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Alexandre donne à son ambition tout son développement; elle est excitée par M. de La Harpe et par le prince Czartoryski; la Prusse espère de grands accroissements; l'Autriche pusillanime n'a qu'une ambition honteuse, mais elle est complaisante pour être aidée : et ce ne sont pas là les seules difficultés. Il en est d'autres encore qui naissent des engagements que les Cours autrefois alliées ont pris dans un sens où elles n'espéraient point abattre celui qu'elles ont vu renverser, et où elles se promettaient de faire avec lui une paix qui leur permît de l'imiter. Aujourd'hui

que Votre Majesté replacée sur le trône У fait remonter avec Elle la justice, les puissances au profit desquelles ces engagements ont été pris ne veulent pas ) renoncer, et celles qui regrettent peut-être d’être engagées ne savent comment se délier. C'est, je crois, le cas de l'Angleterre, dont le ministre est faible. Les ministres de Votre Majesté pourraient donc rencontrer de tels obstacles qu'ils dussent renoncer à toute autre espérance qu'à celle de sauver l'honneur; mais nous n'en sommes

a

pas .

Je suis, etc.

l'ienne, le 4 octobre 1814.

IV

N° 4.

Vienne, 9 octobre 1814.

SIRE,

Les ministres des quatre Cours, embarrassés de ma note du 1er octobre et ne trouvant aucun argument pour la combattre, ont pris le parti de s'en fàcher. Cette note, a dit M. de Humboldt, est un brandon jeté parmi nous; on veut, a dit M. de Nesselrode, nous désunir; on n'y parviendra pas : avouant ainsi assez ouvertement ce qu'il était facile de soupçonner, qu'ils avaient fait entre eux une ligue pour se rendre maitres de tout et se constituer les arbitres suprêmes de l'Europe. Lord Castlereagh, avec plus de mesure et d'un ton plus doux, m'a dit que dans leur intention la conférence à laquelle ils nous avaient appelés, M. de Labrador et moi, devait être toute confidentielle, et que je lui avais ôté ce caractère en adressant une note, et surtout une note officielle. J'ai répondu que c'était leur faute et non la mienne; qu'ils m'avaient demandé mon opinion; que j'avais dù la donner, et que si je l'avais dù donner par écrit et signée, c'est qu'ayant vu que dans leurs conférences entre eux ils écrivaient et signaient,

j'avais dù croire qu'il fallait que j'écrivisse et que je signasse.

Cependant le contenu de ma note ayant transpiré, ces messieurs, pour en amortir l'effet, ont cu recours aux moyens habituels du Cabinet de Berlin ; ils ont répandu que les principes que je mettais en avant n'étaient qu'un leurre; que nous demandions la rive gauche du Rhin; que nous avions des vues sur la Belgique, et que nous voulions la guerre. Cela m'est revenu de toute part, mais j'ai ordonné à tout ce qui entoure la légation de s'expliquer vis-à-vis de tout le monde avec tant de simplicité et de candeur, et d'une manière si positive, que les auteurs de ces bruits absurdes ne recueilleront que la honte de les avoir semés.

Le 3 octobre au soir, M. de Metternich, avec lequel je me trouvais chez la duchesse de Sagan', me remit un nouveau projet de déclaration rédigé par lord Castlereagh; ce second projet ne différait du premier qu'en ce qu'il tendait à faire considérer ce que les quatre Cours propo

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Sagan, principauté de Silésie. L'Empereur Ferdinand II la vendit en 1627 au célèbre Wallenstein. En 1646, le prince Lubkowitz en fit l'acquisition, et c'est à ses descendants que Pierre Biren, dernier duc de Courlande, l'acheta. A sa mort (1800), elle passa à sa fille aînée, la princesse Catherine Wilhelmine, qui épousa en troisièmes noces le comte Charles-Rodolphe de Schulembourg. Lorsqu'elle mourut, en 1839, le duché passa aux mains de sa sæur Pauline, princesse de Hohenzollern-Hechingen, qui le vendit à son tour à la troisième fille de Pierre Biren, Dorothée, duchesse de Talleyrand (1844). Celle-ci mourut le 19 septembre 1862, laissant sa principauté à son fils, le prince Napoléon-Louis de Talleyrand, duc de Sagan et de Valençay, né le 12 mars 1812. Le chef-lieu de la principauté est Sagan, chef-lieu du cercle, sur la Bober (9,940 habitants). Grand et beau château, construit par Wallenstein, Lubkowitz et Pierre Biren.

saient, comme n'étant qu'une conséquence du premier des articles secrets du 30 mai. Mais ni le principe d'où il partait n'était juste ( car lord Castlereagh prêtait évidemment à l'une des dispositions de l'article un sens qu'elle n'a pas et que nous ne saurions admettre), ni, quand le principe eût été juste, la conséquence que l'on en tirait n'aurait été légitime : la tentative était donc doublement malheureuse.

J'écrivis à lord Castlereagh. Je donnai à ma lettre une forme confidentielle ; je m'attachai à réunir toutes les raisons qui militaient contre le plan proposé (la copie de ma lettre est jointe à la dépèche que j'adresse aujourd'hui au département). Votre Majesté verra que je me suis particulièrement attaché à faire sentir, avec toute la politesse possible, que le motif pour lequel on avait proposé ce plan ne m'avait pas échappé. J'ai cru devoir déclarer qu'il m'était impossible de concourir à rien de ce qui serait contraire aux principes, parce qu'à moins d'y rester invariablement attachés, nous ne pouvions reprendre aux yeux des nations de l'Europe le rang et la considération qui doivent nous appartenir depuis le retour de l'otre Majesté ; parce que nous en écarter, ce serait faire revivre la Révolution, qui n'en avait été qu'un long oubli.

J'ai su que lord Castlereagh, quand il reçut ma lettre, la fit lire au ministre de Portugal, qui se trouvait chez lui, et qui lui avoua qu'en droit nous avions raison; mais qu'il fallait encore savoir si ce que nous proposions était praticable : ce qui était demander, en d'autres termes, si les quatre Cours pouvaient se dispenser de s'arroger sur l'Europe un pouvoir que l'Europe ne leur a point donné.

Nous eùmes ce jour-là une conférence où nous ne nous trouvámes d'abord que deux ou trois, les autres ministres n'arrivant qu'à un quart d'heure les uns des autres. Lord Castlereagh avait apporté ma lettre

pour

la communiquer : on la fit passer de main en main; MM. de Metternich et de Nesselrode y jetèrent à peine un coup d'ail, en hommes à la pénétration desquels la simple inspection d'une pièce suffit pour en saisir tout le contenu. J'avais été prévenu que l'on me demanderait de retirer ma note; M. de Metternich me fit en effet cette demande; je répondis que je ne le pouvais pas. M. de Labrador dit qu'il était trop tard, et

que cela ne servirait à rien, parce qu'il en avait envoyé une copie à sa Cour. « Il faudra donc que nous vous répondions? me dit M. de Metternich. — Si vous le voulez , lui répondis-je. - Je serais, reprit-il, assez d'avis que nous réglassions nos affaires tout seuls », entendant par nous les quatre Cours. . Je répondis sans hésiter : « Si vous prenez la question de ce côlé, je suis tout à fait votre homme; je suis tout prêt, je ne demande pas mieux. - Comment l'entendez-vous? » me dit-il. D'une manière très-simple, je lui répondis : « Je ne prendrai plus part à vos conférences; je ne serai ici qu'un membre du Congrès, et j'attendrai qu'il s'ouvre. » Au lieu de renouveler sa proposition, M. de Metternich revint, par degrés et par divers circuits, à des propositions générales sur l'inconvénient qu'aurait l'ouverture actuelle du Congrès. M. de Nesselrode dit, sans trop de réflexion, que l'Empereur Alexandre voulait partir le 25, à quoi je dus répondre,

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