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SUR LA

Société de Charité Maternelle

DE DIJON

Les institutions charitables, philanthropiques ou humanitaires sont très nombreuses en France. Leur action, toujours utile, s'exerce des façons les plus diverses et leur importance est proportionnée à l'étendue plus ou moins grande de leurs ressour

ces.

Toutes, quelle que soit leur dénomination, bureaux de bienfaisance, hospices, patronages, orphelinats, asiles, ouvroirs, sociétés d'assistance, ont pour but de venir en aide, soit par des secours materiels, soit en leur procurant un abri ou des moyens d'existence, aux indigents et à tous ceux que la maladie, le manque de travail ou toute autre cause mettent momentanément dans la gêne et dans l'obligation de recourir à la charité publique ou privée.

Parmi ces institutions, les plus nécessaires sont sans contredit celles qui ont pour objet de protéger les enfants du premier âge et de diminuer la mortalité souvent considérable qui sévit parmi eux.

Elles touchent en effet de très près à une question qui, depuis longtemps et à juste titre, préoccupe tous ceux qui s'intéressent à l'avenir du pays. Les secours accordés pour les enfants nouveaunés ont pour premier résultat de combattre la dépopulation de la France qui semble augmenter de plus en plus.

Tandis qu'en France l'augmentation annuelle de la population n'a été en moyenne, pendant la dernière période décennale, que de 29.000 individus et parait toujours s'abaisser, elle est aujourd'hui de plus de 700.000 en Allemagne. En 1896, il y a eu 816.000 naissances de plus que de décès : 1.000 mariages donnenten Allemagne 270 enfants, tandis qu'ils n'en donnent en France que 163. Le nombre des mariages est en outre plus faible en France qu'en Allemagne. Sur 100 personnes en situation de se marier, la statistique ne relève pour la France que 45 mariages contre 33 en Allemagne. Il n'est que trop facile de pressentir dans ces conditions ce que sera la situation respective des deux pays dans vingt-cinq ou trente ans. (G. Blondel, L'Essor industriel et commercial du peuple allemand.)

Les crèches, les sociétés de charité maternelle, sans pouvoir remédier complètement au danger souvent signalé, peuvent tout au moins contribuer à l'atténuer dans une certaine mesure.

Le gouvernement l'a bien compris et dans une circulaire adressée aux préfets, le 3 mai 1883, le ministre de l'intérieur leur recommandait de favoriser le plus possible leur développement, en

faisant remarquer que la subvention destinée aux enfants du premier âge avail été portée de 126.000 à 146.000 francs. Mais c'est surtout, ajoutait le ministre, aux administrations départementales et communales qu'il appartient d'aider à la réalisation des võux émis par le Comité supérieur de protection des enfants du premier âge : il importe que leur concours soit donné dans la mesure la plus large possible, afin d'amener la création de sociétés de charité maternelle et de crèches dans les centres de population où il ne s'en trouve pas encore et d'agrandir la puissance d'action des inslitutions déjà existantes.

C'est pour ces motifs qu'il nous a paru intéressant de faire connaître ce qu'est la Société de charite maternelle fondée à Dijon depuis près d'un siècle : elle a rendu beaucoup de services, mais elle en rendrait plus encore si les sociétaires étaient plus nombreuses et surtout si les secours alloués pouvaient, à raison de leur plus grande importance, ètre répartis sur une période de temps plus longue et permettre de surveiller pendant plus longtemps les enfants nouveau-nés.

Dans le courant de l'année 1786, une dame charitable Mme de Fougeret (1), frappée du grand nombre d'enfants légitimes exposés chaque année à l'hospice des enfants trouvés, forma le projet, avec plusieurs de ses amies, de fonder à Paris une association de bienfaisance destinée à protéger ces enfants nouveaunés et à les préserver de l'abandon de leurs parents et de tous les maux qu'entraine la privation de secours dans les premiers instants de la naissance.

Fondée sous le nom de Charité maternelle, cette association ne devait compter à son début que sur les dons et les aumônes de tous ceux que les fondatrices réussiraient à intéresser au but charitable et humanitaire qu'elles poursuivaient; mais ce but, digne d'éloges à tous égards, ne pouvait être atteint, qu'autant que des souscriptions viendraient, nombreuses et abondantes, créer annuellement à la nouvelle société des ressources certaines et durables.

A cette époque, la misère était grande dans la population ouvrière de Paris ; la naissance d'un enfant dans une famille pauvre était presque toujours la cause d'une aggravation de gène; ses parents n'hésitaient

pas

à l'abandonner, aussi les registres de l'hospice des enfants trouvés et de l'Hôtel-Dieu permettent de coustater que 1.200 à 1.400 enfants légitimes étaient exposés chaque année.

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