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DEPUIS LE fer DÉCEMBRE 1851 JUSQU'A LA PROCLAMATION DE L'EMPIRE.

PAR M. GUY.

* La France, eu me couronnani,
« se couronne elle-mêine. »

NAPOLÉON MU.

PARIS,

H. MOREL, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

5, RUE DE MADAME.

1853

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Il y a cinq ans de cela, une dynastie, vieille de dix-huit années, tombait au moment même où l'on s'y attendait le moins, où on la croyait affermie et inébranlable, au moins jusqu'à la mort de l'homme qui en était le chef. Et le vieux roi qui s'enfuyait devant cette révolution triomphante, s'en allait encore plus surpris peut-être que consterné, en prononçant ce mot qu'il ne cessa de répéter jusqu'à sa dernière heure : « Je n'ai pourtant pas violé la loi ; pourquoi donc la France me chasse-t-elle ? »

Esprit sage, mais à vues courtes, qui ne voyait les choses qu'à la surface, au lieu de regarder au fond ; qui n'avait jamais eu devant les yeux qu'un précédent, la révolution de juillet, et comme, à cette époque, un roi était tombé pour avoir violé ouvertement la loi, il avait cru qu'il suffisait de respecter cette forme du droit qu'on nomme la légalité, pour conserver son trône et son pouvoir.

Il y a un an, au contraire, qu'est-ce qui s'est passé? Après de longset vains efforts pour arriver à une conciliation honorable, après avoir, pendant deux ans, opposé à l'hostilité des partis cette longanimité patiente qui est le propre de la sagesse,

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et aussi de la force véritable, Louis-Napoléon, accus dans ses derniers retranchements, poussé à bout par une coalition menaçante, a relevé enfin le gant qu'on lui jetait ; il a brisé une Assemblée qui s'occupait de personnes et d'intrigues, au lieu de s'occuper uniquement, comme le voulait son mandat, de choses et du pays ; il a fermé la bouche à une presse qui tâchait tous les jours d'agiter et d'aveugler les masses, au lieu de les instruire et de les éclairer. En cela, il est vrai qu'il n'a pas observé la Constitution. Et cependant, qui donc s'est levé pour défendre la Constitution, la Presse, l'Assemblée ? une poignée d'anarchistes qui a été vaincue en quelques heures à Paris, en quelques jours dans les départements. Quant à la France, loyalement interrogée par le Pouvoir exécutif qui l'avait appelée à juger entre lui et ses adversaires, elle répondit, de sa voix la plus éclatante, par sept millions cing cent mille suffrages, que Louis-Napoléon, en faisant tout cela, avait bien fait.

Pourquoi donc ce verdict approbatif, quand Charles X paya, lui, de la perte de sa couronne les ordonnances de juillet ? Est-ce donc que tout sentiment du droit, est-ce que tout respect pour l'autorité légitime se seraient esfacés dans le cœur du pays ? A Dieu ne plaise qu'il nous faille tirer des graves évènements qui se sont accomplis une aussi triste conclusion! elle serait contraire, sinon aux apparences extérieures des faits, du moins à leur réalité intime, à leur moralité cachée.

Charles X ne se borna pas à violer le texte de la loi ; il avait régné et voulait gouverner encore au rebours des instincts nouveaux, des nouveaux besoins de la France ; il voulait supprimer toutes les conquêtes faites par l'esprit de progrès en 89. Il renversa aussi une Assemblée, mais, en la renversant, il ne prit pas la nation pour juge entre cette Assemblée et lui : voilà surtout pourquoi il est tombé. Louis-Napoléon, au contraire, ne s'est mis, momentanément, au-desus de la légalité, que pour mettre la France en mesure de sortir, par sa propre volonté et sa propre puissance, de la situation politique la plus difficile peut-être, la plus périlleuse, et la plus compliquée qui fùt jamais. Et ce n'est pas, remarquons-le

bien, une France de convention, un corps électoral plus ou moins bien trié, comme celui qu'avait constitué la loi du 31 mai, qui est intervenu ainsi dans le débat; non, c'est le pays tout entier, riches et pauvres, grands et petits, propriétaires, ouvriers, paysans, tout ce qui compte dans la cité, tout ce qui vit de la vie nationale, tout ce qui a un intérêt légitime dans la gestion des affaires publiques, tout ce qui remplit des devoirs et a dès lors des droits qu'il faut savoir respecter.

Et cet arbitre souverain, qui comprend qu'il n'y a de la force que là où il y a de l'unité, qui ne veut, du reste, reculer ni jusqu'à la royauté légitime qu'il a brisée jadis dans sa co lère, ni dans cette autre royauté bâtarde qu'il a laissée périr sous son indifférence, cet arbitre suprême qui ne veut pas non plus d'un Gouvernement montagnard, a préféré, avec une admirable intelligence, l'autorité homogène d'un homme à celle d'une Assemblée composée d'éléments incompatibles et ennemis. Il était impossible qu'il en fût autrement, après les grands services rendus à la cause de l'ordre par cet homme pendant trois ans.

Nous ne voulons pas dire pourtant qu'il ne soit pas fåcheux que les choses aient pris ce cours irrégulier. Si mauvaise que soit une légalité, il faut la respecter le plus possible. Nous aurions mieux aimé, pour notre part, et le prince-président, si cela eût été praticable, eût mieux aimé aussi, nous en sommes certain, arriver au même résultat par des voies régulières. Ce qui le prouve, c'est qu'il a fait, pour atteindre ce but, bien des efforts et bien des concessions; mais tout était demeuré inutile. S'il a pris alors son parti, s'il s'est écrié à la fin : salus populi suprema lex esto, à qui la faute, sinon aux auteurs d'une Constitution insensée, et aux partis qui invoquaient le texte de cette même Constitution qu'ils avaient si souvent et si justement bafouée ?

Au reste, nous verrons tout-à-l'heure ce qui serait advenu si un scrupule exagéré eût retenu Louis-Napoléon sur la rive du Rubicon, qu'il a si hardiment et si heureusement franchi: nous verrons ce que renfermait de malheurs pour nous tous l'exécution littérale de cette Constitution.

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