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vant qu'il es voyait plus ou moins avancés; jour par jour tout ce qui lui arrivait. Habiil leur apprenait à lire, à écrire et le caté- tuellement ce personnage habitait à Couchisme. L'expérience ayant fait connaitre ture, bourg situé proche de Montoire, en que les écoliers feraient plus de progrès et Vendômois. Dubois ne quittait les rives du que les maîtres seraient plus soulagés si, Loir que de loin en loin, pour remplir ausans distinction de paroisses on les distri- près de son maitre l'office de valet de chambuait en trois classes différentes, où chaque bre. C'était une sorte de gentilhomme cammaitre ne ferait qu'une seule et même le- pagnard, de meurs simples et régulières, çon, deux pour les commençants, et la troi- Chrétien fidele. sième pour les plus avancés, de la même L'année 1662 fut malheureuse. La famine manière qu'il se pratique dans les colléges, et les maladies contagieuses ravagèrent la les administrateurs de l'hôpital qui étaient France. Dubois entre dans quelques détails amploment autorisés par Messieurs des trois sur ses charités et celles de ses voisins en corps pour conduire les écoles, ainsi qu'ils ce pressant besoin. Le gouvernement vint le irouveraient convenable, résolurent de en aide à la charité privée. Il lui ouvrit les n'avoir plus, à l'avenir, que trois maitres; la caisses de l'Etat pour suppléer à ses resmort survenue à quatre de ceux qu'on avait sources épuisées. Quelques femmes déchoisis d'abord et qui ne fut attribuée qu'à la vouées, aussi illustres par leur naissance trop grande charge qu'ils avaient de faire que par leur fidélité à la pratique chréchacun trois leçons, contribua beaucoup à tienne, se chargeaient d'organiser les sefaciliter ce changement et à y faire consentir cours. les principaux fondateurs.

Ung passant, nommé Baudoin, de SaintLa dépense de chaque maitre que l'on Germain-en-Laye, accompagné de sa femme, choisit toujours au nombre de personnes pauvre à l'extrémité, agé de quatre-vingts désintéressées et qui veulent bien se con- ans, auquel j'avois faici quelques charitěz,. tenter de la nourriture et du vêtement, peut tomba mallade chez mon neveu Charle Guilêtre estimée communément à deux cent cin- lory, sieur de Lamorière, proche de l'esquante livres par an. On leur donne à chacun glize. Je l'allois voir ; et quasi tous les jours soixante livres pour leur entretien lant

sa femme venoit céans quérir ses besoings. linge que chaussure et habits, la nourriture Le mercredi 1"février 1662, comme je sortois leur est fournie de la cuisine de l'hôpital qui de l'esglize, sa femme me dit que son mari est joignante à leur réfectoire où ils man- me prioit de l'aller voir; j'avois eu soing degent en commun avec le maître d'école et luy faire ressevoir tous les sacrements; j'enles officiers de la maison.

trai dans l'estable, où le pauvre vieillard Il est vrai qu'un des maitres d'école qui estoit couché sur la paille; il me témoigna était des plus capables et des plus exacts joye de me voir, et m'ouvrit les bras, et me étant tombé en paralysie après plus de vingt- remercia de mes petites charitéz, disant sept ans de service, et ne s'étant plus trouvé qu'il mourroit le lendemein, et qu'il prieen état de continuer ses fonctions, les admi- roit Dieu pour moy; il me dit : Monsieur, nistrateurs ont cru qu'il était de la charité, vostre esprit est bien avecque Dieu. Je le et même de la justice de ne le pas renvoyer; sais bien, Dieu me visite; je vois rouller les de sorte qu'ils se sont trouvés obligés d'en cieux et la terre; je suis bien souvent enmettre un autre à sa place au mois de jan- touré de belle lumière; je fais comparéson vier mil sept cent vingt-sept. Ce maitre para- de mes souffrances avecque celles du grand lytique, ayant un peu de bien de palrimoine, patriarche Job ; voyez ce que je tire de mes s'eniretient de vêtements à ses dépens, et jambes (me montrant des pailles qu'il tiroid l'hopital lui fournit la nourriture.

de ses ulcères), mais je ne nje lasse pas do Le revenu des écoles montait, en 1737, à soufrir; je continuerois encore sy Dieu le 1,485 livres 6 sols 6 deniers, revenu plus que voulloit, mais dans pen j'en rerray la fin. H suffisant pour entretenir les trois maitres, me dit encore force belles choses, come esa et même le quatrième devenu invalide. tant animé de l'esprit de Dieu : au sortir de

Les maitres des écoles charitables, deve- là je fus prier Monsieur le curé de l'aller nus membres et suppots de la maison, en voir, ce qu'il fit; et je me vins céans, accomsuivent les principaux règlements. Ils sont pagné de sa femme, quy em porta du sallé et assidus à la prière du matin et du soir, à la du meilleur de mon vin. sainte messe et à tout l'ofsice qui se fait Le lendemain matin, jour de la Purificadans la chapelle, l'heure de leur repas est tion de la sainte Vierge, sa femme vint heurréglé aussi bien que la qualité et quantité ter à ma porte et me dit la mort de son de leur nourriture. Un des administrateurs, mary, qui, au point du jour, tourné sur le ecclésiastique, est chargé de veiller sur leur costé droibt, vers l'esglize, après luy avoir conduite, et de visiter de temps en temps dit qu'il voyoit des anges, fit un grand souleurs écoles.

pir et rendit son esprit à Dieu. Je luy donNous allons mettre sous les yeux du nay une chemise et ung drap pour l'enselecteur des fragments de mémoires sur le vellir, et de la lumière, et luy promis d'aXvi' siècle, où les relations des pauvres voir soin de son entèrement. Je la fis manavec les riches sont accusées avec simplicité. ger, comme par force ; cette pauvre vicille L'auteur de ces mémoires est un valet de femme estoit outrée de douleur. Après la chambre de Louis XIV, nommé Dubois. Il a grande messe, j'envoyai mes deux valels laissé un volumineux cahier où il inscrivait faire la fosse dans le devant de l'esglize,

du coste de Sainte-Croix, auprès de mes mains, la bouche, le nez et les oreilles dans deur autres pauvres, et j'envoyai Marie du vin, lui dis de faire un grand feu et de Bénastre, ma servante, l'anssevellir; ce se bien chauffer : ce qu'elle fit. qu'elle fit.

M'ayant dit que ce garçon estoit fort mal, Son entèrement fut magnifique : aussi n'y j'eus peur qu'il ne mourát sans confession voulus-je rien oublier. Il y avoit quatre pres. je fus trouver Monsieur Fouqué, vicaire de tres, avecque les surplis : Monsieur le Curé nostre curé, quy n'y estoit pas ; je luy dis la avait presté force luminaires du reste des chose comme elle estait; il me dit qu'il autres. Marie Legay, marquise de Chasteau- voulloit venir le confesser. Ce qu'il 'fit : renault, estant ici, sur l'avis que je luy en étant auprès de la grange, je lui montrai, donnay, voullut y assister : elle vint jus- ung trou où il le pouvoit confesser sans péques au logis luy donner de l'eau béniste, Fil; il me dit : Monsieur, il a la voix trop elle l'aceompagna à l'esglize, et après à sa fayble, je ne le pourrois pas entendre. Ma sépuiture : c'estoit à l'issue des vespres, où charge m'oblige de lui administrer les saints tout le monde se trouva : il faisoit beau :

sacrements : quand il auroit la peste, il fault c'estoit à un jour sollenel : toutes ces mar- que je fasse ce que je doibs : Dieu me fera ques donnent des indices de sa béatitude : mourir de quelle mort il lui plaira; mais il j'en avois déjà veu quelques autres icy tinir ne fault rien craindre en le servant. Ayant aussy heureusemeni, et je croy qu'ils ont achevé ces paroles, il passe par le trou, la la charité de prier Dieu pour moy, comme porte estant fermée et bouchée par derrière ils me l'ont promis : je prie Dieu qu'il les de la quantité de foing, il entra et fut ung esauce et qu'il me fasse miséricorde! quart d'heure avecque luy. Il me dit que,

Le lundy 5 février, j'avois envoyé mes pourveu qu'il sceut ceux qui seroient aal. gens ranger des bourbes dans mes chemins : lades, de quelques malladies que ce soit, il estant au droit de la grange de Charles Gro- n'en mourroit point sans sacrements. mail, s' du Pont, ils entendirent une voix Le rafréchissement que cette généreuse fayble et mallade, qui se plaignoit. Marie fille fit à ce pauvre garson avecque le soin Bénastre y entra par un trou, la grange es- qu'elle eut de lui porter ses besoings, le retant fermée et plaine de foin, la maison dé- mit sur pied peu de temps après : il vint shabitée; elle vit un garson, agé de qua- dans ma cour, je recogneu de vieilles chaustorze à quinze ans, nommé Vallin, de cette ses noyres, que je luy avois données : paroisse : il ne paressoit que la teste; le croyant que c'estoit son frère quy les avoil se mouroit de faim et de soif : elle luy vint le pauvre garsson malade ; j'apelay Franquérir céans ses besoings pour le substan- çoise et luy montray : cette file fit voir une ier; le soir, que je fus rendu au logis, elle joye indicible, et s'expliqus en ces termes : me le dit : Mesme, dit-elle, c'est une puan

Je suis tout émerveillée : ce pauvre gars, leur insupportable.

que je ne croyés pas quy marchit jamais sur Le lendemein, mardy 6, Françoyse Le- la terre! Il n'a pas les cuisses plus grosses moine, mon autre servante, quy avoit le que j'ey le bras. Elle prit du pein et de la soing des pauvres et l'esprit de charité, me viande, que Monsieur le commandeur de pressa pour lui permettre d'aller randre ses Laval, mon voysin, avoit envoyé céans pour assistances à ce pauvre, me disant: Mon- luy, altendu qu'il luy donnoit à disner et sieur, il faict toutes ses ordures dans ses moy à souper de concert faict entre nous hardes, c'est ce qui le faict santir sy mauvais; deux; elle luy dit de retourner dans la sy je savais qu'il ne les y voullut plus faire, grange et qu'elle auroit soing de luy, ce je lui donnerois de bon cour une do mes qu'elle fit effectivement aynsi qu'elle avoit chemises. Enfin, cette âme charitable ne me promis. Elle en eut tous les soings imaginadonna point de patience que je ne lui eusse bles aussy bien que de tous les autres, quy donné de quoy changer ce pauvre; se estoient en très-grande abondance, pour la voyant du linge et ung méchani habit, elle nourriture desquels elle estoit fort indusfait chauffer de l'eau dans ung petit chau- trieuse et faisoit en sorte de leur donner à dron d’airain, et avecque cet esquipage s'en tous selon les personnes que c'estoit ; ce va trouver ce misérable, qu'elle dépouille pauvre garsson mourut enfin, et ung autre de toutes ses paanteurs, le lave par tout le prit bientost sa place : Monsieur le commencorps, loi descrasse toutes ses ordures et le deur et moy continuasmes à luy envoyer change de tout; mais cette prudente fille chacun ung repas come à une misérable cognoissant que cette malladie estoit la di- Janguissante nomée Marie, autrement la cenlerie, et, se voyant dans le péril, em- Traille, quy estoit au bourg, où je conduibrasse ce misérable, qui estoit en hault sur sis Madame la marquise de Chasteaurenault la berge du foing et le descend en bas, pro- quy la vint visiter. che de la porte, affin qu'avec une pelle de Les pauvres estoient abondans en nombre four on lui pust désormais donner des alli- et en nécessité; nous fûmes forcés de choiments sans se mettre en péril.

sir des jours; j'avois le dimenche, le merElle n'eut pas sitost achevé son entreprise, credy et le vendredy; wes servantes faiqu'elle s'en vint au logis, et me dit la vérité suient, la veille, deux grands chaudrons de la chose; je la fis parfumer avec du ge- plains de soupe, que l'on faisoit réchauffer nièvre, je luy fis prandre une rostie dans le le malin; c'estoit force choux, du sel et du meilleur de mori vin, je luy fis laver les beurre ou autre graisse. On y mettoit de la

farine quy espéssissoit la soupe : en l'ostant envoyoient des missionnaires partout, lcy le de dessus le feu, on y melloit come un demi révérend Père Thibault nous laissa plus de pein de brasse en soupe ou emmiellé et le cent escus, tant pour nous que pour les papoyvre: pour leur donner, ils s'assembloient roisses voisynes. fois à l'issue de la messe, cotre huit et neuf Il alloit de la part de ces dames charitaheures, devant ma grande porte; à mesure bles portant partout ses secours. Ces chariqu'ils arrivoient, on leur meltoit la soupe tables dames ne se contantèrent pas d'endans leurs escuelles, ils en avoient chacun voyer ces fidèles messagers. La plupart vouulie : sy quelqu'un en manquoit, mes ser- Jurent voir ce spectacle

de misère et prirent vantes en avoient qu'on leur prestoit; ils se chacune leurs cantons. Mme la présidente rangeoient lous dans ma cour, et mangoient de Hersse vint à Vendôme et logea an chasleur soupe chaude, et louoient Dicu ; le teau : là elle donna' audience à tous les cinombre estoit toujours en augmentant. All rés du voisinage quy luy portoient des mocommencement, quarante: après,cinquante: moires tilèles des pauvres de leurs parroisle muis de Mars fut en augmentant : Avril ses. Elle leur distribuoit de l'argent à tous. encore davantage ; cela alloit à cent cin- Puur dans la ville, elle y apporta tant d'orquante, puis à deux cents ; beaucoup mou- dre et de police que c'estoit une merveille, roient de faim; le blé valloit jusques à qua- Ello y établit préires, médecins, apotiquères tre livres el tant de sols: l'orge plus d'ung et chirurgiens, sur le rapport desquels elle escu; point de fruicts : les pauvres paissoient distribuoil de l'argent toules les semeynes. le ble en vert et l'herhe comme les bestes, Elle n'en manquoit point, elle avoit des ore

En ce caresme présent, les pauvres perdi- dres pour en prendre à la recette des tailles rent une de leurs mères, nomée Madame de et du sel tant qu'elle en avoit besoing : au la Boullière : son nom estoit, Anne Dubois. point que M. le procureur Lefèvre, procu. C'eslo't de ces femmes fortes et illustres, reur général de S. A. de Vandosmes, ine dit dont parle la sainte-escriture, quy donnoit que pour la ville seulle de Vandosmes ils inces: amnient aux pauvres et estoit jour et avaient touchez huicl mille livres : et M. le nuict en prières; il a été remarqué à Cous- curey de Montoire me dit qu'il avoit touché lure que les femmes l'ont toujours emporté six mille livres, dont je n'eus qu’ung boissur les hommes en verta, en piété et en seau de sel par un malheur particulier charité.

Nous ne pouvons que redire ce que nous Je continuai mes charitez généralles, mes avons allégué au moi CHARITÉ (Esprit de ia), trois jours la semeyne, à mesmes heures et ce qu'on verra au mot CONGRÉGATIONS, que jusques au dimencho, neufième juillet, que ce même xvil siècle qui produisil saint Vinje leurs fis ma dernière soupe ei ung adieu cent de Paul, a été en tout le grand siècle. qui leur fut bien doux. Après qu'ils eurent Celle que les seurs de Saint - Vin mangé ce que je leur donnai, je leur parta- cent de Paul appellent leur mère, comme geai ung boisseau de sel que m'avoit donné elles nomment saint Vincent de Paul leur pour eux monsieur le curé de Montoire : ce père, Mlle Leyras avait établi, à l'époque leur fut une douce surprise : aussi s'en al- dont nous parlons, des distributions de lèrent-ils louant Dieu. 'Après, il fust ques. bouillon. On appelait les seurs qui le stion d'avoir soing des vieilles gens ei des distribuaient, les peliles Sæurs du Pot. Elles mallades; la bonne femme la Challette me avaient toujours du bouillon chaud, qu'eldemeura céans; son age, sa faiblesse et sa les vendaient à ceux qui le pouvaient payer, malladie firent que je lui donnai le cou- et qu'elles donnaient aux autres; la société verl. Mensieur Moreau, curé de Montoire, philanthropique n'a fait qu'imiter cette vieilla me fit l'honneur de me venir voir le dix de pratique chrétienne. juillet : il prit la paine de l'aller voir dans Un petit volume intitulé, Règlement ma boullangerie, où elle étoit couchée, il (8) de Messieurs de la compagnie de la Chal'exhorla à bien mourir et fut ung quart rilé de Saint-Sulpice, établie en 1651 pour le d'heure au chevet de son lit, moy présant; soulagement des pauvres honleux, va nous ce grand apostre, quy ymitoit la vie de s. initier plus intimement aux coutumes des Pol, avoit esté, il y avoit quatre ou cinq associations du temps. Elle est instituée mois, à Paris, présenter requeste au roy sur pour secourir les pauvres de la paroisse, en la misère déplorable des pauvres, et aussi union de charité à son pasteur, et en méfut voir cette admirable société de ves da- moire de la miséricorde du souverain pasmes verlueuses de Paris, quy avoient faict leur et de ses disciples. Quoique la comune congrégation ensemble : c'estoient Mes- pagnie soit présidée par le curé, il ne faut dames les princesses de Condé, de Conty, pas la confondre avec l'ouvre paroissiale la duchesse d'Esguillon, la présidente do qui avait la fabrique pour centre. La vue Herse, Mesdamoiselles de Viol, de Lamay- continuelle et principale de l'assemblée , dit gnon, et quantité quy donnèrent abondan

le règlement, est de ramener incessamment ment de leurs biens, et quy en quêtèrent les pauvres à l'esprit et aux devoirs de la dans Paris quantité, au point que leurs cha- religion, ce qui faii presque toujours les plus rités s'estendirent par tout le royaume : elles grands besoins. Puucrelé n'est pas vice , dit

(8) Le règlement a été imprimé à une date fort au xville sièc.e, mais lout indique que ce règlement postérieure à la fondation de la compagnie. L'orto- n'apportait à la fondation première aucune innovagraphie à défaut d'autre renseignement se rapporte tion essentielle.

un vieux jurisconsulle (9), mais en grande l'on se fût étonné de ne pas rencontrer dans pauvreté il n'y a pas grande loyauté : une euvre qui embrasse l'universalité des

Rara viget probitas ubi regnat grandis egestas. secours à domicile. Les dames sont prépoAu milieu du grand nombre des nécessités sées au placement des filles, dixième el dersi différentes dans lesquelles se trouvent les nière subdivision de la compagnie. Par ce pauvres de la paroisse, l'assemblée a pour ob- mot de dames, porte le règlement (l'explicajel : le pauvre vivant chrétiennement, tra- tion était essentielle dans un temps où le vaiilant en son état de toutes ses forces et mol exprimait au moins la haute bourgeoine pouvant suffisamment gagner sa vie, n'o- sic), on n'entend pas seulement les personsani qu'avec honte déclarer sa pauvreté et nes de qualité, mais celles d’un rang infén'ayant d'autre secours que celui de l'as- rieur qui voudront contribuer au soulagesemblée, l'assemblée déclare se renfermer ment des pauvres, soit par leurs conseils , aus pauvres de celle qualité, dans l'impos- soit par leurs aumônes. Les pauvres de chasibilité où elle est de suflire à tous; res- que qualité, pour l'ordre et la plus prompte treinte qu'elle est à celle classe de pauvres, expédition des secours , devaient s'adresser la compagnie est obligée encore de subdi- exclusivement aux assemblées et aux préviser l'æuvre en plusieurs assemblées, à posés les concernant. Si la compagnie accause de l'étendue de la paroisse, du nom- corde le secours, elle en fixe la quotité dia bre des pauvres et de leurs différents be- faculté du coffret. soins. Une assemblée du premier et troi- Le temps de la résidence des pauvres ou sième dimanche du mois , est chargéc du du ménage des pauvres en la paroisse pour soin des nouveaux convertis; une contre- acquérir le droit de domicile, est réglé a assemblée des deuxième et quatrième di- trois années. Ceux qui s'éloignent plus

d'un manches du mois, a pour attribution le sou- an et jour, ne recouvrent leur domicile lagement des paurres qu'on appelle spécia- que dans le même délai ; mais la disposilement bonteux. Une troisième assemblée tion ne porte pas sur ceux qui sont nés du premier samedi el du 25 de chaque mois, dans la paroisse ; ceux-là sont essentielleprend soin de faire élever chrétiennemení ment pauvres de la paroisse. La compagnie dans les écoles de charité les enfants des rejelte des secours le payement des loyers pauvres, en les instruisant de la doctrine de maison et de frais de procès, à raison des chrétienne, en leur apprenant à lire, à écrire grands inconvénients que l'expérience y a et à travailler, pour éviter l'oisiveté et ga- fait remarquer. On est faché de ne pas congner leur vie. La compagnie, présidée par naitre ces inconvénients que le règlement le pasteur, n'était pas comme on le voit, n'explique pas. Ne doivent être que trèsréactionnaire au progrès des lumières il y a rarement et avec précaution admis à la chadeux cents ans. Une quatrième assemblée rité, les besoins prétendus pour mariages des premier et troisième dimanches de cha- el pour voyages, parce qu'ils sont presque que mois, avait pour but le conseil charita- tous suspects, supposés, ou sans véritable ble à l'accommodement des procès. Une cin- nécessité. Toutes distributions de sommes quième assemblée du premier jeudi de cha- fixes et réglées en forme de pension par mois que mois, concernait le soin des pauvres ou par annnée, sont interdiles à la compamalades qu'on ne pouvait raisonnablement gnie par le réglement, vu qu'elles empeenvoyer à l'Holel-Dieu ni à la Charité. L'as- chent des secours plus pressants et sont semblée avait pour objet par conséquent, presque toujours des causes et des sujets de l'assistance des malades à domicile. Une fainéantise. Eu égard au grand nombre et sixième assemblée avait lieu le premier retour continuel des pauvres, on n'accorde luadi de chaque mois, pour le soulagement un nouveau secours qu'après six mois écoudes pauvres estropiés, aveugles paralyri- lés depuis le secours précédent (ce qui qurs, et de tous ceux qui ne peuvant gagner donne à penser que les secours n'étaient pas leur vie, ne peuvent non plus être reçus aussi minimes que les nôtres), parce que dans l'hopital des Incurables ni dans aucun l'usage de l'argent es-mains des pauvres, autre. Une septième assemblée, celle du est rarement bon et quasi toujours infrucdeusième jeudi de chaque mois, prenait tueux. L'on fait ordinairement les aumônes soin des petits enfants dans la nécessité d'e- en nature ; en pain, aux pauvres sans état, tre mis en nourrice, ou qui du moins ont aux pauvres artisans, en espèce de cuir, Lesoin qu'on donne du lait et de la farine à bois, soie et autres malières de leur art; en ceur qui les ont pris à leur charge. Une habits, lits , couvertures, uiancels, bois à buitième assemblée, du premier vendredi brûler, charbon et chaussures pendant l'hidu mois, se préoccupait des orphelins et des ver, et jamais en deniers que dans des ocorphelines. Des préposés particuliers, c'est- casions rares et extraordinaires pour élever à-dire, une commission nommée par la com- les familles. pagoie, avait pour objet la délivrance des Un magasin est établi pour recevoir les prisonniers, c'était une neuvième subdivi- yieilles hardes, meubles, linge, habits, cousion.

vertures, ustensiles et autres choses que les Jusqu'ici le règlement n'avait parlé que personnes charitables de la paroisse sont de messieurs les membres de l'assemblée ; conviées d'y envoyer, soit du rebut, soit de il y est introduit des dames charitables que la surabondance de leur maisoc, pour le se

(9) Lorsel, liv. Y, 1. V, nombre 16.

cours des pauvres. Dans le meine magasin, munier à l'intention de l'ouvre, dans la sont gardés les meubles, les hardes achetés quinzaine, et un troisième pour visiter de la par la compagnie, dont on tenait un regis- part du corps, ceux de Messieurs, c'est-àtre exact et auxquels on apposait la marque dire des membres de la compagnie, qui sont de la charité de la paroisse avant la distribu- malades. Si quelqu'un de ceux-ci ou des tion ; quand les objets n'étaient donnés qu'en bienfaiteurs de l'assemblée étaient décédés pret seulement ils ne pouvaient être vendus d'une séance à l'autre, la compagnie déteret n'étaient pas saisissables par justice : c'é- minait le nombre de messes qu'elle devait lait un point de jurisprudence bien fixé (10). célébrer pour le repos de leurs ames; ce L'euvre, quoique d'une très-grande dépense, qu'elle faisait aussi à l'égard des pauvres, n'était fondée que sur la seule Providence selon qu'elle le jugeait à propos. Nous allons qui l'avait soutenue avec beaucoup de béné- voir comment se recruiait la compagnie. diction. Le règlement interdit toute quele, Elle admellait dans son sein sous les pamême dans la compagnie; on se contente roissiens de quelque qualité et condition d'exposer sur la table les jours d'assem- qu'ils fussent, mais aussi les personnes blées, une boite fermée et percée en forme étrangères à la paroisse qui étaient jugées de tronc, dans laquelle les assistants dépo- propres à en faire partie par un des memsent volontairement et secrètement ce que bres. La personne présentée devait l'être par leur dévotion leur inspire. Les membres un sociétaire de son quartier, au curé de la peuvent joindre par compassion, dans des paroisse qui la conviait à soutenir l'oeuvre cas particuliers, quelque chose à l'aumane commune de ses soins et de ses conseils. La qui a été ordonnée sur les fonds des coffres. nomination des nouveaux membres était

Les assemblées ordinaires de la compa- soumise toutefois à l'agrément de l'assemgnie réunie où sont traitées les affaires cou- blée, afin de garder quelque ordre en une si rantes, se tiennent en la salle du presbytère grande quantité de sujets que renferme une chez M. le curé, tous les deuxième, qua- paroisse, porte le règlement. trième dimanches de chaque mois, à l'issue Le trésorier des deniers des aumônes était des vệpres, jusqu'à 6 heures, depuis Pa- élu chaque année à l'assemblée générale du ques jusqu'à la Toussaint; et après le ser- lundi de Pâques. Il présentait, le même jour mon, jusqu'à 5 heures, depuis la Toussaint de l'année suivante, le com;le général de la jusqu'à påques. Des assemblées générales recette et de la dépense. Le même jour, était o't lieu six fois l'année, aux mêncs heures, nommé le secrétaire, dont les fonciions conles dimanche et lundi de Pâques, le jour de sistaient, premièrement, à tenir registre de Pentecôte, de l'Assomption, de tous les toules les délibérations de l'assemblée ; sesaints et de Noël. Dans ces six réunions, condement, à tenir un autre registre ou sont discutées les affaires les plus impor- role alphabétique des pauvres assistés ar la tantes. Des assemblées dites petites avaient compagnie, et des secours distribués, avec lieu tous les mercredis qui précédaient les la dale du jour de l'assistance, duquel role grandes assemblées. Là étaient soumises à étaient radiés les pauvres exclus du secours. une première étude les demandes des pau- Le même jour, sont élus seize préposés, és vres, de façon à ce qu'elles fussent expé. huit quartiers, auxquels la paroisse était didiées à l'assemblée prochaine avec plus de visée ; deux membres pour chaque quardiligence. Il n'y avait pas de préséance tier. Leur mission consiste à tenir état des dans les assemblées, les premiers venus pre- pauvres de leur quartier respectif, des naient les siéges que bon leur semblait, ce- assistances à leur accorder, à visiler les lui de M. le curé comme chef de la compa- pauvres, suivre de l'ail l'administration des gnie, ou de l'ecclésiastique qui présidait en secours, à être en toutes choses des luteurs, son absence, était seul réservé. La compa- des surveillants charitables dans leur ressort. gnie avait un secrélaire et un trésorier. Elaient élus le même jour, les préposés aux Ceux-ci prenaient les deux siéges proches charités particulières, aux écoles, à la délide la table, le secrétaire à la droite du pré- vrance des prisonniers, au magasin des pausident, le trésorier à sa gauche. L'assemblée vres, et d'autres fonctions qui méritaient un s'ouvrait par le Veni, sancte Spiritus, l'Ave soin spécial. Maria, et l'Oraison de saint Sulpice, et se Il y avait encore un fonctionnaire en tilre, fermant par le psaume cxvi, Laudate Domi- nominé aussi à l'assemblée générale du num, omnes gentes, et le Sub tuum præsidium, lundi de Pâques; c'était le distributeur ; ses après que M. le curé ou son suppleant fonctions avaient pour but de prendre des avaient dit un moi d'instruction s'il le ju- mains du secrétaire, les billeis ou bons à geait nécessaire. Si quelqu'un, excepté distribuer; de recevoir du trésorier les deM. le curé, arrive après la prière faite, à niers ordonnes, c'est-à-dire les secours all'ouverture de la séance, on se conlenle de loués, et de remettre ces objets aux prépoJe saluer sans se lever, ni sans quilter sa sés Le distributeur rendait compte des faits place, pour ne pas employer le temps con- de sa charge à l'assemblée ordinaire du quasacré aux pauvres en des cérémonies inuti- trième dimanche de chaque mois. les. Avant la clôture et la levée de chaque L'inscription au role' des pauvres avait assemblée, tant ordinaire que générale, l'on lieu d'après un mode inconnu à notre épodépute toujours deux assistants pour com- que. Les aspirants à l'inscription, jetaient

(10) Comme il a déjà été réglé par justice, porte le règlement.

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