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5.)

gile, c'est en vain que nous préchons; Christ n'est pas avec nous, nous ne sommes pas ses ministres. Mais en supposant qu'un homme soit réellement appelé au saint ministère , deux sortes de causes peuvent encore nuire à son succès. Les unes tiennent à sa personne, les autres à l'exercice de ses fonctions.

Parmi les premières, je mets d'abord l'absence d'un entier dévoûment de coeur à sa lâche. Pense à ces choses , dit saint Paul à Timothée ( 1. Tim. IV, 14), et sois-en toujours occupé , afin que tout le monde voie les progrès que tu fais. Les apôtres ne voulurent pas même être chargés du soin des pauvres à Jérusalem, et firent créer des diacres, afin, disent-ils, de vaquer constamment à la prière et au ministère de la parole. (Actes vi, 4.) Le grand Pasteur qui s'est donné soi-même pour ses brebis, nous a donnés à ses brebis. Il faut que nous puissions dire à nos paroissiens : « Nous appartenons à Christ, et il nous a donnés à vous. Nous sommes vos serviteurs

pour

l'amour de lui. (2. Cor. iv, Du premier jour que je suis arrivé en Asie, dit Paul aux pasteurs d'Ephèse, j'ai servi le Seigneur en toute humilité, et avec beaucoup de larmes'; je ne vous ai rien caché de ce qui pouvait vous étre utile, vous prêchant et vous enseignant publiquement et de maison en maison. Je ne me suis point épargné à vous annoncer tout le conseil de Dieu. Souvenez-vous , dit-il encore, que durant trois ans , je n'ai cessé, nuit et jour, d'avertir chacun de vous avec larmes. (Actes xx , 18 - 36.)

L'habitude de se conformer au monde est une autre faiblesse par laquelle les ministres nuisent à l'ouvre de l'Evangile. Le rang qu'ils occupent dans la société, leurs habitudes, leur éducation, les exposent à une tentation qui ne peut être combattue que par la prière, et par un renouvellement continuel de l'esprit de renoncement. Dans nos rapports avec des voisins ou des amis du monde, nous devons sans doute garder Ja politesse qui, sanctifiée par l'Evangile, peut avoir son utilité, en nous conciliant la bienveillance; mais pour cela prions et veillons, afin que notre vil soit simple et notre cour constamment dévoué à Dieu. M. Hervey s'était fait une règle de ne jamais entrer dans une société où il ne put faire admettre son Maître avec lui. Le caractère de notre ministère ne doit

pas seulement être inoffensif parmi les hommes ; nous devons avec prudence et charité, mais avec hardiesse, faire continuellement sentir la large ligne de démarcation qui sépare le genre humain en deux parties. Sortez du milieu d'eux et vous en séparez , dit le Seigneur, et ne touchez à aucune chose souillée, et je vous recevrai. ( 2. Cor. vi, 14-18.) Ne vous conformez point au siècle présent. (Rom. xii, 2.) Malheur à moi, si, par des qualités accessoires, je pouvais m'attirer la faveur de ceux qui mépriseraient le Seigneur, dans la simplicité et l'humiliation de sa croix; si je pouvais plaire à un monde qui ne peut supporter l'amour du Fils de Dieu donnant sa vie pour lui , et qui regardait l'apôtre saint Paul comme la balayure et le rebut de la terre! Si je cherchais à plaire aux hommes, dit cet apôtre, je ne serais pas serviteur de Christ. Cependant les ministres ont souvent trop d'indulgence pour le monde ; on s'y mêle au-delà de ce que le devoir prescrit, ou sans l'esprit avec lequel doivent se présenter ceux qui font profession d'être crucifiés avec Christ. On vit dans une atmosphère empoisonnée, et de là cette langueur qui énerve la vie spirituelle , et engourdit avec nous-mêmes tout ce que nous touchons. Fussions-nous, dans la chaire, fidèles aux principes et au langage d'une vie chrétienne, il suffit que nous y manquions, quand nous avons quitté la chaire, pour tuer l'influence de nos exhortations. « Si les pasteurs jouent du violon, dit Cowper, pourquoi les laïques ne danseraient-ils pas?,

La troisième cause de l'inefficacité de notre ministère, c'est le manque de renoncement à nous-mêmes. S'il n'est pas exercé dans l'esprit de renoncement de la croix de Christ, ce n'est pas l'oeuvre que Dieu a promis de bénir. Toutes nos occupations, l'étude même de la théologie, doivent être sanctifiées par le Saint-Esprit. Nous devons renoncer à toutes celles que l'expérience nous aurait prouvé être nuisibles à notre âme, par la distraction où elles nous jettent, ou par l'intérêt trop vil qu'elles nous inspirent. Bien des choses qui seraient innocentes dans la vie d'un laïque, ne le sont pas dans celle d'un ministre, parce qu'elles ne tendent pas à la gloire de Dieu, et à l'édification du troupeau. M. Cecil s'apercevant que les arts

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le détournaient de ses devoirs, coupa les cordes de son violon, et jeta ses pinceaux. Les mondains de notre paroisse ne seraient-ils pas surpris ou satisfaits de nous rencontrer dans des lieux de divertissement, après nous avoir entendus nous élever en chaire contre les vanités du monde ? Le spectacle, les concerts, les bals, la chasse, sont incompatibles avec le caractère d'un ministre sérieux. Pourrions-nous aisément, en rentrant de ces plaisirs , monter chez un malade pour lui parler des terreurs ou des joies de l'éternité? En rabaissant la. sainteté de notre caractère et de notre céleste vocation , nous exposons nos propres âmes, et nous retranchons à la dignité et à l'influence de notre cuvre.

Le manque de recueillement est le quatrième défaut qui nuità cette cuvre. Je ne veux pas la retraite, comme un moine, pour me livrer à la contemplation, mais pour me préparer à un service actif. Nos devoirs nous appelant souvent à paraître en public,je recommanderais aux ministres ce que le missionnaire Eliot recommandait à de jeunes étudiants, de se lever de grand matin

pour étudier et avant tout pour prier. Luther consacrait à cela les trois meilleures heures de sa journée. Bradford étudiait à genoux. Je sais que je ne suis pas avec mes paroissiens plus souvent que je ne le dois; mais il vaudrait mieux

pour eux et pour moi, que je fusse plus souvent dans mon cabinet, non-seulement pour préparer mes prédications, mais principalement pour m'approcher de Dieu de plus près et plus habituellement. C'est dans la communion avec lui que nous trouvons des forces , qui nous rendent puissans dans les plus petites choses. Cette communion, rien ne la remplace. Si nous ne marchons avec Dieu, notre âme est dans la mort. Entre dans ton cabinet, dit le Seigneur , et fermes-en la porte , nonseulement au monde , mais même aux saints. L'âme peut perdre sa vigueur parlout, excepté auprès de Dieu, parmi les bons comme parmi les méchans, à l'église comme dans le monde, dans l'ouvre du ministère comme dans les occupations de la vie.

Souvent encore les ministres manquent de piété personnelle , et c'est là une des plaies de notre Église. Ce que saint Paul recommande avant tout aux pasteurs d'Ephèse , c'est de prendre garde à eux-mêmes. ( Act. xx.) En effet, l'obligation d'enseigner la religion aux autres expose notre propre piété; nous sommes portés à étudier la Parole de Dieu, plus comme ministres que comme chrétiens, plus pour instruire que pour apprendre, comme si nous pouvions vivre de la nourriture que nous donnons aux autres, ou nous guérir nous-mêmes

par la seule occupation de guérir les autres ; nous nous familiarisons avec la mort et l'éternité, plus comme le fossoyeur, ou le médecin, ou le soldat, que comme l'homme de Dieu qui ; considérant l'éternité avec sérieux et avec un profond intérêt, porte à son troupeau ce qu'il a trouvé lui-même dans ses méditations célestes. Je ne sais si cette occupation familière des choses de Dieu est plutôt pour nous un danger ou un avan tage. On peut prêcher toutes les doctrines de l'Évangile, sans que le coeur se ressente de leur influence divine. Nous devrions, comme Jean-Baptiste, regarder d'abord le Sauveur nous-mêmes , et puis le montrer aux hommes. (Jean 1, 35.) Nous devrions dire non-seulement ce que nous avons vu de nos yeux , mais aussi ce que nous avons touché de nos mains concernant la Parole de vie , ( 1. Jean 1, 1.) si nous voulons qu'ils aient communion avec nous, qui avons communion avec le Père, et avec son Fils Jésus-Christ. ( 1. Jean 1, 3.)

L'absence des habitudes religieuse, dans la maison du pasteur , sixième cause qui, à elle seule , paralyse souvent toute son influence. Sa famille est considérée comme un modèle pour tout le troupeau. C'est pour cela que le Saint-Esprit recommande qu'il conduise honnêtement sa maison, tenant ses enfans soumis , en toute gravité. ( 1. Jean m, 4.) Enfin le

manque de foi. La formation de la Société des Missions Baptistes fut le fruit de deux idées présentées par le D' Carey, dans un sermon sur Ésaïe , liv, 2-3, qu'il prononça peu

de temps avant son départ pour les Indes : « Espérez de grandes choses; entreprenez de grandes choses. » C'est là le. vrai principe de la foi, ce qui vivifie le ministère , ce qui honore Dieu, et ce que Dieu honore. Mais c'est par là que nous sommes faibles, et cette faiblesse est peut-être la source de toutes les autres. Nous demandons peu; nous espérons peu ; nous nous contentons de peu; et voilà pourquoi nous obtenons et nous faisons peu. Dieu nous donne selon notre foi ; il veut que nous espérions contre l'espérance même, et que nous fassions tout dépendre de la foi, non-seulement pour notre salut, mais aussi pour l'établissement de son règne. Les difficultés, entassées sur les difficultés, n'atteignent jamais à la hauteur de ses promesses. Les moyens qu'il emploie sont faibles, comme le bâton de Moïse, la trompette de Josué à Jéricho , le réservoir de Siloé; mais la puissance qui agit par ces moyens est grande. Les décourageunens sont des épreuves de la foi. Dieu a-t-il jamais honoré la foi, sans l'avoir auparavant éprouvée? mais a-t-il jamais manque de l'honorer? Le Maître , ne nous demande que de nous dévouer à lui, nous promettant non-seulement des directions, mais des forces et sa grâce

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pour agir.

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Mais entre ces obstacles, qui tiennent aux ministres euxmêmes, il y en a qui sont attachés à l'exercice du ministère, soit dans la prédication, soit dans les fonctions pastorales.

La Loi doit former une partie essentielle de la prédication. On confond souvent la prédication de la Loi avec une prédication légale. Il y a une manière légale de prêcher l'Évangile , comme il y a une manière évangélique de prêcher la. Loi. Il est impossible d'appliquer l'Évangile, si l'on ne fait usage de la Loi, pour préparer les âmes à le recevoir, pour en montrer la nécessité et faire voir qu'en Jésus-Christ la Loi a été accomplie. Le prédicateur qui la laisse de côté ne convainc pas l'homme de péché, et par là énerve l'influence de l'Évangile. Le Seigneur et ses apôtres s'en sont servis, comme de la prédication de la croix , pour ébranler les consciences. ( Matth., XIX, 16-21.) Ce n'est pas seulement ses menaces qu'il est essentiel de présenter, mais ses directions, auxquelles les chrétiens se soumettent sans servitude. Je ne sais , quant à moi, de quoi nous devons le plus remercier Dieu , ou de nous avoir délivrés de la Loi , comme condition de l'alliance, ou de nous y avoir soumis comme règle de conduite. L'antinomianisme est trop d'accord avec les désirs

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