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chrétienne proprement dit, est divisé en deus parties; dans la première , Abbadie descend de cette proposition : Il y a un Dieu , jusqu'à celle-ci : Jésus , fils de Marie, est le Messie promis; et, dans la seconde , il monte de celle: Il y a aujourd'hui des chrétiens duns le monde , jusqu'à celle-ci : Il y a un Dieu ; s'attachant en même temps à prouver la divinité du christianisme par le témoignage des martyrs, par la vérité des saintes Ecritures, par la considération de quelques faits éclatans et de quelques passages des livres saints, enfin par une étude intime des caractères de la religion chrétienne. Dans la première partie , il fait surtout usage des preuves de connaissance, et dans la seconde , des preuves de sentiment; mais , dans toutes

afin
que

les incrédules n'aient aucun motif de se défier de lui, il commence par douter de tout, et ne reçoit les vérités qu'à mesure qu'elles deviennent évidentes. Nous avons surtout été frappés, dans la seconde partie, des huitième , neuvième et dixième tableaux de la quatrième section, dans lesquels il considère les mystères de la religion chrétienne, la convenance de ces mystères avec les lumieres de la raison, et les rapports du christianisme avec la religion judaïque. Il ne sera pas inutile de citer quelques passages des deux premiers :

deux,

« Il faut pour croire, non-seulement être persuadés des vérités révélées, mais savoir ignorer ce qu'il a plu à Dieu de nous en cacher; être dans une disposition à dire : Je ne sais et je ne comprends pas, aussi bien que : Je crois. Il faut baisser la vue devant le côté obscur, comme il faut se réjouir en contemplant le côté lumineux. L'incrédulité nous fait rejeter des vérités qui devraient frapper nos yeux, et la curiosité dérégléc de l'esprit nous empêche de respecter les saintes. obscurités qui les environnent: De ce pripcipe, on peut conclure qu'il n'y a rien de plus extravagant, ni de plus impie en même temps, que le dessein de quelques docteurs, illustres d'ailleurs

par leur érudition et par leurs lumières, qui ont voulu faire comme une religion de plain-pied, et enôier toutes les difficultés, coupant souvent des næuds qu'ils ne pouvaient dénouer. C'est ignorer que les ténèbres de la religion suivent la nature des choses ou entrent dans le plan et dans le dessein de Dieu , comme les Apôtres nous le font comprendre, lorsqu'ils nous apprennent que le dessein de Dieu a été d'anéantir l'intelligence des sages, et lorsqu'ils s'écrient: 0 profondeur des richesses, de la sapience et de l'intelligence de Dieu ! que ses jugemens sont incompréhensibles et ses voies difficiles à trouver ! On peut en inférer, en second lieu, que la curiosité humaine, qui a tant multiplié les questions de la théologie, est un des plus grands obstacles à la foi véritable. On ne se contente point de savoir les choses, on veut sonder la manière, et c'est la manière que Dieu ne veut point que nous sachions : c'est là le côté obscur qui doit être respecté. Le je ne sais, ou le je ne comprends point, est un mot si terrible, qu'il n'y a rien que les homines n'inventent pour se dispenser de le prononcer. (Vol. II, pag. 383. ) »

Nous éprouvons un vrai plaisir à transcrire encore le passage suivant, où, à l'occasion de quelques-unes des difficultés que la raison oppose à l'existence du péché originel, il mon. tre qu'il y a la même proportion entre la foi et la raison qu'entre la raison et les sens :

et que

« Il faut distinguer en cela la manière et la chose, » dit Abbadie. « Il est certain que nous sommes souillés de péché par le malheur de notre naissance, ayant été conçus en péché et échauffés en iniquité, et nous trouvant de nature enfans de colère. L'Écriture nous dit la chose, parce qu'elle était nécessaire à notre humilité et à notre sanctification; la manière était inutile, parce qu'il ne sert à rien de savoir comment on est tombé dans un abîme, le principal est de trouver le moyen de s'en retirer : aussi l'Écriture ne dit-elle rien de la manière dont le péché originel est venu jusqu'à nous, je veux dire de la manière physique de sa propagation. Toutes les questions que les théologiens font à cet égard ne sont proprement que des questions de philosophie, et ce n'est pas à nous à répondre à toutes ces difficultés. Peut-être que si nous savions bien distinctement les lois et la manière de l'union de notre âme avec notre

os, nous pourrions expliquer distinctement cette incompréhensible transmission du péché originel; mais comme cela n'étant pas, nous avons grand sujet de nous défier de notre philosophie; et, quoi qu'il en soit, nous ne devons point mettre sur le compte de la foi les difficultés de la curiosité humaine,

« La foi et la raison sont ici tout-à-fait en bonne intelligence, en se contenant dans leurs limites. La foi nous enseigne la chose, la raison y consent; la raison n'en comprend point la manière, la foi suppose cette incompréhensibilité. Si la raison pouvait nier que les hommes n'eussent dès leur naissance une inclination à mal faire, elle serait contraire à la foi, qui nous enseigne ce principe ; si la foi nous promettait d'ôter de cet objet toutes les difficultés qui se présententà ceux qui en veulent pénétrer le fond et la manière, elle serait contraire à la raison, qui doit reconnaître qu'elle ne saurait aller jusque là ; mais puisque cela n'est pas, rien ne nous empêché de demeurer d'accord de la bonne intelligence de la foi et de la raison. En effet, la même proportion à peu près qui est entre la raison et la foi se trouve entre les sens et la raison. Comme la foi est supérieure à la raison, la raison est supérieure aux sens. Or, il est certain que

la raison et les sens ne se combattent point, encore que l'une de ces facultés ne comprenne point la manière des choses qu'atteste l'autre. Les sens témoignent, par exemple, qu'il y a un flux et un reflux dans la mer : la raison, persuadée par ce témoignage et par le consentement de tous les hommes, convient de la chose, mais cependant elle en ignore la cause et la manière. Si les sens attestaient que ce phénomène peut être parfaitement compris, ils seraient contraires à la raison, qui ne le comprend guère; si la raison nịait que ce phénomène fat absolument, elle serait contraire aux sens qui témoignent qu'il est. Mais les sens attestent l'existence de ce phénomène, et la raison en est persuadée; la raison le trouve très difficile à comprendre, et les sens ne disent pas le contraire : ils sont donc parfaitement d'accord. Telle est la convenance de la foi et de la raison à l'égard des plus grands mystères de la religion. (Vol. II, p. 418.) »

Après avoir combattu dans son premier ouvrage les athées et les déistes, Abbadie combat dans le second les ariens, les demi-ariens et les sociniens. Il fait voir la dépendance essentielle qu'il y a entre la divinité de Jésus-Chrit et la vérité de la religion chrétienne en général, et établit la divinité du Sauveur par

les absurdités qui résultent du sentiment contraire. Ce n'est d'ailleurs pas seulement dans ses écrits qu'Abbadie rendait témoignage à la vérité ; il la confessait toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion. C'est ainsi que la duchesse de Brandebourg , qui inclipait vers l'opinion contraire , ayant, en sa présence , mis en doute la divinité de Jésus-Christ, à l'occasion de son traité sur ce sujet, il n'hésita pas à exposer sa croyance avec toute la force dont il était capable. La princesse de Galles, fille de la duchesse de Brandebourg et depuis reine d'Angleterre , rappela, quelques années après, cette conversation à Abbadie, et lui en fit quelques reproches ; mais le docteur, tout en l'assurant du respect qu'il portait à son auguste famille, lui répondit : « Quand il s'agit de soutenir a les droits de mon Maître, je ne connais pas les grands de la a terre. »

Nous croyons que le Traité de la divinité de Jésus-Christ mérite d'être beaucoup médité. Nous avons surtout remarqué le chapitre où l'auteur démontre que si Jésus-Christ n'est point vrai Dieu , nous ne pouvons pas admettre les idées

que

l'Écriture nous donne de la charité et des bienfaits de Dieu. Forcés de nous borner, nous n'en pouvons citer que le passage suivant:

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« Si Jésus-Christ n'était point Dieu, nous aurions bien plus sujet d'admirer la charité de Dieu sur Jésus-Christ que d'admirer la charité de Dieu sur nous. Que Dieu sauve les homines, cela nous fait reconnaître la miséricorde de Dieu dans la rémission qu'il nous accorde de nos péchés; mais que Dieu, pour récompenser JésusChrist d'avoir souffert la mort, le ressuscite glorieusement, le rende le monarque du monde et le chef des aniges, et le juge des hommes, et le roi des siècles; qu'il mette 'à sa disposition les dons de son Esprit

, la vie et la mort; qu'il lui donne son nom, sa gloire, sa puissance et la disposition de son éternelle félicité, c'est une bonté iinmense qu'il a pour Jésus-Christ, et celui-ci ne doit pas plaindre le sang qu'il a versé pour parvenir à cet état de gloire; il ne pouvait rien faire de plus utile pour lui-même. Pour comprendre après cela le langage du Saint-Esprit, il faudrait faire un autre Évangile: au lieu de dire: Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils au monde, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle, il faudrait dire: Dieu a tant aimé. Jésus-Christ , qu'après l'avoir honorė du titre de son Fils, il lui a assujetti le monde, et il lui a donné tous ceux qui croiront en lui. Au lieu de dire : Celui qui nous a donné son propre Fils ne nous donnera-t-il point aussi les autres choses? il faudrait dire : Ce n'est pas merveille , si Celui qui nous promet de nous donner la vie éternelle, nous a donné la vie de Jésus-Christ. Lors.

saint Paul dit que Dieu nous a donné son Fils, il veut dire qu'il que nous a donné la vie de son Fils, et, raisonnant du plus au moins, ilcon

clut que Dieu nous donnera aussi les autres choses, parce qu'il suppose que la vie de Jésus-Christ est plus précieuse que tous les autres biens. Mais y a-t-il quelque proportion entre la vie temporelle d'une seule créature, quelque sainte qu'elle puisse être, et la vie éternelle et bienheureuse de tous les saints? et y a-t-il rien de plus faux que le raisonnement de l'Apôtre, si le principe que nous combattons avait lieu ? (Vol. III, page 120.)",

Cette citation suffit pour montrer combien Abbadie est habile à faire ressortir l'absurdité du système d'après lequel Jésus-Christ ne serait qu'une simple créature. Il fait voir tour à tour que si le Sauveur n'est pas vrai Dieu, d'une même essence avec son Père, il s'ensuit que la religion mahométane esť préférable à la religion chétienne, et Jésus-Christ moindre que Mahomet; que les Juifs auraient bien fait de s'en tenir à la sentence du Sanhédrin; que Jésus-Christ et les Apôtres nous ont eux-mêmes engagés dans l'erreur ; qu'il n'y a aucune harmonie entre les prophètes et les Apôtres , nientre l'Ancien Testament et le Nouveau”; enfin que la religion ne doit être regardée que comme une superstition ou une fable. Toutes ces conséquences sont nettement déduites du principe des adversaires ; mais notre auteur ne se borne pas à faire voir où conduit leur système, il répond encore aux objections qu'ils élèvent et aux difficultés que le grand mystère de la piété, Dieu manifesté en chair, leur parait présenter. Convaincu que les sentimens de ceux qu'il combat sont incompatibles avec l'esprit de la véritable religion , il n'oublie rien de ce qu'il croit capable de faire revenir de l'erreur ceux qui y sont, ou d'en préserver ceux qui pourraient y tomber.

Ce livre, nous le demandons , est-il aujourd'hui moins de circonstance qu'il ne l'était lors de sa première publication? La dangereuse erreur contre laquelle il est dirigé a-t-elle disparu de nos Églises ? Jésus-Christ est-il annoncé dans toutes les chaires comme notre Emmanuel , comme Dieu avec nous.? L'enseignement catéchistique a-t-il pour but d'inculquer dans les jeunes cours cette croyance, sans laquelle toutes les autres n'ont aucune base ? Les candidats au saint ministère, qui étudient dans nos Facultés , pour devenir un jour pasteurs et pré

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