mort vient bientôt frapper le pieux abbé mieux en plein air, au milieu d'un vaste Dupuy, il n'avait fait que jeter les fonde- cimetière couvert d'ossements arides; ici, ments de son cuvre. Cependant les conver- au contraire, les germes d'une nouvelle in sions se multiplient, le local de la rue des nocence, celle du repentir, semblent s'épaFossés n'est pas assez vaste, l'ouvre nais- nouir sur des visages ouverts et modestes; sante est transférée dans la rue de Trion on voit que la religion a passé par là, qu'elle par les soins de l'abbé Lafay et de quelques a travaillé ces jeunes cours qui s'ouvrent à dames qui s'intéressent au succès de la l'espérance; de saints cantiques sortent de ces bonne cuvre, et là trente jeunes repenties' lèvres purifiées qui ne s'ouvraient que pour se livrent aux exercices de la prière et d'un faire entendre des chants hideux, des roles Iravail continuel sous la direction des sœurs d'obscénité el des blasphèmes ; ici, encore, hospitalières de l'Antiquaille, qui, ayant cet air de bonheur peint sur toutes les figucontribué à leur conversion, cherchent par res, fruit du travail et de la vertu, annonce leurs sages conseils et par leur douceur à le calme des âmes. assurer leur persévérance.

Nulle coaction n'est exercée sur les infor: Bientot ce local devicnt encore trop exigli, tunées malades, les portes du charitable une maison entière, bâtie sous les jardins asile ne leur sont point fermées, elles sont même de l'Antiquaille, est affectée à servir libres d'en sortir, seulement elles ne sont de refuge aux converties. 1830 arrive ; l'abbé pas libres d'y rentrer. Lafay, aumônier de l'Antiquaille, est rem- Après quelques années d'épreuves et de placé par l'abbé Marcel, qui se voue avec travail dans la vertu, elles sont placées dans une ardeur sans mesure à consolider l'quvre des ateliers chrétiens; les dames bienfaisannaissante. Un appel général est fait à toutes tes qui leur ont fourni un asile ne les perles ames généreuses; de pieuses dames avan- dent pas de vue; elles les visitent, les encent sans intérêt d'immenses capitaux pour couragent, leur donnent de sages conseils acheter une maison plus favorable encore à et quelquefois même leur procurent d'utiles Tétablissement nouveau; elles souscrivent établissements, d'honnêtes alliances, et celde leurs noms des engagements qui peu- les qui d'abord avaient été un sujet de scanvept devenir ruineux ; des constructions dale, deviennent des mères de famille pleisont entreprises pour faciliter l'exécution nes de vertu el de piété. des projets conçus avec sagesse et maturité. La Solitude. - En 1821, M. l'abbé Besson, Des souscriptions sont faites, une picuse chapelain de la métropole, chargé de donner industrie appelle au secours du nouveau des soins spirituels aux personnes détenues refuge de charitables loteries. L'établisse- dans la prison de Saint-Joseph, était le lenment est cis avec l'agrément de l'autorité dre dépositaire des inquiétudes et des alarecclésiastique, sous lc puissant patronage mes de quelques prisonnières qui, voyant de Notre-Dame de Compassion: la Mère des presque avec chagrin arriver le moment de Sept-Douleurs procurera à chaque dame leur libération, le suppliaient avec larmes de please qui travaille avec zèle pour l'æuvre, leur trouver un asile pour les soustraire aus sepe souscripteurs à dix francs par année; dangers nouveaux qu'elles allaient courir. et en 1839, au mois d'octobre, le nouvel asile Elles redoulaient un second naufrage après est ouvert, dans la rue de l'Antiquaille, à le premier. SO jeunes personnes qui s'occupent avec

Le charitable aumônier implore la compasop empressement admirable de diminuer sion de ses confrères, et leurs pieuses larles charges de leurs bienfaitrices par un gesses deviennent le premier fondement de travail actif et assidu. Les administrateurs de l'asile qui devait, en peu d'années, prendre l'hospice de l'Antiquaille se sont fait un de- un accroissement magnifique. Un modeste voir de céder la direction de la Providence appartement est d'abord loué, rue Puitsainsi fondée à un conseil de dames choisies d'Ainay, maison Saunier, au prix de 700 fr. parmi les souscripteurs. Mais ceux-ci aident par an; la charité de quelques personnes toujours de leurs conseils et de leur puis- pieuses le meuble pauvrement, et sorties de sante protection celte cuvre charitable si la prison légale, six jeunes filles viennent avec digne de leur intérêt.

empressement se renfermer dans cette priPlus on étudie les origines des euvres, son volontaire, sous la direction d'une seur plas on voit qu'elles se ressemblent. Les gens de Saint-Joseph établie leur supérieure. Le d'armes batailleront; disait Jeanne-d'Arc, travail accompagné d'une sage économie sufet Dieu donnera la victoire. C'est toujours fit presque à la dépense de ces jeunes solice qui arrive dans les combats de la charité taires, elles ne sortent de leur modeste apa depuis dix-huit siècles.

parlement que pour subvenir à leurs plus Quelle matièro aussi à réflexions, que le pressants besoins, elles fuient même les églientitraste de l'hospice de l'Antiquaille, et du ses et préfèrent aller prier chaque jour auDictionn, o EconOVIE CHARITABLE.

III.

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près du modeste autel au pied duquel elles merveille. Ces hommes admirables de couönt appris à connaître le prix de la vertu. rage et de vertu se sont volontairement en Là elles deviennent un exemple pour les an- fermés dans les prisons pour apprendre aux cicnnes compagnes de leur captivité, encore jeunes détenus que la vertu est possible à détenues. D'autres jeunes libérées se joi- lout age de la vie. Mais le bien opéré dans gnent à elles,

les prisons durerait-il toujours? Au sortir Trois ans s'étaient à peine écoulés, que de la prison les jeunes détenus se heurtent à le local qui avait été approprié à la fondation de noiiveaux écueils. La charité chrétienne a était déjà trop petit. Un Lyonnais aussi dis- trouvé encore le moyen de parer à ce maltingué par sa généreuse charité que par sa heur. Paris a cominencé en 1833 ; Rouen l'a fortune, M. Baboin de la Barollière, voulut suivi en 1835, Lyon s'applaudit d'avoir marêtre le bienfaiteur de ces pénitentes régéné- ché sur les traces de ses devanciers et perrées ; il s'empressa de contribuer par une fectionné même cetle admirable institution forte somme à l'acquisition d'une maison si- dès son début, au mois d'octobre 1835. tuée dans le quartier dit de Montauban, au- Voici ce qu'on lit dans le compte-rendu dessus de Pierre-Sciso, sur la paroisse de

des travaux de celte société, fait par M. Or Saint-Paul. Des quêles faites dans la ville, sel ainé, son président, en assemblée génédes dons particuliers ont puissamment aidé rale, le 29 avril 1838: Au niois d'octobre à faire de vastes constructions qui renferment

1835, M. Rivet, assisté de la Commission des ateliers de dévidage et de tissage de

des prisons, convoqua à la préfecture les soie, où sont employées ces autres repen- principaux fonctionnaires et quelques-uns ties. Chaque année de nouvelles sollicita

d'entre les citoyens de la ville qui poftent ticns sont adressées au vénérable ecclésias

intérêt à la chose publique. Il exposa aver tique chargé de la direction pour obtenir lucidité et chaleur le système du patronage, l'entrée de la maison. Il est souvent obligé

son organisation et ses résultats à Paris. de refuser; l'asile est encore trop petit, et Cette rapide allocution, accueillie par une le devient tous les jours davantage, pour sub- unanime adhésion, fut suivie de la nominavenir à tous les besoins. Plus de cent libé.

tion d'une commission provisoire qui reçut rées vivent dans l'établissement, occupées

pour mission de préparer l'organisation de du travail et de l'étude pratique de la reli

la société, d'en préparer les statuts et de region. Quand leurs fautes sont oubliées, el- cueillir des souscriptions. Un prospectus inles rentrent dans leurs familles, et réparent diquait le but et l'avenir de l'æuvre propopar leurs bons exemples les scandales dont

sée. La publication en fut aboudante et frucelles ont été la cause. Il est fort rare de voir

lifia largement. Les exemplaires que s'éces repenties se livrer à leurs anciens vi

taient distribués les divers membres, se ces et reparaitre devant les tribunaux. Cette

couvrirent de noms et de chiffres. considération donne une haute idée de l'utilité de l'établissement de la Solitude, et

L'existence de la société se trouvant assu. doit lui attirer la bienveillance de toutes les

rée, le préfet appela, le 28 février 1836, eu personnes qui liennent au bon ordre de la

assemblée générale à la préfecture tous les société et à l'amélioration des meurs.

souscripteurs. La première souscription avait

produit un nombre de deux cent quaranteLes scurs de Saint-Joseph , se livrent huit sociétaires et un chiffre annuel de 3, 120 spécialement au soulagement spirituel fr. assuré pour trois ans. . ei corporel des personnes de leur sexe détenues, Le noviciat des sœurs de Saint

Une élection par serutin désigna les 15 Joseph est établi dans la maison de la Suli

membres qui devaient composer le conseil tude depuis quelques années.

d'administration. Le 2 mai, l'æuyre reçut le

premier de nos pupilles. Société de patronage pour les jeunes libe- Le frère-directeur du pénitencier de la rés.-Le relachemeni de l'autorité paternelle,

prison de Perrache délivra au président de la perversité dans le sein de la famille, l'in

la société la liste générale des jeunes déle -ditférence religieuse sont les causes les plus actives de la démoralisation de la jeunesse

nus, dressée avec une série de colonnes in

dicatives des principales circonstances de la de l'un et de l'autre sexe.

situation et de la nature de chacun. Des au On a trouvé de nos jours des moyens ditions partielles et successives à cette liste puissents d'améliorer le cour des jeunes dé- furent transmises pour les nouvelles incar ienus et de les forcer, pour ainsi dire, à cérations. Deux mois avant le terme de chadevenir vertueux presque malgré eux. que détention, le président, ou, à son de Admirable invention de la charité I le jeune faul, un autre membre du comité de placedétenu trouve dans l'excès même de ses uélits ment, se fait présenter le détenu, l'interroge un moyen d'apprendre la vertu. Il s'élopne sommairement sur ses dispositions relative; de l'iniérêt dont ilest l'objet, il se plie avec do- ment au patronage et à la profession qu'il cilité à une discipline douce et sévère à la fois. préfère ; il recueille aussi quelques rensei11 ouvre ses oreilles aux enseignements de gnements du frère-directeur. Le comité de la religion, il se livre au travail avec zèle, placement est ensuite convoqué; sur ces il admire le dévouement sublime de cenx qui premiers documents, un patron est inné travaillent à sa moralisation et devient bien- diatement désigné, ou, plus ordinaireinent, tol un homme nouveau. Les humbles frères un membre du comité est chargé de recherde Saint-Joseph ont produit à Lyon celle cher un sociétaire pourvu d'aptitude et de

bonne volonté pour le sujet duquel on s'oc- de la conduite de ceux qui leur ont été concupe. Lorsque le nouveau patron a accepté fiés, et pour exciter au bien l'émulation des les fonctions qui lui sont proposées, il lui jeunes pupilles, chaque année des récom-' est fait remise de son pupille en une séance penses sont décernées, en séance publique générale du conseil d'administration, réuni de l'administration, à ceux qui se sont fait dans l'une des grandes salles du pénitencier, plus spécialement remarquer par leur docile dimanche, à midi, en présence de l'au- lité, leur assiduité au travail, et leur piété. mônier, des frères, des principaux em- Les chefs d'ateliers qui ont donné le plus de ployés de la maison et de tous les jeunes soin à ces jeunes apprentis ou ouvriers, redétenus. Le président use toujours de cette çoivent aussi publiquement l'expression de occasion pour exhorter ceux-ci au perfec- la reconnaissance de la société, et les témoitionnement de leur conduite, afin qu'ils gnages honorables de gratitude et de sympuissent arriver mieur préparés sous la tu- pathie par la voix du président ; leurs noms ielle de la société. Le nouveau libéré est sont inscrits avec honneur dans le comptel'objet de conseils, de recommandations plus rendu annuel. Tous les pupilles sans doute intimes, qui précèdent l'instant où il est re- ne correspondent joint par leur conduite à mis aux soins de son patron. Celle solennité tant de sollicitude, tous ne sont pas dociles produit toujours une salutaire impression à ces soins généréux et tendres; mais le sur le pénitencier. L'allocution qui est adres- plus grand nombre se montrent dignes de la sée à ces enfants s'efforce de les rébabiliter protection de leurs patrons, et récompensent à leurs propres yeus. Trois enfants au leur zèle. doins passent, à la vue de leurs compa- Société de patronage pour les jeunes filles. gnons, sous la tutelle de leurs patrons, Afin - Le patronage créé en faveur des jeunes de ne point répéter trop souvent ces graves libérés a attire l'attention des dames chariséances, on réunit toujours le plus grand tables sur cette multitude de jeunes filles nombre de remises de pupille : on en a qui encombrent la grande cité, et qui, licompté jusqu'à neuf. Cette forme imposante vrées à l'oisiveté et à la paresse, ne troua été pleinement justifiée par le succès. Qui- vent que dans de honteux délits et une inconque est venu s'asseoir avec nous ces fâme débauche, le moyen de soutenir leur jours-là, dit l'auteur du compte-rendu, a triste existence. L'irreligion qui s'est emsenti passer en soi une étrange émotion. parée des classes inférieures, l'ignorance Dans une immense salle basse, faile de pi. qui la fomente et l'entretient, engendrent liers et de voûtes, quelques hommes, por

nécessairement l'immoralité. Et quels tatant le relement du monde, celui du magis- bleaux ne présente pas l'intérieur d'un Irat ou la robe du prêtre, unis pour une en

grand nombre de familles ? On y voit de vre de salut, sont assis en face de cent en- pauvres enfants sucer, pour ainsi dire, avec fanls, qu'ils brulent de reconquérir à la vie le lait, le sentiment de tous les vices, apmorale. Rien n'est douloureux comme la pre- prendre dès l'âge le plus tendre ce qu'ils mière rue de cette foule d'arbrisseaux flé- doivent ignorer : de là le mépris outrageant tris, de plantes prématurément fanées, de ces de l'autorité paternelle, l'oubli ou plutôt l'i-jeunes étres, tous vêtus de la livrée d'une gnorance de tout principe religieux ; de là le dégradante captivité Jurant l'age ordinaire nom même de vertu frappé d'ostracisme; du bonheur et de la joyeuse liberié. Mais de là cette peste morale qui s'infiltre dans bientôt l'ame se rassied; à peine l'exhorta- tous les viscères de la société, qui la cortion amie se fait-elle cntendre qu'elle saisit rompt et l'empoisonne à sa source. Ces roees pauvres victimes ; une attention mêlée flexions sont de M. l'abbé Dez. Il raconte l'étonnement commence à dilater leurs traits, qu'il n'y a pas fort longtemps, de jeunes filel sous une grande variété d'expression, on les de 10 à 12 ans s'étaient organisées en reconnait qu'un espoir pénètre en eux, que

société de vol et de libertinage pour exploidéjà il leur apporte le pressentiment d'un ter une partie de la ville. Combien de pères, inespéré bien-être. Parfois, une scène de dit-il, abusant de leur autorité sacrée, s'en sévérité vient fortifier ces impressions. Si servent pour vouer à l'infamie les victimes quelque pupille, par une faute grave com- de leurs honteuses leçons! Combien de jeumise après la libération, a fixé l'attention du nes filles vagabondes cherchent dans la bazistrat, il est amené là: le président fait mendicité des moyens d'existence, et y le narré de son nouveau méfait, lui repro- rencontrent presque toujours la corruption ! che son ingratitude, et argumente de son Combien qui, arrivant des campagnes, lrouaveuglement, pour préserver les autres d'un vent à la porte mêine de la ville les courarenír semblable.

tiers infames du vice, qui, sous prétexte Avant cette remise solennelle, le patron d'un travail utile et fructueux, sacrifient s'est occupé avec sollicitude de rechercher leur simplicité à la débauche et à la prostion atelier convenable à l'aptitude de son tütion, au vil prix d'un vêtement ou d'un papille, et le jour de libération arrivé, il le morceau de pain! Une plaie si hideuse et qui livre entre les mains de celui qui a fixé son s'élargissait chaque jour, méritait toute l'alchoix. Mais le jeune pupille n'est pas perdu tention des dames bienfaisantes qui ont ende vue, le patron exerce envers lui la vigi- trepris la tâche difficile, sinon de la guérir, Lance d'un père, il le visite, il l'encourage, au moins de la comprimer. il Tercite à bien faire. Plusieurs fois par Une société de patronage pour les jeunes année, les palrons rendent un compte exart lles fut formée en 1837, sous les auspices

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