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lippeaux traduire cette lettre (1) comme une soumission apparente et forcée. Il s'étonne de ce que Fénélon parle de sa douleur, des outrages qu'il a reçus, de la pureté de ses intentions, de ses efforts pour justifier ses sentimens par ses explications.

Le même abbé Phélippeaux ne trouvoit dans le mandement de Fénélon, dans ce mandement dont toutes les expressions parlent à l'ame et au coeur (2), qu’un langage sec et plein de paroles vagues, qui pouvoient n'exprimer qu'une soumission extérieure et forcée.

Mais on doit vanter la douceur et la modération de l'abbé Phélippeaux, en comparant son style à celui de l'abbé Bossuet.

me suis procuré une copie de la lettre l'abbé Bos

» de M. de Cambrai au Pape. Je vous avoue oncle, 5 mai » qu'au lieu d'en être édifié, j'en fus scandalisé 1699.

» au dernier point. Il ne me fut pas difficile » d'en découvrir tout l'orgueil et tout le venin ; » et il me semble qu'il n'y a qu'à la lire sans passion pour en étre indigné ».

On s'afflige de voir. Bossuet lui-même partager Lettre de jusqu'à un certain point cette prévention. « La Bossuet, 12

» lettre de M. de Cambrai à M. d'Arras est ici ayril 1699.

prise fort diversement. La cabale l'exalte, et (1) Relation du Quiétisme.

Lettre de

Je

suet à son

(2) Ibid.,

Lettre de

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» les gens désintéressés y trouvent beaucoup » d'ambiguité et de faste ».

Bossuet se montre encore plus sévère pour le mandement de Fénelon que pour sa lettre à l'évêque d'Arras. '« On est très-étonné que M. de

Bossuet à son » Cambrai, très - sensible à son humiliation, ne

neveu , 17 » le paroisse en aucune sorte à son erreur....., avril 1699.

qu'il veuille qu'on ne se souvienne de lui que » pour reconnoitre sa docilité, supérieure à » celle de la moindre brebis du troupeau ; c'est» à-dire qu'il veut qu'on oublie tout, excepté » ce qui lui est avantageux. Enfin ce mandement » est trouvé fort sec, et l'on dit qu'il est d'un » hoinme qui n'a songé qu'à se mettre à couvert » de Rome sans avoir aucune vue d'édification ».

Mais ces réclamations, concentrées parmi le très-petit nombre de personnes qui avoient pris une part si active à la condamnation de l'archevêque de Cambrai, furent étouffées par la voix unanime de Rome, de la France, de l'Europe, de toute la chrétienté. Le mandement de Fénélon est resté dans l'opinion de ses contemporains et de la postérité, comme le monument le plus honorable de sa gloire. Le chancelier d’Aguesseau peut être regardé

Jugement comme un digne interprète de l'opinion publi- du chance

lier d’Aguesque. « L'archevêque de Cambrai (écrit ce grand

LXXXI.

seau.

» magistrat) (1), qui avoit combattu comme un » lion pour la défense de son ouvrage, tant » qu'il avoit espéré de vaincre, ou du moins de » n'être pas vaincu, prit en homme d'un esprit » supérieur le parti de se soumettre d'abord » comme la plus humble brebis du troupeau. ». Ce fut l'expression dont il se servit dans l'acte » de sa soumission ; il n'attendit pas même que » le Roi eût fait la moindre démarche pour au» toriser le bref dans ses Etats, quoiqu'aucun » décret de la Cour de Rome ne puisse y être » reçu sans l'aveu de son souverain. Il fit, en » prévenant cet aveu (2), une de ces fautes heu» reuses qu'il n'appartient qu'aux grands hommes » de hasarder; et ne pouvant plus éviter la con» damnation de tous ses confrères, il se hâta de » s'assurer au moins l'honneur de s'être con» damné le premier. Son mandement court et » touchant consola tous ses amis , affligea tous » ses ennemis, et démentit la prédiction faite » par l'évéque de Meaux dans la chaleur de la » dispute , que si l'archevêque de Cambrai étoit »> condamné, on verroit bientôt renaitre la dis» tinction du fait et du droit, et toutes les autres

(1) Mémoires du chancelier d'Aguesseau, tom. xii, pag. 181.

(-) On a vu que Fénélon n'avoit publié son mandement qu'après avoir reçu l'autorisation du Roi.

Seconde

» subtilités dont on ne fait que trop d'usage » dans les discussions théologiques (1) ».

Fénelon eut tout lieu de s'applaudir d'avoir exprimé dans les termes les plus simples et les plus précis son adhésion au jugement qui le condamnoit. C'est ce qu'il fit observer dans une seconde lettre à l'évêque d'Arras; ce prélat l'avoit probablement instruit des réflexions critiques de Bossuet. « En vérité, je n'ai rien tant à cour que lettre de Fé» d'aller droit jusqu'au dernier soupir de ma nélon à l'évê» vie..... Je serai aussi ferme contre mon livre, » que j'ai été ferme jusqu'au dernier moment de » la controverse pour soutenir ce qui me parois» soit devoir le justifier..... Je n'ai voulu dans » mon mandement supprimer que les choses qui » auroient pu servir à m'excuser. envers mon » troupeau. Il m'a paru que cette brièveté ren» doit mon acte plus simple, plus humble, plus

précis et plus décisif. Si je m'y fusse étendu dav vantage, quelle critique n'eût-on pas faite de

que

d'Arras.

(1) Lorsque le mandement de Fénélon fut réimprimé à Louvain, le docteur Steyaert, en autorisant cette réimpression en qualité de censeur , fit une application heureuse d'un

passage de Tacito, à l'exemple de soumission que l'archevêque de Cambrai venoit de donner : Pro quo exemplum quærimus, id olim pro exemplo erit; ce que nous sommes aujourd'hui en peine d'autoriser par des exemples, en sera un pour la postérité.

sur sa sou

» mes paroles les plus simples, les plus inno» centes et les plus soumises ».

Aussitôt que l'évêque de Chartres eut connoissance du mandement de Fénélon, il s'empressa de faire les avances à un confrère vertueux qu'il avoit toujours tendrement aimé, qu'il n'avoit

combattu qu'à regret, et qu'il n'avoit jamais LXXXII. cessé d'estimer; il lui écrivit: « Monseigneur, je L'évêque de

» suis ravi de la soumission parfaite que vous Chartres félicite Fénélon » témoignez au bref de Rome. J'ai toujours pris mission.

» tant de part à ce qui vous touche, que je ne

puis vous exprimer assez combien mon cœur » est touché de l'action humble et généreuse que » vous venez de faire. Je l'ai toujours attendu » de votre piété. Je prie Dieu de tout mon coeur,

Monseigneur, qu'il achève en vous ce qu'il y a » fait par sa grâce, en vous soutenant jusqu'à la » fin dans les sentimens que vous faites paroître » à toute l'Eglise, dụ plus sincère retour, et

qu'il vous comble de plus en plus des consola

» tions qu'il mérite ». LXXXIII.

Fénélon lui répondit : « Monseigneur, je reçois Réponse de

dans le moment la lettre que vous m'avez fait Fénélon à l'évêque de » l'honneur de m'écrire, et je me hâte de vous Chartres.

» en faire mes très-humbles remercimens. Quoi» que j'aie tâché de ne regarder que Dieu dans » ce que je viens de faire, je suis néanmoins fort

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»

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