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après la guérison miraculeuse d'un boiicur, opérée par Pierre et Jean, qui, quoi qu'en dise M. Salvador, avaient assisté ious deux au jugement, ces apôtrès dirent à la multitude qui courut à

eux au portique qu'on appelle de Salomon : « Le Dieu de vos pères à glorifié son fils Jésus, que vous avez livré el que vous « avez renie devant Pilate, quoiqu'il jugeât qu'il devait être délia vré ; mais vous avez renié LE SAINT ET LE JUSTE et vous avez de" mandé qu'on vous relâchât un meurtrier ; vous avez mis à mort * le prince de la vie , lequel Dien a ressuscité des morts, de quoi a nous sommes témoins (Actes 111, 13-15) ». Saint Étienne, en présence même du conseil, et en face du souverain sacrificateur, s'écrie : « Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils pas persécuić? « ils ont meme lué ceux qui ont prédit l'avénement du juste, duquel « maintenant vous avez été LES TRAÎTRES ET LES MEURTRIERS(Actes vir, « 52). » Ces paroles enflammèrent la colère de ses juges ; ils grincèrent des dents contre lui, et cette franchise coûta la vic à celui qui la manifesta sans autre nécessité que celle de sa conviction. Sans doute, la profession de foi de M. Salvador peut être aussi sincère ; mais il lui en coûtera beaucoup moins, et le développement des Apôtres persécutés et souffrant le martyre, du vivant de ceux qui avaient pris part à la honteuse condamnation de Jésus de Nazareth, était bien moins après coup que l'ouvrage que M. Salvador publie mille huit cent vingthuit ans après l'événement.

Après avoir montré sur quelle espèce d'autorité il appuie ses opinions, M. Salvador nous présente l'histoire de la vie du Sauveur, mais sans parler d'aucun des événemens qui donnent à cette vie son caractère et son importance, et qui devaient élre pris en grande considération par un tribunal compétent et juste. Un Messie avait été promis; il était attendu, et cela non-seulement par les Hébreux, mais aussi par les Gentils. Des prophéties reçues comme telles avaient été faites sur ce point, et étaient devenues familières à tous les Juifs, avant même

que Jésus-Christ eût pu faire valoir ses droits. Ces témoignages prophétiques s'étaient accumulés en sa faveur, et ils lui furent appliqués par les Juifs et par d'autres Orientaux. Des visions miraculeuses , de nouveaux dons prophétiques, des songes, des

1829. – 12° année.

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visites d'anges, genre de témoignages toujours admis par les Jlébreux et depuis long-temps suspendus, avaient recommencé. Remarquons ici, en passant, que tous ces faits, et le genre d'évidence qui en découle sont aussi positifs que les lois et les institutions mêmes dont M. Salvador a compilé l'histoire. La lumière céleste qui attira les mages à Jérusalem et les guida à Bethlehem, avait fait parler de Jésus, et les esprits s'occupaient tellement du roi des Juifs qui était né, qu'Hérode en fut troublé et tout Jérusalem agité. Siméon et Anne rendirent dans le temple même un témoignage public à cet enfant, disant qu'il était le Messie, le Prince d'Israël. Le ministère de Jean-Baptiste sut aussi un événement lié tout entier avec la vie de JésusChrist; Jésus lui-même n'était pour rien dans tous ces mouvemens extraordinaires; seulement, il herita de cette masse d'évidence qui lui avait été préparée, qu'on aurait dû prendre en considération lors de son procès, et que M. Salvador aurait dû aussi présenter dans sa vie. Les antécédens avaient d'autant plus d'importance , qu'il n'était pas ici question du caractère moral, mais d'une qualité publique, d'un titre positif qui ne pouvait être établi que par un certain genre de témoignages. Jésus prétendait, en en appelant à ces témoignages, être le Messie; eh bien! il fallait ou que les Juifs renonçașsent entièrement à leur attente d'un Messie , ou qu'ils examinassent ce, qui devait légitimer ce Messie : sans cela , quand le véritable Messie serait venu, on aurait pu l'assassiner de même que Jésus. M. Salvador parle en quelques lignes de la naissance miraculeuse de Jésus-Christ ; mais il a soin d'en parler de manière à prévenir le lecteur contre la réalité de ce fait, et à mettre en crédit les sentimens et la conduite de ses juges. L'incarnation du Sauveur n'avait cependant jamais été diseulée ni présentée d'une manière défavorable par ses ennemis eusmèmes; on avait reçu Jésus, et M. Salvador le reconnait, pour un grand prophète. Nous faisons cette remarque pour inone,

M. Salvador a usé de ses matériaux, ou avec une.coupable partialité, ou avec une légèreié extrême.

Notre auleur convient ensuite que Jésus-Christ a montré « de bonne heure unc sagesse et une sagacité surprenantes; qu'il

trer que

* prononça des censures contre des villes ontières, et lohnd « contre les chefs du peuple avec véhémence; que le peuple sé w plut à le considérer comme un prophète; qu'il prêchait dans « lesvilles et les campagnes, qu'il s'entourait de disciples, etque

les chefs se turent tant qu'il resta dans le droit. « Nous sommes donc fondés à croire que jusqu'à une certaine époque et au milieu de sės grands travaux , il n'a pas donné lieu à l'autorité de l'inquiéter, ni de le saisir. Malheureusement M. Salvador ne précise rien ; il oublie même de mettre en ligne de compte les miracles de notre Sauveur, qui mériteraient, au vioins autant que ses discours, de fixer l'attention, puisqu'ils reposent sur l'autorité de la même histoire, et qu'ils sont des faits et non pas des paroles. Il ne nous dit pas les dates de ces travaux publics de Jésus, ni à quelle époque its cessèrent d'être faits sous l'égide de la loi, ni quand Jésus commença d'une manière illegale à déclarer sa qualité de Messicét de Fils de Dieu! D'après M. Salvador', '11 semble que cela n'est arrivé qu'un peu avant son arrestation dans le jardin de Gethsémané; mais il est clair que ce n'étdit pas là la penséo de Jésus, car’il dit aux huissiers qui vinrent le saisir à la lueur des torches : « Quoique j'cussë a été tous les jours avec vous au tempté, vous n'avez pas mis la « main sar miði; et l'histoire sacrée nous apprend que la doctrine blasphématoire pour laquelle nbire auteur préterid que Jésus a étélégalement condamné, avait été exposée par hui avec plus ou moins de clarté pendant' içut le temps de son ministère. Jésus accepta en présende du peuple le témoignage quid lui rendit Jean - Baptiste', quavid il dit: 'Celui qui m'avait eni a rioyé baptiser d'eau m'avait dit :Cellt sur qui tu verràs l'Esprit e descendre' et se fixer sur lui , c’esi celui qui baptise du Saint-Esd prit ; s'et quand il s'écria en 'le'voyant venir : Voilà l'agrieciu de Dieu qui õie'le péché du monde" (Jean, 1, 33, 29). Dans son premier discours à Nazareth, Jésus Christ s'appliqua lui-même la prophétie remarquable d'Ésaïe qúi comincnce ainsi ; a l'Es« prit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'd oint » (Luc, 1v, 1630 satc', '141, 1, 2). Pour ne pas noltiplier les pretives, nous nous contenterons de rappeler encore ce qui se passa per avant la résurrection de Lazare, quand Jesus se promenant

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dans le temple , au portique de Salomon, « les Juifs l'environ a nèrent et lui dirent : Jusques à quand tiens-tu notre âme en sus« pens ? Si tu es le Christ, dis-le-nous franchement, et que Jésus « leur répondit : Je vous l'ai dit, el vous ne le croyez point; les æu « vres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi » (Jean, x, 22-42). Il nous semble donc qu'il serait plus équitable de dire que les ennemis du Sauveur n'agirent définitivement que lorsque leurs passions , leur haine et leurs craintes furent assez vivement excitées pour les porter à fouleraux pieds toute justice et toute décence. M. Salvador, présumant qu'il y a eu un moment où Jésus est devenu criminel devant la loi, groupe ses motifs d'accusation sous plusieurs chefs. Ainsi, par exemple, il dit : « Jésus, en présentant des idées nouvelles, « parle de lui-même comme d'un Dieu; son langage n'est pas « toujours clair, et s'il faisait des miracles » (voilà donc enfin que, pour la première fois, notre auteur tient compte des miracles), « s'il faisait des miracles devant certaines personnes « du peuple, ses réponses aux questions des docteurs étaient a en général évasives; sous le rapport politique, il causait des, « dissensions. »

Mais, M. Salvador, l'histoire qui vous donne ces détails, nous dit aussi qu'il parla de lui-même dans le sens et même dans les termes des prophètes qui prédirent la venue du Messie ; c'était comme Messie qu'il se présentait entouré de ses cuvres, et demandant avant tout aux Juifs de le reconnaitre pour celui de qui Moïse , la Loi et les Prophètes avaient parlé. C'est comme le Messie que les disciples de Galilée le reçurent, (Jean,1,41,45,49): Tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël; et que la femme et les habitans de Samarie crurent en lui; c'est parce que ceux qui le suivaient l'avaient reconnu pour le Messie, que Pierre, protestant, au nom de tous, de l'attachement qu'ils lui portaient, se servit des termes mêmes de Caïphe, et s'écria : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Jean , v1., 69). « Son langage n'était cependant pas toujours à clair, » nous dit M. Salvador; mais y a-t-il rien de surprenant à cela, lorsque les sacrificateurs et les Pharisiens envoient des espions qui fcignent d'être des hommes honorables, et qui

ne se proposent que de le surprendre dans ses paroles, afin de lo livrer aux magistrats et au pouvoir du gouverneur? Il a d'ailleurs parlé assez clairement pour être bien compris du peuple et de ses chefs, souvent même à leur confusion.

Pour ce qui est de ses miracles, est-ce, comme le dit M. Salvador, é lès faire devant certaines personnes du peuple, » que de multiplier des pains plus d'une fois et d'en nourrir plusieurs, milliers de personnes , de guérir un homme hydropique dans la maison d'un des principaux Pharisiens, le serviteur du centenier, un paralytique en présence des Pharisiens et des docteurs de la loi, venus de Jérusalem et de toutes les bourgades de la Galilée et de la Judée , de ressusciter la fille de Jaïrus , l'un des principaux membres de la synagogue, le fils d'une veuve à la porte de la ville de Naïn, et à Béthanie Lazare qui était déjà depuis plusieurs jours au sépulcre ? Et quant aux dissensions qu'il occasionna, selon M. Salvador, en attirant à lui a des gens de mauvaise vie qu'il avait l'intention de ramener « au bien , mais qui inspiraient des craintes au conseil natioa nal, » n'a-t-il pas toujours parlé de son règne comme d'un règne spirituel ? Que signifieraient sans cela les expressions de

pain du ciet; d'eau vive , de, royaume des cieux ? » N'a-t-il pas ordonné de payer le tribut à César, et même n'a-t-il pas fait un miracle pour en donner l'exemple ?

C'est après avoir représenté Jésus sous un point de vue aussi faux que

M. Salvador nous dit :a Dans cet état de choses, le con«seil délibère ; les uns sont d'avis de le regarder comme un a insensé ; les autres disent qu'il cherche à séduire le peuple; « Caïphe, le grand-sacerdote, que sa dignité même oblige à dé

fendre la lettre de la loi , observe que ces dissensions seraient pour les Romains une raison d'accabler la Judée, et que l'in« térêt de la nation devait l'emporter sur un homme; il sc con« stitue son accusateur, w Mais ici encore nous avons un exemple frappant de la manière dont M. Salvador cite les historien's sacrés ; car enfin c'est seulement par eux qu'il prétend savoir ce qui s'est passé. Dans le récit que nous donne Saint-Jean de la délibération du conseil (chap. x1, v. 45, et suiv.), il n'est pas question le moins du monde, ni d'idées nouvelles, ni d'obscu

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