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séquence naturelle, les mæurs s'étaient relâchées. La sépa« ration qui s'est opérée dans notre Eglise est un remède à a cette in différence et à ce relâchement. On exagère d'ailleurs a le mal que l'on attribue aux séparatistes. Je crois que là où a règnent à la fois des religions différentes, loin de se nuire u mutuellement et de s'affaiblir, elles se fortifient chacune

davantage. Je crois que la coexistence de plusieurs cultes à « côté les uns des autres prévient l'indifférence.... Nous avons « une secte plus fâcheuse que toutes les autres, c'est celle a des intolérans.... » (La suite à notre prochaine livraison.)

Les passions populaires sont plus facilement excitées que calmées; le Gouvernement vaudois vient d'en acquérir la preuve; il a semé le vent , il recueille les tempêtes Le peuple s'est habitué à faire justice lui-même; on a, en plein jour, hué les chrétiens, on a brisé leurs vîtres, on les a accablés d'outrages, on les a poursuivis et assassinés (le mot est réfléchi, nous le justifierions au besoin), on en a attelés comme des bêtes de somme, on leur a rempli la bouche d'ordures, et les autorités ont laissé faire, et le Gouvernement n'a saisi aucun coupable; personne, que nous sachions , n'a été puni. Aujourd'hui, cette disposition du peuple se tourne contre des membres du Gouvernement lui-même, et Dieu commence à le punir par ce peuple même qu'il s'est plu à soulever contre des chrétiens , ou dont il n'a pas du moins réprimé la licence, tant qu'elle ne s'est exercée que contre les amis de la Bible. Le 25 mai, M. Audra , lieutenant du Conseil d'Etat, qui s'était permis d'insulter gravement, au sein du Grand-Conseil, plus de quatre mille citoyens du Canton, signataires de pétitions qui demandaient des changemens à la Constitution, a été, à l'occasion d'une revue militaire, outragé de la manière la plus grave et la plus fâcheuse, non par

les soldats , qui n'ont pas un instant oublié leur devoir, mais par la populace qui s'est étudiée à rendre cette insulte personnelle à M. Audra , et à écarter tout soupçon de révolte contre le Gouvernement. Cet événement n'est pas de notre compétence, et nous n'entrerons dans aucun détail ; nous n'en avons fait mention que parce qu'il se rattache directement

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aus persécutions religieuses, dans ce sens qu'il est dû, dans notre conviction, à la longue et scandaleuse impunité accordée à des désordres du même genre, tant qu'ils n'ont eu pour objet que des hommes faibles et persécutés.

Nous avons dit dans notre livraison d'avril, p. 190, que le Nouvelliste Vaudois avait refusé d'insérer une réponse de M. Lenoir à une assertion du juge de paix de Payerne publiée par ce journal. Nous avons reçu indirectement sur ce fait des explications que nous sommes d'autant plus empressés à accueillir que, pour ce qui concerne la liberté religieuse, le Nouvelliste et les Archives ont constamment marché d'accord, et que ce journal est un grand bien pour le Canton de Vaud. Le Nouvelliste n'avait fait qu'insérer la lettre du juge de paix, et le fait sur lequel M. Lenoir réclamait, n'était pas de nature à être éclairci complètement. Il a suffi que M. Lenoir traversât la ville , entrât dans quelques maisons et fût accompagné de quelques amis, pour attirer la populace et pour paraître avoir affecté de sortir de Payerne en procession. D'un autre côté, M. Lenoir affirine qu'il n'a pas affecté de se montrer, et qu'il n'a point recherché l'éclat. Mais il paraît que, sans le rechercher , il ne l'a peut-être pas assez évité. La question est ainsi vague et difficile à décider ; peu importante en elle-même , elle ne porte pas sur un fait précis, et de nature à être complètement vérifié. D'ailleurs, si nous sommes bien informés, le Nouvelliste , en refusant d'insérer une lettre qui ne pouvait évidemment mener à aucun résultat, a déclaré à M. Lenoir qu'il se serait un devoir , après que les faits auraient été juridiquement constatés, de faire connaître tous ceux dont M. Lenoir pourrait désirer la publication.

On nous écrit aussi que M. le juge de paix de Payerne s'est très bien montré depuis que l'affaire de M. Lenoir a été portée devant les tribunaux, et que le jour du jugement, entre autres, il a traversé toute la ville à côté de lui, pour empêcher qu'il nefût insulté par le peuple. Nous nous plaisons à faire connaitre ce fait, bien simple en lui-même, mais en même temps digne d'éloges, lorsque surtout on le compare à ce qui s'est passé jusqu'ici. Il est du reste une nouvelle preuve que lorsque les au

torités locales le veulent bien, elles peuvent, dans le Canton de Vaud comme ailleurs, contenir l'effervescence de ces petites passions populaires, et que lorsqu'elles ne le font pas, c'est qu'elles ne le veulent pas, et qu'elles demeurent ainsi responsables de désordres et d'iniquités qu'il ne tenait qu'à elles de prévenir.

Qu'on ne se méprenne pas sur nos sentimens; nous prenons la défense des dissidens, non parce qu'ils sont séparés de l'Eglise nationale de leur pays, mais parce qu'ils sont persécutés. Nous pensons qu'ils avaient le droit de se séparer , et que toute tentative pour mettre obstacle au libre exercice de leur culte est une persécution; et nous leur tendons la main comme à des frères en la foi qui nous est commune, la séparation n'étant au fond qu'une affaire de discipline. Nos vues sur la séparation, considérée abstraitement et en principe, n'ont pas varié; nous ne l'approuvons qu'en cas d'absolue nécessité, et un grand nombre de Pasteurs du Canton de Vaud sont une preuve que l'on peut être Ministre fidèle et zélé de Jésus-Christ dans le sein de l'Eglise nationale. Amis de la liberté religieuse, par où nous entendons la liberté de culte, aussi bien que la liberté de conscience, nous combattons l'intolérance ; et lorsque, sous prétexte de la dissidence, nous voyons attaquer les doctrines fondamentales de l'Evangile, et chercher, avec plus d'habileté que de bonne foi, à faire confondre un mouvement religieux avec la politique à laquelle il est entièrement étranger, nous prenons la défense de nos frères persécutés et des doctrines qu'ils professent , en tant que ces doctrines sont celles que proclame la Confession de foi helvétigue, et que cette Confession est dans notre conviction fondée sur la Parole de Dieu.

Nous avons , depuis la publication de notre dernière livraison, reçu l'adhésion à la déclaration du 4 mai, de MM. D. MAUREL, Pasteur président du consist. de Bolbec. J. SOHIER,

Pasteur à Montivilliers, près le Havre. COLANY-Nér, Pasteur a Lemé. LARCHEVÊQUE, Pasteur à Walincourt. H. LEVAYASSEUR , dit DURELL, Pasteur à Quiévy.

BIOGRAPHIE RELIGIEUSE.

FERDINAND CAULIER.

Le juste est mort , et il n'y a personne qui y prenne garde (Es. Lvii, 1 ). Ce reproche du Prophète est souvent encore trop mérité. Nous désirons ne pas l'encourir à l'égard du Chrétien fervent, modeste et ignoré qui fait le sujet de cet article. Devant le Seigneur, le pâtre et le monarque, le savant et l'ignorant sont sur la même ligne ; il n'y a entre eux d'autre différence que celle qu'y met leur foi, leur amour de Dieu , leur charité et leur sainteté. Ferdinand Caulier était un simple paysan ; mais ce paysan était un monument remarquable de la grace de Dieu, et il reluit maintenant, comme le soleil, dans le royaume de son Père. ( Maithi xm, 43 ). C'est pour rendre témoignage à cette grace admirable, et pour l'édification et l'encouragement de nos lecteurs que nous publions les notes qui suivent. Nous les tenons de diverses sources , et pensant qu'elles présenteraient plus d'intérêt en leur laissant leur forme originale, nous n'y faisons d'autre changement que de retrancher les répétitions qui devaient naturellement s'y trou

ver.

Quelques souvenirs sur Ferdinand Caulier.

.

Un honnête cultivateur, habitant d'un hameau près du village de N* *, trouva en 1810, dans un coin de sa maison, une petite Bible qui y était depuis long-temps ignorée. Comme tous les autres habitans de la contrée, il était catholique romain et ne connaissait que de nom la religion réformée. Cet homme était pieux dans le sens que l'Église de Rome attache à ce mot. La découverte d'un livre religieux attira son attention. Il le lut assidûment avec sa femme , et bientôt un changement notable s'opéra dans leurs idées religieuses ; mais ils cn gardèrent le secret. Ce qui les frappa d'abord, ce fut le peu de res

1829. – 12° année.

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semblance qu'ils trouvèrent entre leur religion et celle de la Bible ; et comme ils la lisaient dans la conviction qu'elle était la parole de Dieu, ce désaccord entre la doctrine qu'ils apprenaient à connaître et leur ancienne croyance ne manqua pas de les jeter dans le trouble, et de là, dans le soupçon que la voie dans laquelle on les menait pourrait bien être mauvaise. Plus ils lisaient leur Bible, et plus ce soupçon acquérait de force. Enfin il se change en certitude; ils ont lu avec attention le livre de Dieu, et ils n'y ont trouvé ni pape,

ni clergé, ni messes, ni confession, ni purgatoire, ni etc. ; la conscience leur crie qu'il faut sortir d'une Église qui les menait si mal ; et pour la première fois , la cloche qui appelait leurs voisins à la messe ne les trouve plus dociles. L'éloignement qu'ils commencèrent dès lors à manifester pour le culte et pour les pratiques de l'Eglise romaine fut bientôt remarqué; leurs parens voulurent les premiers en connaitre les motifs, et quand ils eurent appris que ce changement étoit dû à la parole de Dieu , ils demandèrent à la lire aussi. La petite Bible passa dans leurs mains ; ils la lurent, et au bout de peu de temps elle produisit sur eux la même impression. Bientôt ce précieux volume , l'unique peut-être qu'on eût pu trouver dans le pays, passa de main en main ; et partout , sans autise

que
celui
que

Dieu accorde à sa vérité, il remportait les mêmes victoires. Le nombre des personnes qu'il détachait de l'Église romaine étant devenu considérable, elles concurent la pensée de se réunir. En 1811 un petit temple fut construit à frais communs, et dès lors cet intéressant troupeau, monument remarquable de la puissance de la parole sainte , commença d'être visité par le respectable pasteur Devisme père, dont les églises du nord chériront long-temps la mémoire.

Louis Caulier était du nombre de ceux qui quittèrent ainsi l'Église romaine. Il avait alors deux enfans, un fils et une fille qui avaient été soigneusement instruits dans la foi de cette Église, mais qui de leur propre mouvement, quoique dans un âge tendre encore, voulurent suivre leur père. Le fils s'appelait Ferdinand. C'est lui qui est le sujet de cette notice.

secours

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