Page images
PDF
EPUB

expression d'instance qui convienne à leur besoin d'être exaucés ; ils chantent aussi pour pouvoir par la prier tous ensemble et à la fois. La musique religieuse doit donc exprimer , de concert avec les paroles , quelque chose de grave, de recueilli, et surtout de vivement senti. Il faut que l'on

у voie des voeux ardens pour ce qu'il y a de plus sérieux au monde. On a fort peu de cette musique, et nous sommes heureux quand nous pouvons indiquer aux fidèles quelque morceau yraiment religieux. Nous nous empressons donc de leur recommander le cantique dont nous avons transcrit le titre en tête de cet article, comme réunissant les deux caractères de la gravité et de la sensibilité. Il est destiné à être cbanté dans les assemblées mensuelles de prière, et se vend au profit de la Société des Missions évangéliques de Paris. Les paroles excitent dans l'âme un vif intérêt pour ces hommes courageux et pieux qui vont porter an loin la bonne nouvelle , et que Dieu envoie afin d'être trouvé par ceux qui ne le cherchaient pas. Les dangers spirituels et corporels auxquels ils sont exposés sont peints de manière à ce qu'on ne peut prononcer sans attendrissement le dernier vers de chaque strophe :

Seigneur, nous te prions pour eux ! La musique ajoute à ces paroles tout ce qu'elle peut y ajouter; la mélodie en est simple et douce, et a le mérite de paraître inséparable des paroles. D'heureux effets 'd'harmonie lui donnent du relief et de l'onction. La dernière phrase est expressive et véhémente ; c'est le moment où l'on s'émeut après avoir analysé, où l'on crié vers Dieu en voyant toutes ces oeuvres impossibles à l'homme. Nous ne doutons pas que les fidèles ne soient édifiés et réjouis en chantant ce cantique.

LA CORNE DU SALUT, Sermon sur Luc, I. 68, 69; par Pierre Du Bosc ,

pasteur, d'abord à Caen, puis à Rotterdam; 3olivraison de la CHAIRE ÉVANGÉLIQUE ; à Paris , chez H. Servier. Prix : 50 c.

Il vient de paraître un troisième numéro de la Chaire évangélique ; il contient un Sermon de Pierre Du Bosc sur Luc. 1. 68. 69, que Du Bosc traduit selon le sens littéral du grec, suivi par nos anciennes versions : Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et racheté son peuple ; et nous a élevé la Corne de Salut daus la maison de David son serviteur ! Il ne faut pas à ce discours d'autre recommandation auprès de nos lecteurs , que le 'non de son auteur, dont nous avons donné une notice biographique, en annonçant, en 1826, la réimpression de trois de ses sermons. ( Voy. Archives , ge année , pages 529-537. ) Ils y trouveront, avec un exposé fidèle de la doctrine du salut en JésusChrist, des explications de quelques termes et passages des auteurs sacrés qui jettent du jour, tant sur des endroits particuliers de la Bible, qu'en général sur l'importante question des rapports de l'Ancien-Teslament au Nouveau. Telle est, entre plusieurs autres, l'interprétation du mot de Corne, dans les diverses acceptions où les auteurs sacrés s'en sont servis.

Du Bosc trouve dans le cantique de Zacharie une preuve très sensible de celte vérité que Jésus-Christ est Dieu ; c'est que le même nom,

celui de Seigneur, y est donné, d'abord à Dieu (v. 68), et ensuite à JésusChrist (v. 76). Il eût pu en trouver une autre ; plus palpable encore, dans l'annonciation de l'ange à Zacharie : Il (Jean-Baptiste) convertira beaucoup des enfans d'Israël au SeigneUR LEUR Dieu; et il marchera devant lui, dans l'esprit et la puissance d'Élie pour préparer au SerGNEUR un peuple bien disposé (Luc, 1, 16. 17.); par où l'on voit que le Seigneur, devant qui Jean-Baptiste devait marcher, et à qui il devait préparer les voies (et à ces traits qui ne reconnaît Jésus-Christ?) est le Dieu d'Israël. Un enfant tirera cette conséquence. Mais hélas! les sages et les intelligens de la tireront peut-être pas.

chez

CORRESPONDANCE ENTRE John SHEPPARD ET LORD BYRON. Paris,

H. Servier, rue de l'Oratoire, u• 6. Prix: 25 c.

Cette brochure est la réimpression d'un article inséré dans notre livraison de janvier 1826. Elle se compose d'une lettre écrite à lord Byron par M. John Sheppard, manufacturier anglais, pour lui apprendre qu'il a trouvé parmi les papiers de sa femme, morte depuis peu, une prière en sa saveur, dans laquelle elle demande à Dieu de lui faire connaître le prix de la religion; et de la réponse de Byron qui, nous assure-t-on, a dit, au sujet de la lettre de M. Sheppard, que s'il l'avait reçue quelques années plus tôt, elle aurait probablement douné une tout autre direction à son esprit et à sa vie. Celle Correspondance n'a été tirée qu'à cent exemplaires.

Médaille d'Oberlin. — M. Kirstein fils, de Strasbourg, vient de faire paraître une médaille de dix-huit lignes, portant d'un côté l'effigie trèsressembļante du pasteur Oberlin , et de l'autre ces mots : La mémoire du juste sera en bénédiction. Elle se trouve chez H. Servier. Prix: 6 fr. Nous rappelons à cette occasion à nos lecteurs, qu'il reste encore chez le même libraire quelques exemplaires de la Notice sur. J.-F. Oberlin (prix : 1 fr. 25 c.), extraite des Archives du Christianisme, et augmentée d'un appendice : elle est ornée de son portrait. Cette Notice a été traduite en allemand par M. Krafft, de Strasbourg, et on nous assure que sa traduction a déjà été réimprimée à Bâle, à Nuremberg et à Berlin.

BIOGRAPHIE RELIGIEUSE.

NOTICE BIOGRAPHIQUE sur Auguste-Hermann FRANCKE, pasteur et professeur de théologie à l'Université de Halle, mort le 8 juin 1727.

Luther avait opéré la réformation, en établissant la doctrine de la justification par la foi en Jésus-Christ, qu'il avait reconnu être la doctrine fondamentale de l'Écriture sainte, et en ramenant ainsi l'Église de son temps sur l'antique base de l'Église primitive; mais les hommes qui succédèrent en Allemagne aux réformateurs, à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle, au lieu d'être animés de leur esprit, et de travailler à l'avancement du règne de Dieu en prêchant comme eux avec force les grandes vérités de l'Évangile, ne s'occupèrent que de questions de détail, et passèrent inutilement leur vie en de petites controverses qui s'é levèrent au sein de leur propre Église , ou que celle-ci soutint avec l'Église romaine. Ne possédant qu'une orthodoxie froide et sans vie, ils maintenaient avec un zèle souvent amer les doctrines luthériennes, sans savoir faire, comme Luther, l'application pratique de ces mêmes doctrines. La polémique avait tellement envahi la théologie , que dans les Universités les plus célèbres, les leçons étaient presque uniquement dirigées dans ce sens , et qu'on n'y songeait à rien moins qu'à une étude approfondie de la Bible; le goût de cette étude était même si peu répandu, qu'Olearius ne put réussir à établir à Leipsick un cours d'exégèse, et que le savant Carpzov, qui avait commencé à donner des leçons sur le livre du prophète Esaïe, dut les borner, faute d'auditeurs, à l'explication du premier chapitre. Les pasteurs qui avaient fait leurs études à des Universités ainsi conduites, au lieu d'annoncer cette Parole , qui est vivante et efficace, et plus pénétrante qu'aucune épée à deux tran1829.

4

12 année.

[ocr errors]

chans, et qui atteint jusqu'au fond de l'âme et de l'esprit(Héb., IV, 12), ne savaient porter en chaire que des discussions scolastiques, sans importance et sans fruit; aussi les églises confiées à leurs soins dépérissaient-elles, faute de nourriture.

Cet état de choses ne pouvait durer; il fallait y porter reméde. Dès le milieu du dix-septieme siècle, Georges Calixte, professeur à Helmstaedt, s'occupa de réformer l'enseignement théologique. Vers le même temps, se manifesta chez beaucoup de laïques un besoin plus grand de s'occuper de la religion et de vivre selon la piété : ne trouvant rien pour leurs âmes dans les sermons de la plupart des prédicateurs, ils avaient cherché à suppléer par leurs propres efforts au manque de bonnes instructions pastorales , et avaient quelquefois été entraînés , faute de lumières , à adopter des opinions erronées et bizarres. Jean Arnd, Jean Gerhard, Valentin Andreae, et quelques autres ecclésiastiques animés du véritable esprit de l'Évangile, ayant alors commencé à prêcher, ils n'eurent pas de peine à rallier autour d'eux tous ces fidèles épars. Ces hommes excellens ne purent toutefois que préparer les voies à une amé-. lioration plus réelle; c'est à Spener qu'il était réservé de débarrasser la théologie des débats scolastiques, et de la ramener à l'Écriture sainte. Il fit voir que, pour être théologien , il faut avoir puisé soi-même sa doctrine dans la Bible , et qu'on ne peut annoncer l'Évangile avec fruit qu'après en avoir ressenti l'efficacité dans sa propre âme. S'élevant avec force contre le genre de prédication en vogue de son temps, il soutint que les prédicateurs ne devaient jamais monter en chaire pour faire admirer leur talent, mais pour convaincre le peuple, par des discours simples et intelligibles, des vérités capitales du christianisme, de la corruption de l'homme, de la rédemption qui lui est offerte, et de la sanctification à laquelle il est appelé. Spener désirait d'ailleurs ne pas influer seulement sur les théologiens; il voulait faire sentir à tous les chrétiens l'importance de leur vocation, et s'attacha , dans ce but, à tirer de l'oubli où elle était tombée dans ces temps de desséchement, une doctrine essentielle du christianisme primitif, celle du sacerdoce auquel sont appelés tous les chrétiens, qui, par leur union avec Christ,

[merged small][ocr errors]
[ocr errors]

leur pontife et leur médiateur, peuvent s'approcher librement de Dieu par lui, et lui offrir leur vie entière en sacrifice d'actions de grâces. Il tint à Francfort, sous le nom de Collegia pietatis, des réunions auxquelles assistaient les membres les mieux disposés de son troupeau, et où il cherchait à les préparer à devenir un jourle levain qui doit faire lever toute la pâte. Mais c'est surtout à Berlin que son influence fut grande, par la part qu'il eut à la formation de la faculté de théologie de la nouvelle Université de Halle, qui fut tout entière composée de professeurs chrétiens. Il va d'ailleurs sans dire que ses efforts rencontrèrent une grande opposition : on le décria , ainsi

que ses disciples, sous le nom de Piétistes, et il fallut bientôt tout le courage que donne la conviction, pour professer ouvertement la croyance à la nécessité de cette vie intérieure, que Spener recommandait sans cesse. C'est de l'un des hommes qui partagèrent le plus ses convictions, et qui travaillèrent le plus à les répandre, que nous voulons nous occuper dans cette notice; et c'est afin que l'on puisse mieux comprendre son histoire, que nous sommes entrés dans les détails qui précèdent sur le temps où il vécut.

Auguste-Hermann Francke naquit à Lubeck le 23 mars 1663. Il perdit de bonne heure son père, qui était jurisconsulte, et qui parait avoir joui d'une considération méritée. L'éducation du jeune Francke ne fut pas négligée, quoiqu'il fût privé des soins paternels : il étudia successivement dans le college de Gotha, à l'Université d'Erfurt et à celle de Kiel, où il passa trois ans, et dirigea toutes ses études vers la théologie, ayant de bonne heure résolu de se vouer au saint ministère. Ses professeurs lui avaient dit que le grec et l'hébreu étaient comme les deux yeux de la théologie (uterque oculus studii theologici); il possédait la première de ces langues , mais n'avait encore fait que peu de progrès dans la seconde. A sun départ de Kiel, il passa à Hambourg ou demeurait alors le célèbre hébraïsant Esdras Edzardi, dont la grande réputation attirail des auditeurs de toutes les parties de l'Allemagne. En étudiant la Bible dans un but philologique, il y avait puisé la connaissance de la vérité, et avait regardé dès lors, comme l'un des

[ocr errors][ocr errors]
« PreviousContinue »