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tain que

suppose cette incompréhensibilité. Si la raison pouvait nier que les hommes n'eussent dès leur naissance une inclination à mal faire, elle serait contraire à la foi, qui nous enseigne ce principe; si la foi nous promettait d'ôter de cet objet toutes les difficultés qui se présententà ceux qui en veulent pénétrer le fond et la manière, elle serait contraire à la raison, qui doit reconnaître qu'elle ne saurait aller jusque là ; mais puisque cela n'est pas, rien ne nous empêché de demeurer d'accord de la bonne intelligence de la foi et de la raison. En effet, la même proportion à peu près qui est entre la raison et la foi se trouve entre les sens et la raison. Commė la foi est supérieure à la raison, la raison est supérieure aux sens. Or, il est cer+

la raison et les sens ne se combattent point, encore que l'une de ces facultés ne comprenne point la manière des choses qu'atteste l'autre. Les sens témoignent, par exemple, qu'il y a un flux et un reflux dans la mer : la raison , persuadée par ce témoignage et par le consentement de tous les hommes, convient de la chose, mais cependant elle en ignore la cause et la manière. Si les sens attestaient que ce phénomène peut être parfaitement compris, ils seraient contraires à la raison, qui ne le comprend guère; si la raison nịait que ce phénomène fat absolument, elle serait contraire aux sens qui témoignent qu'il est. Mais les sens attestent l'existence de ce phénomène, et la raison en est persuadée; la raison le trouve très difficile à comprendre, et les sens ne disent pas le contraire : ils sont donc parfaitement d'accord. Telle est la convenance de la foi et de la raison à l'égard des plus grands mystères de la religion. (Vol. II, p. 418.) »

Après avoir combattu dans son premier ouvrage les athées et les déistes, Abbadie combat dans le second les ariens , les demi-ariens et les sociniens. Il fait voir la dépendance essentielle qu'il y a entre la divinité de Jésus-Chrit et la vérité de la religion chrétienne en général, et établit la divinité du Sauveur par les absurdités qui résultent du sentiment contraire. Ce n'est d'ailleurs pas seulement dans ses écrits qu'Abbadie rendait témoignage à la vérité ; il la confessait toutes les fois qu'il en trouvait l'occasion. C'est ainsi que la duchesse de Brandebourg , qui inclipait vers l'opinion contraire, ayant, en sa présence , mis en doute la divinité de Jésus-Christ, à l'occasion de son traité sur ce sujet, il n'hésita pas à exposer d'entrer en correspondance avec les protestans de France : une commission composée de cinq membres, MM. le docteur Miller, Eddy, M'Knight, Walker et Shepherd, a été chargée d'un projet de lettre qui a été adopté dans une séance suivante (Voyez cette lettre, page 517 et suiv. du xie volume des Archives). Les registres des seize synodes et les rapports des différens presbytères sur l'état religieux dans leurs circonscriptions, ont été examinés par des comités spéciaux. A l'aide de ces documens a été rédigé un rapport général sur l'état de la religion dans l'Eglise presbytérienne tout entière : nous présenterons quelques extraits de cette pièce remarquable. Les autres délibérations de l'assemblée ont eu pour objet de juger les différens qui pouvaient exister entre les synodes, et de prononcer sur les appels élevés contre des décisions synodales, d'arrêter dans le ressort de quels synodes seront comprises les nouvelles Églises qui se sont formées dans le courant de l'année, de nommer des députés pour assister aux assemblées générales des sociétés religieuses qui se sont ellesmêmes fait représenter à cette réunion, de constater quelle est la situation des séminaires où sont instruits les candidats au saint ministère , de nommer des professeurs aux places vacantes dans ces séminaires , de voter les dépenses relatives aux affaires générales de l'Église , d'élire pour un an les membres des différens comités qui dépendent de l'assemblée générale, d'arrêter des mesures pour faire mieux observer la sanctification du dimanche , etc. On voit combien sont étendues les attributions de cette assemblée. - Le rapport général sur l'état de la religion dans l'Eglise presbytérienne, auquel nous avons déjà fail allusion, contient des plaintes graves sur divers sujets, et en particulier şur l'intempérance , qui, par des raisons qui tiennent sans doute au climat, exerce plus de ravages en Amérique que nulle part ailleurs. Des sociétés se sont formées pour les faire cesser, et leurs, succès ont été tels que la consommation des liqueurs spiritueuses a diminué, depuis un an, des trois quarts, dans certaines localités ; que plusieurs marchands ont renoncé à en vendre, et que deux ou trois distilleries ont été fermées par des motifs de conscience. Après avoir parlé de la mondanité, du jeu, de la violation du sabbat, du théâtre , etc., et avoir énuméré les institutions religieuses qui existent au sein de l'Église presbytérienne , et qui toutes prospèrent, le rapport ajoute :

Quoique les progrès de la religion ne se fassent pas remarquer d'une manière aussi générale et aussi frappante qu'il y a quelques années , ils sont cependant de nature à inspirer la plus vive reconnaissance aux chrétiens; car il a plu au Père des miséricordes de répandre son Saint-Esprit sur un grand nombre d'Églises. Tandis que dans quelques-uns de nos presbytères, de nouvelles congrégations se sont heureusement formées , et que d'autres déjà existantes sont devenues plus nombreuses et plus étendues, il y en a où les ministrés et les principaux membres du troupeau se sont sentis excités à de ferventes prières et à de saints efforts. Des réunions de prières pour obtenir des bénédictions spéciales , des jours de jeûne et d'humiliation, des visites pastorales ont été accordées par le Seigneur et bénieś de lui, pour l'encouragement et la joie de son peuple et pour la conversion des pécheurs. Entre les Églises, où la puissance de l'Évangile pour réveiller, toucher et renouveler les cours des pécheurs s'est le plus fait sentir, nous citerons les suivantes : *

Suit une liste de CENT VINGT-TROIS ÉGLISES où des réveils religieux remarquables se sont manifestés ; nous ne citerons, pour abréger , que celles de Rome, Genève et Paris ( Voyez Archives XIe année, pag. 419, et XIIe année, pag. 44), dont les noms nous rappellent des villes de notre continent sur lesquelles nous appelons de tout notre cæur une semblable effusion du Saint-Esprit.

«L'action du Saint-Espritse manifeste dans ces Églises avec des circonstances très diverses quantau temps, à la nature et à l'étendue de son influence et quant à la rapidité de ses progrès. Dans quelques endroits, une foule de pécheurs de tout âge, de tout caractère, le visage baigné de larmes , humiliés et tremblans, sont venus dans la maison de Dieu, à des époqués et dans des circonstances où on aurait pu le moins s'y attendre ; les incrédules les plus prononcés et les pécheurs les plus endureis se sont sentis touchés et subjugués par la toute-puissance de Dieu. Ailleurs, la douce, mais réelle influence du Dieu de Sion, fécondante et rafraichissante, comme la rosée qui tombait sur les montagnes d'Israël, ne s'est fait remarquer que par des résultats graduels, quoique précieux. Parmi les nombreux exemples de l'effusion du Saint-Esprit qui sont parvenus à la connaissance de cette assemblée, il en est deux bien propres à exciter les plus vifs sentimens d'admiration. Quelques-uns des jeunes élèves de l'établissement des sourds-muets à Danville, ont été les heureux objets de la grâce sanctifiante de Dieu, pendant le dernier réveil qui a eu lieu dans cette ville. Dans les stations missionnaires qui dépendent du presbytère de Buffalo, l'Esprit Saint a excité d'une manière remarquable les païens à chercher le Seigneur et dernièrement plus de quarante de ces enfans des forêts, se sont réunis à l'Église. De tels faits , nonseulement s'élèvent contre l'aveuglement de ceux qui renoncent à leurs plus glorieux priviléges , et qui refusent leurs contributions à ces entreprises chrétiennes, malgré l'étendue de leurs moyens, mais ils prouvent encore cette précieuse vérité, c'est qu'avec l'assistance de Dieu, on peut travailler, avec espoir de succès, au salut des plus indifférens et à la conversion des plus dépravés. L'assemblée ne peut parler de ces réveils religieux qui semblent devoir influer sur le sort de millions de créatures encore à naître, et sur les destinées de l'Église dans le monde entier, sans recommander affectueusement et sérieusement aux pasteurs, aux anciens et aux membres de notre Église , d'éviter, pour produire de ces commotions religieuses, tous les moyens qui pourraient être désapprouvés, et de se garder des mesures que la Parole de Dieu sanctionne pas, quels que soient leurs succès apparens; car dans l'un et l'autre cas une sorte de discrédit pourrait être jeté sur ces miséricordes précieuses dont nous sommes l'objet, et le Seigneur qui nous les accorde en être contristé. »

A ces extraits du rapport général, nous ajouterons quelques citations tirées des rapports particuliers des députés. Voici comment s'expriment ceux du Connecticut :

ne

* Dieu avait daigné, dans le cours de l'avant-dernière année, répandre son Saint-Esprit sur plusieurs de nos Églises et de nos congrégations, et leur accorder de nombreuses bénédictions;

mais l'année qui vient de finir a été un temps de miséricordes encore plus grandes. Des réveils religieux se sont manifestés du nord au midi , dans les comtés de l'ouest de cet Etat; dans d'autres parties, ils ont également été remarquables. Outre les réveils qui avaient déjà eu lieu au mois de juin passé, quarante ou cinquante de nos paroisses ont joui et jouissent encore de ces mouvemens religieux. Dans quelques-unes de nos congrégations l'ouvre a été grande, et quoique dans plusieurs occasions trente, quaranteet même cinquante personnes soient venues, dans la même semaine, se soumettre avec joie à l'obéissance de Christ, ce n'était cependant encore là ni le vent impétueux, ni le tremblement, ni le feu , mais seulement le son doux et subtil ( 1 Rois, xix). Des centaines et des milliers de personnes ont été reçues en grâce, et le nombre de ceux qui ont confessé le nom de Jésus-Christ dans nos Églises peut bien être évalué de trois à quatre mille.

«Nous pourrions citer ici plus d'un fait intéressant; mais nous nous bornerons à raconter quelle a été l'æuvre de la grâce dans la prison d'Etat de Wethersfield. Lorsque cette prison fut transférée de Granby a Wethersfield, on adopta le plan de la réclusion séparée. Chaque prisonnier fut pourvu d'un exemplaire de la Bible, et on suivit à leur égard une discipline plus douce , dirigée dans un esprit plus religieux. Le résultat de ces modifications a été des plus heureux ; douze ou quinze d'entre ces malheureux sont non-seulement, selon toute apparence, devenus chrétiens sincères , mais encore on remarque parmi tous les autres un tel changement et un tel empire exercé sur eux par les idées religieuses et morales qu'on leur a données, que, si nous ne sommes pas mal informés , il n'est plus nécessaire d'enchaîner les criminels , et qu'en passant dans les salles, lorsque les prisonniers ont été renfermés dans leurs cellules pour

la nuit, on les voit lisant dans la Bible et on les entend prier. De plus, il s'est formé une association biblique parmi ces hommes qui , il n'y a que peu de mois, blasphémaient

1829. — 12° année.

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