Page images
PDF
EPUB

des humains qui peuvent nous aider à la mieux comprendre; ne négligeons aucun moyen; mais n'oublions pas que Dieu seul peut les bénir et leur donner une véritable efficace.

VARIÉTÉS. LETTRES SUR L'ÉTAT DE LA RELIGION EN ALLEMAGNE, ET SURTOUT DANS LE NORD DE L'ALLEMAGNE. (1) No II.

Berlin, février 1829. MONSIEUR LE RÉDACTEUR,

Je regrette d'autant plus vivement que divers empêchemens aient interrompu si long-temps notre correspondance, que j'ai appris que ma première lettre sur l'état religieux de l'Allemagne n'avait pas été sans intérêt pour quelques-uns de vos lecteurs. J'espère que je pourrai maintenant vous communiquer d'une manière plus suivie ce qui me reste encore à vous dire sur ce sujet important.

Dans ma première lettre sur l'état religieux de Berlin, je suis arrivé jusqu'à l'époque où les premiers germes d'une nouvelle période commencèrent à paraître ; mais peut-être auraient-ils été étouffés avant de se montrer au grand jour, si les événemens remarquables qui ont agité notre patrie et en particulier la ville de Berlin, de 1806 à 1814, n'avaient aussi exercé une puissante influence sous le rapport religieux. L'invasion de Napoléon n’amena pas seulement, sur notre patrie, tous les maux et tous les bouleversemens qu'entrainent toujours les grandes luttes des peuples. Tous les sentimens nationaux, toutes les communications entre les esprits indépendans et cultivés, tout intérêt un peu vif pour les productions des arts et des sciences de la patrie , furent en outre attaqués, comprimés et détruits. La philosophie matérialiste, dont l'empire n'avait été renversé qu'en partie par les écoles de Kant et de Schelling, et qui dominait encore dans la vie de plusieurs de

(1) Voyez la première de ces lettres, Archives, vol. xi, pag. 232.

ceux qui se croyaient élevés bien au-dessus d'elle en théorie ; ce système qui déifie le talent , la force et le suecès, et qui ne s'enquiert point des principes et des intentions, devait trouver de nombreux sectateurs parmi ces Allemands lâches et corrompus qui, altérés d'honneurs et de richesses , se pressaient à l'envi autour de l'oppresseur de leur patrie. Ce funeste engourdissement moral s'étendait également sur l'État et sur l'Église. Mais en décembre 1809, peu après que le Roi fut de retour de son exil de trois années , Berlin devint le rendezvous de tous les hommes qui avaient véritablement à cæur le bonheur de leur pays. Ils ne s'occupaient guère alors de religion ni de christianisme ; mais, dans ses merveilleuses dispensations, Dieu fit surgir de leurs efforts quelque chose de plus élevé et de meilleur que ce qu'ils avaient d'abord en vue; plusieurs d'entre eux, sans trop savoir ce qu'ils faisaient , eurent recours à la Parole de Dieu, et dans cet affaiblissement général, vinrent chercher la force à sa source auprès du ToutPuissant: la plupart ne voyaient alors dans la religion qu'un levier propre à mettre en mouvement ceux qui n'étaient pas excités assez vivement par l'amour de la patrie. Cette flamme se propagea rapidement dans les rangs de la jeunesse , et agir sur elle, était le premier désir des amis de la patrie. En sortant des rêves de l'enfance, l'homme soupire avec ardeur après un bien suprême et infini, qui réponde à tous ses besoins.

Les âmes élevées qui poursuivent un idéal de la perfection humaine, ne sentent pas, d'abord, combien les objets auprès desquels elles cherchent la lumière, la chaleur et la félicité, pour leur 'esprit et pour leur coeur, sont imparfaits et insuffisans, jusqu'à ce qu'enfin elles adoptent pour elles-mêmes cette grande vérité

que saint Augustin a 'exprimée d'une manière si admirable : « Tu nous a créés pour toi, et notre cour est inquiet jusqu'à ce qu'il trouve le repos en toi. (1) » Mais l'homme déchu , qui cherche ardemment la vérité et le bonheur, les de

(1)Tu fecisti nos ad te, et inquiet:n est cor nostrum, donec requiescat in te. (Confessions, 1, 1.)

mande toujours aux objets terrestres avant de s'élever jusqu'aux pensées célestes, et il en fut encore ainsi cette fois; l'imagination exaltée des patriotes prussiens leur présentait l'idée du mal et du malheur comme personnifiée , en quelque sorte, en Napoléon. Dès qu'il fut renversé, ils se figurèrent que l'idéal de toute perfection allait être réalisé en Allemagne, que toute division entre les Allemands allait cesser, et que, tous animés d'un même esprit, ils s'uniraient pour former une grande république, où la volonté du peuple serait la loi șu, prême. Ces enthousiastes appliquaient à l'époque du triom, phe de l'Allemagne tout ce que les prophètes ont prédit de la cessation de toute envie et de toute haine entre Ephraïm et Juda , lors de l'avénement du Messie. On peut juger du degré d'effervescence de quelques-uns des plus extravagans d'entre eux , par ce mot d'un homme qui jouissait d'un grand crédit dans leurs rangs. Frédéric-Louis Jahn écrivait alors : « Il n'est plus nécessaire aujourd'hui, de dire: TON règne vienne! mais, NOTRE règne vienne ! » Telle était l'ardeur qui animait nos sol, dats quand ils se mirent en campagne en 1813. Lorsqu'ils vi: rent, à leur retour, en 1815 et en 1816, que leur idéal ne s'é, tait pas réalisé, il y eut de nouveau une grande agitation parmi eux. Le traité d'union des princes allemands ne répondait pas à l'image qu'ils s'étaient faite de l'Allemagne sauvée et régénérée. On fit lentement, dans quelques états, quelques pas, qui tendaient à faciliter l'établissement de constitutions politiques qui paraissaient trop misérables, et trop mesquines pour pouvoir rappeler les anciens jours de gloire de l'Allemagne. Tandis que l'attente trompée inspirait à quelques-uns les paroles insensées et les mouvemens convulsifs d'un fanatisme politique couvert d'un vernis religieux , tandis que des élèves des gymnases et des étudians des universités s'écrivaient des lettres, où ils s'excitaient mutuellement, au nom de Christ , à pendre les trente-huit princes allemands aux trente-huit lanternes qui sont devant une des portes de Berlin, et que Kotzebue tombait sous le poignard d'un de ces jeunes gens aussi aveugles que criminels, un grand nombre de ceux qui s'étaient laissé entraîner pendant quelque temps par le torrent d'un

enthousiasme qui n'avait rien que de terrestre, commencèrent à éprouver des besoins plus sérieux et plus profonds.

Alors prêchait, dans une petite église , un vieux pasteur qui avait été entièrement inconnu, pendant bien des années , à la plus grande partie du public éclairé de Berlin: il se nommait F.-G. Hermes , et son titre de prédicateur de l'hôpital des pestiférés de Sainte-Gertrude, qui remontait au moyen-âge , n'enfermait guère dans le cercle de son influence que quelques pauvres vieilles femmes recueillies dans cet hôpital. Il n'avait rien écrit; ses sermons étaient extrêmement simples , et le plus souvent il ne suivait pas un plan arrêté ; bien qu'il annonçât les principales doctrines de l'Évangile en homme pénétré de leur importance, il évitait cependant, et presque avec trop de soin, tout ce qui aurait pu paraître singulier; l'on ne trouvait même que rarement dans ses sermons plusieurs de ces choses qui doivent nécessairement choquer l'homme naturel dans la simple exposition de la doctrine évangélique. Il ne possédait pas le don d'émouvoir vivement les ceurs , et de faire pénétrer la lumière du Saint-Esprit jusque dans les retraites les plus obscures du péché; mais Dieu le lui avait peut-être refusé', afin qu'il pût faire goûter le lait de la Parole à beaucoup de personnes qui n'auraient pu supporter une nourriture plus forte. Il est à remarquer toutefois qu'il ne prononçait jamais de sermon où l'on ne trouvât exprimée d'une manière claire et distincte cette vérité fondamentale, que l'homme est justifié devant Dieu sans les ouvres de la loi , par la foi en Jésus crucifié. Quelques-uns de ceux qui avaient partagé l'enthousiasme politique de 1813, eurent connaissance des prédications de ce vieillard ; ils furent attirés par sa simplicité apostolique et par son extérieur vénérable; et la réputation de ce prédicateur ignoré jusqu'alors se répandit bientôt dans toute la ville. Un grand nombre d'officiers revenus de la dernière guerre , et plusieurs savans du premier ordre, suivirent assidûment ses sermons ; on vit parmi ses auditeurs les princes de la famille royale, et le Roi lui-même se rendit une fois dans cette petite église, où le prédicateur vait presque,

de la chaire , donner la main aux auditeurs qui 1829. – 12° année.

pou

12

[ocr errors]

étaient en face de lui. Le célèbre Schleiermacher avoua luimême que cet homme prêchait comme un apôtre; il l'entendit souvent. Les sermons d'Hermes furent encore plus habituellement suivis par le docteur Néander, qui était depuis 1813 un des professeurs de notre Université , et dont j'examinerai l'influence dans ma prochaine lettre. Ce ne fut pas un mince sujet d'étonnement pour un grand nombre de personnes de la haute société, que de voir tout d'un coup tant de gens distingués se rendre en foule dans un lieu pareil ; on entendait dire de tous côtés : « Quelle étrange folie a donc saisi les

patriotes enthousiastes ! les voilà tous devenus piétistes ; » vieux mot qu’on ressuscita à cette occasion. Mais la surprise fut encore plus grande, lorsqu'à l'époque du Jubilé de la réformation, la faculté de théologie de l'Université de Berlin

le modeste pasteur de l'hôpital de Sainte-Gertrude au degré de docteur en théologie avec ce considérant remarquable: a Ob evangelicum candorem et doctrinæ tam simplicitalem quam puritatem. » (A cause de sa candeur évangélique, de la simplicité et de la pureté de sa doctrine. )Les yeux de beaucoup de gens commencèrent à s'ouvrir ; leurs idées politiques ne devinrent pas seulement plus raisonnables et plus moderées ; mais ils apprirent encore que nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, et que nous devons chercher celle qui est à venir. Je pourrais vous nommer plus de vingt personnes, dans le nombre de mes connaissances , qui furent réveillées à cette époque du sommeil du péché, et qui furent amenées à une conversion sincère de la manière que je viens de retracer. Il n'y a eu cependant que peu de gens qui soient arrivés à une prompte conversion par les discours calmes et simples d'Hermes ; pour le plus grand nombre, il s'écoula beaucoup de temps avant que les vérités bibliques qu'ils écoutaient avec plaisir, et qui avaient un certain charme pour eux, en vinssent à produire une impression durable sur leur cour, et à exercer sur eux une influence morale. Un an après qu'il eut été nommé docteur, Hermes mourut; la faculté de théologie, beaucoup d'hommes considérables et distingués de la ville, plusieurs membres du gouvernement et presque tous

« PreviousContinue »