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Lettre de

de Bouillon, avec la lettre suivante pour le Pape.

« Très-saint Père, dans le temps que j'espéLouis XIV

» rois, du zèle et de l'amitié de Votre Sainteté, au Pape.

» une prompte décision sur le livre de l'arche» vêque de Cambrai, je ne puis apprendre sans » douleur que ce jugement, si nécessaire à la paix » de l'Eglise, est encore retardé par l'artifice de » ceux qui croient trouver leur intérêt à le diffé» rer. Je vois si clairement les suites fâcheuses de » ces délais, que je croirois ne pas soutenir di» gnement le titre de fils aîné de l'Eglise, si je ne » réitérois les instances pressantes que j'ai faites » tant de fois à Votre Sainteté, et si je ne la sup» pliois d'appaiser enfin les troubles que ce livre » a excités dans les consciences. On ne peut at» tendre présentement le repos que de la décision » prononcée par le père commun,

le père commun, mais claire, jy nette, et qui ne puisse recevoir de fausses inter» prétations; telle enfin qu'il convient qu'elle » soit pour ne laisser aucun doute sur la doctrine, » et pour arracher entièrement la racine du mal. » Je demande, Très-saint Père, cette décision à » votre béatitude pour le bien de l'Eglise, pour » la tranquillité des fidèles, et pour la

propre gloire de Votre Sainteté : elle sait combien j'y » suis sensible, et combien je suis persuadé de sa » tendresse paternelle. J'ajouterai, à tant de

» grands

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» grands motifs qui doivent la déterminer, la » considération que je la prie de faire de mes » instances et du respect filial avec lequel je suis, » très-saint Père, votre très-dévot fils,

LOUIS ».

A cette lettre pour le Pape en étoit jointe une autre très-dure pour le cardinal de Bouillon, par laquelle le Roi le rendoit, pour ainsi dire, responsable de l'événement.

On ne se borna pas à un témoignage aussi éclatant des véritables intentions du Roi; on crut qu'il devoit montrer encore, par quelque coup d'autorité, que l'archevêque de Cambrai étoit irrévocablement perdu dans son esprit, et que le retour à la Cour lui étoit fermé à jamais.

Vers les premiers jours de janvier 1699, Louis XIV se fit apporter le tableau des officiers de la maison des jeunes princes : il raya, de sa titre et la propre main, le nom de l'archevêque de Cam- pension de

précepteur brai, de l'état des appointemens affectés aux des enfans de fonctions de précepteur, et lui en ôta le titre. France. On lui retira en même temps l'appartement qu'il occupoit en cette qualité au château. On est toujours surpris de voir un prince tel que Louis XIV, croire punir un homme tel que Fénelon, en lui retirant une pension. Pouvoit - il avoir oublié FÉNÉLON. Tom. II.

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LXIX. Le Roi dte à Fénélon le

que ce même Fénélon avoit sollicité comme une grâce, quatre ans auparavant, la permission de verser cette pension dans le trésor royal pour les dépenses de la guerre, et que Louis XIV avoit jugé peu convenable à sa dignité d'accueillir cet acte de générosité.

L'abbé Bossuet désira au moins inutilement de voir M. de Beauvilliers enveloppé dans cette nouvelle disgrâce de Fénélon. « Il me semble bien » dangereux pour le présent et pour l'avenir, » écrivoit-il à son oncle, de laisser M. de Beau» villiers dans la place qu'il occupe ». Si on l'en avoit cru, Louis XIV n'auroit fait usage de la plénitude de son autorité que pour écraser tous les amis de l'archevêque de Cambrai.

On dut être d'autant plus étonné, à Rome, des nouvelles instances formées au nom de Louis XIV, qu'on y procédoit avec beaucoup d'activité au jugement du livre de l'archevêque de Cambrai. Les cardinaux de la congrégation du Saint-Office s'assembloient en présence du Pape deux fois la semaine et souvent trois. Dix congrégations s'étoient déjà tenues dans le court intervalle du 19 novembre au 15 décembre. Une assiduité aussi constante , dans des hommes que leur âge et leurs dignités rendoient si respectables, et qui avoient d'ailleurs d'autres affaires à suivre et des devoirs

LXX. Lettres de Fénélon à

non moins importans à remplir, méritoit plutôt des éloges que les reproches que l'abbé Bossuet osoit se permettre sur leur lenteur.

Cependant le Pape voulut avoir égard à l'impatience que le Roi lui manifestoit dans une forme si expressive et si pressante. Il ordonna sur-le-champ aux cardinaux de redoubler d'activité, et de tenir une troisième congrégation toutes les semaines pour accélérer l'examen et la décision.

L'abbé de Chanterac, témoin de toutes les manæuvres des adversaires de Fénélon à Rome, instruit des vives instances du Roi pour obtenir l'abbé de

Chanterac et la condamnation de l'archevêque de Cambrai, de l'abbé de ne se dissimuloit pas l'influence d'une autorité si Chanterac à

Fénélon. imposante : il exposoit avec franchise ses inquiétudes à Fénélon. « Des personnes, qui vous sont Lettre de

l'abbé de » sincèrement attachées, me disent tous les jours Chanterac, 3 qu'il n'est pas possible que Rome puisse résister janvier 1699.

(Manuscr.) » aux instances que la Cour de France fait con» tre vous. Le Roi ne demande

pas

seulement » une décision prompte, mais il demande en » termes précis la condamnation de votre livre, » comme une chose nécessaire au repos et au » bien de l'Etat....... Il paroît probable que,

si

janvier 1699. » l'on jugeoit à présent, la disposition des esprits

(Manuscr.) » et le grand nombre des cardinaux de la con

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Idem ; 9

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» grégation du Saint-Office iroient à condamner » le livre par les impressions que la Cour de » France a données par la crainte du quiétisme, » dont on voit tous les jours ici des exemples et .» des histoires terribles, par le grand trouble » que ce livre cause en France, et le sentiment de » tant d'évêques et de docteurs qui le jugent

dangereux et trop favorable aux Quiétistes. » Toutes ces considérations persuaderont à plu» sieurs que, quand même la doctrine du livre ne » seroit pas mauvaise dans le fond, et que les ex» pressions même en pourroient être justifiées par » celles des bons et saints auteurs qui s'en sont » servis, néanmoins le bon ordre de l'Eglise de» manderoit, dans les circonstances présentes , » que Rome le condamnat ou le prohibât pour

» appaiser ces troubles et rétablir la paix........ Idem, 24 » J'attends avec calme l'événement quel qu'il janvier 1699. » puisse être ; je l'attends dans cet esprit de (Manuscr.)

». soumission aux desseins de Dieu sur nous, que » vous me recommandez d'une manière sitou» chante et qui en effet est si digne d'une ame » chrétienne. Au milieu d'une si rude tempête, » qui effraie et qui épuise toute la prudence hu» maine, je voudrois demeurer en silence auprès » de notre Seigneur, sans lui dire avec trop

d'empressement : Seigneur, sauvez-nous, nous

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