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V. Lettre de

de Maulevrier.

ni s'y opposer; il se contenta de répondre au duc de Chevreuse qu'il étoit le maître de faire ce qu'il jugeroit à propos

Il paroît qu'en effet Bossuet avoit été instruit de ce qui se passoit; et il est facile de juger par sa lettre à l'abbé de Maulevrier, qu'il étoit déterminé à attaquer le livre de Fénélon avant même de l'avoir lu. « Je sais, à n'en pouvoir douter, que » M. de Cambrai veut écrire sur la spiritualité.... » Je suis assuré que cet écrit ne peut que causer » un grand scandale...., je ne puis en conscience Bossuet å » le supporter, et Dieu m'oblige à faire voir l'abbé » qu'on veut soutenir des livres dont la doctrine

(Manuscr.) v est le renversement de la piété.... Je suis assuré » qu'il laissera dans le doute ou dans l'obscurité » plusieurs articles sur lesquels il me sera aisé de

faire voir qu'il falloit s'expliquer indispensa» blement dans la conjoncture présente ; et si cela » est, comme il sera , qui peut me dispenser de » faire voir à toute l'Eglise combien cette dissi» mulation est dangereuse ?.... Voilà la vérité à

laquelle il faudra que je sacrifie ma vie.... On » ne m'évite en cette occasion, après m'avoir té

moigné tant de soumission en paroles, que parce

qu'on sent que Dieu à qui je me fie, me don» nera de la force pour éventer la mine ».

Bossuet avoit également déclaré au curé de

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Saint-Sulpice (Lachetardie), « que s'ils venoient » à éclater l'un contre l'autre (1), comme les » choses paroissoient s'y disposer, cela feroit un ». grand scandale, qui retomberoit apparemment >> sur M. de Cambrai ».

On demandera pourquoi Fénélon s'étoit refusé à soumettre son livre à l'examen de Bossuet, ce qui eût été le véritable moyen de prévenir toutes les discussions ultérieures. Fénélon en a donné les raisons : nous les soumettons au jugement des lecteurs.

« J'aurois souhaité (2) pouvoir faire examiner » mon livre par M. de Meaux; mais quelle appa» rence de lui demander son approbation, pen» dant que j'étois réduit à lui refuser la mienne? » D'ailleurs, je savois, par des voies certaines, » combien il étoit piqué de mon refus, et qu'il » éclatoit presque ouvertement. Il disoit à ses » amis particuliers : Est-ce là cette soumission » que M. de Cambrai m'avoit promise pour ré

jy tracter toutes ses erreurs »? VI.

Quoi qu'il en soit, le fameux livre de Fénélon, Fénélon publie le livre intitulé : Explication des Maximes des Saints des Maximes sur la vie intérieure, fut rendu public, par les des Saints.

soins peut-être trop empressés de ses amis, vers

(1) Manuscrits.
(2) Réponse à la Relation sur le Quiétisme.

la fin de janvier 1697, et parut avant celui de Bossuet.

Il est assez curieux de connoître la première impression que produisit le livre de Fénélon sur Bossuet, et nous la retrouvons dans une lettre particulière de Bossuet à l'évêque de Chartres, et que l'évêque de Chartres renvoya à M. Tronson. « J'ai vu M. de Paris, j'ai vu M. de Cambrai, VII.

Lettre de » et je n'ai rien appris de nouveau. Le livre fait

Bossuet à » grand bruit, et je n'ai pas ouï nommer une per- l'évêque de

Chartres, 13 » sonne qui l'approuve. Les uns disent qu'il est février 1699 » mal écrit ; les autres, qu'il y a des choses très- (Manuscr.) » hardies ; les autres, qu'il y en a d'insoutenables ; » les autres, qu'il est écrit avec toute la délica» tesse et toute la précaution imaginables, mais » que le fonds n'en est pas bon ; les autres, que » dans un temps où le faux mystique fait tant » de mal, il ne falloit écrire que pour le condam» ner, et abandonner le vrai mystique à Dieu; » ceux-là ajoutent que le vrai est si rare et si peu » nécessaire, et que le faux est si commun et si » dangereux qu'on ne peut trop s'y opposer. Je » souhaite de tout mon coeur que

Dieu mène tout » à sa gloire. On se pare fort de M. Tronson, et » je ne sais si ce que vous appelez sagesse en lui, » n'est pas un trop grand ménagement ».

L'opinion publique ne tarda pas à se prononcer L'opinion

VII.

contre cet

IX.

en

Suet.

publique se contre le livre des Maximes des Saints avec une prononce

véhémence qui dut singulièrement étonner Féouvrage. nélon. Sa seule consolation dut être le témoignage

qu'il pouvoit se rendre de n'avoir rien négligé
pour préserver l'exposition de ses sentimens de
toute atteinte à la pureté de la doctrine et de la
morale.
Ce fut alors que Louis XIV fut instruit pour

la Louis XIV

est ins- première fois de la diversité d'opinions qui existruit par Bos- toit entre les évêques les plus recommandables de

sa Cour (1); car tels étoient ces hommes estimables, qu'au milieu même de leurs controverses, ils s'étoient attachés depuis trois ans à en dérober le secret à la connoissance du public et à l'inquiétude du souverain. Mais enfin madame de Maintenon crut ne pouvoir dissimuler plus long-temps l'éclat fâcheux que faisoit dans le clergé le livre des Maximes des Saints.

Fénélon n'étoit défendu dans le coeur de Jugement du chance Louis XIV par aucun sentiment de goût et de lier d'Agues- préférence; soit que ce prince «craignît naturelseau sur les opinions et » lement, comme le soupçonne le chancelier d'Ales vues de

» guesseau (2), les esprits d'un ordre supérieur, Fénélon.

X.

(1) Il paroît que ce fut M. de Pontchartrain qui parla le premier au Roi des rumeurs que le livre de l'archevêque de Cambrai excitoit dans le public.

(2) Mémoires du chancelier d'Aguesseau, tom. xi, p. 171.

» soit qu'une certaine singularité, et quelque chose » d'extraordinaire (que ce magistrat se plaît à sup» poser dans le caractère et dans les manières de » Fénélon) n'eût pas plu au Roi, dont le goût se » portoit de lui-même au simple et à l'uni, soit » enfin que Fénélon voulant paroître se renfer» mer dans ses fonctions, eût évité, par une poli» tique profonde, de s'insinuer dans la familia» rité du Roi, ou qu'il eût désespéré peut-être » d'y réussir, il est au moins bien certain que » Louis XIV n'a jamais paru le goûter, et qu'il » n'eut aucune peine à le sacrifier ».

Avec de pareilles dispositions, la prévention de Louis XIV dut encore s'accroître en voyant Bossuet venir lui demander pardon de ne lui avoir pas révélé plutôt le fanatisme de son confrère (1). Louis XIV n'étoit point obligé d'avoir une opinion sur une question de théologie; mais un prince aussi religieux, aussi déclaré contre toutes les nouveautés, devoit être justement alarmé en voyant un évêque du rang, de l'âge et de la considération de Bossuet, un évêque qu'il regardoit avec raison comme l'oracle de l'Eglise de France, se croire forcé par un devoir sacré de venir dénoncer lui - même celui de ses confrères qu'il avoit

(1) Réponse à la Relation sur le Quiétisme. Vie de Fénélon, par Ramsay et le marquis de Fénélon.

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