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Sur le rapport de notre Ministre Secrétaire d'Etat au département de l'Instruction publique;

Vu les ordonnances royales des 29 février 1816, 8 avril 1824 et 21 avril 1828, relatives aux Ecoles primaires ;

Les projets de statuts d'une Société formée pour l'encouragement de l'instruction primaire parmi les protestans de France,

Le projet de réglement adressé à notre Ministre de l'Instruction publique, le 2 juin 1829, par les sieurs marquis de Jaucourt, comte Verhuell, baron Delessert et autres,

De l'avis du Comité de l'Intérieur et du Commerce,
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Art. ter. La Société d'encouragement pour l'instruction primaire parıni les protestans est reconnue comine établissement d'utilité publique. Les statuts de ladité Société, dont un exemplaire restera annexé à la présente Ordonnance, sont et 'demeurent approuvés.

Il n'y pourra être fait aucun changement sans notre autorisation.

Art. 2. Pour la fondation, l'organisation et la direction de ses Ecoles, ladite Société sera tenue de se conformer aux lois, ordonnances et réglemens relatifs à l'instruction primaire

.. Art. 3. Notre Ministre Secrétaire d'Etat au département de l'Instruction publique est chargé de l'exécution de la présente Ordon

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nance.

"Donné en notre château de Saint-Cloud, le 15e jour du mois de juillet de l'an de grâce mil huit cent vingt-neuf, et de notre règue le cinquième.

Signé, CHARLES.

Il est doux de penser qu'après Dieu, c'est à 'nos Sociétés religieuses que nous devons la formation de cette nouvelle Société. La distribution des "Bibles et des traités religieux a manifesté le besoin d'instruction primaire dans nos Eglises plus clairement qu'il ne l'avait jamais été. La Société a été formée à l'époque où les assemblées générales des Sociétés religieuses avaient attiré à Paris un grand nombre de nos pasteurs des départemens. Enfin l'esprit d'association implanté et développé en France par ces Sociétés, à préparé les esprits à approuver et à soutenir la Société nouvelle ; c'est ainsi que s'il est vrai, selon l'expression du psalmiste, qu'un abíme appelle un autre abîme , il est vrai aussi que le bien appelle et engendre le bien. Ne nous relâchons donc point en faisant le bien, car nous moissonnerons en la propre saison , si nous ne nous relâchons pas. » (Gall. vi, 9.)

CANTON DE VAUD.

Expulsion de M. Hann, docteur en philosophie. Voici un fait qui montre que, même dans les rapports de particulier à particulier, on est atteint par l'inquisition du Canton de Vaud. M. Hahn, docteur en philosophie et ministre du saint Evangile à Stuttgard, demeurait depuis un an à Lausanne, où il était attaché à une maison d'éducation; ayant été appelé à fournir à la Gazette ecclésiastique de Darmstadt, des renseignemens sur les troubles religieux de la Suisse, il lut toutes les brochures auxquelles ils ont donné lieu, et en particulier les écrits de M. le doyen Curtat, dans lesquels il crut trouver la première cause des persécutions du Canton de Vaud. Il écrivit en conséquence à M. Curtat une lettre, que nous avons lue : il y disoute sans aucune aigreur quelques-uns des principes énoncés dans ses ouvrages, et termine en le priant d'employer toute son influence auprès du Gouvernement à obtenir à son pays une entière liberté de conscience et de culte. Nous ignorons si c'est dans ce but que M. Curtat remit la lettre de M. le docteur Hahn au Gouvernement; du moins est-il certain qu'il ne l'a pas atteint; car le Conseil d'Etat a fait signifier à celui-ci, par l'entremise de M. Gaudin, chez qui il demeurait, l'ordre de quitter le canton au plus tard en dix jours. M. le docteur Hahn devait désirer de pouvoir justifier, auprès du consistoire dont il dépend, les causes de son expulsion : ne se contentant donc pas d'un ordre qu'on lui faisait transmettre verbalement, il écrivit à M. le syndic de Lausanne pour lui demander un ordre écrit, et de plus un témoignage sur ses mæurs et sa conduite pendant son séjour à Lausanne. Il n'en reçut que la réponse suivante : Le syndic de Lausanne à M. C. A, Hahn, à Lausanne.

Lausanne, 28 avril 1829. Monsieur, Vous trouverez ci-après copie d'une lettre que je viens de recevoir, au contenu de laquelle vous voudrez bien vous conformer. Recevez, Monsieur , mes salutations. coquia

Signé : SECRETAN, Syndic.

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d'adresser à tous les chefs de famille de son troupeau la circu-, laire que nous allons transcrire, et qui fera connaitre à nos lecteurs le véritable objet de ce débat:

A Messieurs les chefs de famille de la paroisse de Saligny. « Messieurs et chers paroissiens,

« Un article de journal, dirigé contre le ministère que j'exerce au milieu de vous, vient de donner une publicité fâcheusc à des circonstances dont j'aurais préféré n'avoir point à vous entretenir.

« J'ai cru devoir apporter tant de discrétion dans toute cette affaire, et j'ai craint tellement jusqu'à l'apparence d'avoir voulu me faire au milieu de vous une espèce de parti, que jusqu'à ce jour il n'y avait encore après six semaines, dans toute la paroisse, qu’une seule personne à qui ma famille ou moi nous en eussions parlé. Je pense maintenant que la publicité qu'on vient de lui donner fait un devoir à votre pasteur de vous en rendre compte simplement et en peu de mots.

« Je souhaite vivement que ma conduite soit approuvée de vous; mais Dieu m'est témoin que c'est avant tout à lui que je regarde , et que le plus profond désir de mon âme est d'être trouvé lui avoir été fidèle dans cette paroisse , lorsqu'il voudra m'en retirer, soit par la mort, soit autrement.

« Il y a plus de quatorze ans que j'ai le bonheur d'exercer parmi vous les douces fonctions d'un pasteur. Durant ce long ministère, je n'ai point cessé de vous annoncer en paix les vérités qu'on a prêchées dans l'Église de Genève depuis les jours de la Réformation jusqu'au milieu du siècle passé, et que vous avez eu l'inestimable privilége d'entendre exposer avec tant d'onction, pendant trente années, de la bouché de mon prédécesseur, mon père et le vôtre, le vénérable M. Cellerier.

« Les plus importantes de ces doctrines sont en particulier les quatre vérités suivantes, savoir : que l'homme est tombé dans un état de péché et de condamnation; qu'il ne peut être justifié que par la foi au sang de Jésus-Christ, notre Sauveur; que personne ne. peut voir le Royaume de Dieu, s'il n'est régénéré par le SaintEsprit; et qu'il n'y a qu'un seul Dieu, créateur éternel et tout-puissant, le Père, lc Fils et le Saint-Esprit.

a Or, ces quatre doctrines ayant été retranchées du catéchisme actuellement en usage dans les écoles; et ce livre étant d'ailleurs 1830. . 13° année.

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fatigant à apprendre pour les enfans de nos campagnes, qui n'en comprennent pas bien le langage, et qui n'en conçoivent plutôt que le dégoût de la religion, j'ai préféré ne leur faire étudier et ré.citer que la sainte Bible, et j'ai cru ne devoir les exhorter et les instruire que sur cette pure Parole de Dieu.

« Il y a ouze ans, vous le savez, que j'ai constamment suivi cette inéthode dans ma leçon de midi à une heure; il y a un an que je l’emploie au service du temple, de une heure à deux; et il y a trois ans que j'en fais usage aussi dans l'instruction de mes catéchumènes.

« L'enseignement religieux étant, dès son principe, soumis à la direction de chaque pasteur dans sa paroisse; la plupart de messieurs les pasteurs n'employant jamais le catéchisme dans leurs instructions particulières; et la Compagnie ayant formellement déclaré qu'elle renonçait à toute confession de foi, et qu'elle n'en avait d'autre que la Sainte-Écriture, j'ai pensé et je demeure eneore dans cette persuasion, que j'étais parfaiteinent en droit d'agir comme je l'ai fait pour le bien de vos enfans.

« Il ne s'agit point ici d'une question de simple discipline; c'est uniquement une affaire de foi; c'est entièrement une question de doctrine.

« Et si l'on veut replacer dans notre catéchisme les quatre vérités fondamentales qu'on en a fait sortir, ou nous redonner celui qui s'apprenait dans nos Églises, il y a cinquante ans, je n'hésiterai pas un seul instant à le recevoir dans un esprit de déférence et de paix, bien que l'expérience la plus complète m'ait persuadé que l'emploi de la Bible est préférable encore à celui du meilleur catéchisme.

« Vous aurez appris que cette affaire occupe maintenant la Compagnie des pasteurs. J'en attends le résultat avec calme, parce que je l'ai remis tout entier à Celui pour l'amour duquel je suis venu parmi vous.

« Je désire, messieurs et chers paroissiens, pouvoir dire comme l'apôtre Paul, que je ne fais cas de rien et que ma vie ne m'est point précieuse, pourvu qu'avee joie j'achève ma course et le ministère quej'ai reçu du Seigneur Jésus, pour rendre témoignage à la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. Je désire pouvoir ajouter comme lui que je suis net du sang de vous tous.

« Il ne me semble pas avoir besoin de vous exprimer mon attachement pour vous. C'est aux faits de le dire, plus qu'à la bouche

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J'espère qu'ils le diront. Je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce. Agréez devant lui ces voeux ardens,

« De votre dévoué pasteur,

« GAUSSEN. Satigny, le 22 oc!obre 1830. « P. S. Je dois ajouter, messicurs, que l'auteur de l'article de journal auquel j'ai fait allusion, a été mal informé. Je n'ai pas eu, jusqu'à ce jour le moindre rapport avec le Consistoire sur l'objet dont il a voulu parler, et je ne me suis point opposé à ce qu'on récitât le catéchisme à l'école; je me borne à n'en vouloir pas faire usage' moi-même avec vos enfans ; c'est ce qui le leur a fait abandonner. »

Ajoutons que M. le pasteur Gaussen a reçu dans ces pénibles circonstances les témoignages les plus touchans et les mieux mérités de l'affcction de ses paroissiens, et que les anciens de son Eglise ont déclaré à la Compagnie, au nom de la paroisse, qu'elle est pleine de confiance dans ses enseignemens.

Nous pourrons quelque jour revenir sur l'histoire du caléchisme qui a fait l'objet de ces débats, et montrer comment il a été substitué, il y a environ 50 ans, au catéchisme évangélique qui avait été jusqu'alors en usage, et qui est encore le catéchisme légal dans le canton de Genève, suivant les ordonnances ecclésiastiques formellement maintenues par l'art. 2, titre XI, de la constitution qui regit la république. Nous pourrons demander alors de quel droit la majorité de la Compagnie prétendrait imposer à un pasteur un catéchisme qu'elle croit pouvoir changer quand et comme bon lui semble, et faire voir qu'en refusant de se servir du catéchisme désévangélisé en usage aujourd'hui, M. Gaussen est dans la loi et dans son droit. Outre cela, la Compagnie se met en contradiction avec ses propres principes, en voulant enjoindre l'emploi de son catéchisme. Prétendre, comme s'est évertué de le faire l'auteur des articles fournis au Journal de Genève, que la question présentée est purement une question de discipline et ne touche en rien à la conscience ni à la doctrine, est une thèse impossible à soutenir. On n'a, pour s'en con

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