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dans l'exercice de laquelle il est ambassadeur pour Christ, tellement que c'est comme si Dieu exhortait par son ministère ( 2. Cor. v, 20); une charge enfin qui a pour but le salut éternel des âmes.

O saint et sublime ministère, établi de Dieu lui-même, administrant au nom de Jésus - Christ des sacremens gustes, signes glorieux de cette alliance de grâce que Dieu a traitée avec les hommes par Jésus-Christ! Saint et sublime ministère, chargé de porter et de répandre la lumière céleste, la vérité éternelle ; chargé de ramener l'homme à son Dieu, de le réconcilier avec lui; chargé de le recevoir à l'entrée de la vie, de l'aider, de le soutenir dans les sentiers difficiles de ce monde, de le conduire aux bords de l'éternité, de lui quvrir les portes du ciel ! Saint et sublime ministère où le ministre est appelé à l'honneur inexprimable de parler au nom et avec l'autorité de Dieu !

Mais si le ministère est si saint et și élevé, combien grave et redoutable est la responsabilité qu'il fait peser sur celui qui en est revêtu ! Quelques réflexions sur cette responsabilité feront le sujet de notre premier article.

S 1. RESPONSABILITÉ DU SAINT MINISTÈRE.

« Qui est suffisant pour ces choses ? » 2. Cor. ii. 16. Telle était l'exclamation du grand Apôtre en envisageant la nature du ministère évangélique et l'importance de ses fonctions. Quand on pense que ces humbles paroles sortaient de la bouche d'un Apôtre dont la vie, depuis sa conversion, a été si dévouée et si entièrement fidèle dans le service de Dieu , quel contraste ne font-elles pas avec la légèreté avec laquelle tant d'autres vont au-devant d'une charge si auguste et en remplissent les diverses fonctions! Se peut-il qu'on rencontre un seul lévite qui ne sente pas toute la responsabilité attachée à un si saint ministère ! Le serviteur d'un roi ne sait-il pas qu'il relève de son prince, qu'il lui est comptable de sa conduite dans toute son administration, et ne se tient-il pas sur ses gardes? Que dis-je ? le moindre berger, chargé de paître un troupeau de cent brebis; ne doit-il pas compte à son maitre de ce troupeau?

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n'a-t-il à rendre compte que de quatre-vingt-dix-neuf brebis? Le maître en oublie-t-il une seule? ne lui redemande-t-il pas la centième? Et le pasteur qui pait, non des bêtes brutes, mais des âmes immortelles , n'aurait pas à rendre un compte rigoureux au souverain Pasteur, au Roi des rois, à Dieu enfin, de toutes les âmes qui lui sont confiées jusqu'à une seule? Oui, dans toute administration il y a une responsabilité, et dans chaque administration l'importance de la responsabilité est proportionnée au caractère de celui à qui l'on est comptable, et à la nature de la charge qu'on a reçue. Puis donc que dans le ministère évangélique c'est à Dieu, à Dieu proprement que l'on a à rendre compte, que c'est les intérêts de sa gloire, de så vérité qu'il s'agit , que ce sont des âmes immortelles qu'on a sous sa garde , pour veiller sur elles, les conduire et les nourrir, que ce sont leurs intérêts éternels, que c'est leur salut en un mot, dont on est expressémeni et uniquement appelé à s'occuper, toutes ces considérations réunies donnent à la responsabilité du saint ministère l'importance la plus grande qui puisse exister.

Aussi, écoutons de quelle manière de Dieu souverainement jaloux de sa gloire, ce Dieu qui ne se peut reñier lui-même , el dont on ne peut se moquer, (Deut. cxx, 20. Rom. xx, 2. Col. x, 8), s'adresse dans sa Parole à ceux qui sont établis conducteurs de son peuple, pasteurs de ses troupeaux :'« Fils de l'homme, parle aux enfans de lon peuple, et dis-leur: Quand je ferai venir pée sur quelque pays , et que le peuple du pays aura choisi quelqu'un d'entre eux et l'aura établi pour leur servir de sentinelle ,.... si la sentinelle voit venir l'épée, et qu'elle ne sonne point du cor; en sorte que le peuple ne se tienne point sur ses gardes, et qu'ensuite l'épée survienne et ôte la vie à quelqu'un d'entre eux , celui-ci aura bien été surpris dans son iniquité, mais je redemanderai son sang de la main de la sentinelle. Toi done, Fils de l'homme , je l'ai établi pour sentinelle à la maison d'Israël; tu écouteras dont la parole de ma bouche, et tu les avertiras de ma part. Quand j'aurai dit au méchant: Méchant, tu mourras de mort, et que tu n'auras point parlé au méchant pour l'avertir de se détourner de sa voie , ce méchant mourra dans son iniquité, maisje redemanderai son sang de la main

Mais si tu as averti le méchant de se détourner de sa voie , et qu'il ne se soit point détourné de sa voie, il mourra dans son iniquité, mais tu auras délivré ton âme. » (Ézéchiel , xxxn, 2-9). Obéissez à vos conducteurs et soyez-leur soumis, car ils veillent pour vos âmes comme devant en rendre compte. (Hébreux, xli, 17.) Si je préche l'Evangile, je n'ai pas sujet de m'en glorifier, parce que la nécessité m'en est imposée, et malheur à moi si je ne prêche pas l'Évangile ! (1. Corinth. ix, 16.) Ah! tenons-le pour bien certain, tant que l'Évangile sera vrai, tant que Dieu respectera la gloire de ses perfections et des lois morales dont il est la source immuable , tant que le mensonge et la vérité ne seront pas indifférens , tant que l'enfer et le ciel ne seront pas une même chose, tant qu'il y aura un chemin du ciel et un chemin de l'enfer, nécessairement le ministère évangélique emportera avec lui la responsabilité la plus sérieuse et la plus redoutable qui se puisse concevoir.

Ils connaissaient toute la grandeur de cette sainte charge, ilsen sentaient toute la responsabilité, les pasteurs de l'ancienne Eglise, surtout dans les temps périlleux où il fallait lutter contre les hérésies et le relâchement des mœurs, ennemis plus dangereux pour l'Eglise que les décrets de persécution des empereurs romains. Qu'on jette les yeux sur saint Augustin, cet extraordinaire flambeau donné de Dieu à son

Église, et l'onapprendra par son propretémoignage (lettre 21°), qu'il craignait si fortles dignités ecclésiastiques , qu'il n'osait sortir de sa retraite et paraître dans les villes où il savait que le siége était vacant; tellement que pour le faire prêtre , il fallut qu'on se saisît de lui, et qu'on le forçât à l'obéissance, dans l'intérêt de l'Église. a Apprehensus , dit-il lui

même., presbyter factus sum. Je faisais mes efforts pour me sauver dans la dernière place, afin de ne point encourir les dangers attachés aux plus élevées. » Qu'on interroge saint Jean Chrysostome, il répondra :« Je ne crois pas qu'ilyen ait beaucoup d'entre les pasteurs qui soient sauvés(1); » qu'on écoute saint Grégoire, il dira : a Je voudrais savoir si

(1) Non arbitror inter sacerdotes inultos esse qui salvi fiant, sed multo. plures qui pereant. (Homel.3, in Act. Apost.)

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quelques-uns de ceux qui occupent les premières places seront sauvés (1). » Qu'on ouvre ainsi les pages de l'histoire de l'Église, et l'on verra encore qu'un saint Ambroise et beaucoup d'autres fidèles serviteurs de Christ redoutaient l'état ecclésiastique, parce qu'ils savaient qu'il est rare d'y être sauvé. Enfin il sera à propos de citer l'exemple de Moïse lui-même, comme étant un des plus frappans ; c'est dans cet illustre serviteur de Dieu que l'on voit l'humilité, le saint tremblement avec lequel on doit approcher du ministère sacré. Depuis quarante ans qu'il avait quitté la cour de Pharaon et qu'il vivait dans une profonde retraite , quels progrès cet ami de Dieu n'avait-il pas dû faire dans la sainteté et la vie spirituelle! Cependant lorsque Dieu veut lui conférer l'auguste mission d'aller délivrer et conduire son peuple, Moïse reculant devant l'honneur redoutable et les difficultés de ce ministère,commenceavec le Seigneur un combat de résistances bien digne de fixer notre attention. Il expose d'abord à Dieu son indignité en général : Qui suis-je, moi, pour aller vers Pharaon , et pour retirer ď Égypte les enfans d'Israël (Exode 111, 11)? Quand Dieu lui a répondu d'aller et qu'il serait avec lui, Moïse cherche une autre excuse dans la difficulté de faire comprendre au peuple quel est ce Dieu de leurs pères qui l'a envoyé vers eux , quel est son nom. Le Seigneur détruit cette difficulté en lui déclarant quel nom il doit lui donner auprès de son peuple. Alors Moïse va chercher une nouvelle excuse dans l'incrédulité des enfans d'Israël : Mais ils ne me croiront point , dit-il à Dieu; ils diront : l'Éternel ne c'est point apparu (Iv, 1). Dieu, dans sa bonté, pour fortifier son serviteur et pour

ôter tout fondement à cette excuse, l'arme de la preuve des miracles qu'il fait en sa présence, et que Moïse répétera devant les enfans d'Israël , comme le sceau irrécusable de sa mission divine. Cependant Moïse continue à se défendre de se charger d'un tel ministère, et il allègue un autre obstacle tiré de l'embarras de sa langue et de sa difficulté à s'exprimer. Le Dieu tout-puissant et tout-bon dissipe encore cette excuse , en lui disant que comme c'est lui

(1) Miror si salvantur aliqui ex his qui principantur.

même qui fait la bouche de l'homme, qui fait le muet, le sourd et le voyant, il saura bien lui donner une bouche convenable, et lui enseigner ce qu'il aura à dire. Moise se voit donc vaincu dans toutes ses objections.

La mission proposée était grande, elle était extraordinaire, sans doute ; mais aussi les moyens étaient certainement proportionnés à cette mission. Moise avait bien toutes les ressources désirables pour l'accomplir pleinement et pour le porter à s'en charger avec joie et sans hésiter davantage; cependant il ne peut encore s'y résoudre, il résiste encore,

il dit à Dieu, soupirant et humilié : Hélas! Seigneur, envoie, je le prie, celui que tu dois envoyer. Il faudra qu'enfin la colère de l'Éternel s'embrase contre Moise; ce n'est qu'à ce courroux, et quand il se verra forcé de suivre l'ordre que Dieu lui donne, que Moïse va céder. Ainsi donc cet humble et grand serviteur de Dieu n'accepte que par obéissance et y étant contraint, un ministère qui n'était que la figure du ministère ecclésiastique, puisque celui-ci consiste à faire sortir le peuple de l'Égypte du siècle et à l'introduire dans la terre promise qui est le ciel. Et même il existe bien plus de difficultés, il faut de bien plus grands miracles dans le ministère qui s'occupe de sauver les âmes, que dans celui chargé d'opérer la simple sortie d'un peuple du sein d'une autre nation (1). En effet, quelle lumière ne faut-il pas avoir pour ne pas se laisser séduire par la fausse sagesse de ce siècle qui n'est que ténèbres et que folie devant Dieu, pour ne pas tuer les âmes en les nourrissant du poison de l'erreur! Quelle fermeté ne faut-il pas montrer pour résister aux faux docteurs, à ces séducteurs, dont la parole, ainsi que celle d'Hymenée et de Philète, ronge comme la gangrène et ne tend qu'à renverser la foi! Quelle force ne faut-il pas avoir pour reprocher au peuple ses prévarications, pour s'élever contre ses désordres ! Quel courage pour aller troubler le pécheur dans la coupable joie qu'il aime à goûter en satisfaisant toutes les passions d'un cœur en révolte

(1) Voyez un ouvrage plein de vie et de piété, intitulé: Explication de l'Épitre aux Romuins (3 vol. Paris, 1732), au ch. viio.

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