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les

œuvres.

a n'est pas capable de nous mériter la rémission de nos dettes. « Si je vous devais une grande somme d'argent, m'acquitte<< riez-vous, parce que je serais fâché de vous la devoir?—Non, « sans doute, me répondit-il, et sur cela il me demanda lui◄ même ce qu'il fallait donc faire pour être sauvé. Je lui mon« trai alors divers passages, où il est dit que le sang de Jésus << nous purifie de tout péché; que celui qui croit au Fils a la vie « éternelle ; que c'est la foi et non par par Cela « est vrai, me dit-il alors; mais pourtant nos œuvres ne nous << sont pas inutiles; autrement, ce serait peine perdue d'en « faire. Cependant il me semble, par ce que vous dites, que << nous ne devons pas nous embarrasser d'en faire. Mais, « lui dis-je, si vous étiez condamné à mourir, et que je voulusse « bien mourir pour vous, pourriez-vous bien ne pas m'aimer? « Il me répondit que non. -Eh bien, lui dis-je, le Sauveur « a bien fait mieux pour nous, puisque si j'étais mort pour « vous, je ne vous aurais délivré de la mort que pour quelques « années, tandis qu'il nous sauve de la mort éternelle. Nous << l'aimerons donc si nous sommes sauvés par Lui; et si nous << l'aimons nous lui obéirons, c'est-à-dire, nous ferons les « bonnes œuvres. Je lui ai encore montré quelques passages. « de l'Epître aux Romains, où il est dit : pécherons-nous afin « que la grace abonde? etc.... Après cela il ne répondit plus, « nises fils, non plus et je les ai quittés. — J'ai eu encore dans ce << village à peu près la même conversation avec un malade qui « m'a bien écouté, et qui m'a dit avant que je le quittasse, qu'il « était bien vrai qu'on ne pouvait être sauvé que par la foi en a Jésus. »

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Bo. le 9 fév. « Mêmes conversations dans ce village; dans << une maison, entre autres, où il y avait plusieurs personnes, << une femme finit par me dire : J'ai déjà beaucoup lu dans le « Nouveau-Testament et je n'avais jamais compris cela. Eh bien « maintenant, comprenez-vous, lui demandai-je? - Oui, oui, « je comprends bien qu'il nous est impossible d'être sauvés « par un autre que par Christ. Et vous, Monsieur, demandai« je à un homme qui était là, comprenez-vous aussi? Oui, me dit-il, je ne puis aller contre ce que vous nous avez montré,

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puisque c'est la Parole de Dieu. Je les exhortai alors à con«< tinuer de la lire avec attention. La femme me dit qu'elle n'y « manquerait pas, et en même temps elle me recommanda, quand je viendrais à repasser dans ce village, de ne pas << manquer d'entrer dans sa maison; car, me dit-elle, je ne me << lasserais pas de vous entendre parler de l'Ecriture. Eh bien, « lui dis-je, si vous lisez votre Nouveau-Testament vous aurez « encore beaucoup plus de plaisir, car c'est le Seigneur qui y parle. Je les ai quittés, espérant qu'ils avaient compris. B. le 9 fév. «J'avais déjà été deux fois dans ce village, et on m'y demandait encore ; j'y suis retourné

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la troisième fois, mais je n'avais plus dans ma caisse qu'un Nouveau-Tes«tament. Dans une maison où je m'adressai, il y avait quatre « personnes qui en demandaient, et comme il m'était impos«sible de les satisfaire toutes, elles ont tiré au sort pour sa« voir qui aurait le Nouveau-Testament. Dans une autre

«< maison, une femme me demanda ce que cela voulait dire : Celui qui croit sera sauvé. - Eh bien, lui dis-je, voulez-vous « que nous parlions un peu de notre salut? Oui, me dit-elle, « je ne demande pas mieux. - Comment donc espérez-vous « d'être sauvée? Je n'en sais rien, fut sa réponse. Là-dessus je « lui expliquai comment le salut a été fait, comment nous pou«vons l'obtenir, etc., etc.»

C'est ainsi que cet humble serviteur de Dieu marchait sur les traces de son Maître, allant de lieu en lieu faisant du bien. Son extérieur modeste, ses manières douces lui ouvraient facilement accès partout où il se présentait ; sa foi, son zèle pur et éclairé le soutenaient dans un si rude travail; d'ailleurs, une bénédiction évidente reposait sur tous ses pas ; il préparait les voies à la prédication de l'Evangile, et dans cet humble office de colporteur, il a eu la joie de servir à la conversion de plus d'un pécheur, et d'attirer sur la Parole sainte l'attention d'une multitude d'autres.

Une profonde humilité était un des traits les plus prononcés de son caractère. « A G. » écrivait, en août 1822, un chrétien bien en état d'en juger, « nous rencontrâmes Ferdinand, le colporteur, qui s'est rendu si utile en vendant des Bibles et

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« des Nouveaux-Testamens dans ce pays. C'est un jeune homme « de 23 ans... Tandis que tous ceux que nous rencontrions le a louaient et attribuaient à ses efforts le réveil de la foi et de « la piété parmi eux, il était édifiant de l'entendre parler de « lui-même avec la plus grande humilité, attribuant tout à la puissance de la grace de Dieu et rapportant tout à sa gloire...... Ce fut ainsi qu'il continua, durant un assez long temps, faisant lui-même des progrès visibles dans l'intelligence du mystère de Dieu et dans l'habitude de s'adresser aux pécheurs pour les rappeler à la pensée de leur salut. Dieu le préparait, à son insu et à celui de tout le monde, à l'employer d'une manière plus utile encore, en le consacrant à la prédication de l'Evangile; ce qui eut lieu plus tard, et voici comment.

Les directions de la Providence m'avaient appelé à quitter ce pays. Mon départ laissait sans ouvrier un champ vaste et qui déjà promettait beaucoup. Peu après, la faim et la soif d'ouïr la Parole de Dieu se faisant de plus en plus sentir, on commença à s'adresser à Ferdinand, qui continuait à répandre la Parole sainte, pour le prier de prendre quelquefois la parole dans de petites réunions. Il ne s'y refusa point; ses premiers essais satisfirent pleinement. Peu à peu, comme les invitations de ce genre se multipliaient beaucoup, et qu'à mesure qu'il y déférait, on avait toujours plus sujet de s'en réjouir par la manière claire, simple et souvent pleine d'onction, avec laquelle il savait instruire, convaincre, exhorter, il se trouva, sans l'avoir cherché, entièrement engagé dans l'œuvre de la prédication de l'Evangile, et cela précisément dans le temps où le colportage venait d'être arrêté par des obstacles auxquels il fallait céder.

C'est ainsi que le Seigneur , par les ressorts secrets de sa Providence, engagea notre cher Ferdinand dans le ministère évangélique. Jamais il n'aurait porté ses vues si haut. Ce qu'il appelait lui-même son ignorance, son défaut d'éducation, lui paraissait un obstacle insurmontable. Mais Dieu, qui ne s'est point encore obligé auprès des académies à ne tirer ses serviteurs que de leur sein, et qui souvent, au contraire, a montré qu'il lui plaisait de les trouver ailleurs ; à la charrue, comme

Elisée; auprès des troupeaux, comme le berger de Yékoa; • ou à la cour comme Esaïe; Dieu voulut encore montrer ici qu'il pouvait faire d'un humble paysan un instrument choisi pour avancer son règne sur la terre.

Les succès de Ferdinand furent en peu de temps bien plus remarquables que ceux que j'avais obtenus en cultivant le même champ. On vit bientôt, comme fruit de son travail, un grand nombre de pécheurs venir à la connaissance du Seigneur Jésus, et montrer, par une nouvelle vie, la sincérité de leur conversion. Ce n'était pas seulement à G. que ce réveil religieux faisait des progrès, c'était encore dans toute la contrée. Pendant assez long-temps à peine se passait-il une semaine qu'il ne reçût de nouvelles invitations de la part de petites réunions religieuses qui désiraient aussi l'entendre. Tout son temps était employé, et malgré ses efforts, malgré son incroyable activité, il ne pouvait suffire à tout.

Il songeait alors au choix d'une compagne. Persuadé que l'union d'un Chrétien avec une personne du monde est contraire à la volonté de Dieu, qu'elle est toujours accompagnée de peines et de dangers, il ne voulait donner sa main qu'à une personne qui eût donné son cœur au Seigneur. C'est ce qu'il trouva en R. R. qui devint son épouse. Le mariage ne changea rien ni à son zèle, ni à son dévouement, ni à son travail; il avait alors plus d'habitude de la parole, qu'il maniait avec une facilité qui eût étonné ceux qui auraient connu son peu de culture; mais pour lui, il continuait à se croire fort audessous de la situation qu'il occupait. Appelé assez souvent à parler devant des personnes plus instruites que lui, il craignait que ce qu'il appelait la rudesse de son langage et le peu de poli de ses idées ne nuisît parfois à la cause qu'il soutenait. Il songea donc sérieusement à faire quelques études; c'est dans ce but qu'il sollicita et obtint de la Société qui l'employait, la permission de se placer pour quelque temps sous mes soins.

Nous eûmes ainsi la joie de nous retrouver ensemble à B. Je puis dire que j'ai rarement vu autant d'ardeur pour l'étude que j'en trouvai chez lui. En peu de temps, il fit des progrès considérables dans l'étude de sa langue et dans celle de la

théologie, et cela, tout en continuant, autant qu'il en avait l'occasion, à travailler à l'avancement du règne de Dieu, en secondant l'œuvre de mon ministère.

Au bout de deux ans bien occupés et bien remplis, il retourna dans la Beauce, d'où on ne cessait de lé redemander. Cependant, peu après son retour, on lui suscita quelques tracasseries dont l'issue tourna évidemment à son avantage et augmenta l'influence que ses vertus chrétiennes et la pureté de son zèle lui avaient acquise. Il reprit ses travaux avec une nouvelle ardeur, peut-être même avec trop d'ardeur. Tantôt, dans un lieu et tantôt dans un autre, il prêchait chaque jour et jusqu'à trois fois le dimanche. On eût dit que sous l'influence du pressentiment de sa fin prochaine, il se hátait d'accomplir sa tâche, et que comme son soleil devait se coucher quand celui des autres s'élève encore sur l'horizon, il voulait pourtant avoir rempli l'œuvre du jour entier.

Ce fut peu de temps après son retour que quelques-uns de ses amis commencèrent à le presser vivement de se faire consacrer au saint ministère par l'imposition des mains. Je sais que pour lui il était fort éloigné d'en avoir l'envie: il continuait à se regarder comme le moindre de ceux qui servent Dieu sur la terre; la pensée de se donner un titre qu'il ne croyait pas mériter ne lui souriait nullement. Cependant, comme l'avis venait de personnes pour lesquelles il avait justement beaucoup de déférence, il crut devoir y penser. Mais le Seigneur en avait décidé autrement. La vocation de notre frère au ministère évangélique était venue immédiatement de la Providence..... Et Dieu qui ne voulait pas permettre qu'il en reçût d'autre, le rappela à Lui dans le temps où il songeait à passer en Angleterre, pour y recevoir l'imposition des mains.

Sa dernière maladie servit à faire briller les graces qu'il avait reçues. Vous ne lirez pas sans intérêt le récit touchant que me fit son épouse, trois jours après sa mort, sur les derniers momens de son bien-aimé Ferdinand. Le voici tel que je le retrouve dans une lettre qu'elle nous écrivait, sous la date du 3 nov. 1828.

« Dans la nuit du 29 au 30 octobre, il lui a pris un accès de

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