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( 37 ) nous appelle menteurs pour avoir agi ainsi; mais nous n'avons fait en cela que suivre l'exemple et les préceptes des souverains Pontifes, que nous soumettre à leurs ordres et à leurs pressantes instigations... (p. 648). »

Mais voici ce qu'il y a de plus fort et de plus naïf dans cette pièce vraiment étonnante :

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Enfin (et nous avons réservé ce conseil pour le dernier, parce qu'il est le plus important de tous ceux que nous pouvons, dans les circonstances actuelles, donner à Votre Sainteté), il vous faut veiller avec soin et travailler par tous les moyens en votre pouvoir à ce que une aussi petite portion que possible de l'Évangile surtout en langue vulgaire) se lise dans les pays soumis à votre domination et qui reconnaissent votre pouvoir. Que le peu qui s'en lit dans la messe suffise, et qu'il ne soit permis à personne d'en lire davantage. Aussi long-temps en effet que les hommes se sont contentés de cette faible portion de l'Écriture , aussi long-temps aussi vos affaires ont prospéré et vos maximes ont prévalu ; votre autorité temporelle et spirituelle a été au contraire en déclinant, du moment où le peuple a usurpé le droit d'en lire davantage. C'est ce livre, après tout, qui plus qu'aucun autre a suscité contre nous ces troubles et ces tempêtes qui nous ont mis sur le bord de l'abîme. Et il faut bien avouer que si quelqu'un l'examine avec attention, et compare ensuite en détail ce qu'il renferme avec ce qui se pratique dans nos églises , il y trouvera de très grandes différences, et verra non-seulement que notre doctrine est tout-à-fait différente de celle qu'enseigne l’Écriture, mais encore qu'elle lui est souvent entièrement opposée. Or, dès l'instant ou le peuple, excité par quelqu'un de nos doctes adversaires, aura acquis cette connaissance, les clameurs ne cesseront contre nous que lorsque tout aura été divulgué dans le public, et que nous aurons été rendus les objets de la haine universelle. C'est pourquoi il faut soustraire ces écrits aux regards du peuple; mais avec prudence et circonspection, de peur que cette mesure

axioma. Quid enim aliud quotidie inculcant nostri adversarii, quam ne latum quidem unguem licere ab his rebus, quæ Apostolis fuere in usu, recedere ? At quis est ex nostris qui non recedat sæpe quotidiè? Certe vix umbram quamdam retinemus in nostris ecclesiis ejus doctrinæ et disciplinæ quæe Apostolorum temporibus floruerunt, et prorsus aliam accersivimus.

n'excite contre nous des soulèvemens et des orages plus dangereux encore que les premiers (1). Votre légat auprès des Vénitiens, D. Johan. della Casa, archevêque de Bénévent, s'est admirablement conduit à cet égard ; car sans condamner ouvertement l'Évangile, ou ordonner qu'il fut tenu caché, il est arrivé d'une manière détournée et en usant de dissimulation, au même résultat, en improuvant dans le catalogue étendu des livres hérétiques, publié par lui, une partie du moins de la doctrine renfermée dans l'Évangile, et surtout certains chapitres qui, plus encore que le reste , sont contraires; en quoi faisant il a bien et saintement agi , quoi

nous

(1) Nos lecteurs ne nous croiraient pas si nous ne transcrivions ici les paroles mêmes des Évêques : Denique (quod inter omnia consilia, quæ nos dare hoc tempore Beatitudinæ tuce possumus, omnium gravissimum ad extremum reservavimus) occuli hic aperiendi sunt, omnibus nervis adnitendum erit, ut quam minimum Evangelii poterit (presertim vulgari linguá) in iis legatur civitatibus quæ sub tuâ ditione ac potestate sunt. Sufficiat tantilluni illud quod in Missá legi solet, nec eo amplius cuiquanı mortalium legere permittatur. Quamdiù enim pauculo illo homines contenti fuerunt, tamdiù res tuæ et sententia sucessére; eademque in contrarium labi cæperunt, ex quo ulterius legi vulgo usurpatum est. Hic ille (in summá) est liber qui præter cæteros hasce nobis tempestates ac turbines concitavit, quibus prope abrepti sumus. Et sane si quis illum diligenter expendat, deinde quæ in nostris fieri ecclesiis consueverunt singula ordine contempletur, videbit plurimum inter se dissidere, et hanc doctrinam nostram ab illá prorsùs diversam esse, ac sæpe contrariam etiam. Quod simul atque homines intelligunt, a docto scilicet aliquo adversariorum nostrorum stimulati, non ante clamandi in nos finem faciunt quam rem plane omnem divulgarint, nosque invisos omnibus reddiderint. Quare occultandæ pauculæ illæ chariæ erunt, sed adhibitá quâdam cautione et diligentiá, ne éa res majores nobis turbas ac tumultus excitet.

L'étonnement qu'excite d'abord un pareil langage cessera , et l'on comprendra comment de tels conseils ont pu être donnés en 1553 à un Pape comme Jules III, si l'on se rappelle que le Pape actuel, Léon XII, écrivait en 1824 dans la lettre encyclique qu'il a publiée à l'occasion du Jubilé de 1825 :

«Vous n'ignorez pas, vénérables Frères, qu'une Société vulgairement appelée Biblique, se répand audacieusement par toute la terre, et qu'au mépris des traditions des Saints Pères et contre le célèbre décret du Concile de Trente, elle tend de toutes ses forces et par tous les moyens à traduire, ou plutót à corrompre les Saintes Écritures dans les langues qu'en puissent dire les bavards. Un grand nombre de personnes en effet ont trouvé absurde au premier abord qu'un homme qui n'avait jamais étudié un mot de théologie se mêlât de condamner tant d'auteurs qui ont écrit sur la religion, et qu'il publiât nous ne savons quel ouvrage ayant pour titre : De la Sagesse divine ( De Arte Divinâ). Mais peu importe; ceux qui lui font ce reproche montrent qu'ils ont du temps de reste, et qu'ils sont profondément ignorans de ce qui concerne les intérêts de la Cour de Rome.... (pages 648 et 649).»

Des conseils sur les précautions à prendre dans la vente des

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vulgaires de toutes les nations; ce qui donne un juste sujet de crainte qu'il n'en arrive dans toutes les autres traductions comme dans celles qui sont déjà connues, savoir qu'on n'y trouve, par une mauvaise interprétation, au lieu de l'Évangile du Christ, l'Évangile de l'homme, ou, ce qui est pire, L'ÉVANGILE DU DÉMON.

« Plusieurs de nos prédécesseurs ont fait des lois pour détourner ce fléuu ; et dans ces derniers temps Pie VII, de sainte mémoire , a envoyé deux brefs... l'on trouve des témoignages tirés tant des divines Écritures que de la tradition, et rédigés avec soin et sagesse, pour montrer combien cette invention subtile est NUISIBLE A LA FOI ET A LA MORALE... Nous vous exhortons à éloigner avec soin et empressement vos troupeaux

de ces pâturages mortels... Que vos fidèles s'attachent exactement aux règles de notre congrégation de l'Index, se persuadent que si l'on laisse sans distinction traduire les Saintes Écritures dans les langues vulgaires, il en résultera, à cause de la témérité des hommes, PLUS DE MAL QUE DE BIEN... Voilà, vénérables Frères, lend cette Société, qui de plus n'omet rien pour l'accomplissement de

Que si quelqu'un veut chercher la véritable source de tous les maux que nous avons déplorés jusqu'ici... il se convaincra que ce fut toujours, et que c'est encore le mépris opiniátre de l'autoRITÉ DE L'Église , de cette Église qui... reconnait Pierre sur le Siege apostolique, voit et honore dans la PERSONNE DU PONTIFE ROMAIN, successeur de Pierre, celui en qui denieurent toujours la sollicitude de tous les Pasteurs et la garde des âmes qui lui sont confiées ; celui dont la dignité ne s'affaiblit pas même dans un indigne héritier...» (Lettre encyclique, etc., publiée à Paris, chez Adrien Le Clère, imprimeur de N. S. P. le Pape et de l'Archevêque de Paris. 1824. En lalin, avec la traduction en regard, pag. 21 et suivantes.)

On voit que l'on peut dire de l'Église romaine entière ce que nos Évêques de Bologne disaient dans le 16e siècle de l'Espagne en particulier: Ellen'innove rien, elle ne changerien. (Nihil innovat, nihil mutat.)

ses veux IMPIES...

indulgences et sur la nécessité de ne nommer que des évêques ignorans et dévoués à la cour de Rome (rudes ac litterarum ignari ; et cæterum rerum curiæ peritissimi , et familiæ tuæ studiosissimi sint), et d'éloigner les luthériens des conciles , et quelques réflexions sur l'Allemagne religieuse , terminent ce morceau que l'on prendrait, nous le répétons, pour une sanglante satire, si l'authenticité n'en était pas constatée (1).

Le titreoriginal est : Concilium quorumdam Episcoporum Bononiæ congregatorum , quod de ratione stabiliendæ Romanæ Ecclesiæ Julio III, Pont. Max. datum est. Ex bibliothecâ W. Crashavii , in Theol. Baccal, et verbi div. ap. Temp. Lond. Prædic,

La pièce est datée : Bononiæ , 20 octob. 1553, et signée : VINCENTIUS DE DURANTIBUS Episc. Thermularum Brixiensis ; EgiDIUS FALCETA, Episc. Caprulanus ; et GERHARDUS BUSDRAGUS, Episc. Thessalonicensis.

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(1) Le savant Llorente l'a réimprimé dans son ouvrage

intitulé : Monumens historiques concernant les deux pragmatiques sanctions. Il y a déjà quatre ans qu'il est en notre possession, et nous étions au moment de le publier, lorsque la censure de 1824 est venue nous en empêcher; depuis lors il était resté dans nos cartons. Nous consultâmes alors sur son authenticité le savant auteur du Dictionnaire des Pseudonymes , M. Barbier, qui nous répondit le billet suivant, que nous ne pouvons nous refuser de publier, parce qu'il présente une confirmation précieuse de l'authenticité du curieux document rédigé par

les évêques de Bologne :

1

MONSIEUR, Le Concilium quorumdam Episcoporum, etc., me paraît une pièce bien authentique puisque Brown déclare l'avoir trouvée non-seulement dans les oeuvres de Vergerio, mais encore dans les Lectiones memorabiles en 2 vol. in-fol., par Wolphius. Je ne connais rien contre cette pièce.

J'ai l'honneur, etc. Paris, 22 février 1824.

BARBIER.

Vente au profit de la Société des Missions évangéliques de Paris.

Le spectacle qui avait réjoui nos yeux au mois d'avril der, nier vient de se renouveler avec des résultats encore plus satisfaisans , et qui permettent les plus douces espérances pour l'avenir. La fin de l'année nous paraît de toute manière un moment bien choisi pour une vente au profit des missions. Le monde semble avoir pris à tâche d'éloigner les réflexions sérieuses que de pareilles époques devraient naturellement exciter ; il abandonne à la dissipation, à des soins frivoles , un temps qui devrait être consacré à examiner attentivement l'emploi que nous avons fait de ces heures qui se sont écoulées pour ne plus revenir, à passer en revue tant de bienfaits dont nous avons joui sans nous élever jusqu'au bienfaiteur , tant d'épreuves qui n'ont pas atteint le but pour lequel elles nous avaient été envoyées ; et ces jours qui, plus que tous les autres, devraient nous rappeler le prix du temps, sont peut-être les plus complètement perdus. C'est donc une heureuse idée que de venir réclamer quelques pensées pour les choses du royaume de Dieu, et au milieu de tant de voux et de félicitations, qui ne se rapportent le plus souvent qu'à ce monde qui passe, de fournir aux amis de la sainte cause des missions un juste motif de se féliciter les uns les autres, et de se réjouir de ce que Dieu daigne bénir si visiblement leurs humbles efforts. Nos joies n'en seraient-elles pas toujours plus douces et plus pures, si nous savions y joindre la pensée de Dieu , et si , à l'époque d'un mariage ou d'un baptême , les familles chrétiennes prenaient l'habitude de montrer leur pieuse reconnaissance par des dons à nos saintes institutions et à nos établissemens de charité. Elles remplaceraient ainsi les sacrifices de prospérité qu'offrait l'ancien peuple, par un de ces sacrifices de la nouvelle alliance auxquels Dieu lui-même a déclaré qu'il prenait plaisir.

Pendant quatre jours, les 26, 27, 29 et 30 décembre, une multitude d'objets , et principalement des ouvrages de femme de tout genre, ont été exposés aux regards dans un vaste local, situé dans un des plus beaux quartiers de Paris , et la foule s'y

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