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contre Dieu! pour être , par rapport à Dieu, à sa gloire et à sa vérité, comme une ville forte, comme une colonne de fer, et comme des murailles d'airain, contre tout le pays, contre les rois de Juda, contre les principaux , contre les sacrificaleurs et contre le peuple du pays ! (Jérém. 1, 18.) Quel zèle, quelle fidélité, pour précher la parole, pour insister dans toutes les occasions, pour reprendre, censurer, exhorter avec toute douceur d'esprit et avec doctrine ! ( 2, Tim. 1v, 2.) Quelle vigilance, quelle fidélité, pour reprendre les déréglés , pour consoler ceux qui ont l'esprit abattu, pour soulager les faibles, et pour être d'un esprit patient envers tous ! (1, Thes. v, 14.) Quelle attention, quelle fidélité pour ne donner jamais aucun scandale dans sa vie, dans ses meurs, pour être le modèle des fidèles, en paroles, en conduite, en charité, en esprit, en foi, en pureté!(1. Tim. iv, 12.)

Oh! oui, quand on considère dans leur ensemble la nature, le caractère et les diverses parties de la charge du ministère évangélique, on a bien lieu de s'écrier avec l'Apôtre: Qui est suffisant pour ces choses ? on a bien sujet de ne s'approcher du sacerdoce qu'avec humilité et tremblement; on doit bien comprendre les sentimens qu'en avaient les anciens évêques dont nous avons parlé, et qui avaient conduit saint Augustin, dans son livre de la Cité de Dieu, à poser à cet égard cette règle de conduite : « Quant aux dignités de l'Église , lors même qu'on « s'y comporterait comme il faut , il y a de la honte à les dési« rer. De sorte que si personne ne nous impose ce fardeau, « il faut vaquer à la recherche et à la contemplation de la vé« rité; et si on nous l'impose, il faut s'y soumettre par charité « et par nécessité (1).

O vous donc, jeunes lévites, qui aspirez à faire le service du sanctuaire, c'est à vous surtout que ces réflexions s'adrèssent; apprenez à la bien connaître, cette charge vers laquelle vous vous portez; réfléchissez, pesez ces choses et sondezvous bien. Si comme l'Apôtre saint Paul (Voy. Rom. 1. 1, Gal. 1. 1, 15, 16), vous ne devenez pas ministres pour obéir

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(1) Oriuin sanctum quærit charitas veritatis; negotium justum suscipi necessitas charitatis.

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à la voix de Dieu qui vous appelle vraiment dans votre cœur, si une légèreté présomptueuse, si des considérations mondaines vous entraînent vers le saint ministère , sachez que cette légèreté profane, que cette ambition sacrilége seront un jour terriblement punies. Tenez-vous pour avertis qu'avec de telles dispositions vous ne porterez point de bons fruits dans l'Église, que vous vous y perdrez vous-mêmes, et que vous y causerez la damnation d'une infinité d'âmes. Apprenez à connaître combien il est périlleux d'aspirer à manier les choses divines, et combien il est redoutable de porter la main à l'Arche sainte, sans un appel, sans une volonté expresse de Dieu. Ah! quittez donc une légèreté folle et qui vous serait mortelle ; que votre ris se change en pleurs et votre joie en tristesse, humiliez-vous en la présence du Seigneur (Jacq. iv, 9, 10); pleurez, jeûnez , soupirez à ses pieds jusqu'à ce que vous ayez obtenu de lui cette vocation véritable qui vient de lui seul, et sans laquelle vous ne seriez certainement que des mercenaires, des larrons et des voleurs (Jean x, 10-13), entrés dans la bergerie pour dérober, tuer et détruire, et qui ne vous amasseriez qu'un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses @uvres (Rom. 11, 5, 6).

(La suite à un prochain numéro.)

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C. B.

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VARIÉTÉS.

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à

Avis sur les moyens propres à soutenir l'Eglise Romaine , présenté

au Pape Jules III par quelques évêques réunis d Bologne.

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Les persécutions ne produisaient pas l'effet qu'on en avait attendu. Le Pape Jules III, ne sachant plus par quels moyens d'un côté combattre la réformation, et de l'autre raffermir le papísme , consulta en 1553, sur les moyens de consolider sur sa tête la triple couronne, trois évêques qui se réunirent à

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1

Bologae, et rédigerent de concert une réponse dont nous allons présenter des fragmens à nos lecteurs, la pièce étant trop longue pour que nous la leur donnions dans son entier. Ils la trouveront sans doute, comme nous, très remarquable , et une des plus curieuses dans son genre qui aient jamais été publiées. L'original en est écrit en latin; nous nous attacherons à traduire, sinon avec élégance , du moins avec une scrupuleuse fidélité.

Nous l'avons trouvée dans un ouvrage intitulé: Appendix ad fasciculum rerum expetendarum et fugiendarum , ab Orthwino Gratio editum Coloniæ , A. D. 1535. Sive tomus secundus scriptorum veterum (quorum pars magna nunc primum e mss. codicibus in lucem prodit ) qui Ecclesiæ Rom. errores et abusus detegunt et damnant , necessitatemque reformationis urgent. Operâ et studio Edwardi Brown. Londini , impensis Richardi Chiswell. 1690.

personnes qui voudraient lire le concilium dans son entier, ou vérifier les citations que nous allons en faire , trouveront ce curieux volume à la Bibliothèque du Roi, à Paris, in-folio B, no 1038 second volume et la pièce en question , pages 641 à 650. Се

que nous allons en transcrire pourrait facilement être pris pour une sanglante et spirituelle ironie. Nous' devons donc citer nos autorités. Le concilium est précédé dans le volume que nous venons d'indiquer d'une préface dans laquelle on 'lit que a Vergerio, » ( d'abord évêque, nonce du Pape en Allemagne, et qui, au moment d'être fait cardinal , fut accusé de pencher vers les opinions de la réforme qu'il embrassa en effet ouvertement un peu plus tard, ) a ayant trouvé ce document « dans les archives secrètes du Pape , le communiqua d'abord a à ses amis , et le publia ensuite dans ses oeuvres. » Il se trouve aussi dans les Memorabilia Joh. Wolphii (1). N'ayant donc aucune raison de douter de son authenticité, nous n'hésitons

Les

(1) Johannis Wolphii lectionum memorabilium et reconditarum centenarii 16. Vol. II, pages 549 et suivantes, centenarius decimus sextus. Se trouve à la Bibliothèque du Roi, à Paris , in-folio Z, no 370. L'édition de Wolphius présente, avec celle de Vergerius , quelques variantes de

peu d'importance.

pas à le ressusciter en quelque sorte dans les extraits que nous allons en faire, soit parce qu'il nous paraît fort remarquable en lui-même , soit parce que les moyens qui y sont proposés pour combattre la religion évangélique font de la réformation te plus bel éloge qu'il soit possible d'en faire.

Après avoir fait sentir au Pape combien il importe à l'Église Romaine que ce qu'ils vont dire soit confidentiel et ne parvienne pas à la connaissance du public, voici comment nos trois évêques dépeignent les luthériens , par où ils entendent évidemment, comme on le faisait dans les premiers temps de la réformation, les membres de l'Église protestante en général :

« .... Il est parfaitement vrai que les luthériens admettent et reconnaissent tous les articles des symboles des Apôtres, de Nicée et d'Athanase; car il ne faut pas nier (surtout entre nous) ce que nous şavons tous être vrai. Ces mêmes luthériens ne veulent admettre aucune autre doctrine que celle qu'ont enseignée les prophètes, Christ et les Apôtres, et ils voudraient que nous nous en tinssions tous à ce nombre extrêmement restreint de vérités et de pratiques (paucissimis itlis) qui étaient reçues du temps même des Apôtres, ou inmédiatement après eux, que nous suivissions les traces de ces antiques Eglises, et que nous rejetassions toutes les traditions dont on ne peut pas démontrer plus clairement que le jourqu'elles ont été données et enseignées par notre Seigneur Jésus-Christ ou par les Apôtres eux-mêmes. Telles sont les erreurs professées par nos adversaires. Quant à nous, au contraire, nous conformant à l'opinion de Votre Sainteté, nous voulons qu'on croie, et qu'on regarde comme nécessaire pour

le salut, toutes les doctrines, toutes les traditions, les constitutions, les règles et les cérémonies qui ont été jusqu'à ce jour successivement introduites dans nos églises, soit par les Pères, soit par les Conciles , soit même par des particuliers animés d'un saint zèle... (p. 645) ».

Ils font ensuite profession de la foi qu'ils ajoutent aux traditions, et poursuivent ainsi :

Et bien que nous ne puissions en donner aucune preuve certaine, (car, de vous à nous, nous ne faisons pas

difficulté d'avouer que nous ne pouvons pas prouver ce que nous croyons et ensei

gnons sur les traditions, et que nous n'avons à cet égard que quelques conjectures) nous en reconnaissons cependant la vérité, parce que l'Eglise Romaine l'enseigne ainsi.... (p. 645) ».

La raison qu'ils donnent de la nécessité de s'opposer vigo ureusement aux progrès de la réforme est naïve ; la voici dans son entier :

Il ne s'agit pas ici de choses indifférentes, mais de la prospérité et de la conservation même de votre Siége, de la conserv alion de nous tous qui en sommes les membres et les créatures. Car du temps des Apôtres, (nous devons l'avouer ici sans déguisement, mais il faut que ceci reste entre nous), et même quelques années après les Apôtres, il n'était question ni de Pape ni de Cardin aux; il est certain que les revenus immenses affectés aux évêques et aux prêtres n'existaient pas; les temples n'étaient pas construits à si grands frais; il n'y avait ni monastères, ni prieurs, ni abbés ; encore bien moins adinettait-on nos doctrines, nos lois , nos usages actuels ; mais aussi on ne connaissait pas cet empire que nous exerçons aujourd'hui sur les peuples; bien plus, les ministres de toutes les Eglises, sans en excepter l'Eglise Romaine, se soumettaient de leur plein gré aux rois, aux princes et aux magistrats. Que Votre Sainteté se représente ce que nous deviendrions si, par un malheureux sort, nous étions replongés dans ce premier état de pauvreté, d'humiliation et d'esclavage,et obligés d'obéir à une autorité étrangère à celle de l'Eglise. Il s'agit donc, comme pous l'avons dit, d'une chose de la plus grave importance.... (p. 645) ».

L'origine du pouvoir de l'Église romaine est décrite en ces mots :

.... Nous voyons, en examinant de près la question, que l'Eglise n'a acquis la gloire, l'autorité et la puissance qu'elle possède aujourd'hui que lorsqu'elle eut à sa tête des évêques pleins d'adresse et de sagacité qui, dans toutes les occasions, pressaient les Césars d'user de leur autorité et de leur pouvoir pour conférer au Siəge de Rome la primauté et la puissance souveraine sur les autres Eglises. Il paraît que Boniface III, entre autres, obtint ce privilége de l'em. pereur Phocas. Nous voyons encore que l'Eglise a pris de jour en jour plus d'accroissement depuis l'époque ou l'on a commencé à créer des cardinaux, à augmenter le nombre des évêques et å ins

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