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effet il y

de prier pour les missions. Sur ces entrefaites un attroupement luinultueux s'étant formé devant la maison Buache, M. le juge de paix en fuit averti vers les huit heures et demie, et s'y rendit aussitôt. Il vit qu'en

avait devant cette maison un grand nombre de personnes qui paraissaient violemment agitées, et qu'il invita à se retirer. Il entra ensuite dans la maison, où il trouva plusieurs personnes étrangères à la famille Buache, et qui se retirèrent sans aucune sommation pendant qu'il prenait le noin du missionnaire. M. Lenoir ayant été conduit à l'audience de M. le juge de paix, ce magistrat lui fit l'observation qu'il se trouvait dans le cas prévu par l'article 2 de la loi du 20 mai 1824, et il l'iovità à donner caution pour la somme indiquée à l'article 4. (600 fr. outre les frais.) M. Lenoir répondit qu'il ne pouvait pas' fournir une caution; en conséquence il fut conduit à la chambre d'arrêt. Le tribunal de district prit connaissance de cette affaire le 10 janvier. Ce jour-là, l'huissier chargé de conduire le détenu à l'audience ayant fait rapport que celui-ci se trouvait indisposé, la commission d'enquête décida de se transporter à la prison dite l'Ermitage, pour l'interroger. L'interrogatoire terminé, M. le docteur Muller fut chargé de donner ses soins au détenu , qui paraissait avoir une légère indisposition, et l'on décida qu'il serait transporté dans une chambre chaude à l'hôpital. Le 13 janvier, le tribunal reçut une lettre d'un particulier d'Yverdon, offrant son cautionnement, qui fut refusé, la position et la fortune de cette personne, qui n'était pas domiciliée dans le district, n'étant pas connues du tribunal. Le 29 janvier, M. Rapin, municipal à Corcelles, ayant offert son cautionnement, le tribunal l'accepta, et M. Lenoir fut remis en liberté. »

Après avoir rapporté ces faits, le Nouvelliste Vaudois remarque que M. le juge de paix a pu être embarrassé dans l'exercice de son office par la complicatibu de l'objet de la réunion, qui est légal, et le caractère avoué de dissident de celui qui la présidait, M. Lenoir ayant déclaré qu'il appartenait à la secte vaguement désignée dans la loi du 20 mai 1824. Il en conclut

que rien n'est embarrassant coinme l'exécution d'une loi vicieuse dans son principe, et ajoute , à l'occasion des mauvais traitemens que la populace a fait éprouver å l'accusé : « On ne saurait insister avec trop de force sur l'illégalité des voies de fait que le peuple se permet çà et là dans notre canton contre des gens dont les opinions ne

de son goût. Ces sortes de voies de fait, qui annoncent chez un peuple l'oubli des premiers principes de la justice et la grossièreté des moeurs, procètent toujours de quelque passion aveugle et violente, et peuvent, par conséquent, avoir pour celui qui en est l'objet des suites funestes et lui causer même des maux irréparables. La répétition de scènes de ce genre nous oblige à appeler l'attention des autorités sur une partie si importante des meurs publiques et de l'ordre public. Il y va de la moralité du peuple, de la sûreté des citoyens, de la justice et de l'honneur du canton, »

sont pas

Le numéro du Nouvelliste Vaudois, du 20 février, contient une lettre du jugede paix qui figure dans cette affaire. M. Perrin y déclare que, pe se trouvant pas à Payerne le jour de la mise en liberté du sieur Lenoir, il n'a pas pu prévoir le tumulte causé par son départ, ajoutant qu'il a de suite fait une enquête qui n'est pas encore terminée, pour découvrir les coupables et les faire puoir. Voici comment se termine sa lettre:

« Je crois avoir agi avec loule douceur possible dans l'exécution de « la loi du 20 mai 1824; et c'est avec une extrême douleur que je me « suis vu forcé à en faire usage. Je déclare au reste que je sévirai à l'ave« nir contre tous les missionnaires étrangers et sans caractère légal qui pourraient venir dans ce cercle présider des réunions de sectaires, et « cela aussi long-temps que la loi sera en vigueur contre eux. Je pense « que cette loi n'atteint pas les réunions qui ont lieu le premier lundi de « chaque mois pour les missions étrangères. Mais comme ces réunions a sont inutiles, puisque leur but peut être atteint saps scandale (!!) et plus convenablement dans nos temples, je les désapprouve en tant que «des imposteurs s'en étayent pour éluder la loi et faire des dupes (!!). »

Nous n'ajouterons aucun commentaire à tous ces fails. Ils indigneront un jour la postérité, comme nous sommes indignés en lisant dans l'Histoire de la Reformation de la Suisse, par Ruchạt, ce qui s'est autrefois passé dans ce même pays et dans cette inême ville.

Post-SCRIPTYM. -Nous apprenons à l'instant que M. Lenoir a été condamué en première instance à une année de confination dans sa commune , quoiqu'il ait été défendu avec beaucoup de talent par M. l'avoeat Burnier, dont le plaidoyer a produit une grande impression. Il y avait un concours de trois à quatre cents auditeurs, mais la tranquillité n'a pas été troublée. M. Lenoir en a appelé du jugement rendu contre lui. On nous assure que les deux journaux du canton de Vaud, le Nouvelliste Vaudois et la Gazette de Lausanne ont refusé d'insérer des lettres qui leur ont été adressées par M. Lenoir, pour redresser des fails qui lui ont élé faussement imputés. C'est ainsi que dans la lettre de M. Perrini, insérée dans le Nouvelliste, et dont nous avons cité un fragment, ce juge de paix prétend que le tumulte de Payerne a été provoqué par M. Lenoir lui-même, qui aurait été comme « en procession faire ses adieux » dans la ville le jour de son départ. La réponse que le Nouvelliste s'a pas

voulu insérer contenait la réfulation de cette accusation, fondée sans doute sur un faux rapport fait à M. Perrin, absent ce jour-là de Payerne. Quant à la Gazelle de Lausanne, elle avait avancé que M. Lenoir ava's voulu baptiser des enfans, et elle lui a seriné ses colonnes pour l'epousser cette accusation calomnieuse.

-Genève. Il a été arrêté par la Vévérable Compagnie des Pasteurs de Genève que le premier mardi de chaque mois, le service du temple de l'Auditoire aura plus particulièrement pour objet l'oeuvre des missions évangéliques chez les peuples non chrétiens. Nous nous réjouissons de cet arrêté de la Vénérable Compagnie, et nous espérons que nos frères de Genève joindront de ferventes prières à celles qui ne cessent de s'élever vers Dieu de toutes les parties du monde pour la conversion des païens.

FRANCE. - Journal Ecclesiastique.-Ce journal, dont le second tire est : Le Défenseur de la Religion et de ses Ministres, se publiait depuis huit ans à Toulouse ; il se publiera à l'avenir à Paris. Le second numéro que nous avons sous les yeux contient un article sur l'éloquence. L'alt leur en distingue trois sortes : L'éloquence divine; c'est celle des prophètes, des apôtres, des saints docteurs. L'éloquence humaine ; c'est celle de Platon, de Cicéron, de Bourdaloue. L'éloquence diabolique; c'est celle de Mesmer, de Luther, de Calvin , de Voltaire , de Rousseau, de Mirabeau, de Robespierre, de Marat , qui seraient sans doute fort surpris de se trouver ensemble. A la suite de celle classification, le Journal Ecclésiastique recommande aux curés et aux desservans de s'occuper de la prédication ; et, comme il craint que leurs nombreuses occupations ne leur permettent souvent pas «de consacrer quelques heures dans la a semaine pour se préparer au sermon ou au prône du dimanche, » il leur offre un précis d'instruction qu'ils n'auront qu'à développer en chaire. Ce précis se divise en trois points, dont voici les titres :

10 « Les prêtres sont les images de la sainteté de Dieu; 2° « Les prêtres sont dépositaires de la vérité;

3° « Les prêtres sont héritiers de la puissance divine. » Ce dernier point est développé comme il suit : « C'est avoir tout dit que de les avoir appelés médiateurs entre Dieu et les hommes, représenlans de Dieu « sur la terre; comme lui, ils donnent l'être à Jésus-Christ. Non minùs « radiat in manibus sacerdotis quàm cùm est in sinu Patris. Et dès lor's « ne méritent-ils pas votre respect, quelle que soit leur conduite? » Voilà donc les belles choses que l'on désire voir porter en chaire! Le texte de cette instruction est tiré de saint Matthieu, xxII, 3: Observez donc et faites tout ce qu'ils vous diront d'observer, ce que Jésus-Christ dil å ses disciples, des scribes et des pharisiens, parce qu'ils étaient assis sur la chaire de Moïse; mais il a soin d'ajouter : Ne faites pas comme ils font, parce qu'ils disent et ne font pas; car ils lient des fardeaux pesans et insupportables, et les mettent sur les épaules des hommes; mais ils ne voudraient pas les remuer du doigt. Si le Journal Ecclésiastique trouve que la première partie de ce passage concerne les prêtres aussi bien que les pharisiens et les scribes, de quel droit en sépare-t-il la seconde? Il aurait pu prendre pour texte le chapitre xx de saint Matthieu tout entier.

-Établissement de Glay. Nous avons déjà plusieurs fois entretenu nos lecteurs de cet intéressant établissement, fondé avec un admirable dévouement par M. le pasteur Jacquet, pour élever des enfans pauvres et former des instituteurs pour la campagne. En examinant la liste des souscriptions , jointe au Troisième Compte-rendu, que nous venons de recevoir, nous avons été affligés de voir combien peu les protestans contribuent à son entretien par leurs dons. Les Églises de Mens, de Bolbec, de Rouen, de Pignan et de Grenoble sont presque les seules dont plusieurs membres figurent parmi les souscripteurs. Les autres dons proviennent presque tous de la Suisse. Aussi les dons français suffisent-ils å peine à l'entretien de trois élèves-régens, tandis qu'il y en a neuf dans l'institut, et le déficit de la caisse s'élève-t-il à plus de 3,500 fr. Dans ces circonstances, le directeur a été forcé de prendre le parti de réduire momentanément à vingt-quatre le nombre des enfans, qui s'était accru jusqu'à trente-quatre, et cela en ne remplaçant pas pendant un certain temps ceux qui sortiront. Il a de plus fixé à 150 fi. le ininimum de la pension des enfans pauvres présentés par des bienfaiteurs. Nous recommandons vivement l'Institut de Glay à tous nos frères; on éprouvera surtout, nous l'espérons, le désir de le soutenir, dans les localités où la pénurie de bons instiluteurs protestans se fait sentir: en venant efficacemcnt à son secours, ils faciliteront l'instruction d'un plus grand nombre de maîtres.

ANNONCE. DE ZAADZAAISER, etc. Le Semeur, recueil desliné à exciter et à entre

tenir la piété et le christianisme intérieur, publié par OMIKRON. A Utrecht, chez A.-F. Blanche et Fils.

Ce recueil parait depuis 1824 par livraisons de six à huit feuilles, à des époques indéterminées. La publication en avait été interrompue pendant quelque temps; mais.elle a été reprise depuis le commencement de 1828. Les rédacteurs ont bien voulu insérer dans la première livraison de leur troisième volume, la traduction de notre article : Le christianisme et le protestantisme sont-ils deux choses distinctes ? Nous nous permettrons quelquefois d'emprunter aussi des articles à leur excellent journal. Nous ne doutons pas qu'il ne contribue puissamment à répandre cn Hollande ce christianisme intérieur que son but est surtout de faire connaître. Les morceaux qu'il contient sont écrits dans un esprit vraiment évangélique et une grande variété de sujets y sont traités. Nous le recommandons à ceux de nos lecteurs à qui la langue hollandaise est familière.

Avis. --- Les personnes qui n'out pas encore fait parvenir leurs souscriptions aux diverses sociéres religieuses , qui vont tenir leurs assemblées générales, sont priées de vouloir bien le faire sans retard, pour qu'elles puisseut encore être comprises dans les comptes de l'année 1828-1829.

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La tentation du premier Adam , rapportée dans l’AncienTestament (Genèse lit, 1-6), et la tentation du second Adam, rapportée dans le Nouveau ( Matth. iv, Marcı, Luc iv), sont, à quelques égards, ce qui présente le plus de difficultés dans les deux parties de la Révélation divine; nous le reconnaissons franchement en tête de cet article. L'une commence mystérieusement l'histoire de toutes nos misères ; l'autre commence mystérieusement encore l'histoire du ministère réparateur des maux de l'humanité. Les êtres qui paraissent dans l'une et l'autre de ces épreuves n'appartiennent point à notre présente nature; et nous pensons que l'on nous comprendra, quand nous dirons que ce n'est, pour ainsi dire, pas sur la terre qu'elles se passent , mais entre la terre et le ciel. Devons-nous donc nous étonner si elles présentent d'autres traits que les communs événemens de la vie, et si une raison terrestre et vul. gaire y trouve autre chose que ce qui fait le sujet ordinaire de ses perceptions? N'est-ce pas plutôt s'il en était autrement, que la chose serait étonnante ? Aussi tous les chrétiens n'ontils jamais approché et n'approcheront-ils jamais de l'histoire de ces deux épreuves des deux grands représentans de l'homme, qu'avec un saint respect et une sincère humilité.

Cependant, ne serait-ee peut-être pas précisément le caractère extraordinaire et surnaturel de ces deux événemens, les êtres du monde invisible qui y paraissent, qui en porterait plusieurs à les rejeter, ou à en donner une explication qui en change la nature? C'est sans doute une philosophie à courte vue que celle qui nie tout ce qui s'étend au-delà de la vie ordinaire, tout ce que les yeux ne peuvent voir, tout ce que les mains ne peuvent toucher. Le vrai philosophe croit au monde invisible, aussi bien qu'au monde visible ; il sait que cette terre 1829. — 12 année.

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