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REVUE LITTÉRAIRE ET RELIGIEUSE. 1

I. HistoIRE DES INSTITUTIONS DE MOÏSE ET DU PEUPLE HÉBREU, par

J. SALVADO?. 3 vol. in-8°. Paris, 1328, chez PONTHIEU ET Cie,

et chez H. SERVIER , rue de l'Oratoire n° 6. Prix : 21 fr. Il. Jésus DEVANT CAÏPHE ET Pilate, Réfutation du chapitre de M. SALVADOR intitulé : JUGEMENT ET CONDAMNATION DE JÉSUS ;

M. DUPIN AINÉ, avocat et docteur en droit. Br. in-12, de 120 pages. Paris, 1828. Chez Paul LEDoux et chez H. SERVIER. Prix :1 fr. --Se vend au profit des pauvres.

par

Nous ne sommes pas fâchés d'être appelés à exprimer notre opinion sur un sujet aussi important que celui de l'authenticité du Nouveau-Testament, en ce qui regarde l'histoire de la mort du Sauveur du monde ; car si la foi était ébranlée sur un point aussi essentiel , il importerait peu quel degré de confiance l'Évangile mérite sur d'autres sujets. Peut-être y auraitil bien des choses à dire sur la manière dont on a donné de la publicité à la discussion dont il s'agit ; ainsi , par exemple, nous n'avons certes pas été édifiés en voyant affichés aux coins des rues et dans les lieux les plus fréquentés, des placards en gros caractères portantcette inscription: Procès de Jésus-Christ, et celle-ci : Jésus et Caïphe. Comme protestans, nous en aurons peut-être éprouvé plus de peine que nos frères d'une autre communion; accoutumés, comme ils le sont, à voir les gravures les plus grossières et les images les plus dégoûtantes de Celui que nous croyons, avec M. Dupin, être l'Homme-Dieu, de Celui qui est l'auteur de notre salut et l'objet de notre adoration , ils ont peut-être été moins blessés que nous du genre de publicité qu'on a donné à des opinions particulières sur les circonstances qui ont amené la mort de notre Rédempteur ; mais il nous semble que tous les gens pieux et même que tous les gens de bon goût penseront, comme nous, qu'on ne doit pas faire figurer l'annonce de discussions aussi solennelles, et aussi sacrées pour la masse des citoyeris, à côté des affiches des Mémoires de la Contemporaine et des Révélations de Vidocq.

Quant à la discussion elle-même, nous nous félicitons qu'elle ait eu lieu. Nous sommes amis de l'examen le plus étendu et le plus profond des sujets qui forment les bases de notre foi ; notre principe est , qu'il faut laisser parler les adversaires : la religion de Jésus-Christ n'a jamais rien perdu, et elle ne per. dra jamais rien par les attaques et les sophismes des incrédules et des profanes; nous sommes même convaincus que plus un peuple est réellement instruit, que plus les hommes de lettres, les ministres de la religion et la population en général , examinent et veulent connaitre , plus aussi les sentimens et les habitudes chrétiennes s'étendent et se consolident. Quand même tel ou tel ouvrage dépasserait les bornes d'une sage et franche discussion, quand même leurs auteurs tomberaient dans la licence et causeraient du scandale, notre opinion n'en serait pas ébranlée; nous savons désapprouver les motifs et les efforts, être indignés de l'ignorance, de la témérité ou de l'hypocrisie de ceux qui cherchent à ébranler les espérances et à accomplir la séduction d'une multitude qui n'est, hélas ! que trop disposée à rejeter le frein et les devoirs qu'impose la Révélation divine; mais nous n'avons pas besoin du bras séculier pour nous venger des successeurs des Scribes et des Pharisiens

; nous ne voulons pas , comme les ennemis du Sauveur, frapper nos adversaires sur la bouche. La liberté de la parole et de la presse, le jugement des gens éclairés, les travaux des hommes instruits par le Saint-Esprit et remplis de la charité de l'Évangile, enfin la marche de la Providence vengeront bientôt les affronts faits à Dieu et les attaques dirigées contre les vérités les plus importantes pour l'humanité : les preuves en faveur de l'Évangile seront accumulées, jusqu'à ce qu'elles écrasent le sceptique sous les ruines de sa présomption. L'événement qui nous occupe en est une preuve nouvelle.

M. Salvador, dans trois volumes dont le but avoué est de représenter Moïse comme un législateur éclairé et libéral, mais dont la tendance est en même temps de décréditer le christianisme, consacrc un certain nombre de pages à prouver et, à ce qu'il soutient, à prouver d'après les évangélistes cura mêmes, que notre Sauveur a été légalement condamné; il pré-. tend qu'il n'y a rien de remarquable dans les souffrances de Jésus ; que ses ennemis , ses juges étaient des hommes sages , impartiaux, vertueux, religieux, et qu'en conséquence l'his-, toire de l'Évangile n'est pas vraie dans son effet sur nos esprits, que nous nous trompons entièrement et sur les faits et sur les sentimens qu'ils doivent exciter en nous,

Eh bien, avant qu'aucun théologien proprement dit ait, eu le temps de lire le travail de M. Salvador et d'y préparer une réponse, M. Dupin, savant jurisconsulte, avocat célèbre, défenseur-né de la liberté, législateur habile et orateur accompli , que dirai-je, l'un des hommes les plus distingués de son pays et de son temps , publie une réfutation victorieuse, préparée il y a déjà plusieurs années, de tous les raisonnemens, ou plutôt de toutes les assertions de M. Salvador, Non-seulement il répond d'une mani re supérieure à cette partie de l'ou-. vrage en question , et il détruit toute confiance en un auteur; dont l'incapacité ou la prévention est si patente, mais encore il rend témoignage à l'authenticité de nos saints livres, et déclare qu'il adopte le grand mystère de la foi chrétienne , la divinité de notre Rédempteur, Jésus de Nazareth. Nous remercions M. Dupin d'avoir fait paraître si promptement sa répon-, se, et quoique nous ayons admiré depuis long-temps, ses talens et l'emploi qu'il en a fait pour la justice et la liberté, quoique nous ayons reconnu avec gratitude les grands et nombreux services qu'il a rendus à ces belles causes, nous croyons qu'il n'a jamais rendu à sa patrie et à la cause de la liberté civile et religieuse un service aussi grand que celui qu'il vient de lui rendre en montrant combien sont importantes la connaissance et la méditation de la Parole sainte, combien sont spécieuses les objections de l'incrédulité et comment un véritable savoir peut s'unir à une humble acceptation des vérités de l'Évangile, l'esprit d'examen à une foi réelle aux faits et aux mystères du christianisme. Je n'ai

passer en revue les trois volumes de M. Salvador, mais il est peut-être nécessaire de montrer à nos lecteurs que le même esprit de légère:é, la même inexactitude dans les faits , le même désir de saper et de renverser la religion chrétienne que nous allons signaler dans son chapitre sur la condamnation de notre Seigneur Jésus-Christ caractérisent tout son travail. Les institutions des Hébreux ont été examinées et expliquées avec tant d'habileté et de fidélité, il y a tant de sources d'instruction sur ces matières, que nous ne devons pas être surpris que M. Salvador n'ait pas présenté dans son ouvrage beaucoup de choses nouvelles, ou que du moins nous ne devons pas le lui reprocher; mais à défaut de nouveaux faits historiques ou de détails curieux et inconnus, nous avons trouvé une abondance prodigieuse d'assertions hasardées et d'explications absurdes. Pour faire connaître le genre de M. Salvador, nous citerons son récit de la ortie des Hébreux hors d'Égypte, qui sert d'introduction aux lois et aux institutions que Moïse donna aux Juifs. Après nous avoir appris que Moïse, «devenu pasteur de son beau-père, promenait # sa science et ses méditations dans les vallées du Sinaï et d'Hoa reb, et sur les bords de la mer Rouge, et que la solitude et « l'observation continuelle de la nature portèrent au plus haut

pas l'intention de

degré son enthousiasme , le jetèrent dans de fréquentes ex« tases et imprimèrent à son imagination la teinte poétique qui a se réfléchit sur toute sa vie , » M. Salvador nous dit, que son héros « se proposa non-seulement de rendre la liberté à ses

frères, mais de former un peuple qui deviendrait à jamais « l'étonnement, et peut-être un jour le type des nations. » M.Salvador nous assure ensuite que Moïse, uniquement a par son

génie » (car il ne tient aucun compte de sa vocation divine, ni des miracles opérés par lui), « sut fléchir le monarque égyp« tien qui se sentait captivé par l'ascendant qu'un homme si « supérieur peut acquérir sur un esprit vulgaire, et qu'il laissa

partir tout le peuple. » Selon notre auteur, cet ascendant n'empêcha pas cependant l'esprit vulgaire de Pharaon « de « brûter bientôt d'assouvir sa vengeance; et quoiqu'il eût con« senti à laisser partir les Hébreux , il se mit à leur poursuite. « Mais tandis qu'il assemblait son armée et ses chariots de a guerre, » continue son historien moderne, « les Hébreux

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a nouvelle. Ainsi M. Salvador prendra les faits qui lui convicnnent ou qu'il peut manier à son gré; mais, s'il arrive qu'ils sont trop rebelles pour être dressés et mis en ligne, alors il profitera de la réserve qu'il a faite, il nous dira sur tel ou tel point que

l'histoire n'est plus une autorité pour lui. Nous donnerons ici un exemple de sa manière de profiter de son plan. « Quant aux « mauvais traitemens qui suivirent la sentence de mort proa noncée contre Jésus, » dit-il, « ils sont contraires à l'esprit a de la loi hébraïque, » (c'est précisément ce dont nous nous plaignons)« et ce n'est pas dans l'ordre de la nature » (ce n'en est donc que plus criminel) « qu'un sénat composé des hommes les « plus respectables d'une nation, » (dans quel état de dégradation n'était pas alors la nation juive) « qu'un sénat qui se trompe peut-être ; » (qui cherche plutôt à tromper) « mais qui pense

agir légalement » (qui ne pense qu'à atteindre son but), « ait a permis de pareils outrages envers celui dont il tenait la vie a entre ses mains. Les écrivains qui nous ont transmis ces dé« tails, n'ayant pas assisté eux-mêmes au procès , ont été dis

posés à charger le tablean, soit à cause de leurs affections « propres, soit pour jeter sur les juges une plus grande défa« veur. » Nous parlerons plus tard de cette accusation intentée aux écrivains sacrés, et ne voulons en ce moment que signaler la manière que M. Salvador a adoptée pour se servir d'une autorité à deux fins. Pour nous, nous nous servons des mêmes. bases que M. Salvador; seulement, nous tenons compte de l'occasion, des motifs, des circonstances, enfin, de tout ce qui peut éclaircir d'histoire des détails de ce jugement, objet des prophéties et fondement de la foi. Et d'abord, il est clair que tous les apôtres, les évangélistes et leurs disciples, avaient une conviction tout-à-fait différente de celle de M. Salvador; ils étaient convaincus que leur Seigneur avait été injustement et malicieusement condamné. L'apôtre saint Pierre, au jour de la Pentecôte, s'écrie publiquement : « Vous l'avez pris et « mis en croix, et vous l'avez fait mourir par les mains des ini« QUES! » (Actes 11, 23), et il ajoute : «Que toute la maison « d'Israël sache donc certainement que Dieu a fait Seigneur et « Christ ce Jésirs que vous avez crucifé. (Actes 11, 36. De plus,

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