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jours, leurs caisses avaient été vidées. Aucune des difficultés que j'avais d'abord craint ne les avait arrêtés. Graces à la bénédiction divine et à la coopération de deux Sociétés chrétiennes, cette œuvre reçut bientôt une forme qui devait la rendre stable.

Ferdinand brûlait du désir de s'y consacrer; rien ne lui paraissait si beau ni si grand que de passer sa vie à servir le Seigneur; mais il respectait trop l'autorité de son père pour rien entreprendre sans son aveu. Il sentait d'ailleurs qu'il devait s'assurer avant tout de la volonté de Dieu, et c'est ce qu'il recherchait par la prière avec une ardeur incroyable. Cependant il n'en était pas moins scrupuleux à remplir les devoirs de sa situation d'alors. Son temps était partagé entre le travail des champs et la culture de son esprit ; il avait un grand désir de s'instruire, mais son désir se bornait à la science par excellence, à celle du salut; je l'ai vu souvent guider d'une main sa charrue, et de l'autre tenir son Nouveau-Testament, dont il cherchait à apprendre par cœur les principaux endroits. Loin de le refroidir, le temps ne faisait qu'ajouter au désir qui le dominait de se consacrer au service du Seigneur succès croissans des colporteurs ne contribuaient pas peu à le faire soupirer après l'époque où il pourrait travailler comme eux, si jamais elle arrivait pour lui.

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Je venais d'être amené à porter mon ministère dans la Beauce; Ferdinand fut alors sur le point de croire que toutes ses espérances allaient s'évanouir, et qu'une fois que je serais éloigné de lui, personne ne s'intéresserait plus à faire réussir le dessein qui lui tenait tant à cœur. Je le priai de n'en rien croire, et je le quittai en lui donnant l'assurance positive que je continuerais à m'employer pour lui, et que, s'il obtenait l'agrément de son père, j'espérais que le Seigneur lèverait toutes les autres difficultés, et me fournirait les moyens de l'employer aussi à l'œuvre du colportage.

Mes espérances ne furent pas trompées. Six semaines ne s'étaient pas écoulées depuis mon départ de N., que Ferdinand était déjà auprès de moi à Orléans. Nous nous rendîmes dans la Beauce, et nous commençâmes ensemble à répandre`la

bonne nouvelle du salut, lui, en distribuant la Parole de vie, et moi, en l'annonçant. Comme les autres colporteurs, il écrivait un journal détaillé de ce qu'il faisait et de ce qu'il disait dans ses courses. Je crois bien faire en plaçant ici quelques extraits de ce journal. Vous voudrez bien vous rappeler, monsieur, en les lisant, qu'à cette époque Ferdinand était absolument sans autre instruction que celle qu'on reçoit au village; il connaissait assez la Parole sainte, mais il ne savait pas autre chose. Son journal n'était rédigé que pour moi, et tout ce que je demandais de lui était de me rapporter purement et simplement les faits. — Les extraits qui suivent n'ont pas d'autre but que de vous le montrer tel qu'il était, dès le début d'une carrière que Dieu a honorée de tant de bénédictions.

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St.-A. le 18 janvier 1821. « Comme je demandais à un homme « de ce village s'il voulait acheter un de mes livres, il me « demanda à les voir, de quoi je fus bien content, car c'était « la première personne avec qui je pouvais parler. Mais quelle « fut ma peine, quand je l'entendis me dire que ce livre était « trop cher pour les enfans. Je lui répondis que ce livre était « très bon pour lui, car on ne peut trop lire la Parole de Dieu; « il est bien nécessaire que vous le lisiez aussi. A ces mots il a me répond: Pour le lire il faudrait observer ce qu'il enseigne, et moi je ne veux pas l'observer. Alors je lui ai de«mandé ce qu'il deviendrait donc après sa mort, à quoi il a répondu que la mort fiuirait tout pour lui. Là-dessus je lui « ai demandé si Jésus était ressuscité. Il m'a répondu qu'il « ne l'avait jamais vu. J'ai essayé de lui parler davantage, mais « il ne voulait rien entendre, et je l'ai laissé là. — Plus loin, « étant entré dans une autre maison, après que j'ai eu montré << mes livres et parlé un peu, on m'a dit que j'étais protestant, puisque je parlais de Jésus-Christ. J'ai dit que j'étais chré« tien. Les protestans le sont aussi, m'a-t-on répondu. Hé bien, je suis protestant; mais écoutez : Jésus-Christ n'a pas dit que, pour aller au ciel, il fallût être protestant ou romain, mais il « a dit : Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, et pour lors « il n'y a que ceux qui croient en lui qui soient chrétiens. Celui qui ne croit point est déjà condamné. Une femme qui était

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présente dit que ce que je disais était vrai, qu'il n'y a en efવ fet que Jésus qui puisse nous sauver, qu'il n'y en a aucun « autre. Cette parole m'a fait beaucoup de plaisir. Nous avons « continué à parler de Jésus ; cette femme comprenait la justi<< fication par la foi sans les œuvres de la loi. Je les ai quittés « avec grande joie, car ils m'ont dit qu'ils avaient une Bible « et un Nouveau-Testament.

B. le 19 janvier. « Je rends graces à Dieu d'avoir pu, dans «< une autre maison, parler du Sauveur : il Ꭹ avait d'abord là « une dizaine de femmes ; quand je commençais à leur parler << elles riaient ; mais je leur ai dit qu'il ne fallait pas rire de Jé« sus, car tôt ou tard il faudra comparaître devant lui pour « être jugés ; alors on ne rira plus.... Plusieurs personnes qui passaient entraient pour écouter. Une jeune personne, après avoir regardé mes livres, m'a acheté un Nouveau-Tes

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<<< tament.

O. le 24 janvier. « Un homme à qui j'avais déjà parlé a voulu « que j'entrasse chez lui pour parler encore; nous avons beau« coup conversé sur Jésus et sur sa parole; il témoignait du « plaisir. Je lui ai montré plusieurs passages de l'Ecriture qu'il « a notés.

St.-M. le 25 janvier. «En parlant avec le maître d'une mai« son où j'avais offert mes livres, il me dit que nous avions as« sez de misère dans ce monde pour pouvoir espérer mieux « dans le monde à venir. —Je lui ai dit que la misère d'ici-bas << ne pouvait pas nous ouvrir le paradis. Eh bien, me dit-il, alors « nous serons toujours malheureux. Je lui demandai si, après « l'avoir été ici, Dieu nous envoyait ensuite en enfer, nous au« rions quelque chose à lui dire. Ne nous donnerait-il pas ce que « nous avons bien mérité? Il m'a répondu que cela était vrai. « Mais, lui dis-je, si nous allons à Jésus-Christ, nous serons « sauvés assurément, quand nous serions très grands pécheurs. « Nous avons encore dit plusieurs autres choses deJésus, il m'é« coutait assez bien et sa famille aussi. — Dans une autre maison « une femme est entrée comme j'étais là, et s'est mise à dire qu'elle faisait dire des messes pour tous ceux qui voulaient « lui en donner commission. En s'adressant à moi elle me dit :

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« Voulez-vous me donner quelques sous, je prierai la SainteVierge pour vous? Je lui répondis que je priais le Sauveur. « Mais, répliqua-t-elle, il faut aussi prier sa mère, car il a dit : « Ma mère, demandez tout ce que vous voudrez et je vous l'ac« corderai. Vous vous trompez, lui dis-je alors. Jésus a bien a dit cela, mais à tout le monde. Nous avons continué à parler « de plusieurs autres choses, elle a fini par m'acheter un livre. « Je l'ai quittée, espérant que le Seigneur daignerait la bénir.

J'allai offrir mes livres dans une autre maison, où il se << trouva qu'il y avait un mort ; ils me dirent qu'ils n'en avaient « pas besoin. Je leur parlai un peu de l'utilité des afflictions qui nous font penser à Dieu, ce qui parut leur faire plaisir. <«< Je les entretins aussi du salut qui est en Jésus ; ils écoutaient « bien : je les ai quittés en les remettant au Seigneur, espérant qu'il voudra bénir les paroles que j'ai dites là et ailleurs.

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Pa. le 31 janvier. « On me dit, dans une maison où j'étais << entré, qu'on ne voulait pas de mes livres. Mais je leur expli<«< quai ce que c'était, et qu'il n'y avait que ce seul livre qui «< dît tout ce que le Sauveur avait fait pour les pécheurs. « Aussitôt ils m'ont acheté deux fragmens du Nouveau-Testa« ment. — Dans une autre maison où j'avais offert mes livres, <«< on me tint le même langage. Je leur ai fait considérer que « c'était la Parole de Dieu, que ce livre nous montrait notre << salut accompli par Jésus-Christ, etc. etc... Ce qui les a engagés à m'acheter deux Nouveaux-Testamens.

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Pr. 2 février. « J'ai trouvé dans une maison deux vieilles << femmes, auxquelles j'ai pu parler long-temps du Sauveur et « de son salut. L'une d'elles me dit que je disais vrai, que sans << Lui nous étions tous perdus, qu'il a tout souffert pour nous, << que par la foi en Lui nous serions tous sauvés. Là, et ailleurs << j'ai pu parler beaucoup; car, par la grace de Dieu, j'ai beau« coup d'occasions d'annoncer le Sauveur, selon qu'il m'en « donne la force. J'ai quitté ce village avec joie, tant pour les « livres que j'y ai laissés que pour ce que j'y ai dit ; et j'espère « que le Seigneur bénira tout cela. Amen!

Pr. 3 février. « J'étais repoussé dans une maison de ce village; mais une petite fille vint tant supplier sa mère qu'elle

que

«lui acheta le Nouveau-Testament.-J'entrai dans un cabaret, « où il y avait beaucoup de monde, pour leur offrir mes livres; <«< chacun les examina et les trouva fort beaux. J'entendis « l'un d'entre eux disait aux autres que la religion devait être « fondée sur ce livre, parce qu'elle y est, comme les apôtres « l'avaient prêchée.

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( Même village), le 5 février. « J'avais laissé dans ce village, <«< avant-hier, quelques Nouveaux-Testamens en dépôt, et « quand j'y suis revenu aujourd'hui, tout le monde accourait « au-devant de moi pour chercher le Nouveau-Testament. Je remarquai principalement un vieillard, qui, dès qu'il me vit, « vint avec empressement me prier d'en porter un à son fils, « ce que je fis. Je dis à ce jeune homme que ce livre était la « Parole de Dieu, le livre du salut. Aussi, me répondit-il d'un << air content, c'est pour cela que je l'achète ; je veux m'occuper à le lire, le soir, pour m'instruire de ce qu'il contient. Après quelques autres paroles, je suis retourné dans la maison « où j'avais déposé les Nouveaux-Testamens, et où plusieurs « personnes attendaient mon retour pour en acheter. Enfin, soit pour expliquer ce que c'était que le Nouveau-Testament, << soit pour le distribuer à ceux qui se présentaient pour l'acheter, je ne pouvais suffire à tout. Quand cette foule a été passée, je m'en suis allé par les rues, criant: Voilà le mar<«< chand de Nouveau-Testament! de manière que j'en ai encore «< vendu d'autres. En quittant ce village, j'étais plein de joie de « ce que la Parole s'y était répandue avec tant de promptitude; j'espère que le Seigneur la bénira en leur ouvrant le cœur, «< comme il le fit à Lydie.

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G. le 8 fév. « Comme j'offrais mes livres dans une maison «< de ce village, le maître me répondit qu'il savait tout cela, « parce qu'il avait déjà le Nouveau-Testament. Eh bien, lui demandai-je, comment donc espérez-vous d'être sauvé? Ce « sera, me répondit-il, en faisant tout ce que Dieu demande. - Mais le faisons-nous? Si nous ne le faisons pas, nous sommes « des pécheurs dignes de condamnation. — Cela est vrai, réEh bien, dans ce cas, comment faire pour être

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pondit-il.

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« sauvé?

Ce sera par la repentance. Non, la repentance

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