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colea cité l'exemple des Pays-Bas, de l'Allemagne, de la France, de l'Angleterre, où règne la liberté des cultes, et il a rappelé qu'à Rome même, sur le Capitole, dans l'hôtel de l'ambassade prussienne, il y a une chapelle protestante; qu'à Florence et à Gênes, il existe des églises protestantes. Pour réfuter l'objection que cette tolérance est bonne pour les grands Etats seulement, il a ajouté l'exemple de Genève, où le Conseil Souverain a proclamé la tolérance, et où la force publique a été employée pour protéger les dissidens contre les mauvais traitemens dont les menaçait la populace. S'il y a eu de l'opposition contre la liberté du culte des dissidens, elle s'est manifestée surtout dans une partie du clergé (1). — « Le bruit de « nos persécutions, a dit M. Nicole, a retenti dans toute l'Eu« rope, et partout la loi du 20 mai a été blâmée par les jour« naux et les écrits de quelque couleur qu'ils puissent être......... « Rien n'est plus fâcheux, surtout pour un petit peuple, que « de mériter des reproches ou le mépris... Il y a toujours du

(1) M. le Pasteur Chenevière, dans une lettre en date du 26 mai, insérée dans le Nouvelliste Vaudois du 30, a réclamé contre cette assertion de M. Nicole, et a déclaré que jamais le clergé de Genève ne s'est adressé à l'autorité pour exprimer le vœu qu'on empêchát les dissidens de se réunir comme ils l'entendaient, ou qu'on les génát le moins du monde..... Lorsque, ajoute M. Chenevière, des ministres se sont déclarés séparés de notre Église, nous leur avons retiré le caractère ecclésiastique, parce qu'on ne pouvait plus les compter parmi les chefs d'une Église dont ils ne voulaient plus étre membres ; nous n'avons rien fait au-delà..... M. Chenevière regarde comme facilement résolue la grave question de savoir si le caractère ecclésiastique peut être ainsi retiré. Quant à nous, nous sommes disposés à penser que non, et à croire que le caractère de Ministre de Jésus-Christ est etièrement indépendant de l'Eglise extérieure à laquelle on appartient. Quel moyen la vénérable Compagnie de Genève a-t-elle d'empêcher qu'un ministre continue à se considérer et à agir comme tel malgré son arrêté? Si ce caractère pouvait être retiré, comment avonsnous des Ministres dans l'Eglise réformée? Des Ministres séparés d'une Eglise nationale ne peuvent évidemment exercer aucune fonction publique dans cette Eglise; mais quant à leur retirer le caractère et le sceau de Ministre de l'Évangile, c'est ce qui n'est au pouvoir que de Celui qui donne le Saint-Esprit. (Red.)

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danger dans les grandes aberrations des peuples; et les aber«rations ne se mesurent pas à l'étendue du territoire, mais « à la sainteté des principes qu'on viole. » L'orateur signale trois moyens de prévenir la propagation de la dissidence: 1o la tolérance. Partout où il y a persécution, les sectes s'étendent; elles se vengent en faisant des prosélytes. L'histoire ne présente pas une seule exception à cette règle générale. Les âmes généreuses se trouvent plus à l'aise dans une Eglise persécutée que dans une Église persécutante. Le christianisme a toujours été persécuté. - 2o Les encouragemens à donner aux Pasteurs de l'Eglise nationale. Plusieurs membres s'en sont séparés, parce qu'ils n'y trouvaient pas une nourriture spirituelle suffisante. M. Nicole craint que quelques Pasteurs n'aient été entravés, dégoûtés dans l'exercice de leur ministère, et que ce n'ait été là la cause de leur séparation. — 3° Lạ réimpression des ordonnances ecclésiastiques. L'orateur a « médité pendant deux ans sur les causes de ce qui se passe « dans le Canton, et il n'est arrivé qu'à une seule solution: » c'est, dit-il, « qu'il est parmi nous des gens qui regardent la « Religion comme une institution purement politique ; mais il espère que la grande majorité pense autrement, et comprend que les chrétiens doivent toujours être soumis à l'Etat, le « christianisme jamais. » Il termine par exprimer le vœu personnel qu'on prie le Conseil d'Etat de voir s'il ne pourrait pas bientôt proposer, le rapport de la loi du 20 mai, et faire disparaître de la législation du Canton une tache si fâcheuse. « Si « nous conservons plus long-temps une loi si déplorable, » s'estil écrié, «< on finira par considérer les législateurs du Canton de « Vaud comme les alliés des Jésuites et des Dominicains. »

Telle est l'analyse décolorée de cet excellent et chrétien discours. Jamais la salle du Grand-Conseil n'avait retenti d'accens plus généreux et plus indépendans.

M. le landamman Clavel s'est opposé à la motion de M. le doyen Curtat. Il affirme que, dans tous les pays protestans, le, Gouvernement est l'Évêque, le Chef en matière de religion, et pense qu'une entière liberté de culte peut convenir à un Etat naissant comme les Etats-Unis d'Amérique, où le Gouverne

ment ne se mile point de la Religion (1). Il qualifie les efforts faits en faveur de cette liberté de vaines théories. Il attribue le mouvement religieux à quelques méthodistes, d'abord étrangers, puis nationaux; et pense que la loi du 20 mai, sans être aussi bonne qu'elle aurait pu l'être, est telle que les circonstances. la demandaient. « Cette loi d'ailleurs est assez douce; elle n'ata teint que les chefs de la secte, les perturbateurs de la tranquillité publique. A-t-elle fait un mal considérable, à l'excepation d'un ou deux cas? A-t-elle ensanglanté le sol du Canton? « A-t-elle privé des citoyens de leurs biens (2)? »

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M. Druey, après avoir déclaré qu'il n'appartient pas à l'Eglise dissidente, montre avec force et clarté, et par des argumens philosophiques, que la liberté des cultes est inséparablement unie à la liberté religieuse. Il ne tombe pas dans l'inconséquence de ceux qui admettent le principe, mais en repoussent l'application; M. Druey en voit toutes les conséquences et les admet franchement. « On reproche aux mô« miers (3) dé s'être séparés de l'Eglise nationale. C'est qu'elle «ne satisfait pas à leurs besoins religieux. La séparation est << dans l'essence des religions et des sectes nouvelles : les Juifs se sont séparés des peuples idolâtres; les Chrétiens, des « Juifs et des Gentils; les Protestans des Catholiques : pourquoi les momiers ne se sépareraient-ils pas de nous? » L'orateur traite ensuite du prosélytisme, et dit que c'est à tort qu'il

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(1) Les Etats-Unis d'Amérique sont cependant un pays protestant. ( Réd.)

(2) L'orateur considère-t-il les amendes, la prison, le bannissement, etc., comme d'assez grandes douceurs? Dailleurs, il faut le dire, oui, le sang aulé; des citoyens ont été assassinés en plein jour, sans que les assassins aient été poursuivis; d'autres sont morts des suites de la persécution. Sans doute ils n'ont pas été frappés par cette honteuse lo, assez douce, dit-on, puisqu'elle n'élève pas les échafauds; mais la loi à contribué puissamment à exciter les passions haineuses dont ils ont été les victimes. ( Réd. ) (3) Nous avons peine à concevoir que des hommes respectables, des législateurs ne bannissent pas de leur langage l'ignoble et gratuite caJomnie renfermée dans cette dénomination, tandis que la qualification de dissident porte sur un fait et n'a rien d'injurieux. (Réd.)

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est imputé à crime aux dissidens, puisqu'il est dans la nature de l'homme, lorsqu'il est profondément convaincu d'une vérité, de chercher à la faire partager à d'autres. M. Drucy termine en montrant que les mesures prises ne peuvent rien contre la dissidence. Quant aux mesures à prendre, il pense qu'il faudrait avant tout révoquer la loi du 20 mai 1824 et la remplacer par un système large et généreux de liberté des cultes; et même que « si l'on voulait observer les règles de la justice absolue, le Gouvernement devrait salarier les minis« tres des dissidens, comme il salarie les Pasteurs de l'Eglise • établie, les curés catholiques et les ministres allemands. » Il voudrait, en second lieu, que l'on constituât fortement l'Eglise nationale par la réimpression des ordonnances ecclésiastiques et la fondation d'un séminaire où les étudians en théologie seraient astreints à des études à la fois fortes, religieuses et philosophiques. « Alors les personnes qui répugnent à com« battre des hommes proscrits par les lois, pourront sans indé«licatesse attaquer leurs doctrines exclusives et étroites. »

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M. de la Rottar se prononce pour l'arbitraire et l'intolérance avec une franchise que l'on voudrait trouver chez tous ceux qui professent les mêmes principes. Ici du moins rien de caché, point d'arrière-pensée; l'orateur ne feint pas, comme d'autres, de n'en vouloir qu'à la séparation ; il s'élève ouvertement contre les doctrines. « La loi, dit-il, a fait crier les sec« taires à la persécution, et n'a pas rempli son but ; il faut « donc la rapporter ; » mais il propose en même temps que des pleins pouvoirs soient accordés au Conseil d'Etat pour priver de leurs traitemens et suspendre de leurs fonctions tous les Pasteurs, professeurs et régens, dès qu'ils se lieraient avec les auteurs des nouvelles doctrines, ou favoriseraient les docIrines la loi a eues en vue. que On verra bientôt que M. de la Rottaz n'est pas le seul qui, dans cette séance, a commencé à soulever le voile, et à déclarer que la loi a eu en vue des doctrines.

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M. Rouge permet à chacun de penser ce qu'il veut; mais il ne veut pas qu'il soit permis à tous de manifester extérieurement par le culte leur pensée religieuse; et attendu qu'on ne

devrait pas tolérer le mahométisme, le fétichisme, le culte des Druides, le paganisme ni l'athéisme, il ne veut pas non plus qu'on tolère le méthodisme, dont la doctrine est opposée, comme le jésuitisme, au principe du Gouvernement du Canton de Vaud, vu que les méthodistes invoquent les lois divines, lois élastiques et malléables qu'ils façonnent et interprètent comme il leur convient, et sous le prétexte desquelles ils prétendent se soustraire aux lois civiles (1). La conclusion de ce discours ne ressemble guère aux prémices, car l'orateur voudrait qu'on permit aux méthodistes leur culte, mais en plaçant leurs réunions sous la surveillance de la haute police, afin qu'on punît sévèrement l'emploi de moyens illégaux pour faire des prosélytes.

M. le landammann Muret se propose de répondre au reproche qui a été fait au Gouvernement de persécuter les dissidens, et de montrer qu'il ne faut pás révoquer la loi du 20 mai. - Il n'est pas du nombre de ces hommes intolérans qui veulent gêner les opinions; mais comme magistrat, il ne peut pas tout permettre. « Il s'agit bien, s'écrie-t-il, d'un système « de philosophie et de l'homme primitif!... Il faut s'attacher à « la société telle qu'elle a été constituée. La constitution dit que « la religion évangélique réformée est la religion du Canton (2). « Orqu'est-ce que cette religion évangélique réformée? C'est, » a dit l'orateur, « ce que nous étions lorsque la constitution a « été faite ; ce qu'étaient nos pères quand ils nous ont mis au «< monde... Qu'on réponde à cela par du positif, si l'on peut!

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(1) Nous avons beau lire et relire la Confession helvétique à laquelle se rattachent les dissidens du canton de Vaud, nous n'y trouvons pas une seule doctrine opposée au principe du gouvernement de ce Cauton. L'accusation de M. Rouge contre les dissidens est du resté absolument gratuite et dénuée de fondement. Si M. Rouge avait siégé dans ce grand conseil auquel Pierre et Jean dirent: Jugez s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu ( Act. Iv., 19), comment aurait-il voté? Quoi qu'il en soit, il est certain que ces deux Apôtres pensaient que les lois de Dieu ne sont pas élastiques et malléables, mais fixes et positives.

(2) Qu'est-ce que cela signifie la religion du Canton ?

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