Page images
PDF
EPUB

nère par son Esprit. De telles prédications effarouchèrent le plus grand nombre de ses auditeurs', qui n'étaient pas accoutumés à un pareil langage; plusieurs , cependant, lui restèrent fidèles, et bientôt des membres des Églises réformées, qui entendaient annoncer par

lui les dogmes fondamentaux de leur Église, sans qu'il en connût alors, pour ainsi dire, la confession, se rendirent en foule à ses sermons. On fit enfin entendre à ter Borg que la divergence d'opinion entre lui et ses collègues exigeait qu'il donnât sa démission, de crainte que, quoiqu'on observât des égards réciproques, un schisme et une division ne devinssent à la fin le résultat d'une différence de principes, aussi prononcéę. Ter Borg cependant, considérant que l'Église qui l'avait élu, en donnant à chaque prédicateur la liberté d'annoncer les vérités qu'il trouverait dans la Bible, n'entend se distinguer des autres communions chrétiennes que par la croyance qu'elle a qu'il n'est permis, d'après l'Évangile, d'administrer le baptême qu'aux adultes, et par le refus qu'elle fait de préter serment, crut ne pouvoir abandonner le poste qui lui avait été assigné tant qu'il ne lui paraîtrait pas que Dieu en avait décidé autrement. Une année après, des doutes s'élevèrent dans son esprit sur la validité des argumens que ses coreligionnaires opposent au baptême des enfans. Il avoua ses doules au consistoire, et demanda du temps pour examiner ces difficultés. Deux semaines après cet aveu, il dit ouvertement en chaire qu'il n'avait pas encore reçu de lumière à ce sujet. Der retour chez lui, il relut encore le Nouveau-Testament tout entier, en ne se proposant de le considérer que par rapport au baptême, et, par cette lecture ,' il fut convaincu que le baptême des enfans des fulèles est conforme à l'esprit de l'Écriture sainte,

les enfans compris dans l'alliance de grâce peuvent et doivent être baptisés. A la réunion du consistoire il se leva au milieu de ses frères, leur avoua sa conviction, et quoique sans aucune fortune , se démit en même temps volontairement de la charge qui lui avait été confiée, et qu'après le changement de ses opinions, il ne croyait pas pouvoir exercer plus long-temps; puis, avec un attendrissement profond, mais en glorifiant Dieu qui lui avait donné la liberté d'agir selon sa conscience, il prit un corgé affectueux de tous les membres du consistoire sur qui cette retraite fit une vive impression. Le lendemain, un commission de cette assemblée vint lui offrir l'éméritat. Les émotions du coeur semblaient réunir en ce moment ceux qui , tout en admirant la sincérité et la candeur de ter Borg, croyaient son esprit troublé par des opinions exagérées et mystiques, el ceux qui, inclinés devant les voies de Dieu, disaient, en réfléchissant sur le développement successif des vérités chrétiennes dans le coeur de ce serviteur fidèle : Sa volonté est faite sur la terre comme

et

quie

au ciel.

[ocr errors][merged small]

TRÁITÉ DE LA VÉRITÉ DE LA RELIGION CHRÉTIENNE, l'on établit la

Religion chrétienne par ses propres caractères, par JACQUES ABBADIE; nouvelle édition avec des notes explicatives ou criti, ques ; par M. L*** ( LACOSTE )), théologal et vicaire-général du diocèse de Dijon. ---4 vol. in-12 , ensemble de 1870 pages. Dijon , 1826 , chez Victor LAGIER, et Paris, chez HENRY SÉRVIER, rue de l'Oratoire, n° 6. Prix: 12 fr

.:

Nous regrettons de n'avoir pu annoncer plus tôt cette nouvelle édition du grand ouvrage d'Abbadie; mais comme elle a été imprimée loin de Paris et par les soins d'un ecclésiastique étranger à notre communion, nous ignorions, nous-mêmes qu'elle eût paru. Quoique près de trois ans se soient déjà écoulés depuis sa publication, nous croyons de notre devoir d'en parler dans ces feuilles, puisqu'il s'agit ici de l'un des écrits les plus importans que possède notre Église. On peut étre, au premier abord , un peu surpris de voir un vicairegénéral et un théologal catholique être l'éditeur du livre d'un docteur en théologie protestant; cet étonnement cesse toutefois quand on sait qu'Abbadie, qui a attaqué le catholicisme dans un autre ouvrage intitulé : La Vérité de la Religion chrétienne réformée , s'abstient, dans ces quatre volumes, de toute controverse avec l'Église romaine, Il déclare lui-même,a qu'il a le « dessein d'écrire pour les chrétiens, en général ( vol. 11, p. 388), et il s'interdit en conséquence tout ce qui pourrait sembler dirigé contre les opinions particulières d'une portion d'entre eux. Sans cette précaution, son ouvrage n'aurait probablement pas été lu autant qu'il l'a été; et ses lecteurs catholiques , se défiant de ses intentions, n'en auraient peut-être pas tiré le bien qu'il a fait à un grand nombre.

Dès son apparition, le Traité de la Vérité de la Religion chrélienne reçut l'accueil qu'il méritait; on s'en occupa uon le

1829. -12° année.

[ocr errors]

7

[ocr errors]

prôna comme on prône aujourd'hui des ouvrages d'un tout autre genre ; et en étudiant l'histoire littéraire du temps, on est surpris de voir la place qu'y tient ce livre de théologie. Les hommes dont les croyances étaient les plus opposées à celles de l'auteur, Bayle , par exemple, rendaient hommage à la solidité et à la profondeur de son esprit, à la clarté et à l'élégance de son style ; et dans les salons les plus spirituels de Paris, on lisait et on relisait l'ouvrage de l'homme supérieur qui, comme Claude, Du Bosc et tant d'autres ministres, était forcé de faire jouir les pays étrangers d'un mérite dont Louis XIV ne voulait

pas dans son royaume. Madame de Sévigné en fait mention plusieurs fois dans ses lettres : « Je ne a crois pas qu'on ait parlé de la religion comme cet homme« là, écrit-elle à Bussy-Rabutin après avoir lu le second tome d'Abbadie; et celui-ci , dont les moeurs ne prêtaient que trop au scandale, et dont l'incrédulité était avouée , lui répond : « Jusques ici, je n'ai point été touché de tous les autres livres

qui me parlent de Dieu; mais le livre d'Abbadie me fait va« loir tout ce que je n'estimais pas : encore une fois, c'est un « livre admirable; il me peint tout ce qu'il me dit, et force ma a raison à ne pas douter de ce qui lui paraissait incroyable. »

Plus de quarante ans après, deux écrivains catholiques, l'abbé Houteville, dans son Discours historique et critique sur la méthode des principaux auteurs qui ont écrit pour et contre le christianisme depuis son origine, et l'abbé Desfontaines, dans des Lettres d l'abbé Houteville,confirmèrent le jugement que l'on avait porté de ce livre lors de sa première publication. Ce dernier , critique sévère et habile, va jusqu'à trouver Abbadie supérieur à Pascal. Sans examiner si ce jugement est fondé, nous le rapporterons parce qu'il est curieux : « Peut-on "comparer, dit-il, des pensées détachées , des réflexions so« lides, mais peu naturelles, des spéculations abstraites, des a raisonnemens métaphysiques, à un corps d'ouvrage coma plet, nourri d'un style éloquent, et où Vérudition et le rai« sonnement ne laissent rien à souhaiter? Aussi ce livre admia rable efface aux yeux de l'univers tout ce qui s'est publié « avant lui pour la défense du christianisme. Quelles conver

[ocr errors]

a sions n'a-t-il pas opérées ! Que d'esprits forts n'a-t-il pas a convertis ! »

Nous nous réjouissons de voir de notre temps , où certains fanatiques attaquent le protestantisme avec tant de fiel, un vicaire-général catholique juger Abbadie avec autant d'impartialité que le faisaient Houteville et Desfontaines, et rendre justice à son livre en le réimprimant et en l'annotant. Les notes fort peu nombreuses que M. Lacoste a ajoutées çà et là au texte, n'ont en général d'autre but que de faire ressortir le mérite de l'auteur. Si nous en exceptons deux ou trois où il compare une version catholique de la Bible avec l'ancienne traduction dont Abbadie se servait et dont le style a quelquefois vieilli, et deux ou trois autres , où il cherche à éclaircir le sens, ou bien où il met les lecteurs catholiques en garde contre la tendance trop protestante, à ses yeux, de quelques passages, elles ne contiennent toutes que des éloges. C'est ainsi qu'il dit dans une note du second volume : « Qu'il y'a peu

de livres où la discussion soit aussi pressée et aussi ap« profondie , où l'on tourne, retourne une démonstration, et u où on là pousse comme le fait Abbadie. » Ailleurs il s'écrie , avee une égale admiration : « Il y a plus de suc et de substance « dans les quatorze à quinze pages de ce chapitre que dans des « in-folio tout entiers. » Dáns une courte notice sur Abbadie, placée en tête du premier volume, il ne craint pas de dire que « c'est un des écrivains qui a rendu le plus de services à la

religion. »

Nous n'ajouterons rien à ces éloges,'empruntés à des hommes de caractères et d'esprits bien différens ; mais il nous semble que l'aveu échappé au sceptique Bussy-Rabutin, dans l'épanchement d'une correspondance familière, est de toutes ces recommandations celle qui a le plus de poids. Ce n'est pas seulement un critique qui juge ; c'est un incrédule qui regarde l'auteur du Traité de la Vérité de la Religion chrétienne comme sa partie adverse , et qui cependant est contraint, par la force des preuves qu'Abbadie fait valoir, à se reconnaître vaincu. Il n'acquiert, il est vrai, que la conviction de l'esprit, et non celle du cœur ; il ne change ni de mours ni de vie, et demeure

éloigné de Dieu , parce qu'il n'applique que ses facultés intellectuelles et non ses facultés morales à l'appréciation de la religion; mais si nous n'avons pas la joie de le compter parmi les hommes dont la conversion témoigne de l'efficace de la foi, nous pouvons du moins le ranger au nombre de ceux dont l'esprit a été forcé d'admettre le christianisme comme système, et qui ont dû reconnaître que sa vérité leur était démontrée par des preuves irrésistibles. Abbadie produit de tels effets parce qu'il est à la fois philosophe et théologien, et qu'il attaque ses adversaires avec les mêmes armes dont ils ont coutume de se servir. Dans ce temps-ci, où l'on est si souvent appelé à rendre raison de sa foi, l'étude de cet ouvrage peut donc être très utile. Nous le recommandons particulièrement aux jeunes gens qui se préparent pour le saint ministère dans nos facultés de théologie. Puisque tant de gens semblent croire que le christianisme est un objet de raisonnement plutôt qu'un objet de foi, il est bon de montrer comment un raisonnement solide arrive'aux mêmes conclusions que la foi humble avait acceptées, et de prouver que les systèmes opposés à l'Évangile sont toujours produits par un faux jugement ou par le manque de connaissances suffisantes , quand ils ne le sont pas par l'endurcissement et les passions du coeur.

Nous ne nous proposons pas de présenter ici une analyse de l'ouvrage d'Abbadie, qui se compose proprement de trois ouvrages distincts , publiés dans l'origine à plusieurs années d'intervalle les uns des autres, mais depuis lors presque toujours réimprimés ensemble , parce qu'ils forment en quelque sorte an tout ; l'auteur établissant dans le premier (vol. 1 et 11) la religion chrétienne par ses propres caractères ; prouvant dans le second (vol. m) la divinité de notre Seigneur JésusChrist; vérité qu'il regarde comme le centre de toutes les autres; et recherchant dans le troisième (vol. 1v) les sources de la morale , ce qui le conduit à examiner les motifs et les objets qui peuvent principalement déterminer l'homme dans ses actions, et les rapports qui existent entre la morale et la religion.

Le premier ouvrage ou le Traité de la Vérité de la Religion

[ocr errors]
« PreviousContinue »